Ce que l’argent dit de nous

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Notre rapport à l’argent nous résume t-il ? Question posée par le philosophe Charles Pépin à Pascal Bruckner lors d’un lundi philo de novembre 2016.*

Réponse documentée du philosophe et essayiste qui a publié en 2016 le livre La sagesse de l’argent chez Grasset :

Il est sage d’avoir de l’argent. Phrase scandaleuse en France. Celui qui en a le mieux parlé au XIXe siècle est Charles Fourier, qui a fait l’éloge de l’argent, de la richesse, de la fortune. alors que lui-même a vécu misérablement. Il allait tous les jours au Palais Royal attendre les financiers pour alimenter son utopie, les phalanstères, qui se sont implantés aux Etats-Unis.

Pour Pascal Bruckner, la richesse est en soi un bienfait. L’absence de richesse n’a pas de valeur et peut être source de malheurs. Mais c’est un bienfait qui oblige. Ainsi, Andrew Carnegie, à 60 ans, écrit que « celui qui est riche doit rendre tout ou partie de cette richesse à la collectivité. » Il crée une fondation, une « charity » à l’instar des milliardaires anglo-saxons, qui tentent de se prémunir de la malédiction de l’argent, en y versant une partie leurs immenses fortunes, pour les plus démunis. A la différence de la France, les Américains équilibrent leur aversion de l’impôt par un goût de la redistribution de l’argent par les plus riches. Alors qu’en France, c’est en principe l’Etat qui est chargé de la redistribution de la fortune nationale au service des plus faibles.

Thèse principale de l’ouvrage de P. Bruckner : la sagesse de l’argent tient dans la combinaison de trois vertus : la liberté, la sécurité, l’insouciance. Equilibrées par trois devoirs : la probité, la proportion et le partage.

Il est bon de rappeler les avantages de l’argent, que nous avons tendance à oublier, parce que nous sommes héritiers d’une tradition socialisante et catholique. Tout d’abord, l’argent est facteur d’émancipation. Les femmes dans les années 50-60-70 ont réclamé leur part de travail pour pouvoir s’émanciper économiquement de leur mari. Depuis que l’on a instauré le mariage d’amour, c’est une source de divorce. Là où jadis nos mères hésitaient à quitter leur mari, parce que cela signifiait pour elles la misère ou l’incertitude financière les femmes d’aujourd’hui n’hésitent pas à rompre le lien conjugal, précisément parce qu’elles ont une tendance financière. L’argent, c’est une liberté. La sécurité découle de cette liberté. L’argent a cette capacité merveilleuse de nous prémunir de l’adversité. Pouvoir s’offrir un toit, des études, se soigner, tout cela, ce sont des garanties de sécurité. L’insouciance, j’ouvre le livre là-dessus : l’argent nous offre du temps et la capacité de faire des projets. Avec la pauvreté, on est condamné au présent perpétuel.

L’éminente dignité des pauvres est un point central du catholicisme, ils témoignent de la grandeur du Christ. Les riches dans leur appétit de jouissance sont prisonniers des biens de ce monde. On peut aujourd’hui a posteriori lire cela comme une justification de l’ordre établi. Au fond, le christianisme en expliquant aux pauvres que les derniers sur Terre seraient les premiers au Paradis, maintenait la structure sociale de l’Ancien régime intacte. Le grand basculement de notre civilisation est ce moment où les protestants, avec Martin Luther et Calvin vont modifier ce point de dogme : pour eux, la pauvreté n’est en soi porteuse d’aucune grandeur naturelle, c’est le travail ; par exemple, faire fructifier cette terre qui est l’oeuvre divine. Ils vont condamner une pratique qui est la mendicité. C’est l’effort consenti pour sortir de la pauvreté qui est mis en valeur. On a là toute la différence entre le monde protestant et le monde catholique en Europe, mais aussi entre l’Europe latine et l’Amérique du Nord.

Spécificité française du tabou de l’argent : la France est héritière de trois héritages. La tradition catholique qui condamne l’argent, concurrent maléfique de Dieu, qui sépare les hommes. L’héritage aristocratique qui méprise le travail : l’argent n’est pas fait pour être gagné, on laisse cela aux serfs et manants, il est fait pour être dépensé. Un bon aristocrate va à la chasse et à la guerre, il ne travaille pas, à la différence des Bourgeois. Dernier héritage enfin, celui de la Révolution française égalitariste, qui fait que tous les hommes sont nés égaux en droits, sinon en condition. A la différence des Etats-Unis, où il n’y a pas comme chez nous de séparation entre vie spirituelle et vie matérielle. Pour les Américains, le dollar est une monnaie spirituelle. Alors que pour nous Français, l’Euro est une monnaie profane, voire désincarnée. Aux Etats-Unis, la richesse est à la fois un gage de patriotisme et de christianisme. Les riches sont aimés par Dieu, les pauvres peut–être pas. C’est ce qui peut nous scandaliser lorsque nous sommes là-bas.

Question de Charles Pépin : est-ce que notre rapport à l’argent à titre individuel dit la vérité de ce que nous sommes ou aspirons à être ?

Oui, l’argent est un formidable révélateur. L’avare, le généreux, le prodigue n’échappent pas à cette relation à la vérité. L’avarice : chaque sou gagné est un fragment de notre corps. C’est une hémorragie qui sort de nous et rend littéralement les gens malades. On a tous nos moments de radinerie, personne ne peut se dire exempt de cette maladie. Le prodigue en sens inverse a un rapport étrange avec l’argent. Dans le geste aimable du prodigue, il y a aussi la volonté de manifester face aux témoins à quel point l’argent le laisse indifférent. Il est lui membre d’une humanité bien supérieure à la moyenne. Il y les cadeaux qui oppriment ceux qui les reçoivent, parce qu’un don doit être suivi d’un contre-don. Quand un cadeau ne peut être rendu, il y a là une appropriation potentielle qui peut mettre très mal à l’aise. C’est pour cette raison que l’argent a été créé, pour mesurer la dette, pour mieux quantifier ce qui est dû. L’argent nous fait passer du monde de la dette, du monde de l’Ancien régime au monde du don, du salaire et du travail pour nous arracher de l’emprise des autres. C’est tout le paradoxe de l’argent : il est l’émancipation pour les uns et l’asservissement pour les autres.

Conviction de Charles Pépin : la manière dont on dépense, économise, partage ou pas dit assez bien la vérité de l’intériorité.

Pascal Bruckner voulait depuis longtemps écrire un livre sur l’argent, étonné par la haine qu’il suscite. Il constate que les critiques les plus acerbes du veau d’or sont en général assez bien pourvus. Selon lui, maudire l’argent, c’est finalement lui rester attaché.

Classe sociale, élite, dirigeants se voient émerger et disparaître, bouger comme des plaques tectoniques, se refusent à l’immobilisation. La frugalité de toute chose, telle est la leçon de l’argent qui nous échoie pour nous fuir, qui ne gratifie les uns que pour les abandonner ensuite, dans une alternance de ruine et de résurrection. Ce que voulait dire l’apôtre Matthieu, reprenant l’enseignement des stoïciens, quand il recommandait de rester pauvre dans notre coeur. Les dons de la vie nous fuient aussi promptement qu’ils arrivent, comme sur la table de jeu, les dés roulent parfois en notre faveur, parfois à notre détriment. La fortune n’est que la métaphore de la vie, si belle, si fragile. Accepter que tout ce qui nous fut accordé puisse nous être repris, en retirer malgré tout un immense sentiment de gratitude, telle est l’ultime sagesse.

Pascal Bruckner a voulu pourfendre deux illusions dans son livre : la première est l’idée selon laquelle l’argent nous rendrait matérialiste. C’est un contre-sens selon lui. C’est la pauvreté qui rend matérialiste. Lorsque vous êtes pauvre, vous êtes asservi jour et nuit à la matière. Le paradoxe, c’est quand on a de l’argent qu’on n’y pense plus. L’argent permet d’échapper à l’argent. Il y a une deuxième illusion : la possession d’une fortune permet de s’élever au-dessus de la condition humaine. Quand on est millionnaire on pourrait acheter l’amour, l’amitié… C’est faux. On peut acheter ou louer des corps, mais on ne peut pas monnayer des loyautés. Il y a des croyances, des attachements totalement étrangers à la notion d’argent.

Le mot liquide est important : l’argent sert à fluidifier l’existence. L’argent n’a d’intérêt que s’il est la récompense d’un honnête travail. C’est là où le protestantisme a une petite supériorité sur le catholicisme (excepté Florence, Milan, Venise qui ont été les laboratoires de l’économie de marché) ; à travers la condamnation de l’argent, ce que l’on peut voir en filigrane, dans la France d’aujourd’hui et depuis 10 ou 15 ans, c’est l’idée selon laquelle le travail est condamné, que c’est un vestige de l’histoire ancienne, que dans le monde de demain, on aura la semaine de quatre jours, et qu’au fond, le travail nous enchaîne à une activité dégradante. Et ça, c’est une réminiscence de l’esprit aristocratique. On s’aperçoit que les gens qui travaillent le plus, ce sont les classes dominantes, ce sont les élites, qui exécutent des tâches harassantes, alors même que s’est répandue en France l’idée des 35h. On pourrait se retrouver demain un peu comme l’Empire romain à son apogée, au moment de sa décadence, où un petit nombre de gens extrêmement riches entretenaient une masse de oisifs. Et d’esclaves heureux. Et on peut très bien imaginer pour demain une société analogue à l’Empire romain, une société festive, avec des personnes très riches qui entretiendraient et contrôleraient une grande masse de non actifs et ce serait une utopie sinistre.

La sagesse est de désacraliser l’argent, à ne pas l’aimer ou le détester plus que de raison. Il y a une vie en dehors des ruminations financières, une vie faisant émerger l’éclosion artistique.

Sources :

* Conférence du 07 novembre 2016 au MK2 Odéon, café philo animé par Charles Pépin.

Emission « ça va pas la tête ? » animée par Ali Rebeihi avec : 

PWN-Paris (Professional Women Network), un des plus grands réseaux de femmes en France et en Europe, a planché sur le thème Femmes et argent depuis 2013, avec une étude complète et  un documentaire sur ce thème, conçu comme un véhicule de sensibilisation de la cible féminine à l’importance de gérer son argent en propre.

Argent dans le couple, la fin d’un tabou ?

Identité : significations 2/2

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Suite de l’épisode 1 : vous avez été nombreux à consulter la première partie, voici la seconde ! Si vous avez des questions, vous souhaitez en savoir plus ou me consulter pour l’atelier identité professionnelle que j’anime, envoyez-moi un mail à contact@nathalieprevostconseil.com.

Par Vincent de Gaulejac (page 176), dans Le vocabulaire de psychosociologie, positions et références. Auteurs : Jacqueline Barus-Michel, Eugène Enriquez et André Lévy, Editions érès, 2013.

Extraits

Le sentiment de continuité du Moi s’enracine dans la mémoire. Lorsque celle-là fait défaut, la démence n’est pas loin et seule l’identité sociale subsiste comme élément stable pour désigner la permanence de la personne. Répondre de façon approfondie à la question « qui suis-je » ? conduit à raconter l’histoire d’une vie (Arendt, 1958). « C’est dire que l’identité du qui est une identité narrative« . Pour Paul Ricoeur, l’identité narrative est constitutive de l’ipséité, de l’émergence du sujet qui apparaît simultanément comme lecteur et auteur de sa propre vie. « L’histoire d’une vie ne cesse d’être refigurée par toutes les histoires véridiques ou fictives qu’un sujet raconte sur lui-même » (Ricoeur, 1985).

La notion d’identité narrative s’applique à l’individu, mais également aux communautés, que ce soit la famille, le clan, le peuple ou la nation. Comme dans la psychanalyse, l’identité narrative d’une communauté est « issue de la rectification sans fin d’un récit antérieur par un récit ultérieur et de la chaîne de refigurations qui en résulte. » L’identité narrative n’a rien de stable. Elle évolue et peut faire l’objet de multiples versions, complémentaires ou même opposées, qui se constituent entre l’histoire factuelle, celle des historiens, et la fiction, celle qui se construit sur le modèle du roman familial.

Dans les différentes versions de son histoire, la personne cherche un sens, une issue aux conflits identitaires qu’elle peut rencontrer dans son existence. Le récit est une construction qui lui permet d’échapper au manque, du côté du fantasme, de restaurer une histoire marquée par le malheur ou la maltraitance, ou encore d’inventer des médiations face aux contradictions qui la traversent.

Dans les sociétés « narcissiques », l’idéologie de la réalisation de soi s’est considérablement développée, proposant de révéler aux femmes et aux hommes leur nature profonde, leur véritable Moi ou encore leur vérité intérieure. « Je n’existe pas » affirme David Hume (cité par Rosset, 1999) dans son traité de la nature humaine, lorsqu’il constate que le sujet ne peut jamais se saisir de lui-même. L’identité personnelle est moins une donnée qu’une conquête.

Si l’on considère, avec Norbert Elias (1939), que la société produit des individus qui produisent la société, il convient de situer l’identité au croisement de ce double processus, comme lieu de cristallisation des contradictions sociales, familiales et psychiques. Dans les sociétés hypermodernes, les marqueurs d’identité sont pluriels, hétérogènes et mobiles. Loin d’être sans appartenance (Mendel, 1983), l’individu hypermoderne est multi-appartenant. Il peut occuper simultanément ou chronologiquement des positions diverses, des statuts différents et jouer des rôles sociaux multiples. Il lui faut donc effectuer un travail constant sur lui-même pour retrouver, dans cette diversité des positions occupées et des attributs identitaires qu’elles contiennent, une cohérence, une unité, une permanence.

L’affirmation de soi est une nécessité dans le monde hypermoderne, caractérisé par la lutte des places. Dans le monde du travail, il est soumis au risque de perdre son emploi, donc son identité professionnelle. Dans l’univers familial, les positions de chacun deviennent de plus en plus dépendantes des relations affectives. Dans le registre social, la mobilité sollicitée de toutes parts favorise l’errance plutôt que la stabilité.

Chaque individu est renvoyé à lui-même « pour se faire une situation« , donner du sens à sa vie, définir son identité, produire son existence. On attend de lui qu’il devienne un sujet responsable, comptable de sa destinée, acteur engagé dans la production de la société, jusqu’à devenir un sujet souverain lorsque la démocratie ne repose plus que sur ses capacités d’action.

Dans ces conditions, la quête de reconnaissance, qu’elle soit sociale, symbolique ou affective, devient l’élément central qui anime les destinées humaines.

 

 

 

 

 

Identité : significations 1/2

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Par Vincent de Gaulejac (page 176), dans Le vocabulaire de psychosociologie, positions et références. Auteurs : Jacqueline Barus-Michel, Eugène Enriquez et André Lévy, Editions érès, 2013.

Extraits

L’identité est un terme polysémique. Selon les définitions du Petit Robert, le mot évoque ce qui est « identique », l’unité, « le caractère de ce qui est un », la permanence, « le caractère de ce qui reste identique à soi-même », la reconnaissance et l’individualisation… Certains de ces éléments sont repris dans nos cartes d’identité : le nom, les prénoms, la taille, la nationalité, l’adresse, les signes particuliers. Délivrée par les pouvoirs publics, elle est au fondement de l’existence sociale et de la reconnaissance de la citoyenneté.

Le mot condense une série de significations, entre les processus de construction de soi et les processus de reconnaissance, qui concernent les différents registres des relations humaines et des rapports sociaux. Notion complexe, éminemment psychosociologique, elle évoque la permanence dans le temps d’individus qui ne cessent de se transformer pour tenter de maîtriser le cours de leur existence.

Le terme d’identité est contradictoire : entre l’idée de similitude (préfixe idem) et celle de différenciation (singularité), chacun se définit par des caractéristiques communes à tous ceux qui sont comme lui.elle, et par des caractéristiques qui permettent de le.la  distinguer de tous ses semblables.

Lorsque l’enfant paraît, il est l’objet d’identifications multiples qui amorcent un double mouvement de projection et d’introjection constitutif de sa construction identitaire : « il a le nez de sa mère » ; « elle sera avocate comme son père » …

Chaque individu tente de se définir comme un soi-même à partir d’éléments disparates. D’un côté les désirs, les projections, les attentes et les aspirations de l’entourage, de l’autre les normes, les codes, les habitus et les modes de classement que chaque milieu produit pour désigner et reconnaître chacun des membres qui le composent. « Nous ressemblons tous à l’image de ce que l’on fait de nous » écrit Jorge Luis Borges pour rendre compte de la dualité entre ce qui pousse à « être soi-même » et ce qui vient des autres dans la constitution de soi.

C’est dire que l’individu est désigné par un ensemble d’attributs sociaux et juridiques qui lui assignent une place dans l’ordre généalogique (côté paternel, côté maternel, fratrie…) et dans l’ordre social (emploi, statut socio-professionnelle, niveau de revenu, type d’habitat, place dans diverses organisations ou institutions…).

L’identité est définie à partir de l’appartenance de chaque individu à une famille, une communauté, une classe sociale, un peuple, une nation etc. Entre l’identité individuelle et l’identité collective, il existe des liens étroits dans la mesure où, loin de s’opposer, elles se coproduisent. Ainsi, le nom de famille permet de singulariser chaque individu selon un code pré-établi qui le classe dans des lignées précises tout en le situant dans une région géographique donnée, dans un pays et dans une langue. Il en va de même pour les prénoms, qui sont porteurs d’appartenances et de traditions tout en spécifiant l’individualité de chacun à l’intérieur du groupe familial.

Dans les sociétés médiévales, chacun était assigné à une place dans un monde social, interprété comme un ordre naturel qui fixait l’existence. La personne s’identifiait au rôle qu’elle jouait dans la société : forgeron, paysan, chevalier… L’idéologie contemporaine de la réalisation de soi s’est imposée : c’est aujourd’hui à l’individu lui-même de construire sa cohérence dans un monde éclaté, c’est à lui de donner un sens à son existence. Chaque individu a donc la liberté de changer de place, mais également le risque de la perdre. C’est la lutte des places.

En conséquence, les tensions augmentent entre l’identité héritée, celle qui nous vient de la naissance et des origines sociales, l’identité acquise, liée fortement à la position socioprofessionnelle, et l’identité espérée, celle à laquelle on aspire pour être reconnu.e.

Lire la suite.

A découvrir : l’atelier que j’anime sur l’identité professionnelle, directement inspirée des histoires de vie.

Télécharger : fiche-atelier-identiteprofessionnelle

A lire également sur le blog : les histoires de vie socio-professionnelles.

Ou identité et mythes.

L’âme 1/2

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François Cheng de l’Académie française a raison de souligner que l’âme occupe moins d’espace aujourd’hui dans notre vocabulaire. Mot désuet ? Je dirais essentiel. Intemporel. Je dédis cet article à Christine, qui avait l’âme si belle.

François Cheng (2016, L’âme, aux Editions Albin Michel) dresse un panorama bref mais éclairant de la conception de l’âme dans les grandes traditions spirituelles.

« L’âme de chaque être est reliée au Souffle primordial qui est le principe de Vie même. Notre âme a le don de nous rappeler, quelle que soit notre croyance, combien la vie de chacun de nous participe d’une immense aventure que les Chinois nomment le Tao, la Voie, aventure unique qui connaîtra des transformations mais point de fin. »

Commençons par la Chine : la conception de l’âme vient essentiellement de la tradition taoïste. Selon celle-ci, l’âme humaine, animée par le Souffle primordial, comporte deux instances : une partie supérieure ayant une dimension céleste appelée hun, et une partie inférieure, de dimension terrestre, appelée po. Du vivant de la personne, hun et po combinés lui donnent la possibilité de vivre en bonne intelligence avec la Terre, tout en lui offrant une ouverture vers la sphère qui transcende l’espace et le temps. Cela représente l’idéal. De tout temps, la pensée chinoise conçoit comme naturel le fait que seule une âme humaine faisant un avec l’âme divine peut assurer une vie efficiente.

En Asie, l’autre pôle fondamental est la pensée indienne.  De même que l’univers est soumis à des cycles, explique Zéno Bianu dans son livre Sagesses de la mort, l’être humain est en son essence soumis à une migration indéfinie. Au vrai, son âme possède une vocation d’oiseau migrateur, qui la conduit à voler vertigineusement de corps en corps, à travers les strates d’un temps circulaire… Pour les hindous, nous sommes les réceptacles d’une entité éternelle, âtman, préexistant à notre naissance et subsistant après notre mort. Ce qui intéresse François Cheng dans cette vision, c’est que l’âme ainsi conçue est porteuse d’une mémoire : « En mourant, l’homme emporte avec lui la nécessité d’épuiser dans d’autres vies les conséquences, les effets de ses actes présents et passés, bons ou mauvais ». Il y a donc une dimension éthique, une responsabilité à laquelle l’homme ne saurait échapper, et cette perspective ouvre sur un horizon de libération.

Le bouddhisme, né en Inde, a repris la notion de karma de la culture indienne, mais en la transformant totalement. Car l’idée même d’un Soi, d’une âme qui transmigrerait de corps en corps jusqu’à la libération finale, est remise radicalement en cause par le Bouddha Shakyamuni. Tel est l’anâtman, la doctrine du non-soi. Tout ce qui ressemble à une entité permanente qui pourrait subsister par-delà les réincarnations n’est à ses yeux qu’illusion. L’unité de l’être n’est qu’apparente. C’est précisément l’attachement à cette apparence d’un « je » qui crée la souffrance, et tous les malheurs du monde. Le bouddhisme est donc, de toutes les traditions, la plus radicale dans « agnosticisme » vis-à-vis de l’âme. Contrairement à ce que croient beaucoup d’Occidentaux, la compassion bouddhiste, par exemple, n’est en rien comparable à l’amour de type judéo-chrétien : elle ne naît pas d’un rapport d’âme à âme, mais se fonde justement sur le fait que dans un univers d’impermanence totale, tous les êtres vivants sont interdépendants, dénués de cette unicité qui leur fait croire à leur autonomie.

Plus proches de notre culture, les trois religions monothéistes. François Cheng se basant sur le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, remarquable de clarté selon lui, explique : Dans la Bible, d’une façon générale, des mots tels que nèfech, rouah, nechamah, traduits habituellement par « âme » ou « esprit », désignent la vie ou la personnalité de l’individu. Pour les sages du Talmud, l’âme humaine est séparée du corps. Ils établissent une analogie entre la relation de Dieu au monde et celle du corps à l’âme. Au Moyen Âge, un Maïmonide, concilie sa philosophie avec le judaïsme. Pour lui, l’âme est essentiellement une, mais s’exprime à travers cinq facultés différentes : nutritive, sensitive, imaginative, émotionnelle et rationnelle. Tandis que les quatre premiers aspects de l’âme périssent avec la mort du corps, chaque personne a la possibilité d’accéder à l’immortalité en développant sa faculté rationnelle en une entité non plus potentielle mais parfaite, devenant par là permanente et indestructible. Cette notion d’une âme qui se développe met en évidence la liberté de choix de l’homme et lie la récompense ultime et la punition de l’individu à ses propres actions.

La tradition musulmane, très proche de la judaïque (y compris dans les racines étymologiques de son vocabulaire spirituel), parle par exemple de Rûh comme la Bible parle de Ruah. Mais là aussi, nombre de philosophes ont développé tout un vocabulaire pour distinguer ce qui relève des fonctions physiologiques, psychiques et spirituelles de l’être. Surtout, les grands mystiques soufis ont créé toute une typologie des âmes, distinguées suivant les qualités du fidèle qu’elles expriment sur son chemin spirituel. « Au fur et à mesure de son épuration par un procédé de rappel (Dhikr), explique Faouzi Skali dans La voix soufie, l’âme gravite à travers les étapes qui doivent la mener à la connaissance de Dieu. A chaque nouvelle étape, l’âme apparaît avec de nouveaux caractères ». Le poète persan Attar dans sa Conférence des oiseaux raconte ce voyage de monde en monde par la métaphore : une trentaine d’oiseaux pèlerins partent à la recherche de leur roi, traversent mille épreuves et mille mondes, avant de découvrir que ce souverain mythique, le Simorgh, n’est autre que leur moi profond.

Le christianisme a repris beaucoup d’éléments du judaïsme. Mais de façon singulière, il met en avant la valeur de la personne. Unicité de chaque être, unicité de chaque destin aussi. L’idée de la réincarnation lui est étrangère, puisque la résurrection qu’il promet n’est pas dans le renouvellement d’une existence du même ordre ; elle relève d’un autre ordre marqué par la transfiguration de l’expérience vécue éprouvée par l’amour. Les Pères de l’Eglise, ceux-là même qui ont élaboré cette vision si singulière d’un Dieu à la fois Trois et Un, ont donné en quelque sorte une correspondance terrestre à la Trinité, à travers leur vision ternaire de l’homme en tant que corps-âme-esprit. Oui, la triade corps-âme-esprit est l’intuition peut-être la plus géniale des premiers siècles du christianisme. Les trois entités complémentaires et solidaires de cette triade peuvent entretenir des tensions entre elles. Le jeu dialectique majeur, parce que fécond, se joue entre âme et esprit. Ce qui est en jeu est toute une série de rapports entre le particulier et le général, entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’affectif et le rationnel, entre la passion et la raison, entre le besoin de l’imaginaire et l’exigence du réel, entre l’inexprimable et l’exprimé, entre la mémoire enfouie et le présent dominé, entre l’intuition de l’infini et la conscience de la finitude…

L’esprit se meut, l’âme s’émeut ; l’esprit raisonne, l’âme résonne. F. Cheng

Mémoire individuelle, mémoire collective

eiffel-tower-1156146__180.jpgAttachée aux passerelles et à ce qui relie, comme mon parcours en témoigne (dans la communication et l’accompagnement professionnel), je souhaitais vous faire part d’une initiative remarquable de chercheurs ayant décidé après les attentats du 13 novembre 2015 de lancer un programme transdisciplinaire inédit : une étude sur la genèse du souvenir, s’étendant sur 12 ans, avec le recueil de témoignages de 1 000 personnes, interrogées à quatre reprises.

Cette démarche, pilotée par l’historien Denis Peschanski du CNRS et le neuropsychologue Francis Eustache de l’INSERM, permettra de comprendre comment s’articulent mémoires privée et publique. Ce programme de recherche baptisé « 13 novembre » réunira historiens, sociologues, neuropsychologues, lexicologues, philosophes, spécialistes des sciences cognitives…

Selon l’historien, interrogé par le magazine Télérama (T3487 09/11/2016), « on ne peut pas comprendre la mémoire collective si l’on ne prend pas en compte la dynamique cérébrale individuelle de la mémoire. Inversement, la révolution de l’imagerie cérébrale a montré que si l’on voulait comprendre ce qui se passait dans le cerveau, il fallait intégrer l’impact du social. » Il poursuit : « Dans Mémoire et traumatisme (2012), un livre d’entretiens croisés avec le neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, celui-ci me faisait remarquer que, lors d’examens de patients en IRM, on s’apercevait que les zones de la mémoire dans le cerveau étaient les mêmes que celles de l’anticipation. C’est une donnée cruciale pour un historien qui travaille sur des témoignages. »

« La mémoire du futur, troublante expression : c’est un faux oxymore, comme mémoire et oubli. » (Denis Peschanski, 2014).

Comment définir la mémoire collective ?

« La représentation sélective du passé façonne la construction identitaire d’un groupe. Pourquoi choisit-on certains événements et pas d’autres ? Prenons un exemple : l’exode de juin 1940. On estime que l’exode a concerné 25 à 30 millions de personnes sur une population de 40 millions d’habitants. Or, pour passer dans la mémoire collective, l’exode devait avoir un sens, une utilité sociale. Mais que fait-on avec la fuite, la peur, la honte ? On n’en a rien fait pendant longtemps, contrairement à la mémoire de la Résistance, qui participait de la reconstruction de la France. »

Un duo vertueux, mémoire et oubli

Mémoire et oubli (Francis Eustache, Ed. Le Pommier) sont loin de représenter deux fonctions antagonistes. Ils partagent au contraire les mêmes objectifs : gérer de façon optimale la montagne de souvenirs qu’engendre la vie quotidienne. Que ce soit pour la mémoire individuelle ou la mémoire collective, l’oubli est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire.

A écouter : 13 novembre, où en sont les sciences sociales ?

A regarder, une vidéo de présentation du programme à l’Assemblée Nationale.

Osons le rêve en entreprise

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En cette période de Noël, chère aux enfants, j’avais envie de m’intéresser à un sujet peu évoqué dans la sphère professionnelle, et vous faire découvrir les résultats d’une grande enquête, La Boîte à Rêves, signée The Boson Project et Capgemini Consulting.

Leur pari ? Unir une bonne fois pour toutes deux notions qu’a priori rien ne relie naturellement : le rêve et l’entreprise. La bonne nouvelle ? Cette idée saugrenue ne l’est en réalité pas tant. Et oui, après avoir nourri le ventre de l’humanité avec du travail, son ego avec de la reconnaissance, son cerveau avec du sens… il est temps de nourrir son âme avec du rêve.

Un peu partout sur cette planète du monde de l’entreprise somnolent doucement mais sûrement des collaborateurs qui s’endorment à défaut de s’épanouir. Quoi de pire pour une entreprise que d’avoir son principal actif, l’humain, en mode « veille » dans un monde qui va à fond ?

Aux questions « Et toi tu rêves en entreprise ? » et « L’entreprise te fait-elle rêver », voici quelques résultats et des surprises :

  • Pour 82 % des répondants, le couple rêve et entreprise est compatible.
  • Et ils vont même plus loin : pour 62,5 % d’entre eux, rêver en entreprise est vital, pour 36 % rêver est un « plus », alors que seulement 1,5 % déclarent le rêve inapproprié en entreprise.
  • 81 % répondent par l’affirmative à la question : « As-tu besoin de rêver pour t’engager » ?
  • 40 % des répondants déclarent ne pas rêver, alors qu’ils affirment aussi que c’est la condition sine qua non de leur engagement…
  • Seulement 37 % constatent que le rêve est encouragé dans leur entreprise, pour 33 % n’a pas lieu d’être, pour 23 % il est toléré.
  • Les rêveurs moteurs ont un potentiel d’engagement incroyable, et ils sont 57 % des répondants.
  • 23 %, en majorité des femmes, avouent ne pas rêver dans leur entreprise. Elles – ils – attendent de la confiance pour rêver.
  • Les pragmatiques (10 %) et les loups solitaires (10 %) ne se sentent pas concernés.
  • Les clés du rêve : le temps (16 %), la liberté (11 %), la confiance (4 %) et le projet (4 %) sont le plus souvent cités. Autre grande famille : passion, inspiration et sens en appellent à des ressorts plus individuels.
  • « Ton rêve en entreprise, ce serait quoi ? » : 35 % prendre mon pied, ne jamais m’ennuyer ; 27 % entreprendre, un projet à monter ; 18 % continuer d’apprendre, toujours m’améliorer ; 13 % être utile ; 5 % gravir les échelons ; 2 % avoir un job stable, plus de sécurité.
  • « Qu’est-ce qui te pousserait à te dépasser ? » : 47 % un projet qui me parle ; 27 % des challenges de fou ; 19 % de la confiance
  • « Qui est-ce qui te pousserait à te dépasser ? » : 45 % un manager qui m’encourage ; 26 % des collègues qui me soutiennent ; 21 % un PDG qui m’inspire.
  • Un leader doit avant tout donner envie aux collaborateurs, la passion (40 %) ; désigner le cap à suivre, la vision (35 %) ; laisser une réelle autonomie (16 %) ; partager l’information en toute transparence (9 %).
  • Pour 78 % des répondants, le leader n’est pas singulier, mais pluriel ; et pour 57 % quelqu’un à qui on peut s’identifier. Ses trois attributs les plus plébiscités sont : l’écoute, l’exemplarité, l’accessibilité.

Conclusion des signataires de l’étude : « Les rêveurs ont un rôle à jouer. Notre monde est devenu trop complexe, trop imprévisible pour ne pas laisser la place aux rêves. Ce sont eux qui vont inventer le monde de demain en dehors des sentiers battus, qui vont créer de nouveaux territoires, de nouvelles façon de travailler. »

Méthodologie de l’enquête : 2 500 Français, hommes et femmes, qui, du 28 septembre au 4 novembre 2015, ont pris le temps de répondre au questionnaire qui leur a été soumis de manière exclusivement virale via des réseaux sociaux comme Twitter ou LinkedIn, le site internet Lesechos.fr ou encore via e-mail pour certaines entreprises privées ou certaines grandes écoles et universités. Par le choix des canaux utilisés, le panel de répondants présente certaines caractéristiques : il s’agit, pour plus de 70 % de répondants jeunes (moins de 35 ans), cadres et salariés à plein temps.

A lire sur le blog, autre article sur le leadership.

A découvrir : un atelier pour travailler sa posture de leader, à la fois mentale et physique.

Pourquoi remettre ses rêves et ses désirs au lendemain ?

Phrase découverte grâce à Pierre Clavel, Président de Shynleï, que je vous partage ici : « Les rêves chuchotent à nos oreilles, ils ne crient pas ».

Découvrir l’accompagnement individuel Shynleï que je propose.

La comédie musicale réalisée par un franco-américain, Damien Chazelle, qui a fait un carton fin 2016 (avec sept récompenses aux Golden Globes), La La Land, met en scène les rêves qui se réalisent, avec les joies et les renoncements qui en découlent immanquablement. Voici ce qu’en dit ce jeune réalisateur de 32 ans : « Le titre est bien sûr une référence à Los Angeles, L.A., mais aussi à une expression qu’on utilise en anglais. Dire à quelqu’un « Tu vis en La La Land ! » signifie « Arrête de rêver ! » Je voulais saluer les gens qui ne sont pas réalistes, qui croient à leurs rêves et sont prêts à affronter l’impossible pour les réaliser. »

 

Transmettre ? Entre répétition et transformation

 

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Initiales Réseau Pluridis organise le 24 mars à Paris 15e une journée d’étude sur le thème de la transmission.

La notion de transmission est multidimensionnelle, elle convoque à la fois les sphères sociale, économique, culturelle, psychique… et reste en partie inconsciente. Nous l’aborderons plus particulièrement dans les champs de la famille et du travail et de leurs imbrications respectives.

Au cours de cette journée d’étude interactive, nous proposerons des apports théoriques, des témoignages, des ateliers expérientiels ou thématiques en groupes restreints.

Elle s’adresse à tous ceux qui sont intéressés par la thématique de la transmission, à titre personnel ou professionnel : acteurs RH, managers, sociologues, psychologues, consultants, médiateurs et praticiens de l’accompagnement, de l’orientation, de la formation, coachs…

Profitez du tarif préférentiel en vous inscrivant avant le 10 janvier 2017 : se renseigner et s’inscrire.

Identités : à ma place

Zazie – A ma place (en duo avec Axel Bauer)

Serait-elle à ma place plus forte qu’un homme
Au bout de ces impasses où elle m’abandonne
Vivre l’enfer mourir au combat
Faut-il pour lui plaire aller jusque là?
Se peut-il que j’y parvienne
Se peut-il qu’on nous pardonne
Se peut-il qu’on nous aime
Pour ce que nous sommesSe met-il à ma place quelques fois
Quand mes ailes se froissent
Et mes îles se noient
Je plie sous le poids
Plie sous le poids
De cette moitié de femme
Qu’il veut que je sois
Je veux bien faire la belle, mais pas dormir au bois
Je veux bien être reine, mais pas l’ombre du roi
Faut-il que je cède
Faut il que je saigne
Pour qu’il m’aime aussi
Pour ce que je suisPourrait-il faire en sorte
Ferait-elle pour moi
Ouvrir un peu la porte
Ne serait ce qu’un pas
Pourrait il faire encore
Encore un effort
Un geste un pas
Un pas vers moi…Je n’attends pas de toi que tu sois la même
Je n’attends pas de toi que tu me comprennes,
Seulement que tu m’aimes pour ce que je suisSe met-elle à ma place quelques fois
Que faut-il que je fasse pour qu’elle me voit
Vivre l’enfer mourir au combat,
Veux-tu faire de moi ce que je ne suis pas?
Je veux bien tenter l’effort de regarder en face
Mais le silence est mort et le tien me glace
Mon âme sœur cherche l’erreur
Plus mon sang se vide et plus tu as peur

Faut-il que je t’apprenne
Je ne demande rien
Les eaux troubles où je traîne
Où tu vas d’où tu viens
Faut-il vraiment que tu saches
Tout ce que tu caches
Tout au fond de moi
Au fond de toi

Je n’attends pas de toi que tu sois la même
Je n’attends pas de toi que tu me comprennes,
Mais seulement que tu m’aimes
Seulement que tu m’aimes
Pour ce que je suis

Quand je doute
Quand je tombe
Et quand la route est trop longue
Quand parfois je ne suis pas
Ce que tu attends de moi
Que veux-tu qu’on y fasse
Qu’aurais-tu fais à ma place?
En savoir plus sur http://www.paroles-musique.com/paroles-Zazie-A_Ma_Place_avec_Axel_Bauer-lyrics,p6297#me2oWIDY6PzmhXAw.99

 

Le Zest-of – Album disponible : FNAC : http://zazie.co/ZestOfFnac

Qu’entend-on par accompagnement ?

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Maela Paul, docteur en Sciences de l’éducation, Université de Tours, à la bibliographie impressionnante, nous livre ses définitions de l’accompagnement (1).
Elle clarifie année après année au fil de ses recherches cette notion, la tâche étant ardue, du fait que l’accompagnement se construit à la frontière de logiques diverses : former, enseigner, aider, conseiller ou même gouverner.
Que met-on derrière ce mot, tant au devant de la scène aujourd’hui ?
L’accompagnement répond à une logique sociale et à une logique relationnelle. Au fondement de l’accompagnement : la relation, qui est première ; De la mise en relation dépend la mise en chemin et réciproquement. Il s’agit de viser la parité dans le dialogue, sans effacer la disparité des statuts, puisque l’accompagnement se joue dans un cadre professionnel. Le cheminement est de toujours tendre vers une émancipation par la personne de la situation dans laquelle elle se trouve.
Ses définitions  : l’accompagnement est un dispositif relationnel qui vise au travers d’un échange et d’un questionnement la compréhension d’une situation ou d’un projet. Il contribue à travers une pratique réflexive à inscrire autrui dans une réalité qui soit existentiellement et socialement viable pour lui ou elle et désirable par lui ou elle. La personne est reconnue dans sa triple identité : l’appartenance au genre humain, dans son statut de sujet-citoyen, et sa singularité d’être.
Ce qui est commun aux différentes formes d’accompagnement (coaching, mentoring, tutorat etc.) :
  • un dispositif relationnel,
  • des principes éthiques,
  • une démarche personnalisée,
  • une posture,
  • une perspective d’action,
  • un questionnement réflexif,
  • un cadrage institutionnel

Les principes éthiques auxquels doit se soumettre l’accompagnant : ne pas nuire, ne pas penser, dire et faire à la place de l’autre ; travailler dès le début à sa propre inutilité (ou effacement) ; ne pas savoir pour l’autre où il ou elle en est de sa situation.

A lire également sur ce blog : coaching or not coaching.
Ce billet est ainsi l’occasion de vous faire part des contours de la philosophie d’accompagnement qui est la mienne, préalable pédagogique et éthique important à toute demande d’accompagnement. Pour en savoir plus, me contacter.
(1) Source : Table-tonde L’accompagnement, de la notion au concept, avec Maela Paul, Emmanuel Rusch, Pascal Galvani, animée par Frédérique Lerbet-Sereni et Guy de Villers.
Colloque international tenu à Tours du 26 au 28 mai 2016, télécharger les résumés.

 

Stéréotype, quand tu nous tiens…

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Comme je vous l’annonçais dans mon billet précédent, voici un nouvel apport sur les stéréotypes.

Pour approfondir le sujet, je me suis demandée d’où ils venaient et pourquoi ils avaient une telle influence sur nos pensées et nos actes. Patrick Scharnitzky, docteur en psychologie sociale, nous en dit plus dans son ouvrage, que je vous recommande chaudement pour une mise à niveau : Les stéréotypes en entreprise, les comprendre pour mieux les apprivoiser, Editions Eyrolles, 2015.

Notre cerveau est un avare cognitif. Cette formule, consacrée par les scientifiques, explique que notre cerveau est toujours en quête d’économie mentale, à la recherche du meilleur rapport coût/bénéfice. Comment dépenser le moins d’énergie possible pour un résultat optimum ? Il va donc découper la réalité continue en catégories disjointes pour se simplifier la vie (…).  Notre cerveau construit des stéréotypes car ils sont la conséquence logique et normale du phénomène de catégorisation et des distorsions qui l’accompagnent. Ces stéréotypes vont devenir des outils d’interprétation de la réalité, créant un dispositif d’attentes dans les relations professionnelles.

En résumé, les stéréotypes proviennent avant tout d’une sorte de dysfonctionnement de notre cerveau qui comble ses limites par des outils simplificateurs de la réalité dans la perception des personnes.

S’ils ont une origine mentale, comme on vient de le voir, les stéréotypes sont aussi confortés, encouragés et justifiés par les valeurs sociales qui composent une culture. La société a en effet besoin de stabilité, et préfère toujours s’appuyer sur des croyances, des traditions et des habitudes pour fonctionner et faire adhérer le plus grand nombre. Ces deux causes se nourrissent mutuellement.

Comment fonctionnent les stéréotypes ? Les travaux en psychologie sociale portant sur les mécanismes mentaux de la formation d’impression nous l’expliquent (Fiske et Neuberg, 1990) : il semble infaisable de fonder son impression exclusivement soit sur les informations individuelles, soit sur le stéréotype. Etre exposé à un stéréotype est un automatisme qui répond d’une activation incontrôlée et non d’une prise de décision consciente. En revanche, y renoncer est un choix volontaire que nous devons faire et qui va nous demander effort et énergie.

A lire : les travaux du Laboratoire de l’égalité, Les stéréotypes, c’est pas moi, c’est les autres ! Pdf à télécharger : labo-egalite-stereotypes_filles_garcons.

Très intéressant : les tests de l’Observatoire des discriminations pour mesurer ses préjugés. Je vous engage à les faire, très instructif.

On comprend qu’il est nécessaire de s’engager dans une démarche volontariste si l’on veut les combattre et c’est bien ce que les entreprises sont en train de comprendre.

Pour les entreprises qui souhaitent mettre en place un module de sensibilisation à la prise de conscience de l’impact des stéréotypes à destination de leurs salariés,  me contacter.

Consulter ma proposition d’atelier en co-animation avec Jean-Michel Monnot  : prendre conscience des stéréotypes et des représentations héritées pour manager efficacement des équipes mixtes.

Séquence émotion : regardez !

 

La première impression n’est pas forcément la bonne…

 

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J’aimerais vous faire partager quelques éléments, loin d’être exhaustifs, j’y reviendrai dans d’autres articles, sur un sujet qui me semble essentiel  pour comprendre les enjeux de la mixité : les stéréotypes de genre, auxquels chacun de nous est confronté. Première étape : la prise de conscience des stéréotypes qui influencent nos pensées, notre perception des autres et nos décisions.

Comme l’explique Louis Schweitzer, « si nous sommes toutes et tous potentiellement victimes de stéréotypes, nous sommes également toutes et tous façonnés par ces mêmes stéréotypes. » (Préface de l’ouvrage Les stéréotypes en entreprise, Les comprendre pour mieux les apprivoiser, Editions Eyrolles, Patrick Scharnitzky).

Définition : un stéréotype est un ensemble d’informations et de croyances associées aux membres d’un groupe, quel qu’il soit. Il se compose d’une liste de caractéristiques accumulées tout au long de notre vie et dont les sources sont multiples.

IMS-Entreprendre pour la Cité et Patrick Scharnitzky, chercheur en psychologie sociale, ont mené une vaste étude sur 1 200 salariés de tous niveaux hiérarchiques dans neuf entreprises sur les stéréotypes de genre pour comprendre en quoi les mentalités entravent l’égalité entre les femmes et les hommes dans le milieu professionnel.

Les conclusions : les stéréotypes de genre sont partagés par les hommes et les femmes et ils renvoient à une répartition sexuée des rôles dans l’entreprise de l’homme leader et de la femme organisée et à l’écoute. Mais si la construction des stéréotypes sexués dépasse le cadre de l’entreprise, celle-ci dispose de moyens efficaces pour les rendre plus positifs, via son engagement, ses actions. Ce qui tend à atténuer les sentiments de discrimination des salariés, à augmenter leur satisfaction au travail, et ainsi leur motivation et leur performance.

Pour en savoir plus sur ce programme de recherche mené pour IMS Entreprendre pour la cité depuis 2010 : il a réalisé un état des lieux de certains stéréotypes majeurs dans les entreprises et surtout listé les leviers d’action permettant de réduire leur influence néfaste sur les relations professionnelles. Il se compose de quatre volets, le handicap (2011), le genre (2012), les origines (2014), et le dernier sur les générations en 2015.
Je vous engage à lire le volet de 2012, passionnant, et les guides pratiques proposés pour lutter contre les stéréotypes en entreprise : c’est faisable, et des entreprises peuvent en témoigner.
Autres travaux, ceux de Huguet et Régner (2009), in Journal of Educational Psychology, présentés par  Catherine Thinus-Blanc, du Laboratoire de Psychologie Cognitive, CNRS, Université Aix-Marseille, dans cette vidéo tournée en 2014Femmes et sciences : la menace des stéréotypes sociaux du genre.
Lire sur le même sujet :  La fabrique des genres.

Consulter ma proposition d’atelier en co-animation avec Jean-Michel Monnot  : prendre conscience des stéréotypes et des représentations héritées pour manager efficacement des équipes mixtes.

#Diversité #Liberté Nous avons tous un handicap, qu’il soit physique, mental, spirituel…

 

A regarder également l’interview vidéo de Brigitte Grésy, Secrétaire Générale du Conseil Supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, sur le sexisme ordinaire dans l’entreprise : comment le repérer, comment y faire face, comment le faire reculer.

 

 

 

En pleine conscience

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De retour de congés, en pleine forme, j’aimerais vous faire partager une de mes découvertes : le village des Pruniers en Dordogne. Si vous vous intéressez à la méditation et à la pleine conscience, je vous invite à écouter l’enseignement magistral de Thich Nhat Hanh, maître zen fondateur du village des Pruniers, dont voici quelques fondamentaux :

« Pour cultiver la paix, la joie et le bonheur, on a besoin d’énergie. Et la première sorte d’énergie est appelée pleine conscience, « smrti » en Sanscrit. La pleine conscience est une énergie qui nous permet d’être là, dans l’instant présent. Quand on respire en pleine conscience, on peut ramener l’esprit vers le corps. Chaque souffle, chaque pas que l’on fait, peut nous aider à revenir dans l’instant présent. La pleine conscience est porteuse de concentration, la deuxième sorte d’énergie. Si ces deux premières énergies sont assez puissantes, elles feront émerger la troisième, la vision profonde. Méditer, c’est cultiver l’énergie de la pleine conscience, l’énergie de la concentration, l’énergie de la vision profonde, afin d’atteindre la joie, le bonheur et la paix.

Les huit exercices de la pleine conscience :

  • Je reconnais, je suis conscient que j’inspire et que j’expire
  • Je suis le parcours de l’inspiration et de l’expiration jusqu’au bout
  • J’inspire et je suis conscient de l’existence de mon corps
  • J’inspire et je calme mon corps, je relâche mon corps
  • Je génère la joie
  • Je génère le bonheur
  • Je reconnais une sensation douloureuse
  • Je prends soin, j’embrasse la souffrance

La pratique nous aide à être conscient de l’énergie de l’habitude, énergie destructrice, léguée par nos parents et nos ancêtres. La reconnaissance suffit. Le pratiquant doit éprouver joie et plaisir dans la méditation en pleine conscience, c’est important. »

Les clés de la psychologique bouddhiste par Thich Nhat Hanh toujours dans la même vidéo (à partir d’1h23) : ici.

Définition apportée par Jon Kabat-Zinn dans son ouvrage Méditer, 108 leçons de pleine conscience, édition Marabout, 2010 :  » La pleine conscience est la conscience sans jugement de chaque instant, que l’on cultive en prêtant attention. Elle peut être renforcée par la pratique. Cette pratique est parfois appelée méditation. » Il ajoute plus tard que « la méditation est une façon d’être, non une technique. Le but de la méditation n’est pas de tenter d’accéder à un ailleurs, mais de permettre d’être exactement là où l’on est, tel que l’on est, et de permettre au monde d’être exactement tel qu’il est à cet instant même. C’est un acte d’amour radical, un geste intérieur de bienveillance et de bonté envers soi-même et les autres, un geste du coeur qui reconnaît notre perfection, y compris dans notre évidente imperfection.

A l’occasion de la 3e édition du Forum international de l’évolution de la conscience, Matthieu Ricard explique comment nous pouvons transformer notre conscience grâce à la méditation.

En pratique, pour aider ceux qui comme moi sont sur le (long) chemin de la pratique, voici quelques sources pour y parvenir : Trois minutes à méditer, les conseils de Christophe André, les applications pour se détendre et méditer.

Un atelier avec Christophe André pour s’initier à la méditation en pleine conscience, prochaine rencontre le 14 octobre.