L’interprétation sociologique des rêves

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J’aimerais partager avec vous quelques extraits d’une interview lue dans Télérama (1) qui a apporté de l’eau à mon moulin sur les rêves et la notion d’identité qui m’est chère.

Il ne s’agit pas ici des rêves ou aspirations tels que je les aborde dans les accompagnements Shynleï que je pratique depuis quelques mois. Il s’agit de nos rêves nocturnes, analysés sous un angle particulier par Bernard Lahire (2), qui signe un nouvel essai, L’interprétation sociologique des rêves, que je vais m’empresser d’aller acheter à ma librairie préférée.

Son ambition : renouveler de fond en comble la théorie freudienne du rêve, dont Didier Anzieu (3) affirmait : « Nul psychanalyste ne l’a mise en question et aucun des chercheurs des disciplines voisines (sociologie, ethnologie, psychiatrie, neuropsychologie, psychologie expérimentale et cognitive) n’a depuis près d’un siècle proposé avec succès une nouvelle conception du rêve. »

« A priori, rien n’est plus éloigné de la sociologie que le rêve, qui semble être un objet strictement individuel, une production imaginaire involontaire survenue durant le sommeil – donc durant un temps où le rêveur s’est retiré du flux des interactions sociales ordinaires, des sollicitations de son entourage extérieur. Incohérent en apparence, toujours mystérieux, le rêve incarne même ce qu’il y a de plus bizarre au sein du fonctionnement individuel… Bref, il représente un objet peu tangible pour la sociologie, qui préfère se tourner vers les groupes ou les institutions.

Pour Freud, le travail du rêve consiste toujours à transformer, déguiser un contenu latent inconscient en un contenu manifeste qui vient détourner la censure… Je ne crois pas, pour ma part, que l’inconscient soit le refoulé ni que la censure joue un rôle aussi important dans le rêve, je crois au contraire que le rêveur, qui est un narrateur omniscient, communique avec lui-même de façon très implicite. Si nous rêvons avant tout avec des images, le récit de rêve reste le seul accès possible au contenu de ce qui a été rêvé durant le sommeil. Objet complexe, le rêve est donc le mélange du produit de l’activité psychique à l’état endormi (le rêve vécu), de la remémoration (le souvenir du rêve) et de la formulation verbale à l’état éveillé de ce qui a été rêvé durant les périodes de sommeil (le récit de rêve).

Alors que pour Freud, le rêve est toujours la réalisation (déguisée) d’un désir (inassouvi), il est plutôt à mes yeux l’expression d’un problème en cours, non encore résolu par l’individu. Le rêve est donc tout sauf la mise en scène de situations désirées ; sans être toujours un cauchemar, le rêve est le lieu de tous les soucis, de tous les conflits, de toutes les préoccupations.

Comprendre de quoi nous rêvons, pourquoi nous rêvons sous cette forme-là et ce que cela dit de nos vies dans la société nécessite d’entrer dans la biographie sociologique du rêveur, qui consiste à reconstruire les expériences socialisatrices successives (familiales, scolaires, professionnelles, sentimentales, politiques, religieuses, culturelles) à travers lesquelles chacun s’est constitué.

Chaque entretien mené depuis deux ans, conduit à partir des récits écrits par les rêveurs, est singulier. Il procède à des explications-précisions, à des associations et à des questionnements biographiques en lien avec les différents éléments du rêve, en vue de révéler les problèmes liés à l’histoire personnelle des rêveurs qui structurent leur vie sociale.

Je ne les considère pas comme des patients, mais bien comme des enquêtés. Ce qui m’importe, c’est plutôt de ramener la psychanalyse dans le champ des sciences sociales et humaines. Je fais partie des quelques sociologues qui croient que la recherche en sciences sociales peut aujourd’hui progresser. Pour comprendre, il faut  unifier les efforts de connaissance émanant de chercheurs et de disciplines trop souvent séparés, voire concurrents. Le rêve est un objet parfait pour traverser les frontières disciplinaires et rassembler les savoirs dispersés. »

(1) Télérama 3550 du 24/01/2018

(2) Bernard Lahire, Professeur de sociologie à l’Ecole normale supérieure de Lyon (Centre Max Weber) et membre senior de l’Institut universitaire de France.

(3) Didier Anzieu, psychanalyste. Il a laissé une ouvre importante en psychanalyse, développant le concept de moi-peau, et ayant beaucoup travaillé sur les groupes, s’appuyant notamment sur les travaux de Wilfred Ruprecht Bion. A partir de l’influence d’autres psychanalystes comme Mélanie Klein et Heins Kohut, il a tenté avec beaucoup de finesse, d’analyser non pas les ouvres d’Art mais le processus créatif, la création. Sa réflexion sur l’ouvre de Samuel Beckett montre à la fois la particularité de l’auteur dans les liens avec la création mais aussi une tentative de modélisation d’une topologie propres aux créateurs.

Se renseigner sur les ateliers que j’anime sur l’identité professionnelle.

En savoir plus sur l’accompagnement Shynleï.

Les âmes errantes

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Photos Joël Saget/AFP photo article Le Monde

J’aimerais commencer cette nouvelle année par la présentation subjective d’un ouvrage Les âmes errantes de Tobie Nathan, L’iconoclaste, 2017, à la fois récit de son arrivée en France en 1958 en tant que réfugié, venant d’Egypte, et tentative de compréhension des jeunes en voie de radicalisation, qu’il a reçus dans son cabinet pendant trois ans.

Je serais heureuse si cette introduction vous donne envie de le lire, il en vaut la peine. Loin des discours, au plus près du terrain de ce thérapeute des migrants depuis 45 ans.

J’ai bien sûr sélectionné les passages qui éclairent la notion d’identité, socle de ma recherche personnelle et de ma pratique professionnelle. Bonne lecture, fondée sur ce principe exigeant : « Je dois dire que je préfère une autre façon de poser la question de la radicalisation. Pas de compassion ni de recours à la loi, mais une interrogation sérieuse sur les forces en présence, leur nature, leurs noms, leurs modalités d’existence, leurs manières de capturer les humains, les exigences qu’elles leur imposent… Quarante-cinq ans de pratique clinique auprès des migrants m’ont enseigné un principe : toujours prendre le parti de l’intelligence de l’autre, de ses forces, de ses ressources, jamais de ses manques, de ses failles, de ses désordres. »

S’il n’est pas de profil à un destin radicalisé, j’ai remarqué une fragilité chez des jeunes gens dont les histoires familiale et personnelle sont caractérisées toutes deux par un déficit : appartenance culturelle défaillante à la première génération, filiation flottante à la suivante. (…)

L’histoire me semble exemplaire. La mère du fait d’une destinée singulière s’est vue séparée de sa source – sa source et non ses racines ! Le mot « racines » laisserait supposer l’existence d’une réalité statique, et en principe, objective. Racines… comme celles d’un arbre. Mais les hommes sont loin de posséder la perfection des arbres, découlant de cette relation charnelle avec la terre. Ils n’ont pas davantage l’intelligence instinctive des oiseaux qui, après avoir parcouru des milliers de kilomètres, savent retrouver, sur la branche ou dans l’anfractuosité d’un rocher, l’emplacement du nid de leur naissance. Non ! Chez les hommes, les origines se renouvellent sans cesse ; car pour eux, l’origine n’est pas instinct mais tout à la fois connaissance et volonté. Alors, si on l’ignore, si on n’y participe pas, si on ne la cultive pas, l’origine se dessèche, comme peut s’assécher une source. L’origine n’est pas faite que de passé, mais aussi de présent et d’avenir, source à laquelle on s’abreuve chaque jour pour être là et de là.

Etre actif dans les rites d’un peuple qui lui-même est actif dans sa relation aux autres peuples : voilà la définition d’une source qui continue de jaillir. (…)

Etre coupé de sa source, ce n’est jamais être délivré d’un lien, mais condamné, comme Caïn, à l’errance infinie, nécessairement à la recherche d’une autre source et toujours soumis à la surveillance des propriétaires des lieux. (…)

Je qualifie d’âme errante cette fille non pas détachée, puisqu’elle n’a jamais été liée ; non pas égarée, puisqu’elle n’a pas de lieu à retrouver, d’Ithaque à rejoindre ; mais flottante, angoissée, animée d’absence. Cet être bon à prendre, à soumettre – c’est une proie pour les chasseurs d’âme. (…)

Je sais que l’appartenance culturelle, ce que mon maître, l’initiateur de l’ethnopsychiatrie Georges Devereux, appelait « l’identité ethnique », n’est pas une nature, mais une volonté. J’ai appris que l’affiliation, le fait d’être initié dans un univers prescrit, est une chance lorsqu’elle est guidée par des anciens. Les pays modernes se doivent de fournir des réponses aux questions lancinantes que je perçois chez les jeunes gens radicalisés, ces questions sont aussi les miennes :

  • Est-on seulement un être humain ? Je veux dire : est-on seulement fait de l’accouplement de ces deux êtres humains que sont le père et la mère, comme le laisse entendre l’idéologie ambiante ? N’existe-t-il pas d’autres ingrédients de l’identité ? Nous les connaissons d’évidence : les lieux, les langues, les divinités, les rites… Non ! Aucune société ne pourrait se satisfaire d’humains qui seraient de simples êtres biologiques.
  • Est-on seulement constitué par ses origines ? L’identité ne s’apparente-t-elle pas plutôt à un projet ? N’est-il pas possible de choisir son identité, comme on peut aujourd’hui choisir son sexe ? Serait-il possible d’en changer, de se constituer une nouvelle identité ? Et si c’est le cas, en se convertissant… à quel culte ? En se soumettant… à quelle initiation ? Et, s’il est possible de choisir son identité, comment s’articule-t-elle alors avec les lois du pays ?
  • S’il vient l’idée à quelqu’un de révéler les dieux cachés, ceux de l’endroit ou ceux des ancêtres, ceux d’ici ou ceux de là-bas, s’il lui vient à l’idée de réactiver les rites oubliés, interdits, sera-t-on nécessairement replongés dans cette terrible guerre des dieux que nous cherchons à éviter depuis des siècles ?

Comme on le comprend maintenant, les questions que les conversions islamistes recouvrent ne sont pas seulement d’ordre affectif ou symbolique ; ce sont de véritables questions métaphysiques.

A lire aussi sur la notion d’identité.

A découvrir : l’atelier que j’anime sur l’identité professionnelle, directement inspirée des histoires de vie.

Télécharger : fiche-atelier-identiteprofessionnelle

A lire également sur le blog : les histoires de vie socio-professionnelles.

Ou identité et mythes.

« Qui connaît son nom, détient la personne » proverbe latin.

 

 

 

En pleine présence

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J’ai eu la chance d’assister aujourd’hui à une journée animée par Fabrice Midal intitulée Foutez-vous la paix ! Je vous engage à explorer son enseignement, c’est une belle découverte, notamment pour ceux qui sont des débutants en méditation, ou pour ceux qui souhaitent lever certains freins à la méditation et approfondir leur pratique. Foutez-vous la paix !, ce n’est pas renoncer ni se laisser aller à la passivité. Ce n’est pas se dire « ce n’est pas grave » ou « je prends sur moi » ou « je prends du recul ». Ce n’est pas non plus « lâcher prise ». Ou du nombrilisme.

C’est un acte de courage qui permet d’entrer dans la réalité, d’apprendre à rencontrer sa propre vie, de s’autoriser à ressentir des émotions. Cela nécessite d’accepter de rencontrer ce que l’on éprouve, de « s’assoir » même physiquement dans sa vie, ses ressentis ou ses problèmes, que ce soit agréable ou désagréable. C’est réintégrer sa vie, c’est se synchroniser.

Foutez-vous la paix ! peut être un préambule à la méditation : Fabrice Midal explique d’ailleurs avec humilité qu’il a changé sa façon d’enseigner la méditation, parce qu’il constatait que ses mots n’étaient pas toujours compris.

Dans son ouvrage Comment la philosophie peut nous sauver, il définit : « Le mot méditation est particulièrement heureux. Il vient du latin mederi (que l’on retrouve dans notre mot médecin) et signifie prendre soin. Certes, le terme a fini par désigner, en Occident, une forme de réflexion attentive comme dans le titre du livre de Descartes, Les méditations métaphysiques, alors que dans les traditions venues d’Orient, il s’agit de porter attention à ce qui est, dans le moment présent, tel qu’il est, en discernant ce qui nous en sépare et l’altère. Mais l’opposition n’est pas si décisive. Ce qui est commun est ce geste d’attention. » (p. 16)

Ce qui me frappe, c’est que prendre soin est aussi le sens du mot clinique, que l’on retrouve en sociologie clinique, discipline que j’ai expliquée dans un autre article, et qui est mon référentiel de pratique d’accompagnement. C’est comme si les morceaux du puzzle se rapprochaient lentement, au fil de mes recherches et expériences, avec une cohérence qui se dessine au grand jour : l’accompagnement, la sociologie clinique, la méditation, l’attention à soi et à l’autre, l’écoute, la mise en mouvement et la transformation.

Pour Fabrice Midal, la méditation est une mise en mouvement, c’est entrer en présence à soi, à son corps, à son souffle. C’est la base de l’atelier que j’anime avec Elodie Bergerault, Leadership en mouvement : surprise, là aussi cohérence, intégration. Nous avons commencé son animation il y a un an. Tout est lié…

« La philosophie a toujours été une expérience d’attention à même de nous éveiller (et dont l’allégorie de la caverne, chez Platon, est un peu le paradigme, puisqu’elle nous montre la philosophie comme sortie de l’ignorance et retour vers la lumière). Page 16

Chaque question possède une force que la réponse ne contient plus. Elie Wiesel, La nuit.

« La philosophie consiste à apprendre à questionner. Il est erroné de croire que le philosophe va donner des réponses. Il est invité sur les plateaux de télévision ou de radio pour cela. En vérité, il n’a rien à dire, pas de sagesse à nous dispenser ni de conseils à nous donner. En revanche, il peut nous permettre d’interroger ce que, sans lui, nous n’aurions pas même regardé. Et si nous faisons le mouvement qu’il nous invite à faire, nous nous transformons. Nous n’apprenons pas quelques informations, nous devenons autres. » Page 21

Transformation : j’ai à coeur d’aider chacun à mieux se connaître pour se transformer et cheminer vers sa vérité. C’est la vocation de mon accompagnement. Et c’est ce qui me guide depuis toujours : mieux me connaître, être en éveil, apprendre avec curiosité et expérimenter, inventer. C’est le sens de ma vie, que je partage avec les autres. L’approche Shynlei m’a permis d’en rendre compte ainsi, avec cette clarté et cette cohérence.

« Le phénomène est frappant : quand nous posons une question, nous sommes curieux et alertes. S’engager dans la philosophie, c’est rester sur le qui-vive, être pris par le désir infini d’interroger. » Page 22

Bonne synthèse de ce qui doit caractériser l’accompagnant.

 

 

Comment passer des rêves à l’action

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Actualité de la rentrée : j’ai complété mon offre d’accompagnement avec la démarche Shynleï, que j’ai d’abord testée à titre personnel, et à laquelle je m’associe, parce que je la trouve pertinente.

Shynleï, le réseau de l’âme : faire émerger le sens par les rêves.

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Pertinente pour :

  • les personnes en questionnement,
  • qui souhaitent changer leur vie – personnelle et/ou professionnelle –,
  • en recherche de sens,
  • voulant entreprendre,
  • devant faire face à des difficultés,
  • en tournant de vie…

Cette évolution dans mon offre est aussi le fruit d’une belle rencontre avec Pierre Clavel et Bruno Pagès, à la tête d’une start up pleine de promesses. J’aurai l’occasion dans les prochains mois de vous tenir au courant des événements Shynleï.

La méthode :

L’écriture de la parole dans une structure : l’outil Shynleï permet la clarté, la lucidité au fil de la progression, la mémoire dans le temps et l’interaction avec les autres.

La méthode se met en œuvre en deux grandes périodes :

  • Ecouter ses rêves  : en deux mois, trouver son parcours pour savoir ce que l’on veut et construire un regard positif sur le monde.
  • Inventer son futur : dans la durée, mettre en œuvre son parcours pour réaliser ses rêves et réussir sa transformation (c’est poursuivre sa compréhension de soi, réaliser son premier rêve, créer son projet d’entrepreneur, développer son réseau etc.).

Si je devais résumer l’approche avec mes mots :

Il s’agit d’un accompagnement individuel encadré qui permet d’enclencher une dynamique de transformation personnelle et professionnelle.

Cette démarche de transformation passe par la prise de conscience et l’expression de ses rêves, puis leur mise en application concrète.

Vous vous posez sans doute la question : qu’est-ce que cette expérience m’a apportée pour souhaiter la proposer ainsi à mes clients ?

Shynlei m’a permis de prendre conscience et d’écrire ce qui fait ma singularité, ma recherche depuis toujours. Le sens de ma vie, c’est son fil conducteur. Cela demande un effort pour aller au fond de soi, mais quelle énergie reçue après avoir traduit en mots ce que l’on ressent au fond de soi depuis toujours sans avoir réussi à l’exprimer aussi clairement.

La notion de don est très forte : qu’est-ce que je donne aux autres ? Quelle est ma force que je transmets aux autres ? Quelle est ma faiblesse que je transforme en force ? L’idée d’assumer sa faiblesse est déculpabilisante, car c’est elle qui permet d’entrer en relation intime avec l’autre.

Shynlei pour moi, c’est un chemin vers l’authenticité et le dialogue d’âme à âme.

J’y ai vu un rapprochement avec la sociologie clinique, où par le fil de la narration et du récit écrit, l’individu revient sur ses racines, ce qui lui a été légué, tout en éclairant ses choix et son parcours de vie, dans une démarche d’émancipation et de libération. C’est le point commun que je vois avec Shynlei, les deux démarches étant complémentaires.

L’approche Shynlei s’adresse aussi bien aux particuliers, qu’aux entreprises, avec plusieurs offres d’accompagnement : Shynlei solo, explo, pro, match …

L’école Shynlei permet aussi de se former à cette approche originale afin de devenir accompagnatrice/accompagnateur comme moi.

Si vous souhaitez en savoir plus et étudier les sources de financement possibles, me contacter.

Enquête sur le travail en France : plus de 76 % des Français aiment leur travail

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La CFDT a publié en mars 2017 les résultats d’une grande enquête sur le travail en France : plus de 200 000 personnes ont répondu à un questionnaire très détaillé, avec 172 questions mises en ligne entre septembre et décembre 2016 sur le site parlonstravail.fr. (1)

Principaux enseignements de cette vaste étude, une perception largement positive :

  • 76,4 % déclarent aimer leur travail
  • 57,5 % prennent du plaisir à travailler
  • 55,7 % sont fiers de ce qu’ils font

Mais,

  • 45 % ont le temps de faire correctement leur travail
  • 42 % déplorent un manque de reconnaissance
  • 26,4 % déclarent que leur travail est leur santé (un lien évident est noté entre travail et douleurs physiques, perte de sommeil, prise d’alcool et médicaments)
  • 1 salarié sur 8 affirme vivre des situations dans lesquelles il se sent malmené

Travail, horaires, et vie personnelle :

  • 2/3 déclarent que leur travail s’accorde bien ou très bien à leur vie sociale et familiale
  • Au-delà de 39h/semaine, il devient beaucoup plus difficile de concilier vie professionnelle et vie personnelle (et d’autant plus pour les petits salaires et les travailleurs de nuit)

La charge de travail s’accroît :

  • Plus de 50 % déclarent avoir une charge de travail excessive
  • 28,9 % ont une charge de travail normale selon eux

Partage du temps de travail :

  • 55,6 % des salariés et fonctionnaires déclarent être favorables au partage du travail en vue de diminuer le chômage

Argent et travail :

  • 84 % des salariés déclarent travailler avant tout pour subvenir à leurs besoins
  • 2/3 des salariés trouvent leur rémunération insuffisante par rapport à leurs efforts
  • 65 % trouvent que dans leur entreprise/administration, les écarts entre les plus hautes rémunérations et les plus faibles sont trop importants
  • 60 % ne travaillent pas pour gagner le plus d’argent possible avant tout (l’argent est central, mais il ne résume pas tout)
  • Ceux qui affirment travailler pour autre chose que l’argent sont d’abord les jeunes

Voir les témoignages de répondants.

(1) Télécharger le rapport : Parlonstravail_rapportcomplet

A lire : une vision prospective et positive du travail en 2030.

Le bonheur au travail est une notion récente

 

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Selon l’historienne Anne-Sophie Bruno (1), interrogée par le journal La Croix (16 mars 2017) « le bonheur au travail est une notion assez récente ».

Jusqu’aux années 1990, personne ne parlait de bien-être, de satisfaction ou de qualité de vie au travail. Pas même les partenaires sociaux. L’exigence d’épanouissement, dans la vie en général et au travail en particulier, n’existait pas. Il y a trente ou quarante ans, le débat public se focalisait autour de la notion de santé au travail, au sens strict (accident et maladie professionnelle) et dans un second ordre sur les questions de pénibilité.

Il existe des éléments objectifs pour mesurer l’amélioration des conditions de vie au travail, par exemple la baisse des accidents mortels sur les lieux de travail ou l’augmentation de l’espérance de vie. Mais il faut balayer l’idée d’un progrès linéaire depuis les Trente Glorieuses. Les inégalités demeurent fortes, et pas seulement entre ouvriers et cadres. Certains secteurs sont moins organisés et sont restés à l’écart de ces progrès, comme le bâtiment, les travaux publics, la confection ou le nettoyage et la comptabilité, ces deux derniers ayant basculé vers l’intérim. Ce sont d’ailleurs des secteurs qui emploient une main-d’oeuvre très féminisée et beaucoup de jeunes ou d’étrangers.

Le modèle tayloriste produisait de l’ennui sur les chaînes de montage mais aussi de nombreux troubles musculosquelettiques. Si certains secteurs sont restés sur ce modèle – c’est le cas de l’industrie agro-alimentaire par exemple, des ateliers de découpe et d’abattage – d’autres ont largement fait évoluer leur organisation du travail.

Mais dans le même temps, d’autres impératifs sont apparus, en particulier les exigences de zéro défaut et de flux tendu. La pression est devenue plus forte sur des salariés à qui l’on demande d’être polyvalents.

On parle de santé mentale au travail depuis le XIXe siècle, mais cette notion a longtemps été occultée par la pénibilité physique liée au travail industriel. Les syndicats de salariés ont commencé à se saisir de cette question dans les années 1990 et le grand public dans les années 2000, en particulier avec la médiatisation des suicides dans certains grands groupes.

Dans les entreprises, les cadres sont soumis à une pression plus forte sur les résultats à atteindre. Face à ces exigences, ils font preuve d’une demande accrue de participation aux décisions. Mais la qualité de vie au travail est aussi plus fréquemment perçue comme un facteur d’amélioration de la productivité.

Le fait que la santé économique d’une entreprise dépende aussi de la santé de ses salariés est mieux admis (2). Il ne faut pas faire preuve de naïveté, mais c’est un discours tenu de plus en plus souvent par les organisations patronales.

(1) Anne-Sophie Bruno, Maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne.

(2) Les Echos Start, 21 juin 2017 : Classement HappyAtWork : les entreprises où l’on est heureux. Plus de 29 000 personnes dans 4 600 entreprises ont évalué leur entreprise selon six critères (développement professionnel, environnement de travail, management, salaire & reconnaissance, fierté et “fun”). Globalement, les salariés français ont l’air de plus en plus heureux au travail : 52,2 % des salariés interrogés ont une opinion favorable de leur société, un chiffre en nette progression par rapport à l’enquête de l’année dernière (45,4 %). La recette ? “Le bien-être au travail, cela ne veut pas dire enlever tout contrôle, mais mettre en place des situations saines pour l’entreprise… et ses salariés. Il y a trois piliers essentiels : le sens (sentir que son travail a une utilité), la reconnaissance (de son manager ou de ses pairs) et l’espoir (d’évoluer)”, détaille Loïck Roche, directeur de Grenoble Ecole de Management.

Et aussi :

André Comte-Sponville : le travail est une contrainte, ce n’est pas une valeur morale. Comment donner du sens au travail ? (différent de donner du sens à sa vie). Nos besoins sont objectifs, nos désirs subjectifs.

Le travail ne va pas disparaître.

La génération Y et le travail, les indépendants, les femmes et le travail, l’agilité, l’inadéquation valeurs et organisations actuelles.

Le revenu de base : explications pédagogiques (revenu universel).

Emission TV sur le revenu universel  avec Bernard Friot, économiste.

Les emplois de demain avec le développement du numérique.

Un Français sur cinq ne perçoit ni le sens, si l’utilité de son emploi.

 

 

 

 

 

 

 

L’âme 2/2

DSCN0374.JPGJ’ai écrit en mars dernier un article pour partager ma découverte éblouie de L’âme, ouvrage de François Cheng de l’Académie française (2016, Editions Albin Michel).

Grâce à lui, certains écrits de la philosophe Simone Weil nous sont rappelés (page 128), et je ne résiste pas au désir de vous faire part des extraits qu’il cite, et qui m’ont émue. Je les trouve si contemporains et si utiles à rappeler !

« Dans L‘Enracinement (1949, Gallimard), ses convictions sur l’âme s’y affirment avec éclat. Elle est persuadée comme Pascal, que « l’homme passe l’homme », que son destin fait partie d’un advenir qui le dépasse, qu’il ne saurait être « la mesure de toutes choses », encore moins le critère de valeur de lui-même. En tant que platonicienne qui par la suite a embrassé la voie christique, elle identifie l’ordre surnaturel au Bien absolu et à l’Amour absolu. Dans cet ordre surnaturel où prime le principe de donation, les besoins de l’âme de l’être humain se présentent comme des obligations envers la Vie, avant d’être des droits pour soi-même. Selon l’expression même de la philosophe : « La notion d’obligation prime celle de droit, qui lui est subordonnée et relative ».

Pour justifier la nécessité de relier l’ordre naturel à l’ordre surnaturel, dans La personne et le sacré, un texte écrit à la même époque, Simone Weil use de l’image de l’arbre à double racine :  » Seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l’énergie qui enfouit profondément dans la terre ses puissantes racines. L’arbre est en réalité enraciné dans le ciel ».

Ici se pose justement le problème du déracinement et du ré-enracinement. Que l’homme moderne soit un être déraciné est une évidence pour elle. Déjà l’industrialisation à outrance a entraîné l’exode rural et la misère des ouvriers travaillant en usine. Puis elle pointe bien d’autres formes de déracinement : découlant de la colonisation à grande échelle, de la guerre de destruction massive et du totalitarisme, de la migration des peuples, de la déportation et des camps de concentration. Par-delà ces phénomènes collectifs, la philosophe perçoit, bien entendu, un drame qui sape l’humanité dans son fondement. Car malgré les faits tragiques de son époque règne dans la sphère de la pensée une idéologie qui exalte la « modernité », l’érigeant en valeur en soi.

L’homme moderne est cet être revenu de tout, fier de ne croire à rien d’autre qu’à son propre pouvoir. Une confuse volonté de puissance le pousse à obéir à ses seuls désirs, à dominer la nature à sa guise, à ne reconnaître aucune référence qui déborderait sa vision unidimensionnelle et close. Il s’attribue des valeurs définies par lui-même.

Au fond de lui, ayant coupé tous les liens qui le relient à une mémoire et à une transcendance, il est terriblement angoissé, parce que terriblement seul au sein de l’univers vivant. Il se complet dans une espèce de relativisme qui dégénère souvent en cynisme ou en nihilisme. »

Préambule de L’Enracinement, cité page 132, rédigé lorsqu’elle était à Londres :

« Cette obligation (ndlr : « qui engage chaque homme envers tous les êtres humains sans aucune exception ») est celle de satisfaire aux besoins terrestres de l’âme et du corps de chaque être humain autant qu’il est possible.

Les besoins d’un être humain sont sacrés. Leur satisfaction ne peut être subordonnée ni à la raison d’Etat, ni à aucune considération soit d’argent, soit de nationalité, soit de racine, soit de couleur, ni à la valeur morale (…).

La seule limite légitime (…) est celle qu’assignent la nécessité et les besoins des autres êtres humains. Il s’agit seulement de besoins terrestres, car l’homme ne peut satisfaire que ceux-là. Il s’agit des besoins de l’âme autant que ceux du corps. L’âme a des besoins, et quand ils ne sont pas satisfaits, elle est dans un état analogue à l’état d’un corps affamé ou mutilé (…).

Les besoins de l’âme peuvent être rangés en couple d’opposés qui s’équilibrent et se complètent :

  • L’âme humaine a besoin d’égalité et de hiérarchie.
  • L’âme humaine a besoin d’obéissance consentie et de liberté.
  • L’âme humaine a besoin de vérité et de liberté d’expression.
  • L’âme humaine a besoin d’une part de solitude et d’intimité, d’autre part de vie sociale.
  • L’âme humaine a besoin de propriété personnelle et collective.
  • L’âme humaine a besoin de châtiment et d’honneur (…).
  • L’âme humaine a besoin de participation disciplinée à une tâche commune d’utilité publique et elle a besoin d’initiative personnelle dans cette participation.
  • L’âme a besoin de sécurité et de risque.
  • L’âme humaine a besoin par-dessus tout d’être enracinée dans plusieurs milieux naturels et de communiquer avec l’univers à travers eux. La patrie, les milieux définis par la langue, par la culture, par un passé historique commun, la profession, la localité sont des exemples de milieux naturels (…). Est criminel tout ce qui a pour effet de déraciner un être humain ou d’empêcher qu’il ne prenne racine.

Le critère permettant de reconnaître que les besoins des êtres humains sont satisfaits, c’est un épanouissement de fraternité, de joie, de beauté, de bonheur. Là où il y a repliement sur soi, tristesse, laideur, il y a des privations à guérir. »

Pour en savoir plus :

Simone Weil
Simone WeilNée le : 03/02/1909
Décédée le : 24/08/1943
Philosophe française (1909-1943). Sans avoir renié formellement la religion juive, elle évolua vers un mysticisme chrétien teinté d’hindouisme et de gnosticisme, et milita pour la justice sociale. Elle rejoignit Londres et la France libre en 1940.

 

 

Boîte à outils du quotidien pour rester zen

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Illustration de la couverture du magazine Flow,une belle découverte ! https://www.etsy.com/fr/shop/janethillstudio. « L’avenir appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves » — Eleanor Roosevelt (1884-1962)

En cette période inédite de confinement (mars-avril 2020), voici une mise à jour de mon article mis en ligne en 2017. Si ces quelques suggestions peuvent vous aider à utiliser votre temps autrement, à porter un regard différent sur votre vie et votre quotidien, j’en serais ravie.

Je ne sais pas vous, mais j’aime bien engranger des idées, des trucs et astuces, qui semblent simples, mais qui peuvent s’avérer sacrément efficaces dans les instants de doute, de baisse de tonus ou de confiance, quand il faut faire face à un moment difficile, préparer une présentation à enjeu, ou faire barrage aux phrases créaticides, à la mauvaise humeur ou aux comportements inadéquats.

Je vous livre quelques pratiques, outils ou expériences qui m’ont aidée ces derniers mois, et si vous en avez d’autres, partagez-les en commentant ci-dessous cet article :

♥ Finir sa journée avec la master class du bonheur sur scène, avec Audrey Akoun, Isabelle Pailleau et Florence Servan-Schreiber : énergie tonique assurée ! J’y suis allée avec ma fille pour nos anniversaires respectifs. Quel moment d’émotion partagée ! Je vous conseille d’y aller avec vos ami.e.s, vos enfants ou votre conjoint.e. On y apprend à respirer, s’écouter, s’amuser, parler à des inconnus, et se rappeler que chaque jour, un kif nous attend et égaye notre quotidien, si l’on veut bien y prêter attention.

♥ La commencer avec la voix si douce de Marie-Pier Charron, et ses matins magiques. Ou avec Pascale Picavet, qui nous amène à harmoniser nos chakras avant un rendez-vous à enjeu ou une journée chargée.

Méditer, même 10 minutes, en s’essayant à une pratique quotidienne, si possible : avec la voix de Bernard Giraudeau, ou avec l’enseignement de Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste zen.

Fabrice Midal nous explique aussi et simplement ce qu’est la méditation et comment méditer.

♥ Pour préparer un rendez-vous important ou apaiser les tensions pratiquer la cohérence cardiaque. De quoi s’agit-il ? Florence Servan-Schreiber synthétise l’approche dans son livre La Fabrique à kifs, page 58, Editions Marabout, 2016 : « La variabilité cardiaque est un indicateur de l’agitation de notre système nerveux. En la mesurant à l’aide d’un capteur spécial placé sur l’extrémité d’un doigt, il est possible de visualiser notre état de remous ou de calme intérieur. Une respiration volontaire active notre système nerveux parasympathique, la partie de notre organisme qui est responsable, entre autres, du repos. Son contrepoids, le système sympathique, est en charge des accélérations, dont nous avons tout aussi besoin pour naviguer au quotidien. Etre en cohérence cardiaque signifie que nous sommes parvenus à alimenter nos deux systèmes nerveux : sympathique et parasympathique. Nous sommes alors dans un état neutre de ressource, et non dans un état de relaxation. Nos idées s’éclaircissent, nos préoccupations s’apaisent et nous reprenons le contrôle du fil de nos sensations. » Télécharger l’application de Symbiofi pour s’entraîner.

S’inscrire à l’atelier Voix, souffle et corps de Françoise Thérizols : moment intense que j’ai eu la chance de vivre il y a quelques semaines et que je recommande chaudement.

Poser sa voix : télécharger l’appli gratuite Vocal’iz pour iPhone et Android, qui délivre des conseils et exercices simples pour une meilleure connaissance de cet instrument naturel et précieux, après avoir identifié votre tessiture (ténor, mezzo, baryton, alto …).

♥ Prendre une décision sans stress :

  • Bien se connaître, en identifiant ses qualités, 24 sont recensées dans l’inventaire des forces de caractère de Martin Seligman et Christopher Peterson. Les 24 qualités sont classées par famille : sagesse, tempérance, courage, humanité, justice, transcendance (La Fabrique à kifs, page 82, Editions Marabout, 2016). En résumé, les six piliers qui nous permettent de bien vivre avec nous-même et de nous épanouir dans notre relation aux autres et au monde. Vous pouvez remplir le questionnaire gratuitement en ligne sur http://www.viame.org.
  • Passer le test (gratuit) de personnalité simplifié MBTI, en 10 minutes, pour mieux se cerner et obtenir une description concrète et exacte de qui vous êtes et de la raison pour laquelle vous faites les choses de la façon dont vous les faites.
  •  Ecrire sur une feuille les avantages / inconvénients d’une décision à prendre, avec la 1e solution dans une colonne.  Poser votre stylo, asseyez-vous bien droit.e sur une chaise, les pieds part terre et pratiquer 5 mn de cohérence cardiaque devant votre ordinateur ou votre mobile ; écrivez la 2e solution dans la colonne d’à côté (avantages /inconvénients) ; pratiquez à nouveau 5 mn de cohérence cardiaque dans les mêmes conditions ; Relisez le contenu dans les deux colonnes et sentez ce que votre corps vous signale à ce moment-là. Laissez reposer, et relisez vos notes le lendemain. Avez-vous la même sensation que la veille ? Si oui, vous avez choisi.
  • Autre possibilité, bâtir une carte mentale, très utile pour faire l’inventaire en toute créativité de toutes les possibilités qui s’offrent à vous, et aux qu’elles vous n’auriez pas pensé spontanément. Plusieurs outils numériques existent, testez-les.
  • Intéressant, un elearning sur Linkedin conçu et animé par Todd Dewett.

Et quand le spleen déborde, dans le désordre :

Enfin, à (re)découvrir, la puissance de la gratitude, ô combien ressort vital.

L’écoute n’a qu’un seul but : permettre à l’autre de vider son cœur.
Si vous pratiquez ainsi, la compassion sera toujours là. Si la conscience est là, je suis sûr que vous savez tous ici que la haine, la violence et la colère ne peuvent être neutralisés et guéris que par une seule substance : la compassion ”. Thich Nhat Hanh

« L’avenir appartient à ceux qui croient
à la beauté de leurs rêves
 » — Eleanor Roosevelt (1884-1962)

Identité : significations 2/2

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Suite de l’épisode 1 : vous avez été nombreux à consulter la première partie, voici la seconde ! Si vous avez des questions, vous souhaitez en savoir plus ou me consulter pour l’atelier identité professionnelle que j’anime, envoyez-moi un mail à contact@nathalieprevostconseil.com.

Par Vincent de Gaulejac (page 176), dans Le vocabulaire de psychosociologie, positions et références. Auteurs : Jacqueline Barus-Michel, Eugène Enriquez et André Lévy, Editions érès, 2013.

Extraits

Le sentiment de continuité du Moi s’enracine dans la mémoire. Lorsque celle-là fait défaut, la démence n’est pas loin et seule l’identité sociale subsiste comme élément stable pour désigner la permanence de la personne. Répondre de façon approfondie à la question « qui suis-je » ? conduit à raconter l’histoire d’une vie (Arendt, 1958). « C’est dire que l’identité du qui est une identité narrative« . Pour Paul Ricoeur, l’identité narrative est constitutive de l’ipséité, de l’émergence du sujet qui apparaît simultanément comme lecteur et auteur de sa propre vie. « L’histoire d’une vie ne cesse d’être refigurée par toutes les histoires véridiques ou fictives qu’un sujet raconte sur lui-même » (Ricoeur, 1985).

La notion d’identité narrative s’applique à l’individu, mais également aux communautés, que ce soit la famille, le clan, le peuple ou la nation. Comme dans la psychanalyse, l’identité narrative d’une communauté est « issue de la rectification sans fin d’un récit antérieur par un récit ultérieur et de la chaîne de refigurations qui en résulte. » L’identité narrative n’a rien de stable. Elle évolue et peut faire l’objet de multiples versions, complémentaires ou même opposées, qui se constituent entre l’histoire factuelle, celle des historiens, et la fiction, celle qui se construit sur le modèle du roman familial.

Dans les différentes versions de son histoire, la personne cherche un sens, une issue aux conflits identitaires qu’elle peut rencontrer dans son existence. Le récit est une construction qui lui permet d’échapper au manque, du côté du fantasme, de restaurer une histoire marquée par le malheur ou la maltraitance, ou encore d’inventer des médiations face aux contradictions qui la traversent.

Dans les sociétés « narcissiques », l’idéologie de la réalisation de soi s’est considérablement développée, proposant de révéler aux femmes et aux hommes leur nature profonde, leur véritable Moi ou encore leur vérité intérieure. « Je n’existe pas » affirme David Hume (cité par Rosset, 1999) dans son traité de la nature humaine, lorsqu’il constate que le sujet ne peut jamais se saisir de lui-même. L’identité personnelle est moins une donnée qu’une conquête.

Si l’on considère, avec Norbert Elias (1939), que la société produit des individus qui produisent la société, il convient de situer l’identité au croisement de ce double processus, comme lieu de cristallisation des contradictions sociales, familiales et psychiques. Dans les sociétés hypermodernes, les marqueurs d’identité sont pluriels, hétérogènes et mobiles. Loin d’être sans appartenance (Mendel, 1983), l’individu hypermoderne est multi-appartenant. Il peut occuper simultanément ou chronologiquement des positions diverses, des statuts différents et jouer des rôles sociaux multiples. Il lui faut donc effectuer un travail constant sur lui-même pour retrouver, dans cette diversité des positions occupées et des attributs identitaires qu’elles contiennent, une cohérence, une unité, une permanence.

L’affirmation de soi est une nécessité dans le monde hypermoderne, caractérisé par la lutte des places. Dans le monde du travail, il est soumis au risque de perdre son emploi, donc son identité professionnelle. Dans l’univers familial, les positions de chacun deviennent de plus en plus dépendantes des relations affectives. Dans le registre social, la mobilité sollicitée de toutes parts favorise l’errance plutôt que la stabilité.

Chaque individu est renvoyé à lui-même « pour se faire une situation« , donner du sens à sa vie, définir son identité, produire son existence. On attend de lui qu’il devienne un sujet responsable, comptable de sa destinée, acteur engagé dans la production de la société, jusqu’à devenir un sujet souverain lorsque la démocratie ne repose plus que sur ses capacités d’action.

Dans ces conditions, la quête de reconnaissance, qu’elle soit sociale, symbolique ou affective, devient l’élément central qui anime les destinées humaines.

 

 

 

 

 

Identité : significations 1/2

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Par Vincent de Gaulejac (page 176), dans Le vocabulaire de psychosociologie, positions et références. Auteurs : Jacqueline Barus-Michel, Eugène Enriquez et André Lévy, Editions érès, 2013.

Extraits

L’identité est un terme polysémique. Selon les définitions du Petit Robert, le mot évoque ce qui est « identique », l’unité, « le caractère de ce qui est un », la permanence, « le caractère de ce qui reste identique à soi-même », la reconnaissance et l’individualisation… Certains de ces éléments sont repris dans nos cartes d’identité : le nom, les prénoms, la taille, la nationalité, l’adresse, les signes particuliers. Délivrée par les pouvoirs publics, elle est au fondement de l’existence sociale et de la reconnaissance de la citoyenneté.

Le mot condense une série de significations, entre les processus de construction de soi et les processus de reconnaissance, qui concernent les différents registres des relations humaines et des rapports sociaux. Notion complexe, éminemment psychosociologique, elle évoque la permanence dans le temps d’individus qui ne cessent de se transformer pour tenter de maîtriser le cours de leur existence.

Le terme d’identité est contradictoire : entre l’idée de similitude (préfixe idem) et celle de différenciation (singularité), chacun se définit par des caractéristiques communes à tous ceux qui sont comme lui.elle, et par des caractéristiques qui permettent de le.la  distinguer de tous ses semblables.

Lorsque l’enfant paraît, il est l’objet d’identifications multiples qui amorcent un double mouvement de projection et d’introjection constitutif de sa construction identitaire : « il a le nez de sa mère » ; « elle sera avocate comme son père » …

Chaque individu tente de se définir comme un soi-même à partir d’éléments disparates. D’un côté les désirs, les projections, les attentes et les aspirations de l’entourage, de l’autre les normes, les codes, les habitus et les modes de classement que chaque milieu produit pour désigner et reconnaître chacun des membres qui le composent. « Nous ressemblons tous à l’image de ce que l’on fait de nous » écrit Jorge Luis Borges pour rendre compte de la dualité entre ce qui pousse à « être soi-même » et ce qui vient des autres dans la constitution de soi.

C’est dire que l’individu est désigné par un ensemble d’attributs sociaux et juridiques qui lui assignent une place dans l’ordre généalogique (côté paternel, côté maternel, fratrie…) et dans l’ordre social (emploi, statut socio-professionnelle, niveau de revenu, type d’habitat, place dans diverses organisations ou institutions…).

L’identité est définie à partir de l’appartenance de chaque individu à une famille, une communauté, une classe sociale, un peuple, une nation etc. Entre l’identité individuelle et l’identité collective, il existe des liens étroits dans la mesure où, loin de s’opposer, elles se coproduisent. Ainsi, le nom de famille permet de singulariser chaque individu selon un code pré-établi qui le classe dans des lignées précises tout en le situant dans une région géographique donnée, dans un pays et dans une langue. Il en va de même pour les prénoms, qui sont porteurs d’appartenances et de traditions tout en spécifiant l’individualité de chacun à l’intérieur du groupe familial.

Dans les sociétés médiévales, chacun était assigné à une place dans un monde social, interprété comme un ordre naturel qui fixait l’existence. La personne s’identifiait au rôle qu’elle jouait dans la société : forgeron, paysan, chevalier… L’idéologie contemporaine de la réalisation de soi s’est imposée : c’est aujourd’hui à l’individu lui-même de construire sa cohérence dans un monde éclaté, c’est à lui de donner un sens à son existence. Chaque individu a donc la liberté de changer de place, mais également le risque de la perdre. C’est la lutte des places.

En conséquence, les tensions augmentent entre l’identité héritée, celle qui nous vient de la naissance et des origines sociales, l’identité acquise, liée fortement à la position socioprofessionnelle, et l’identité espérée, celle à laquelle on aspire pour être reconnu.e.

Lire la suite.

A découvrir : l’atelier que j’anime sur l’identité professionnelle, directement inspirée des histoires de vie.

Télécharger : fiche-atelier-identiteprofessionnelle

A lire également sur le blog : les histoires de vie socio-professionnelles.

Ou identité et mythes.

L’âme 1/2

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François Cheng de l’Académie française a raison de souligner que l’âme occupe moins d’espace aujourd’hui dans notre vocabulaire. Mot désuet ? Je dirais essentiel. Intemporel. Je dédis cet article à Christine, qui avait l’âme si belle.

François Cheng (2016, L’âme, aux Editions Albin Michel) dresse un panorama bref mais éclairant de la conception de l’âme dans les grandes traditions spirituelles.

« L’âme de chaque être est reliée au Souffle primordial qui est le principe de Vie même. Notre âme a le don de nous rappeler, quelle que soit notre croyance, combien la vie de chacun de nous participe d’une immense aventure que les Chinois nomment le Tao, la Voie, aventure unique qui connaîtra des transformations mais point de fin. »

Commençons par la Chine : la conception de l’âme vient essentiellement de la tradition taoïste. Selon celle-ci, l’âme humaine, animée par le Souffle primordial, comporte deux instances : une partie supérieure ayant une dimension céleste appelée hun, et une partie inférieure, de dimension terrestre, appelée po. Du vivant de la personne, hun et po combinés lui donnent la possibilité de vivre en bonne intelligence avec la Terre, tout en lui offrant une ouverture vers la sphère qui transcende l’espace et le temps. Cela représente l’idéal. De tout temps, la pensée chinoise conçoit comme naturel le fait que seule une âme humaine faisant un avec l’âme divine peut assurer une vie efficiente.

En Asie, l’autre pôle fondamental est la pensée indienne.  De même que l’univers est soumis à des cycles, explique Zéno Bianu dans son livre Sagesses de la mort, l’être humain est en son essence soumis à une migration indéfinie. Au vrai, son âme possède une vocation d’oiseau migrateur, qui la conduit à voler vertigineusement de corps en corps, à travers les strates d’un temps circulaire… Pour les hindous, nous sommes les réceptacles d’une entité éternelle, âtman, préexistant à notre naissance et subsistant après notre mort. Ce qui intéresse François Cheng dans cette vision, c’est que l’âme ainsi conçue est porteuse d’une mémoire : « En mourant, l’homme emporte avec lui la nécessité d’épuiser dans d’autres vies les conséquences, les effets de ses actes présents et passés, bons ou mauvais ». Il y a donc une dimension éthique, une responsabilité à laquelle l’homme ne saurait échapper, et cette perspective ouvre sur un horizon de libération.

Le bouddhisme, né en Inde, a repris la notion de karma de la culture indienne, mais en la transformant totalement. Car l’idée même d’un Soi, d’une âme qui transmigrerait de corps en corps jusqu’à la libération finale, est remise radicalement en cause par le Bouddha Shakyamuni. Tel est l’anâtman, la doctrine du non-soi. Tout ce qui ressemble à une entité permanente qui pourrait subsister par-delà les réincarnations n’est à ses yeux qu’illusion. L’unité de l’être n’est qu’apparente. C’est précisément l’attachement à cette apparence d’un « je » qui crée la souffrance, et tous les malheurs du monde. Le bouddhisme est donc, de toutes les traditions, la plus radicale dans « agnosticisme » vis-à-vis de l’âme. Contrairement à ce que croient beaucoup d’Occidentaux, la compassion bouddhiste, par exemple, n’est en rien comparable à l’amour de type judéo-chrétien : elle ne naît pas d’un rapport d’âme à âme, mais se fonde justement sur le fait que dans un univers d’impermanence totale, tous les êtres vivants sont interdépendants, dénués de cette unicité qui leur fait croire à leur autonomie.

Plus proches de notre culture, les trois religions monothéistes. François Cheng se basant sur le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, remarquable de clarté selon lui, explique : Dans la Bible, d’une façon générale, des mots tels que nèfech, rouah, nechamah, traduits habituellement par « âme » ou « esprit », désignent la vie ou la personnalité de l’individu. Pour les sages du Talmud, l’âme humaine est séparée du corps. Ils établissent une analogie entre la relation de Dieu au monde et celle du corps à l’âme. Au Moyen Âge, un Maïmonide, concilie sa philosophie avec le judaïsme. Pour lui, l’âme est essentiellement une, mais s’exprime à travers cinq facultés différentes : nutritive, sensitive, imaginative, émotionnelle et rationnelle. Tandis que les quatre premiers aspects de l’âme périssent avec la mort du corps, chaque personne a la possibilité d’accéder à l’immortalité en développant sa faculté rationnelle en une entité non plus potentielle mais parfaite, devenant par là permanente et indestructible. Cette notion d’une âme qui se développe met en évidence la liberté de choix de l’homme et lie la récompense ultime et la punition de l’individu à ses propres actions.

La tradition musulmane, très proche de la judaïque (y compris dans les racines étymologiques de son vocabulaire spirituel), parle par exemple de Rûh comme la Bible parle de Ruah. Mais là aussi, nombre de philosophes ont développé tout un vocabulaire pour distinguer ce qui relève des fonctions physiologiques, psychiques et spirituelles de l’être. Surtout, les grands mystiques soufis ont créé toute une typologie des âmes, distinguées suivant les qualités du fidèle qu’elles expriment sur son chemin spirituel. « Au fur et à mesure de son épuration par un procédé de rappel (Dhikr), explique Faouzi Skali dans La voix soufie, l’âme gravite à travers les étapes qui doivent la mener à la connaissance de Dieu. A chaque nouvelle étape, l’âme apparaît avec de nouveaux caractères ». Le poète persan Attar dans sa Conférence des oiseaux raconte ce voyage de monde en monde par la métaphore : une trentaine d’oiseaux pèlerins partent à la recherche de leur roi, traversent mille épreuves et mille mondes, avant de découvrir que ce souverain mythique, le Simorgh, n’est autre que leur moi profond.

Le christianisme a repris beaucoup d’éléments du judaïsme. Mais de façon singulière, il met en avant la valeur de la personne. Unicité de chaque être, unicité de chaque destin aussi. L’idée de la réincarnation lui est étrangère, puisque la résurrection qu’il promet n’est pas dans le renouvellement d’une existence du même ordre ; elle relève d’un autre ordre marqué par la transfiguration de l’expérience vécue éprouvée par l’amour. Les Pères de l’Eglise, ceux-là même qui ont élaboré cette vision si singulière d’un Dieu à la fois Trois et Un, ont donné en quelque sorte une correspondance terrestre à la Trinité, à travers leur vision ternaire de l’homme en tant que corps-âme-esprit. Oui, la triade corps-âme-esprit est l’intuition peut-être la plus géniale des premiers siècles du christianisme. Les trois entités complémentaires et solidaires de cette triade peuvent entretenir des tensions entre elles. Le jeu dialectique majeur, parce que fécond, se joue entre âme et esprit. Ce qui est en jeu est toute une série de rapports entre le particulier et le général, entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’affectif et le rationnel, entre la passion et la raison, entre le besoin de l’imaginaire et l’exigence du réel, entre l’inexprimable et l’exprimé, entre la mémoire enfouie et le présent dominé, entre l’intuition de l’infini et la conscience de la finitude…

L’esprit se meut, l’âme s’émeut ; l’esprit raisonne, l’âme résonne. F. Cheng

Mémoire individuelle, mémoire collective

eiffel-tower-1156146__180.jpgAttachée aux passerelles et à ce qui relie, comme mon parcours en témoigne (dans la communication et l’accompagnement professionnel), je souhaitais vous faire part d’une initiative remarquable de chercheurs ayant décidé après les attentats du 13 novembre 2015 de lancer un programme transdisciplinaire inédit : une étude sur la genèse du souvenir, s’étendant sur 12 ans, avec le recueil de témoignages de 1 000 personnes, interrogées à quatre reprises.

Cette démarche, pilotée par l’historien Denis Peschanski du CNRS et le neuropsychologue Francis Eustache de l’INSERM, permettra de comprendre comment s’articulent mémoires privée et publique. Ce programme de recherche baptisé « 13 novembre » réunira historiens, sociologues, neuropsychologues, lexicologues, philosophes, spécialistes des sciences cognitives…

Selon l’historien, interrogé par le magazine Télérama (T3487 09/11/2016), « on ne peut pas comprendre la mémoire collective si l’on ne prend pas en compte la dynamique cérébrale individuelle de la mémoire. Inversement, la révolution de l’imagerie cérébrale a montré que si l’on voulait comprendre ce qui se passait dans le cerveau, il fallait intégrer l’impact du social. » Il poursuit : « Dans Mémoire et traumatisme (2012), un livre d’entretiens croisés avec le neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, celui-ci me faisait remarquer que, lors d’examens de patients en IRM, on s’apercevait que les zones de la mémoire dans le cerveau étaient les mêmes que celles de l’anticipation. C’est une donnée cruciale pour un historien qui travaille sur des témoignages. »

« La mémoire du futur, troublante expression : c’est un faux oxymore, comme mémoire et oubli. » (Denis Peschanski, 2014).

Comment définir la mémoire collective ?

« La représentation sélective du passé façonne la construction identitaire d’un groupe. Pourquoi choisit-on certains événements et pas d’autres ? Prenons un exemple : l’exode de juin 1940. On estime que l’exode a concerné 25 à 30 millions de personnes sur une population de 40 millions d’habitants. Or, pour passer dans la mémoire collective, l’exode devait avoir un sens, une utilité sociale. Mais que fait-on avec la fuite, la peur, la honte ? On n’en a rien fait pendant longtemps, contrairement à la mémoire de la Résistance, qui participait de la reconstruction de la France. »

Un duo vertueux, mémoire et oubli

Mémoire et oubli (Francis Eustache, Ed. Le Pommier) sont loin de représenter deux fonctions antagonistes. Ils partagent au contraire les mêmes objectifs : gérer de façon optimale la montagne de souvenirs qu’engendre la vie quotidienne. Que ce soit pour la mémoire individuelle ou la mémoire collective, l’oubli est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire.

A écouter : 13 novembre, où en sont les sciences sociales ?

A regarder, une vidéo de présentation du programme à l’Assemblée Nationale.

A découvrir le travail artistique de Anne et Patrick Poirier, voyageurs de la mémoire, dont l’oeuvre qu’ils élaborent à deux est une métaphore du temps où passé et futur sont étroitement mêlés : elle donne à voir la fragilité des cultures, la fragilité des êtres. Lire leur interview.

Extrait, Anne Poirier : « Moi je ne vois pas ces séparations que l’on fait dans le temps. Pour moi le temps est une continuité. On peut, grâce à la mémoire, se promener en avant, en arrière, et au milieu…Pourquoi on s’interdirait de voyager dans le temps ? Moi je revendique un regard nostalgique : je suis aussi nostalgique du futur ! Il y a un tas de nos travaux qui regardent le futur : soit qui y voient un cauchemar soit qui y voient une utopie. Notre travail est peut-être plus situé vers le futur que vers le passé. »