Mémoire individuelle, mémoire collective

eiffel-tower-1156146__180.jpgAttachée aux passerelles et à ce qui relie, comme mon parcours en témoigne (dans la communication et l’accompagnement professionnel), je souhaitais vous faire part d’une initiative remarquable de chercheurs ayant décidé après les attentats du 13 novembre 2015 de lancer un programme transdisciplinaire inédit : une étude sur la genèse du souvenir, s’étendant sur 12 ans, avec le recueil de témoignages de 1 000 personnes, interrogées à quatre reprises.

Cette démarche, pilotée par l’historien Denis Peschanski du CNRS et le neuropsychologue Francis Eustache de l’INSERM, permettra de comprendre comment s’articulent mémoires privée et publique. Ce programme de recherche baptisé « 13 novembre » réunira historiens, sociologues, neuropsychologues, lexicologues, philosophes, spécialistes des sciences cognitives…

Selon l’historien, interrogé par le magazine Télérama (T3487 09/11/2016), « on ne peut pas comprendre la mémoire collective si l’on ne prend pas en compte la dynamique cérébrale individuelle de la mémoire. Inversement, la révolution de l’imagerie cérébrale a montré que si l’on voulait comprendre ce qui se passait dans le cerveau, il fallait intégrer l’impact du social. » Il poursuit : « Dans Mémoire et traumatisme (2012), un livre d’entretiens croisés avec le neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, celui-ci me faisait remarquer que, lors d’examens de patients en IRM, on s’apercevait que les zones de la mémoire dans le cerveau étaient les mêmes que celles de l’anticipation. C’est une donnée cruciale pour un historien qui travaille sur des témoignages. »

« La mémoire du futur, troublante expression : c’est un faux oxymore, comme mémoire et oubli. » (Denis Peschanski, 2014).

Comment définir la mémoire collective ?

« La représentation sélective du passé façonne la construction identitaire d’un groupe. Pourquoi choisit-on certains événements et pas d’autres ? Prenons un exemple : l’exode de juin 1940. On estime que l’exode a concerné 25 à 30 millions de personnes sur une population de 40 millions d’habitants. Or, pour passer dans la mémoire collective, l’exode devait avoir un sens, une utilité sociale. Mais que fait-on avec la fuite, la peur, la honte ? On n’en a rien fait pendant longtemps, contrairement à la mémoire de la Résistance, qui participait de la reconstruction de la France. »

Un duo vertueux, mémoire et oubli

Mémoire et oubli (Francis Eustache, Ed. Le Pommier) sont loin de représenter deux fonctions antagonistes. Ils partagent au contraire les mêmes objectifs : gérer de façon optimale la montagne de souvenirs qu’engendre la vie quotidienne. Que ce soit pour la mémoire individuelle ou la mémoire collective, l’oubli est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire.

A écouter : 13 novembre, où en sont les sciences sociales ?

A regarder, une vidéo de présentation du programme à l’Assemblée Nationale.