Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
J’ai rencontré Violaine Fournier lors d’un atelier où l’on a chanté en groupe, sans savoir chanter, et le résultat m’a donné des frissons, comme quoi, Violaine peut faire des miracles … Elle était venue nous présenter son livre Faire entendre sa voix. 21 jours pour transformer mon rapport à la parole, chez Interéditions. Lisez-le, et vous n’entendrez plus votre voix de la même façon. Ce n’est pas un livre sur la prise de parole en public, mais il est truffé de conseils et d’exercices pour apprivoiser sa voix, son souffle, son corps, sa posture, et surtout mieux comprendre sa relation à la parole. Quelle belle et utile introspection pour celles et ceux qui veulent être entendus ! Chanteuse lyrique, metteuse en scène, créatrice de la compagnie Minute Papillon, formatrice et coach, Violaine nous parle de créativité, d’imagination, d’histoire de vie, d’identité, du vivant et de joie, quel bien elle nous fait !
Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
Il est des hasards parfois qui nous laissent rêveurs… Ronith Cohen, lorsqu’elle se présente à nous, explique qu’elle a dû se réinventer à un moment de sa vie où ses repères professionnels ont vacillé. Impressionnant rebond ! Création du média sexy des femmes de plus de 45 ans, Konenki, proposition de marches sportives qui musclent jambes et têtes, animation de conférences inspirantes (c’est ainsi que l’on s’est rencontré), et toujours la narration comme socle. Ronith continue d’écrire, en tant que productrice, réalisatrice, scénariste, tout en ajoutant une nouvelle corde à son arc, celle de femme accompagnant d’autres femmes à trouver leur voie. Elle engage les femmes à écrire leur propre script, et pas celui écrit par d’autres. Le lien entre production de contenus et coaching selon Ronith (question que je me suis aussi posée) : devenir le propre enquêteur de soi, aller à la recherche de son identité, faire émerger des récits qui libèrent, se donner la permission d’être le premier rôle de sa vie. Bonne écoute stimulante et joyeuse avec Ronith !
Le dernier ouvrage de Charles Pépin, Vivre avec son passé, Allary Editions, 2023, et non pas dans sonpassé comme il me l’a dédicacé, aborde de manière très approfondie la notion de mémoire. En le lisant, j’ai appris grâce à lui que nous avions cinq mémoires, trois principales et deux subsidiaires (page 27) :
la mémoire épisodique (ou mémoire autobiographique) : le souvenir des épisodes de notre vie
la mémoire sémantique (ou mémoire des mots et des notions) : en elle, s’inscrit notre connaissance du monde
la mémoire procédurale (rattachée à nos réflexes et habitudes, qui se rapproche de la « mémoire habitude » de Bergson) : la mémoire des habiletés
la mémoire de court terme, de travail, et sensorielle
La mémoire épisodiqueest le siège de notre histoire : « un souvenir n’est pas une donnée inscrite dans notre cerveau » (page 32). Le souvenir est comme une sorte de réseau : le cerveau lors d’un épisode vécu met en relation différentes régions de celui-ci. Ainsi, notre cerveau est transformé par notre vécu. « Notre cerveau se définit par sa plasticité, sa capacité à évoluer sans cesse, tel un dense réseau rhizomique en perpétuelle reconfiguration » (page 35).
La mémoire sémantiquecontient l’ensemble des connaissances, idées et jugements que nous avons : « Nos interprétations ancrées dans notre mémoire sémantique implicite ne sont pas seulement personnelles, elles passent aussi par le spectre d’un héritage familial et sociologique. Nos « vérités » sont en partie influencées, voire déterminées, par notre milieu social. Notre mémoire sémantique implicite porte des représentations du monde et de la société, elle véhicule des règles de vie, des valeurs et des croyances qui procèdent autant de notre vécu personnel que de l’héritage de notre classe sociale ». (page 43). Cette affirmation rejoint tous mes écrits précédents sur la sociologie clinique, que mes lecteurs fidèles reconnaîtront. Intéressant de constater que les neurosciences rejoignent les travaux des sociologues cliniciens.
« Nous n’avons pas besoin d’être d’accord avec notre héritage pour qu’il se perpétue à travers nous. Nous pouvons mettre du temps à comprendre ce que nous portons en nous, en plus de notre passé individuel, le passé de nos aïeux et de notre classe sociale. Notre passé ne commence pas à notre naissance, mais trouve son origine bien avant, dans la vie, les croyances, les souffrances et les joies de ceux qui nous ont précédés, et dont nous héritons parfois sans le savoir » (page 45). Charles Pépin rejoint quand à lui la réflexion de la philosophe Claire Marin, que j’ai développée dans un article intitulé Commencer, sur la notion de temps : elle y cite dans son ouvrage Paul Ricoeur et le roman familial, cher aux psychanalystes et sociologues cliniciens.
Les neurosciences nous montrent ainsi que, au présent, nous entretenons une relation constante et complexe avec notre passé. Un exemple parmi d’autres évoqué par Charles Pépin : une perception, une odeur par exemple, est imprégnée d’un souvenir (cf. Bergson). Il existe « un lien intime tissé entre nos perceptions et la mémoire du passé. Cette fameuse Madeleine de Proust a depuis donné son nom à toute réminiscence déclenchée par une sensation. (page 72) Mais pour cela, il nous faut être « disponibles, réceptifs, pour pouvoir lever le voile du passé et ressentir la félicité des douces réminiscences. Il nous faut être pleinement présents dans l’instant, s’y abandonner, capables d’accueillir ce qui surgit pour libérer l’accès à notre passé » (page 74).
L’art de bien hériter (page 161). J’aime bien cette formulation, elle rejoint la fameuse phrase de Jean-Paul Sartre : « La liberté de l’individu est ce qu’il fait de ce que l’on a fait de lui« , que j’ai mise en exergue dans ma brochure professionnelle. Charles Pépin nous conseille de nous approprier notre héritage en accueillant ce qui nous a constitués, de telle manière qu’il nous conduise à l’expression de notre singularité. Beau (et parfois difficile) programme. Que je propose à mes clients en coaching, ou même en bilan de compétences, quand des questions de fond surgissent sur le choix d’un métier par exemple : choix dicté par la loyauté ? Choix vraiment libre, hors de toute détermination sociale ? Le temps que l’on s’autorise, celui de l’introspection à l’occasion d’un accompagnement (de type coaching ou bilan de compétences) est précieux pour faire ce pas de côté nous aidant à répondre à ces questions.
Conclusion optimiste, que je partage : « Notre passé ne nous enferme ni dans une essence ni dans une identité, encore moins dans un affect. Nous pouvons le réinterpréter, le revisiter, et même le transformer, revenir sur nos mauvais souvenirs et les revivre autrement. Nous pouvons récapituler notre passé de manière créative, transformer un héritage non choisi en fondement de notre liberté, comprendre ce que notre passé a fait de nous et décider d’en faire quelque chose de nouveau. Il faut parfois aussi savoir s’alléger, oublier pour continuer à avancer » (page 272).
Le bateau de Thésée
En lisant l’un des derniers numéros du magazine Sciences humaines, j’ai découvert le motif du bateau de Thésée autour de la notion d’identité que je ne connaissais pas, et dont le nom a été repris dans un manga d’ailleurs. Il est parfaitement en phase avec le contenu du livre de Charles Pépin, vous le constaterez vous-même.
Extrait : « Imaginez un navire tellement vieux que toutes les pièces finiraient par être remplacées : chaque planche, chaque clou, chaque morceau de bois ou de tissu… Plus rien ne serait d’origine ! Est-ce toujours le même bateau ? Cette question obsède les philosophes depuis l’Antiquité. Certains pensent qu’il conserverait tout de même son identité, d’autres qu’il en changerait à force d’être modifié, résume Plutarque dans sa Vie de Thésée (1er siècle). Aujourd’hui encore, le motif du bateau de Thésée est mobilisé pour réfléchir à ce qui nous définit, par des philosophes comme David Lewis, Derek Parfit et Richard Swinburne dans Identité et survie (Ithaque, 2015). Comme tous les êtres vivants, nous ne cessons de changer au fil du temps. Nos cheveux tombent et d’autres repoussent ; les cellules de notre peau ou de nos organes meurent et sont remplacées ; notre corps, constitué d’environ deux tiers d’eau, se déshydrate et se réhydrate constamment, etc. Sommes-nous vraiment la même personne à 5 ans, à 25 ans et à 75 ans ? Traditionnellement, de nombreux philosophes considèrent que l’identité est fondée sur la mémoire : contrairement au bateau de Thésée, nous restons la même personne parce que nous avons conscience de nos états passés, présents, et du lien entre les deux. C’est notamment la thèse de John Locke dans ses Essais sur l’entendement humain (1689). Le problème, c’est que les recherches en psychologie ont depuis montré que nos souvenirs étaient souvent faux. Nous réinventons régulièrement notre passé en fonction de ce que nous sommes aujourd’hui… »Sciences humainesn ° 374, janvier 2025.
Pour approfondir, lire mes articles précédents sur la mémoire :
Exposition L’intime au Musée des arts décoratifs, Paris, Octobre 2024
Quelle n’a pas été ma joie de découvrir dans le titre de l’ouvrage de Laure Murat la notion de « Roman familial » (1), très présente en sociologie clinique, mais aussi en psychanalyse. Elisabeth Roudinesco définit ainsi cette notion (2) : « Le roman familial est l’expression créée par Freud et Rank pour désigner la manière dont un sujet, dans une construction inconsciente, modifie ses liens généalogiques en s’inventant, par un récit ou un fantasme, une autre famille que la sienne. Tout enfant, à un moment donné, s’interroge sur ses origines. Et comme il croit que ses parents ne l’aiment pas comme il voudrait, il imagine qu’ils ne sont pas ses vrais parents et il s’en invente de nouveaux, plus valorisants. »
Cette définition insiste sur l’importance de la complexité des relations au sein de la famille, cristallisées par les aventures du héros grec Oedipe, dans la construction de l’identité individuelle, pour laquelle la mise au jour d’un roman familial par l’analyse est fondamentale.
On se rapproche ici de l’identité narrative, chère à Paul Ricoeur : « L’histoire d’une vie ne cesse d’être refigurée par toutes les histoires véridiques ou fictives qu’un sujet raconte sur lui-même » (Ricoeur, 1985). « L’identité narrative n’a rien de stable. Elle évolue et peut faire l’objet de multiples versions, complémentaires ou même opposées, qui se construisent entre l’histoire factuelle, celle des historiens, et la fiction, celle qui se construit sur le modèle du roman familial. Le récit est une construction qui permet d’échapper au manque, du côté du fantasme, de restaurer une histoire marquée par le malheur ou la maltraitance, ou encore d’inventer des médiations face aux contradictions qui la traversent » (3).
L’ouvrage de Laure Murat est remarquable dans la description de sa famille et de ses origines aristocratriques. Un monde aux antipodes du mien, mais son analyse presque « clinique » est captivante, et l’on peut s’y intéresser lorsque l’on est curieux d’une manière générale, et en particulier d’un habitus si marqué socialement. Elle semble décrire un monde disparu aux codes étranges : « la puissance muette du code », « un savoir immémorial sur l’art de la performance sociale », « l’invisibilité est la clé de voûte », « un monde vide, de pure formes », « un impérieux silence », « toute passion dissimulée », « toute souffrance tue », « s’abstenir de penser », « avoir l’air, affecter, feindre », « avoir de l’esprit ».
Laure Murat, historienne, professeure de littérature à l’Université de Californie à Los Angeles, rapproche sa vie passée de l’oeuvre de Proust, dont elle est une grande spécialiste : « Les gens qui m’entouraient étaient, stricto sensu, des personnages de Proust ».
Extrait : « Dans le climat de confusion entre la littérature et la vie où j’avais baigné, je m’étonnais à peine de lire que Robert de Saint-Loup fût l’ami de mon arrière-grand-oncle, le duc d’Uzès, à qui il avait servi de témoin lors d’un duel (A l’ombre des jeunes filles en fleurs),ou que le Prince de Borodino, son supérieur à Doncières, allât dîner chez les Murat (Le côté de Guermantes), ou encore que Charlus comparât les Guermantes aux Luynes (La Prisonnière). »
Claire Murat nous rappelle qu’étymologiquement, « aristocratie signifie le pouvoir des meilleurs. Admettre que la noblesse avait perdu son prestige et ne constituait plus l’élite, c’eût été céder à l’inimaginable : l’aveu d’un déclassement. Il ne suffisait donc pas de se tenir, il fallait désormais maintenir coûte que coûte un univers, un décor, un mode d’existence devenus étrangers aux réalités contemporaines et sans rapport avec le siècle ».
Elle se demande à juste titre pourquoi la lecture de l’oeuvre de Proust suscite un tel trouble identitaire et « ontologique » chez elle ? Réponse : « La Recherche n’est pas un roman historique. Proust convoque les transparents, les oisifs sans relief, dont le titre était la seule distinction et l’unique chance de postérité. Il instrumentalise des noms titrés à valeur de signes. C’est bien la fiction qui donnait tout son éclat à la réalité des noms inscrits de tout temps dans ma mémoire et qui, assoupis dans la poussière du bottin mondain et des albums de famille, étaient devenus incolores. Guermantes rehaussait Uzès, Borodino ravivait Murat ». Elle complète : « Ce fut un choc. Car, pour la première fois, la forme proustienne, donnait du sens à la vacuité de la forme aristocratique. Le roman prenait en charge le néant et la futilité d’un monde qui croyait posséder la clé de son royaume. »
La littérature soigne, exemple encore une fois s’il en était nécessaire, Claire Murat a été délivrée des faux-semblants attachés à l’aristocratie de ses origines par la lecture de la Recherche : « Elle m’a instaurée en tant que sujet en dépliant le sens des mises en scène attachées à l’homosexualité, et plus que tout, m’a ouverte au réel. Elle m’a aussi instituée professeure. Car c’est Proust, bien sûr, que j’ai choisi pour mon premier séminaire à l’Université de Californie. »
Pour notre plus grand bonheur, Claire Murat a accepté l’injonction paternelle : « Alors, raconte ! », obsédé qu’était son père par la narration, savoir s’exprimer, raconter une histoire étant son premier commandement. Je vous souhaite une belle découverte de cette histoire de vie singulière, émancipatrice, consolatrice, et merveilleusement bien documentée et écrite.
(1) Proust, roman familial, Editions Robert Laffont, 2023.
(2) Dictionnaire amoureux de la psychanalyse, Editions Plon / Le Seuil, 2017.
(3) Vocabulaire de psychosociologie, Editions érès, 2013.
Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
Comme nous le confie Catherine Lamy dans ce podcast enregistré à distance, « le culot m’a sauvé la vie ». Catherine, Française expatriée à New York, nous raconte son parcours de combattante pour faire diagnostiquer la maladie rare dont elle a souffert, l’ACC, abréviation de ADRENOCORTICAL CARCINOMA OU CANCER SURRÉNAL OU CORTICOSURRÉNALOME. Cancer peu connu, ce qui a généré un certain laps de temps pour qu’un diagnostic correct soit posé. Il m’a semblé important que Catherine nous explique comment elle a fait face à cette épreuve de la vie. Avec courage, pugnacité et humour, elle raconte ensuite comment elle a décidé de co-fonder la première association internationale dédiée à ce cancer, Let’s cure ACC, afin de venir en aide aux malades en les informant dans leurs langues maternelles, en leur permettant de poser leurs questions et de recevoir des conseils, et en les mettant en relation avec des malades ou des professionnels de santé dans de nombreux pays. Les recommandations de Catherine, qui nous concernent tous et toutes : « Soyez votre propre avocat.e pour vous faire entendre par les médecins, faites des projets et ayez des objectifs pour votre avenir et votre vie après la maladie ».
Quelles sont les stratégies possibles pour vivre avec, notamment grâce à la littérature ? Avec le monde qui nous entoure tel qu’il est, avec des discours ambiants dans lesquels on ne se reconnaît pas, avec des tendances sociétales qui nous mettent mal à l’aise, avec ce dont on a hérité, avec son histoire personnelle, avec ses failles, ses blessures, avec ses forces aussi, ses expériences et ses capacités de résilience.
Les livres, par leur puissance d’humanité, par leur force d’expression, prennent soin de nous. Ils ont le pouvoir de nous apaiser par l’ordre de leur syntaxe, le rythme et la musicalité de leurs phrases, et même par le toucher sensuel de leur papier. Par les récits qu’ils nous soumettent, ils ont ce pouvoir étonnant de nous arracher à nous-mêmes pour nous emporter vers d’autres destinations, souvent insoupçonnées. Pour nous mettre, ne serait-ce qu’un instant, dans la peau d’un autre, d’un personnage dont l’histoire, le monde, la culture, la joie ou la douleur ne sont pas les nôtres, mais avec lequel il nous est donné d’être en empathie.
Quel est le livre qui a changé votre vie ou votre regard sur votre vie ? Qui vous a permis de vous réparer ou de vous (re) construire ?
En ce qui me concerne, c’est Instruments des ténèbres de Nancy Houston. La force de son écriture, la violence du récit, ce fut un coup de poing. Cette façon de raconter l’histoire des femmes m’a éveillée au féminisme, et je n’ai plus lâché les oeuvres de Nancy Houston. J’admire sa liberté, sa puissance, sa façon de se mettre à nu dans ses livres, tout en racontant des histoires universelles qui nous parlent de nous, les femmes.
Voici quelques exemples et témoignages que j’ai tirés de mes lectures ou de mes vagabondages sur Internet qui m’ont attiré par leur profondeur et leur résonance avec mes centres d’intérêt.
L’écriture, l’amour et le lien : C’est l’histoire d’une grande dame, au courage et à la détermination hors norme. Je vous recommande vivement le témoignage de Josette Kalifa, La réparation, aux Editions J’ose être : « Quand j’observe la vie et ses méandres, je vois à quel point le lien est le dénominateur commun. Tout est lié. Une chose arrive parce que, quelque part, une autre chose doit se produire. Est-ce cette compréhension précoce, intuitive, qui a nourri mon besoin fondamental de réparer le lien, de réparer la vie ? Tout ce qui m’est arrivé procède de cette chronologie du lien. Je suis née dans cette famille, de ce couple névrosé, lui-même porteur d’une lignée de souffrances, de maltraitances, d’abandons et de malheurs. Je suis née pour réparer ce lien. Chaque lignée est une histoire unique. Histoire qui se perpétue de génération en génération en un éternel recommencement. L’histoire se perpétue, jusqu’à ce qu’un accident survienne et brise le cours normal de cette lignée. Cet accident, c’est moi. » … « Je m’étonne de la puissance thérapeutique de l’écriture. Il ne suffisait pas de tenir les tenants et aboutissants de mon histoire. Rompre la chaîne de transmission passait, pour moi, par le dépôt sur le papier de toutes mes souffrances, mes colères, mes chagrins, en dehors de moi, telle une offrande au feu de la vie. L’amour a fait le reste. Aujourd’hui, je me sens plus légère que jamais, heureuse et en paix. »
La lecture peut soigner les enfants : Comment une autrice entrée dans l’âge de la sagesse (elle a 69 ans) peut-elle être aussi connectée à l’univers adolescent ? A ceux rencontrés « sur le terrain » s’ajoute une solide veille d’information, et des relais toujours renouvelés parmi les générations qui viennent. Les enfants ont changé et Marie-Aude Murail aussi. « La littérature soigne ». Parce qu’il n’y a pas assez de psychologues pour écouter tout le monde, et qu’il fallait donc en inventer un. Parce que les enfants continuent d’aimer la lecture, pour peu que l’on sache les y amener.
L’amour comme force de résilience pour Salman Rushdie : « C’est la réponse à la question « comment on raconte » qui fait tout le livre. C’est ce avec quoi j’ai lutté pour écrire Le Couteau. Il fallait que la forme mette en confrontation deux forces opposées : d’un côté l’amour, la beauté, l’art, la liberté, et de l’autre la violence, la bigoterie, le fanatisme, la stupidité… Alors j’ai voulu que Le Couteau soit avant tout un livre sur l’amour des autres et l’amour de la vie – cette vie dont j’ai failli être privé. » Interview dans Télérama n° 3875 du 17/04/2024.
Revisiter les récits familiaux avec Delphine Horvilleur : » Le monde cherche à nous rassurer. C’est gentil de sa part. Très gentil ! Et nous, on voudrait tellement le croire. Se blottir dans ses bras et savoir qu’on sera protégé. Mais la conversation avec le passé est si puissante qu’elle rend difficilement audible autre chose. Et dans nos têtes, ça fait un boucan monstre. Ça nous oblige à revisiter tous les récits qui nous ont construits, à déconstruire des légendes familiales, des narratifs à l’ombre desquels on s’est si longtemps abrité. » page 39, Comment ça va pas ? Editions Grasset, 2024.
« Les chansons d’Anne Sylvestre me font du bien, depuis toujours, mais j’ai mis longtemps à comprendre pourquoi. En lisant l’histoire familiale de cette compositrice, un élément de réponse m’est apparu. J’ai compris que cette fille de collabo avait fait de ses chansons le lieu d’un combat contre ses origines. Comme si chaque parole qu’elle écrivait murmurait à demi-mot : je suis l’enfant d’un lâche ou d’un salaud, mais je saurai m’élever contre cet héritage. C’est peut-être pour cela qu’elle a écrit ses fabulettes pour les enfants, pour apprendre à grandir ou à se méfier. Peut-on dépasser autrement son passé que dans la réécriture ? Depuis des semaines, je pense beaucoup à tout ce qui me fait du bien, et plus encore à ceux qui me font du bien. J’ai fini par comprendre combien j’avais besoin de m’entourer de gens qui se savent hantés. Des êtres qui accueillent les fantômes de leur histoire et les font parler dans ce qu’ils disent, écrivent, composent, chantent ou construisent. Delphine Horvilleur, Comment çava pas ? Editions Grasset, 2024. page 39 ?
J’ai découvert la biographie hospitalière grâce à Maud Jan-Ailleret, que je remercie vivement pour notre conversation sensible sur le sujet (cf. le podcast Mine de rien). Dans son roman Une certaine Espérance (Editions Baribal, 2025), Dominique incarne le personnage d’une biographe hospitalière, en soutien à Espérance, au départ réfractaire. Dominique présente la biographie hospitalière ainsi : « Elle explique ce qu’apporte le fait de raconter des épisodes de son histoire à un biographe formé et le bienfait de recevoir gracieusement, pour soi-même ou un proche choisi, le récit de sa vie sous la forme d’un livre. » « Tenir parole et rendre parole. Je ne suis qu’un instrument de la voix de l’autre. En quelque sorte, je suis là pour vous aider à ranger le bureau de votre vie. Avec la biographie hospitalière, on est dans le vrai. » (page 96). « Elle a parlé de la puissance de l’écriture comme accès direct, mais aussi comme soin prodigué à l’autre et par effet boomerang, à soi-même. (page 149)
L’art et le langage pour tisser son identité en conscience : Le mot « texte » vient du latin textilis qui veut aussi bien dire « textile » que « ce qui s’entrelace » selon Chloé Bensahel, tisserande et artiste plasticienne franco-américaine, qui mêle performance, textiles et multimédias pour éclairer la relation entre langage et identité. Inspirée par l’expérience migratoire de sa propre famille, elle associe dans son travail la narration et les traditions artisanales pour faire naître un langage intégré ou codé. Grâce au tissu, l’artiste crée des oeuvres intégrant le langage et inclut dans ses tapisseries des mots à peine lisibles, dont on peut déchiffrer le double sens. Télérama 3877 du 01 mai 2024.
Raconter le quotidien des femmes par Alice Munro, la Reine de la nouvelle … et du temps : « Écrire le quotidien – quand on est une femme qui plus est – s’avère risqué. On est rapidement relégué au rang d’artiste mineur. Car de quoi parle-t-on ? De mères avec leurs filles, de passion non réciproque, de souffrance conjugale. Pourtant c’est immense et pourtant c’est poignant. Car Alice Munro, dont la romancière Audrey Thomas disait qu’elle était le seul auteur qu’elle connaissait à explorer vraiment la sexualité féminine, règle leur compte à tous les clichés. » (A lire sur Télérama)
« Proust m’a sauvée » affirme Laure Murat dans Proust, roman familial(Robert Laffont, 2023) : « La transformation d’un malheur sans nom en un roman exploratoire, où chaque fluctuation de l’âme sera nommée, pensée, sentie, décrite, exorcisée. La conversion d’une catastrophe en une oeuvre d’art » (page 216). « Proust n’endort pas nos douleurs dans les volutes de sa prose, il excite sans cesse notre désir de savoir, cette libido sciendi qui, en séparant l’enfant de sa mère, nous affranchit plus sûrement du malheur que tous les mots de la compassion. A ce titre, il ne serait pas exagéré de dire que Proust m’a sauvée » (page 218).
L’héroïne du conte Les Mille et Une nuits, Shéhérazade, plait à Marlene Monteiro Freitas « parce qu’elle donne à la fiction le pouvoir de sauver la vie » (Télérama n ° 3937, page 24).
Maladie mentale et littérature : Philippa Motte dans son ouvrage Et c’est moi qu’on enferme (Editions Stock, 2025), constate que les livres qu’elle a engloutis par dizaines ont eu un pouvoir salvateur dans sa vie, avec l’impression d’avoir découvert un continent immense : « les livres m’auraient épargné certains comportements excessifs et passionnés que je soupçonne d’avoir nourri ma fragilité » (page 158).
En ce qu’ils touchent à un besoin universel de création de sens, les récits fictionnels, contes, légendes, romans, sont aussi un support naturel pour les psychothérapeutes. Et les coachs, puis-je ajouter, notamment à travers le travail autour des histoires de vie, approche à laquelle j’ai été certifiée pour mes accompagnements.
Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
Entretien avec Muriel Gani, photographe, auteure, experte en communication éditoriale et formatrice, qui nous transmet son goût des images, de la nature, des mots, de ce qui est « moche » et qu’elle nous rend beau, de ce qui est complexe et qu’elle tend à rendre intelligible et accessible. Vous pourrez découvrir ses photos abstraites ou fragments urbains sur son compte Instagram : matières à rêver, images mentales enfouies, ses photos qui ressemblent à des peintures vous charmeront comme elles m’ont charmée. Et dans la droite ligne de l’intention éditoriale de cette série de podcasts Mine de rien, Muriel revient sur ses héritages, ses autorisations et ses freins intériorisés, son chemin de vie artistique et personnel en finissant l’échange avec ce qu’elle entend transmettre aujourd’hui.
Avez-vous ressenti comme moi cette sorte de confusion des âges ? Avec la sensation d’une plénitude aujourd’hui, que je ne vivais pas quand j’avais 20 ans, soi-disant le bel âge, alors qu’il était tourmenté, je me cherchais, je me cognais …
Confusion des âges encore, avec des jeunes qui se vieillissent volontairement et des vieux qui ne veulent pas faire leur âge … Des jeunes angoissés par leur avenir et des vieux, proches de la maladie ou de la mort, pratiquant un humour décapant et ne voulant plus se laisser imposer des choix qui ne sont pas les leurs.
Dans Philosophie des âges de la vie, Eric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot* brossent le contexte : « l’exigence d’être soi-même a pris le pas sur l’impératif de faire son âge, au point que le fil naturel de l’existence semble être subverti ; il faut devenir mature toujours plus tôt et rester jeune toujours plus tard. La quête effrénée de l’accomplissement s’est associée au refus hyperbolique de l’achèvement : être soi-même, mais sans jamais s’en contenter au risque de se figer ».
Pour eux, et je vous conseille vivement leur livre, « le brouillage des âges concerne moins la manière dont nous vivons les étapes de l’existence, que la manière dont nous nous les représentons aujourd’hui. Pour le dire autrement : nous vivons toujours les âges, mais nous ne savons pas encore très bien comment penser la nouvelle façon dont nous les vivons ».
Marc Augé dans son essai Une ethnologie de soi, le temps sans âge** affirme : « Chacun est amené un jour ou l’autre à s’interroger sur son âge, d’un point de vue ou d’un autre, et à devenir ainsi l’ethnologue de sa propre vie.**
Pour Simone de Beauvoir, l’observation du temps est avant tout l’instrument d’une enquête sur soi ; la mention de l’âge n’est qu’un repère dans l’observation de soi.**
Marc Augé : « Source de savoir ou cumul d’expériences, la vieillesse n’existe pas. Pour se rendre compte que la vieillesse n’existe pas, il suffit d’y parvenir. » Il ajoute : « Je vieillis, donc je vis. J’ai vieilli, donc je suis ».** Belle transition avec la notion d’identité …
Identité
Peut-on être soi (qui suis-je, que suis-je) au fil des âges de la vie ? Y a t’il permanence de son identité, ou impermanence ? Qu’est-ce qui reste, qu’est-ce qui évolue ? Quels bouleversements accompagner/anticiper/subir sur sa construction de soi au fil des âges de la vie ?
Marc Augé, toujours, nous apporte une réponse : Les âges de la vie se succèdent comme les saisons. « C’est là ce que suggère l’expression. Son pluriel invite, certes, à considérer le vieillissement comme inéluctable, mais la métaphore des saisons a des résonances particulières : le printemps succède à l’hiver, on le sait. Elle suggère donc qu’une partie de celui qui disparaît revient, soit que de nouvelles générations prennent la relève des précédentes. Il y a donc dans l’emploi pluriel du mot « âge » un fond d’optimisme en fort contraste avec son emploi au singulier, qui l’apparente à une fatalité, à un destin sans avenir. Suggérer que les générations se succèdent comme les saisons, c’est sous-entendre qu’elles ont en commun l’appartenance au genre humain, affirmer un humanisme de l’héritage qui peut s’affranchir de toute référence à l’hérédité, pour peu qu’on ne lui assigne pas comme limite le cadre étroit de la famille et de la reproduction biologique. Entre ce singulier et ce pluriel, entre l’âge et les âges, il y a au fond une différence absolue et une intime complémentarité. Les âges de la vie peuvent être évoqués indépendamment de l’enchaînement que suppose l’avancée en âge, par le biais de l’anticipation qui esquisse l’avenir ou du souvenir qui recrée le passé, dans tous les cas en laissant l’imagination jouer avec le temps ».**
Pour Eric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot*, la crise identitaire que nous traversons au présent est loin d’être anecdotique. A la question « qui suis-je ? », la généalogie n’englobant plus toutes les dimensions de l’identité, la réponse nous mène dans une impasse : « soit le dogmatisme du moi, indispensable, mais vide (c’est au moment où l’exigence d’être soi-même devient démesurée que les moyens d’y obéir s’obscurcissent), soit le scepticisme du moi (« je est un autre » selon la célèbre formule de Nietzsche), théoriquement imparable, mais pratiquement injouable, puisque c’est toujours un moi qui décide de renoncer au moi ! ». Selon eux, la solution aussi élégante que profonde à cette impasse est l’identité narrative de Paul Ricoeur, dont j’ai déjà parlé sur mon site. Avec une formule simple qui l’explique : « Je suis ce que je raconte ». Le récit donne de l’unité aux différentes facettes de l’identité. « C’est en se racontant que l’on se fait, parce que, par la vertu du récit, les traces mémorielles subjectives, en se rassemblant dans une trame, acquièrent une signification. » Quand dans une situation de transition professionnelle, nous nous interrogeons sur notre véritable vocation, c’est encore le récit qui nous réinscrit dans un projet cohérent d’existence. « Et lorsque la disparition des être chers et âgés se profile, que cherche-t-on à conserver sinon une trace de leur mémoire pour maintenir ou renouer le lien affectif ? ».
Il est incontestable que les âges de la vie ont cessé d’être les catégories objectives de sens qu’ils étaient jadis. « Néanmoins, ils persistent comme les catégories fondamentales de l‘identité narrative. Les âges de la vie désignent les chapitres obligés du cours d’une vie, les étapes nécessaires à la fabrication d’un individu. Ils servent ainsi à penser sa vie, et, peut-être, à vivre sa pensée ».*
Au fait, on est vieux à quel âge ?
L’âge, c’est un peu comme la météo : il y a la météo effective et la météo ressentie. Il y a l’âge réel, l’âge ressenti, et l’âge que les autres nous donnent. Des études très sérieuses se penchent sur la distinction jugée plus ou moins pertinente entre âge biologique et âge social.
Selon l’étude Alternego***, on est senior en entreprise à partir de 50 ans. Cette étude montre que les salariés en seconde partie de carrière sont en forme, motivés et demandeurs d’être accompagnés, reconnus et mis en avant concernant leur expérience et leur expertise. Avec l’allongement de la durée des carrières, les entreprises ont donc tout intérêt à miser sur ces classes d’âge pour faciliter la transmission et la richesse que représente la diversité générationnelle. La mise en place d’actions pour maintenir leur niveau de qualification, favoriser les transmissions et pour stimuler leur engagement est donc plus que nécessaire.
En revanche, ils déclarent que leur travail est mal reconnu et que les perspectives proposées par leur entreprise sont insatisfaisantes. Ils ne sont que 40 % à penser que leurs contributions professionnelles sont reconnues à leur juste valeur et seulement 25 % pensent que les opportunités d’évolutions de carrière que leur propose leur entreprise sont satisfaisantes.
Avec l’âge, les salariés en seconde partie de carrière sont de plus en plus nombreux à ressentir un certain jeunisme et déclarent être victimes de discrimination du fait de leur âge. Ce sentiment concerne les opportunités professionnelles mais aussi les stéréotypes ou les blagues. 52 % des plus de 60 ans considèrent que certains postes ne leur sont plus accessibles (contre 28 % des 45-49 ans), 25% disent faire l’objet de mauvaises blagues et de stéréotypes (contre 12 % des 45-49 ans) et 27% considèrent avoir déjà été victimes de discrimination (contre 9 % des 45-49 ans).
Les dérives : l’âgisme, quel gaspillage inutile !
« Le racisme anti-vieux existe et cela s’appelle l’âgisme, la discrimination selon l’âge. C’est en tout cas ainsi que l’a appelé le gérontologue Robert Butler en 1969. Est-ce parce que cet Américain, né pendant la grande dépression, a été élevé par ses grands-parents qu’il a su poser un œil neuf et positif sur l’âge ? Il affirme en tout cas que sa grand-mère a su lui montrer la force et l’endurance des plus âgés. Ce chercheur a fait de l’âge et du regard qu’on porte sur les aînés le combat de sa vie. Il fut le premier à défendre l’idée que les performances physiques et mentales d’un individu ne devaient pas être corrélées à la « façade » constituant son âge chronologique. Il considère comme anormal que les individus se voient refuser un travail, un accès à l’assurance, au crédit ou même au logement au seul motif de l’âge. Il va jusqu’à qualifier l’âgisme de « maladie psychosociale ». Et cela a des conséquences : une étude menée en 2000 par l’OMS chiffre à 63 milliards de dollars les dépenses de santé spécifiquement liées à l’âgisme chaque année ». ****
Le Figaro en 2018 titre : « L’âge est la première crainte de discrimination dans l’entreprise ». Le ministère du travail confirme : « l’âgisme est bel et bien une discrimination au travail plus importante encore que le sexisme, l’origine non française et le handicap. Les deux tiers des ruptures de contrat de travail provoqués en 2020 par des plans sociaux concernaient des séniors ». ****
Double peine : sexisme et âgisme
« Les représentations posent des normes et forgent une vision de la réalité acceptée par le plus grand nombre. Elles influent sur la société en général, mais aussi sur chacune d’entre nous. Pour construire notre identité, nos valeurs, notre façon de penser, nous nous appuyons sur ces représentations. Si le discours général est, image à l’appui, qu’à moins d’être Sharon Stone ou un mannequin de 15 ans, nous ne valons pas la peine d’être mise en avant, cela finit par pénétrer nos esprits. Nous n’apparaissons nulle part ? C’est donc que nous n’avons plus de rôle dans ce monde. Cette négation de notre identité est non seulement violente mais dangereuse. Moins les femmes de plus de 50 ans sont montrées, moins elles se sentent montrables. Plus on leur dénie de la valeur à cause de leur âge, plus elles se mettent en retrait du pouvoir, du travail, de la séduction. » ****
« Les sociologues Liam Foster et Alan Walker ont étudié les taux d’emploi des séniors (55-64 ans) dans toute l’Europe. Résultat : oui, c’est dur pour tout le monde mais surtout pour le femmes. En Estonie et Lituanie, la différence de revenus entre hommes et femmes de cet âge-là atteint même les 50 %. Si l’écart est moindre dans les autres pays, il se fait toujours en défaveur des femmes, que ce soit en Espagne, en Grèce, en Irlande. » ****
« Les femmes qui entament la deuxième partie de leur carrière ont de précieuses qualités dans le monde du travail. Elles combinent celles des femmes et des séniors. Les études américaines leur prêtent de l’expérience, du savoir-faire, et l’envie de transmettre. Libres, riches d’une pensée créative, elles sont généreuses et prennent soi des autres. Leur loyauté est célébrée par les chercheurs. Ayant souvent eu la charge d’une famille, elles sont habituées au transgénérationnel. Elles savent gérer plusieurs dossiers à la fois, et comme leurs enfants se sont envolés vers d’autres aventures, sont souvent heureuses d’opérer un transfert de leur énergie vers les enjeux de l’entreprise ». Bibiane Godefroid, présidente de Newen, filiale fiction de TF1. ****
Pour finir, restons sur une note optimiste : « la confusion des âges n’est pas une fatalité » selon Eric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot. « L’individu hypermoderne a plus de ressources que l’on ne pense habituellement pour y faire face et penser l’unité de sa vie du berceau à la tombe. Qu’est-ce qu’un enfant ? Un être qui veut grandir. Pourquoi grandir ? Pour devenir adulte. Qu’est-ce qu’un adulte ? Un être qui entre dans l’univers de l’expérience, de la responsabilité, et de l’authenticité. Pourquoi vieillir ? Pour tenter d’approfondir ces trois tâches infinies. Les âges de la vie continuent de faire leur office, même s’ils sont coupés de toute espèce de repères extérieurs à l’homme ».
*Philosophie des âges de la vie, Eric Deschavanne et Pierre-Henri Tavoillot, Fayard Pluriel, 2011.
**Une ethnologie de soi, Le temps sans âge, Marc Augé, Editions du Seuil, Points, 2014.
***Etude Alternego Seconde partie de carrière, Sentiment d’appartenance, image de soi, engagement, équité, attentes. Mai 2023.
****Les flamboyantes, Charlotte Montpezat, Editions des Equateurs, 2023.
Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
Rencontre avec Marion Renard, communicante, autrice, illustratrice, aux yeux pétillants de malice, qui nous emporte dans son univers fait de poésie, d’humour et de sensibilité. Marion porte un regard neuf et émerveillé sur le monde qui l’entoure, et nous aide à prendre un pas de côté (philosophique) pour observer le nôtre. Après avoir créé son agence, L’attache parisienne, et le personnage d’Odette, à la joie de vivre contagieuse, Marion propose ses nombreux talents d’illustratrice, de raconteuse d’histoires, d’intervieweuse et de communicante. Je retiens une phrase : « L’entrepreneuriat est un accélérateur de connaissance de soi ». A méditer.
Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
Rencontre avec Colette Tostivint, slasheuse comme elle se définit elle-même, à la fois agente d’artistes, experte en identité numérique, co-fondatrice de l’association Eklore, et révélatrice de talents. Sa promesse : « s’inspirer du réel, pour inspirer le réel ». Citoyenne du monde, habitant au Népal, son énergie est communicative et son audace encourage les femmes qui l’écoutent.
Avez-vous vu le film A plein temps avec Laure Calamy qui court de sa banlieue de l’Essonne vers le palace parisien où elle travaille comme cheffe de rang pendant des grèves monstres des transports parisiens, tout en élevant seule ses enfants ?
Un film social filmé comme un thriller haletant par le réalisateur Eric Gravel qui m’a beaucoup touchée. En apnée pendant tout le film, je me demandais à chaque minute : « Mais comment fait-elle pour tenir ? ». Pour moi, c’est ça le courage. Et pour vous ?
On a chacun, chacune, sa définition ou sa représentation, héritée de son histoire personnelle bien sûr, de son vécu, des personnes inspirantes de son entourage, mais aussi de son imaginaire littéraire, cinématographique, artistique …
Il est intéressant de revenir à l’étymologie du mot courage : « coeur, siège des sentiments ». Pour Blanche de Richemont que j’ai eu la chance d’écouter parler de son livre Allez courage ! paru aux Presses de la cité, « avoir du courage, c’est avoir du coeur à l’ouvrage, donc de l’ardeur. C’est répondre à l’appel de ce qui nous grandit et de ce qui grandit les autres. » Son conseil pour nous aider à avoir du courage : « accrocher son regard à une étoile, quelque chose qui nous élève, nous anime. Se frotter à la beauté du monde. Et rire ».
Le courage est la capacité d’affronter le danger dans un but légitime, en prenant la mesure des risques encourus. Il est la version contemporaine, moins spectaculaire et visible, de l’héroïsme, plutôt centrée sur la persévérance ou l’endurance, et la notion de responsabilité. Nous retrouvons le personnage joué par Laure Calamy dans cette définition.
Si je prends ma caquette d’accompagnante, j’ajouterais : pour l’éthique du coach, et sa responsabilité dans la relation nouée avec ses clients, je propose ici quelques réflexions à mener pour nous guider dans l’exercice de notre métier. Je m’arrêterais notamment sur la notion de fragilité ou de vulnérabilité qui peut paraître contre-intuitive dans la représentation que l’on se fait du coach.
« L’éthique du soin et du souci de l’autre se déploie dans l’invisibilité, c’est-à-dire dans un contexte qui n’a plus rien de public. On peut l’illustrer par l’activité des métiers du soin ou des travailleurs sociaux, par exemple, ou par le dévouement en général. A la lumière de Marcel Mauss, la vérité secrète qui guide de tels comportements est que la forme de don de soi qui s’y pratique s’attache précisément à se faire discrète et aussi légère que possible, afin de ne pas imposer à ses bénéficiaires l’obligation de rendre quoi que ce soit à leurs bienfaiteurs. Le souci des seconds est de ne pas mettre en dette les premiers. A travers leur incognito, on perçoit que le courage peut se trouver en étroite proximité avec l’humilité. Si cette forme de grandeur ne s’affiche pas, elle ne semble pas moins vertueuse que le courage à l’antique. Combinée avec le constat de la modernité de la persévérance de Pénélope, une telle observation conduit à relativiser encore la distinction entre les deux formes de courage. Il suffit pour cela de mettre en lumière la composante relationnelle de la vertu antique et, symétriquement, la grandeur cachée de l’endurance moderne, celle d’un héroïsme quotidien » (page 151, Ethique de la pratique ordinaire, Pocket, 2021, Pierre-Olivier Monteil)
« Cette approche met sur la voie d’un courage par sollicitude, à travers le fait de s’exposer aux attentes de l’autre en difficulté, qui compte sur moi pour l’aider. Sa fragilité en appelle à ma capacité de lui répondre, c’est-à-dire, répétons-le, à ma responsabilité. La fragilité nous oblige. Comme l’observe Ricoeur, quand un enfant naît, « du seul fait qu’il est là, il oblige. Nous sommes rendus responsables par le fragile ». Le courage puise à une source relationnelle. C’est l’autre qui me rend courageux pour lui venir en aide. C’est lui qui me permet d’être persévérant, car il compte sur moi pour tenir ma promesse. Il me donne la force d’intervenir par la confiance qu’il me porte. Le courage consiste à assumer ma propre fragilité, celle que je partage avec l’autre, comme avec tous les autres. » (page 152, Ethique de la pratique ordinaire, Pocket, 2021, Pierre-Olivier Monteil)
« Le courage est l’art de commencer, ainsi que le souligne Vladimir Jankélévitch. Il constitue une valeur non thésaurisable, car elle ne se conjugue qu’au présent : on n’est courageux qu’en situation. Ce n’est donc pas tant une compétence qu’une capacité à réagir et à se risquer. Elle suppose moins une sorte d’expérience accumulée dans le passé qu’un certain état de disponibilité au présent, un humeur éveillée, une curiosité attentive et entreprenante, une réceptivité au fait même de vivre, qui pousse à intervenir. » (page 155, Ethique de la pratique ordinaire, Pocket, 2021, Pierre-Olivier Monteil)
« Il faut du courage pour vivre et travailler ». Trois sortes de courage sont requises de nous, et j’y vois encore une fois un guide pour la pratique du coach :
Le courage de s’engager (commencer, prendre des responsabilités, entrer dans l’échange, assumer, approuver ce que l’on fait) pour dire oui à la vie, malgré ses incertitudes. Le courage de s’engager s’enracine dans la capacité à se recevoir soi-même, avec ses compétences et ses faiblesses, ses qualités et ses défauts, dans cette existence, aussi contingente soit-elle.
Le courage de continuer et de persévérer dans l’échange. Dans le milieu professionnel, la difficulté consiste à pratiquer la grande loi de réciprocité dans l’échange, en combinant à la fois une exigence d’égalité entre les personnes et de respect des différences, entre les statuts, les métiers, les âges et les sexes.
Le courage de terminer et de sortir de l’échange. Une propension spontanée nous porterait à poursuivre notre activité sans relâche, dans une logique de rétribution (ou de don/contre-don). Le courage de terminer est celui de pardonner. Il est d’une grande utilité dans les conflits, les relations de travail en général ou la conduite des entretiens d’évaluation en particulier. » (page 157, Ethique de la pratique ordinaire, Pocket, 2021, Pierre-Olivier Monteil)
Le courage en management. Notamment en misant sur l‘autorité plutôt que sur le pouvoir d’imposer, comme je l’ai écrit dans un autre article. « La dose de courage requis se trouve allégée par une autre énergie, à l’oeuvre en sous-main : la gratitude. Une autre forme de courage réside dans la capacité à suspendre son geste et à ne pas agir. Attendre et aviser, ne pas céder à l’urgence et patienter. Pour réfléchir, échanger, prendre du recul. Avant tout ne pas nuire, conformément au précepte attribué à Hippocrate. » (page 160, Ethique de la pratique ordinaire, Pocket, 2021, Pierre-Olivier Monteil)
L’ultime courage ne consiste t-il pas à apprendre à vivre avec la peur et la mort ? Les humains, cette drôle d’espèce qui a la certitude de sa finitude dès le début de son existence… « Nous nous efforçons d’apprendre ce que nous oublierons, nous aimons ceux qui disparaîtront, nous soignons ceux qui s’effacent. Nous sommes des êtres endurants. Cette contradiction essentielle – commencer ou recommencer ce qui s’achèvera – se rejoue à chaque instant ». Nos actions les plus essentielles ne portent-elles pas la marque de cette résistance au désespoir ? (page 175, Les débuts, Claire Marin, Editions Autrement, 2023).
Et pour finir, je citerais Nancy Houston : « La vie des primates sur la planète Terre est remplie de dangers et de menaces. Tous les primates tentent de s’en protéger en s’envoyant des signaux. Nous seuls fantasmons, extrapolons, tricotons des histoires pour survivre ; et croyons dur comme fer à nos histoires. » (page 11, Sois fort, Sois belle, Nancy Houston, éditions Parole, 2016).
Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.
Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?
Conversation avec Sophie Courtin-Bernardo, qui a co-fondé L-Start, une plate-forme digitale d’accompagnement de créatrices d’entreprise, proposant une formation en six modules sur six mois pour réussir son projet entrepreneurial et faire ses premières ventes. A l’origine destinée aux expatriées, en lien avec le parcours international de Sophie, l’offre L-Start s’adresse à toutes celles pour qui l’accompagnement à distance est un choix ou une nécessité. Sophie a créé « une plate-forme bienveillante tournée vers l’action », c’est la promesse indiquée sur le site. Et cela résume assez bien la personnalité de sa créatrice. Vous découvrirez sa détermination tranquille, ses choix de vie, notamment à l’international, qui lui ont permis de rebondir de façon constructive sur son chemin professionnel. Sophie nous inspire, à l’instar des 1 000 femmes accompagnées depuis plus de 10 ans par L-Start.