Le voyage d’Ulysse, une épopée pour nous aider à rester humain

Les mythes et les légendes me passionnent. J’ai d’ailleurs déjà écrit des articles sur mon site, en m’inspirant de Nancy Houston par exemple, ou de Sylvain Tesson. Comme l’écrit Eugène Enriquez dans la préface de La retraite, une nouvelle vie. Une Odyssée personnelle et collective (1), « ils doivent être pris au sérieux, car les mythes nous parlent de notre condition humaine. Ils nous présentent sous forme de récits attrayants et tragiques les problèmes centraux auxquels chacun de nous, un jour, est ou sera confronté.e. »

J’ai la grande chance d’en connaître l’autrice, Anasthasia Blanché, qui a accepté pour ma plus grande joie de répondre à mes questions. Anasthasia s’est appuyée sur l’Odyssée d’Homère pour étudier un tournant de vie majeur, la retraite. Au-delà de celui-ci, Anasthasia nous livre avec générosité et bienveillance les clés de compréhension de l’Odyssée d’Ulysse au prisme des épreuves, décisions, découvertes, transformations de nos propres vies. En suivant le voyage d’Ulysse, ses différentes étapes parsemées d’aventures les plus étranges et évocatrices, ce livre nous fait percevoir avec acuité que « le but de l’itinéraire odysséen, c’est le rendez-vous avec soi-même. » (Vladimir Jankélévitch) (1)

Psychanalyste, psychosociologue, sociologue clinicienne, formatrice, Anasthasia Blanché s’est appuyée sur les séminaires qu’elle a animés et les entretiens avec ses patients pour nous décrire leurs questions, tourments, expériences, valeurs et les solutions que chacun.e imagine pour faire face, avec son propre bricolage identitaire (2), et parfois une grande créativité. Charge à chacun.e de saisir le Kairos, ou l’opportunité inhérente à tout changement de vie.

« Nathalie : Peut-être que l’on pourrait revenir à l’origine, c’est-à-dire qu’est-ce qui t’a intéressé dans les mythes et en particulier l’Odyssée ?

Anasthasia : Je m’intéresse à la mythologie grecque en lien avec mes origines. Dans l’histoire familiale, on en parlait beaucoup des mythes grecs, il y a eu une transmission, même si je suis née et ai vécu à Paris. Il y avait quand même une ambiance grecque à la maison. Avec à la fois la religion orthodoxe, chrétienne donc, et un intérêt pour les mythes païens. Et tout ça cohabitait très bien. Ensuite, je m’y suis intéressée par ce que je trouvais ça extraordinaire, il y avait un côté merveilleux et qui me touchait beaucoup.

Ensuite, deux mots sur mon parcours sans entrer dans le détail : j’ai eu la chance de commencer une psychanalyse quand j’avais 19 ans pour des raisons personnelles et depuis, je n’ai pas arrêté. J’ai eu forcément l’occasion de rencontrer des analystes, des lectures, des groupes, qui m’ont fait m’intéresser de plus en plus à la mythologie. Voilà, c’est lié à quelque chose de personnel au départ.

N  : Tu parles de quels groupes ?

A : J’ai fréquenté les trois principaux groupes de la psychanalyse en France : les Lacaniens, les Jungiens beaucoup (je suis formée essentiellement à l’école Jungienne), ainsi que les Freudiens. J’ai une vision très large des différentes façons d’aborder l’inconscient. Toutes ces rencontres m’ont amenée à m’intéresser à la mythologie et évidemment au psychisme, à la façon dont est structurée la psyché. Par exemple, chez Freud, on a le mythe fondateur d’Œdipe et l’interdit de l’inceste. On voit bien qu’il s’appuie sur une figure mythologique. Et chez Jung aussi, c’est très présent, les archétypes, les invariants psychiques, l’inconscient collectif… On retrouve des fondamentaux qui sont aussi dans les mythes.

N  : Avec deux facettes, l’individuel et le collectif ?

A : Oui effectivement, les deux étaient présents. Et pour moi, il y a un pont évident. Je n’ai pas eu à scinder la lecture intrapsychique de la lecture sociale, historique et mythologique. Cela participait pour moi de la même démarche, pour comprendre le monde, pour moi et pour les autres.

Ça c’est pour répondre à ta question sur l’origine, et au fil du temps, je me suis rendue compte que les grands mythes apparaissaient aussi – lorsque je suis devenue analyste – dans les discours des patients, il y avait des espaces archétypiques très puissants qui agissaient. Petit à petit, pour ceux qui étaient intéressés et ouverts aux symboles – tout le monde ne l’est pas – et bien cela produisait des effets très puissants dans le travail thérapeutique.

Pour en revenir aux aventures d’Ulysse et la retraite, j’ai animé des séminaires sur la retraite avec un collègue canadien Jacques Rhéaume. Lui avait sa façon d’aborder les choses, sur l’aspect plus sociologique, moi plus psychanalytique. Ensuite, j’ai participé pendant plusieurs années à un groupe de travail pluridisciplinaire, qui a donné lieu à une publication en 2006, L’entrée dans la retraite, nouveau départ ou mort sociale, aux Editions Liaisons Sociales, sous la direction de Dominique Thierry.

Sur la façon dont j’ai structuré à la fois mes accompagnements individuels et mon livre : ce sont les patients que j’écoutais. C’est vraiment un travail de clinicienne. Ce sont des propos que j’entendais, par exemple : « Je me sens dériver, je me sens déboussolé, je ne sais plus qui je suis, je suis en pleine tempête, j’ai peur de quitter le navire, j’ai l’impression de n’être personne… », cela m’avait vraiment frappé. J’ai fait un pont très personnel entre ce qu’ils disaient à leur entrée dans la retraite et ce que je connaissais des aventures d’Ulysse. Il y avait vraiment là des images très fortes d’une dérive, d’un voyage tempétueux, et j’ai pensé à Ulysse et à l’Odyssée.

N : Si on prend l’exemple de la retraite, les citations que tu utilises, on les retrouve dans les différentes parties du livre. C’est passionnant de voir que tu étaies ton propos par des citations de patients qui ont participé à tes groupes.

A : Ce sont à la fois ceux qui ont participé à mes groupes et ceux que j’ai suivis en thérapie. Je suis partie vraiment de la clinique, pas d’une théorisation, c’est cette clinique-là qui m’interrogeait. J’ai compris qu’on était vraiment dans des étapes de l’Odyssée, et que les personnes les traversaient comme elles pouvaient, de façon plus ou moins mouvementée.

N :  Sachant que la retraite est une transition de vie, tu le dis dans ton livre. Il y en a d’autres. Tu peux capitaliser sur l’étude des images, des symboles dont tu parles, tu les utilises dans le cadre d’autres transitions de vie ?

A : Oui c’est parlant. En revanche, cela parle peu aux adolescents. J’ai été thérapeute d’adolescents, c’est ce qui m’a permis d’apprendre mon métier pour tout ce qui est transition majeure, le passage de l’adolescence à l’âge adulte, c’est vraiment un grand bouleversement bio-psycho-social. Il y a tout : le corps, la psyché, le social. En revanche, pour les adultes, et notamment lors de la fameuse crise du milieu de vie, que j’appelle seconde adolescence, on va avoir les mêmes questions qui reviennent. Quand je fais référence à certains passages de l’Odyssée, cela parle à certaines personnes, cela les aide à avoir moins de peurs quand elles vivent de grands bouleversements, des transitions. Car il y a toujours un moment critique. On ne peut pas quitter quelque chose que l’on connaît pour aller vers quelque chose d’inconnu, c’est bien ça le voyage d’Ulysse.

N : Quand tu parles de milieu de vie, c’est vers 40-45 ans ?

A : Avec l’allongement de la durée de vie, on voit ces questionnements vers 45-50 ans.

N : Les personnes qui sont en reconversion professionnelle par exemple ?

A : Oui cela peut être ça, tout à fait. Au milieu de la vie, il y a un questionnement. A la fois biologique, avec le corps qui est en train de changer ; sociologique, avec les valeurs que l’on avait mises en place pour construire sa vie qui commencent à changer, c’est un passage délicat. Dans les aventures d’Ulysse, il y a un côté « épopée », avec des images qui aident à accompagner la turbulence. Cela parle à toute personne ouverte à la symbolique.

N  : Tu fais référence à d’autres mythologies que la mythologie grecque ?

A : Je fais souvent référence aux personnages bibliques. Même s’ils ne sont plus croyants, les retraités ont été bercés dans leur enfance par la religion, qu’elle soit juive ou chrétienne, c’est pareil, cela fait référence à l’Ancien et au Nouveau Testament. Les mythologies asiatiques parlent moins, c’est une question de culture dans laquelle on a été bercé dans sa famille ou à l’école.

N  : Pour revenir aux transitions de vie, il peut y avoir le chômage par exemple ?

A : A tout moment, où il y a une rupture dans quelque chose mise en place, cela ne fait plus continuité avec l’identité. Il y a une nécessité de retrouver des repères. Quand on dit rupture, c’est qu’il y a perte de repères classiques.

N : Rupture subie ou voulue ?

A : Oui c’est comme la retraite, soit elle est voulue, soit elle est subie. Tu peux tout à fait travailler avec ces grandes ruptures-là. Cela permet de soutenir quelque chose de très ancien en nous, qui remonte à la nuit des temps. Pour revenir à Homère, il y a eu des interprétations depuis des siècles sur ces deux livres fondateurs que sont l’Iliade et l’Odyssée de notre civilisation européenne. Il faut réveiller un enfant de 6e qui adorait la mythologie et qui est devenu un jeune retraité pour essayer de recontacter en lui l’émerveillement qu’il a pu ressentir.

N : Tu continues d’animer des groupes sur la retraite ?

A : Oui, avec Isabelle Nalet. C’est toujours aussi passionnant. Vraiment.

N : Qu’est-ce qui t’a décidé à t’appuyer sur les aventures d’Ulysse ?

A : Je suis partie de ce qu’ils disaient dans ces groupes, de l’état dans lequel ils étaient : l’idée m’est venu de m’appuyer sur les aventures d’Ulysse pour écrire le livre. Et pour transformer mes accompagnements de retraités surtout. En m’appuyant sur ce personnage.

N : Dans la première partie de ton livre, tu présentes les différentes escales d’Ulysse, ses épreuves.

A : Oui ce sont des épreuves initiatiques, c’est comme cela que je le comprends. J’ai symbolisé la guerre de Troie (L’Iliade) par une espèce de malédiction des humains d’être tout le temps en guerre. On peut faire le lien avec aujourd’hui la guerre économique et la guerre sociale, on est dans le même vocabulaire. Ulysse au départ a de nombreux compagnons, et à la fin, il va être tout seul. Il quitte la guerre de Troie, dans laquelle il est encore. Je le vois chez certains hommes, plutôt des cadres supérieurs, qui se comportent comme si de rien n’était. Ils continuent à avoir un comportement guerrier. Ce n’est pas péjoratif, mais ils se comportent encore comme des soudards, c’est ce que fait Ulysse au pays des Cicones. Il se bat, il les massacre et il est obligé de prendre la fuite. Cet épisode-là, c’est comment on se sépare du monde du travail. Quelles sont les modalités de séparation pour que cela se passe bien. Il faut voir comment se jouent les fins de carrière. Comment les gens sont traités dans ces moments-là. Est-ce qu’ils ont pu transmettre avant de partir. Et le fameux pot de départ, qui est un rituel. C’est le seul rituel de séparation qui permet, ou pas selon la façon dont cela s’est déroulé, aux personnes de se séparer du monde du travail.

N  : J’ai apprécié cette partie-là de ton livre, car tu interroges la place du travail dans la vie.

A : Autour de la cinquantaine, c’est une question qui vient se poser, notamment au cours des reconversions que l’on voit beaucoup aujourd’hui. Qu’est-ce que le travail représente dans ma vie ? Jusqu’où je suis complètement identifié à mon rôle professionnel ?

N : Ces questions peuvent donner lieu à des coachings.

A : Absolument. Les coachs qui accompagnent des personnes qui sont en prise de poste à l’intérieur d’une même entreprise, ou ont le souhait de partir ou de changer de vie doivent poser ces questions-là : avant de démarrer tout projet, il faut s’interroger sur ce que le travail représente dans sa vie. Et on est bien sur l’identité. C’est toute l’identité professionnelle qui peut être remise en cause. Cela peut être très douloureux d’avoir à y renoncer.

N : Comment tu définirais l’identité professionnelle ?

A : Cela correspond à la façon dont j’ai investi tout le sens de la vie professionnelle. Est-ce que j’ai investi un métier, est-ce que j’ai voulu faire carrière ? Comment j’ai abordé, jeune adulte, le monde du travail, et qu’est-ce que j’ai investi de mon être profond ? Avec le souci de s’accomplir et d’avoir de la reconnaissance, de faire partie d’un groupe, d’un métier. Et à la fois de me différencier des autres. Il y a les trois pôles : m’identifier et faire partie d’un groupe, une entreprise ou un groupe professionnel ; être différent, avancer dans ma singularité ; et être reconnu. C’est fondamental. Etre reconnu en tant que bon professionnel. Une définition : avoir un travail qui est reconnu pour sa beauté et son utilité. Est-ce que ce que je fais est utile ? Est-ce que ce que je fais est beau ?

N  : On pense à la beauté pour un artisan, moins pour les métiers de service.

A : Oui c’est vrai. Un ébéniste est reconnu pour son geste, son œuvre. Or ces métiers de l’artisanat sont déconsidérés, avec peu de fierté de les exercer. Sauf les métiers d’ouvriers. Il y avait une fierté à appartenir à la classe ouvrière. Les imprimeurs par exemple, qu’on appelait l’aristocratie ouvrière. Ils étaient fiers de ce qu’ils faisaient. Cela a changé aussi. Petit à petit, cela s’est dégradé, avec l’arrivée de nouveaux métiers dans le tertiaire. On est en train de redécouvrir en ce moment que tout métier mérite d’être reconnu. Il faut avoir une vision égalitaire de la société. Cela renvoie à d’autres fondamentaux plus philosophiques ou politiques.

Quand on est chez les Cicones, on est encore dans le monde des humains, dans le réel. Ensuite, on va plonger dans un voyage intérieur, un voyage imaginaire. On change de registre, des Lotophages jusqu’aux Phéaciens qui sont à moitié dieux et humains. On part ailleurs. C’est poétique, on plonge à l’intérieur de l’être. Ulysse rencontre des personnages qui n’existent pas. Soit des dieux, soit des démons, soit des personnages imaginaires. On plonge dans le voyage psychique. Chez les Lotophages, dans ce pays, tout le monde se shoote au lotos. C’est le risque de l’oubli. C’est fondamental pour les Grecs à l’époque. C’est l’oubli de soi. C’est ce que j’ai entendu dans tes podcasts, qu’est-ce que l’on a oublié de son identité, comment est-on resté fidèle à soi ? En Grèce, la pire des choses, c’est d’oublier qui on est, d’où on vient, et le dessein que l’on suit, les objectifs que l’on a dans la vie. On est bien chez les Lotophages : ce sont les gens qui s’abrutissent avec des anti-dépresseurs, parce que l’angoisse est trop forte, parce que la bascule est trop difficile. Cela arrive. C’est comme quand on est drogué. Ou que l’on se laisse aller dans une rêverie stérile. Chaque étape est une épreuve. Le risque est de rester coincé sur cette île.

N  : Est-ce qu’il y a des points positifs, des opportunités à saisir à chaque escale ?

A : Oui, chez les Lotophages, par exemple, pourquoi ne pas s’arrêter quelque temps, faire un break, se laisser aller tranquillement, quand le temps est suspendu, comme ce que l’on a vécu pendant les deux mois du confinement, c’est un peu ce que j’appelle le délice trompeur de la nourriture de l’oubli. Pourquoi pas, cela peut être agréable, mais le risque est de s’installer là-dedans, de ne plus avoir goût à rien. Là encore, je ne porte pas de jugement de valeur. C’est un risque psychique, de tomber dans une pathologie mentale, dans un glissement, comme certaines personnes âgées. Et puis le risque est de ne plus pouvoir vivre sans pilules en tous genres. Il ne faut pas y rester trop longtemps. A chaque étape, il y a des menaces et des opportunités.

N  : Et les cyclopes ?

A : C’est une étape géniale que j’adore. On voit comment Ulysse est rusé pour parvenir à crever l’œil d’un cyclope. C’est un monstre qui n’a qu’un œil. Il est sans foi ni loi. Il mange ses compagnons. C’est une force brute. Le cyclope, c’est commencer à réfléchir à sa part d’ombre opposée à la persona. Quand on enfonce le pieu dans l’œil du cyclope, c’est sacrifier en soi la part de la toute-puissance infantile qui peut être monstrueuse. C’est un vrai travail psychique de venir à bout de sa propre cruauté, que nous avons tous en nous. C’est une réflexivité, un miroir qui se tend à nous. C’est aussi le moment où l’on doit renoncer à son identité sociale, si on est trop accroché, c’est le problème d’Ulysse. Cela va lui jouer un sacré tour. Il ne peut pas s’empêcher, alors qu’il s’échappe, au moment de quitter le rivage, de dire à Polyphène – c’est le « très connu » en grec, « le fameux »- « mon nom est personne ». Celui-ci dira plus tard qu’il a été blessé par « personne ». Tout le monde se moque de lui. Mais notre héros ne peut pas s’empêcher à la fin de dire « Je suis Ulysse », et il donne toute sa dénomination. Sauf que Polyphène, le cyclope, est le fils de Poséïdon, le dieu des mers. Il va avoir une route monstrueuse pour rentrer, cela va lui prendre 10 ans. Parce que ce Dieu va se venger de lui. La symbolique est intéressante par rapport au travail que doit faire petit à petit le retraité pour se désidentifier de son personnage social, de celui qui est connu. D’un seul coup, le retraité n’est plus personne, il n’est plus le président-directeur général. Il va être obligé de se construire un autre personnage social.

Souvent, les gens disent : « Comment je vais me présenter maintenant que je suis à la retraite ? Qu’est-ce que je vais dire de moi ? ». Il y a petit à petit un détricotage à faire pour pouvoir accepter cette nouvelle identité de retraité. On va dire : « Je suis bénévole aux Restos du Cœur », ou alors plus difficile, ils vont se sentir obligés de raconter tout ce qu’ils ont fait durant leur vie active, tout leur parcours professionnel. Ce qui n’intéresse personne en général… En France, on dit pour se présenter à des inconnus : « Bonjour, je m’appelle Untel, je suis xxx et je décline mon identité professionnelle. Je suis coach, je suis psy, etc. » Progressivement, ce détricotage va se mettre en place, la retraite dure en moyenne 25 ans, ce n’est donc pas un simple passage dans sa vie.

N  : A un moment, tu écris « Regarder le cyclope, c’est se regarder soi-même ». J’aime beaucoup cette phrase.

A : Oui, parce que ce regard, c’est tout un travail d’aventure intérieure. Qu’est-ce qu’on va découvrir de soi que l’on n’aime pas trop ? Pas forcément des très belles choses, c’est la part de l’ombre que l’on a en nous et qui n’est pas forcément reluisante. Mais c’est aussi regarder ce que l’on a au fond de nous, c’est une rencontre avec soi-même, encore faut-il pouvoir ou vouloir y aller.

N : Cela demande du courage.

A : Mais oui, absolument. C’est un archétype du courage, de l’endurance, de la résilience.

N : Ulysse, au fond, est très attachant, car il est très humain. Il a des qualités incroyables, et en même temps, de temps en temps, il a aussi des faiblesses très humaines.

A : Oui, il est complètement comme nous !

N : C’est pour cela que l’on s’identifie si facilement à lui.

A : Oui, il peut être très courageux, il a été un grand guerrier à Troie, il a imaginé la ruse du cheval pour conquérir la ville. Et de temps en temps, il a des faiblesses pas possibles. Comme nous, on est à la fois fort et faible.

N : Mais il paie très cher ses erreurs.

A : Cela nous montre aussi les écueils que l’on risque de rencontrer si l’on ne fait pas attention. C’est un guide précieux pour nous, on se dit, là quand j’arrive sur cette île, je dois faire attention sur le chemin du retour à Ithaque.

Ensuite, il y a l’île d’Eole, les Lestrygons, Circé, les Sirènes… On a des dieux et déesses, des monstres, ce sont les liaisons dangereuses comme je les ai appelées. L’île d’Eole, c’est le risque de l’isolement et de la solitude. Eole donne à Ulysse les vents enfermés dans une outre. Et ce sont ses compagnons, un peu infantiles, comme une part de nous, qui ouvrent l’outre, et tous les vents se déchaînent et le ramènent au point de départ. C’est le risque de se retrouver tout seul, sans faire attention à l’importance du lien aux autres, et du lien à soi. Ainsi s’exclame Ulysse : « Après notre folie, où retrouver un guide ? » Dans chaque île, il y a quelque chose de précieux qui peut nous guider. Si on n’y fait pas attention, cela se retourne contre nous et c’est ce qui lui arrive. L’île d’Eole est close sur elle-même. On voit ce risque majeur aussi aujourd’hui d’une extrême solitude non choisie. Ensuite, on va avoir l’île des Lestrygons : ce sont des anthropophages. Ils harponnent comme des thons les compagnons d’Ulysse et les dévorent. On est face à quelque chose de très sauvage, d’archaïque. L’anthropophagie est l’un des interdits majeurs, on ne se mange pas entre humains. C’est aussi le réveil des angoisses qui peuvent arriver dans ces moments troublés (pandémie), qui peuvent dévorer le cœur des gens. Ce sont des choses que j’entends chez des patients qui ont des angoisses majeures : de séparation, de morcellement, de dévoration même. Parce qu’ils ne supportent pas la séparation avec le monde de l’entreprise, le monde du travail. Et cela rejoint ce que Winnicott avait trouvé chez les enfants, ce qu’il a appelé les agonies primitives. Des angoisses impensables. Que je rapproche de ce que je n’ai pas écrit dans le livre, car j’ai travaillé avec des personnes en fin de vie, en formant des bénévoles à leur accompagnement. Des angoisses terribles au moment de la mort. Certains médicaments, morphine ou autre, ne soulagent pas ces angoisses-là. Du berceau au tombeau, du bébé au mourant, certaines angoisses dévorent. Elles peuvent être atténuées par des médicaments, ou une présence humaine maternante. Les compagnons d’Ulysse disparaissent petit à petit. Il arrive sur l’île de Circé, une magicienne magnifique, une femme fatale.

N  : Quelle figure féminine encore chez Homère !

A : Oui, l’Odyssée a été écrite par un homme pour des hommes. Circé va transformer les compagnons d’Ulysse en porcs. Ils perdent tout souvenir de leur patrie et de leur identité d’humain. Lorsqu’il y a eu « Balance ton porc », je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien. J’ouvre une parenthèse, je dévie un peu… C’est riche tout ça. Ulysse va rencontrer Hermès, le messager des dieux, qui va l’aider en lui donnant un contre-poison, le Molu, une herbe de vie pour ne pas avoir le même destin animal que ses compagnons. L’herbe de vie parle à beaucoup de patients : ce sont des ressources que l’on a en soi. Ulysse est sauvé grâce à cela. Il passe un certain temps avec la belle Circé. Elle accepte que ses compagnons redeviennent humains, à condition qu’il reste avec elle, il y a chantage. On le voit dans certains couples où il y a une maîtresse avec le chantage au mari pour qu’il reste. Je l’ai entendu dans les groupes de retraités. Les compagnons d’Ulysse en ont marre, ils s’ennuient, ils veulent partir. Circé va leur donner un précieux conseil pour qu’ils puissent regagner Ithaque : aller au royaume des morts. C’est un moment clé dans l’Odyssée. Ulysse va devoir y descendre et faire des sacrifices. On est confronté quand on est retraité à sa finitude, au rapport à sa mort, au temps qui reste. On ne peut pas faire l’économie de cette question. Ulysse va rencontrer des héros, comme Agamemnon ou Achille. Achille va lui dire quelque chose d’essentiel : « Moi qui rêvais d’être connu après ma mort, de rester glorieux dans les mémoires. Je me suis trompé. J’aimerais mieux être sur terre, domestique d’un paysan, que de régner ici parmi ces ombres consumées ». Ulysse ne va pas chercher la gloire ou la richesse, il va chercher la vie bonne, que les philosophes antiques proposaient. Il n’est pas construit sur le même modèle que le jeune Achille, qui rêvait de célébrité. Comme certains aujourd’hui présents sur Facebook ou Twitter (rires). C’est un moment majeur : qu’est-ce que je veux faire de ma vie, quel sens je veux lui donner ? Il y a une confrontation à notre finitude à ce moment-là. Il vaut mieux être accompagné dans cette réflexion, cela peut faire très peur. Comment accepte t’on notre vieillesse et notre mort ? Sont-elles intégrées à notre vie, ou non ? Quel rapport a-t -on avec elles ? Ensuite, on va aller voir les sirènes. Ce sont de magnifiques créatures ailées, elles n’ont pas de queue de poisson.

N : Disney nous a menti ?!

A : Absolument ! Ce sont des femmes oiseaux. Elles connaissent tout sur nous les humains. J’avais trouvé génial Sylvain Tesson qui dit, « C’est Big brother avant l’heure ». Elles ont des charmes qui sont à la fois érotiques et mortels. Tous ceux qui se laissent piéger, elles les tuent. Autour de leur île, il n’y a que des cadavres. Le risque : se faire prendre à ce fameux chant des sirènes, qui vont nous dire combien on est beau, on est intelligent. Elles nous flattent. Ulysse arrive quand même à se faire attacher, à chaque fois, il trouve quelque chose pour ne pas céder. Ensuite, il va se retrouver au passage de Charybde et Scylla. Ce sont des monstres marins qui dévorent, qui engloutissent tout le monde. En pensant échapper à Charybde, on rencontre un monstre bien pire, Scylla (3).

N  : Justement, par rapport à ce que l’on vit en ce moment, est-ce que tu as identifié un Charybde ou un Scylla ?

A : Il ne faut pas que l’on revienne au monde d’avant, je trouvais qu’il était fou. Recommencer comme avant, ce serait peut-être aller de Charybde en Scylla. Comme l’écrit Michel Houellebecq, ce serait le monde d’avant en pire. Et ensuite, il passe sur l’île du Soleil. Sur cette île d’Hélios, il y a un troupeau de vaches sacrées, qu’il ne faut surtout pas toucher. Et évidemment, Ulysse va s’endormir. A chaque fois, qu’il s’endort, il y a une catastrophe. C’est la limite entre le sacré et le profane. Les marins vont manger les vaches sacrées. Zeus se met en colère, il envoie sa foudre sur le navire. Tous les marins meurent. Ils ont transgressé les règles en s’appropriant les nourritures divines. Là on peut faire un parallèle avec l’épuisement des ressources de la planète aujourd’hui. Il y a quelques lois divines qui sont transgressées, et les humains le paient cher. Il y a aussi le veau d’or, on retrouve cela dans la Bible.

N  : C’est la cupidité aussi ?

A : La cupidité, l’avidité, l’argent… C’est dévastateur. Quand il a terminé ce périple-là, il se retrouve tout seul et il va dériver pendant des jours sur une mer déchaînée, accroché à une branche. Il va atterrir chez la sublime nymphe Calypso, cela veut dire, « la cachée » aux yeux du monde. Elle va le garder captif pendant sept ans sur une île déserte. Symboliquement cela peut être : le temps du repos, ne plus être dans le monde, se cacher, ce qui peut être positif, moins dans l’accélération, hors de l’espace et du temps d’avant. Il va être tout le temps en train de pleurer et de se languir de Pénélope. Il regrette sa vie d’avant. Il a beaucoup de nostalgie à propos d’Ithaque. Le récit de l’Odyssée est construit d’une façon extraordinaire : il y a des flash-backs, avec une vraie mise en scène très moderne. Calypso va lui proposer l’ultime choix héroïque : si tu restes avec moi, tu auras la jeunesse éternelle et l’immortalité. L’offre est attrayante ! Et il va dire non. Et c’est là où il me touche beaucoup. Il accepte son sort d’humain vieillissant et mortel.

N : Et  pourquoi à ton avis ?

A : Il a vu les âmes errantes, il a écouté Achille. Devenir un Dieu ne l’attire pas. Quelque chose le ramène à sa finitude.

N : Il y a eu des films de science-fiction sur ce que cela peut donner de devenir immortel.

A : Absolument. Le fantasme d’éternité est en nous. L’enfant a l’impression d’être tout-puissant comme les Dieux. Les films de super-héros sont vraiment là-dedans. Ulysse dit non à cela. Je suis un humain et j’accepte ma condition humaine. C’est presque héroïque. Ce passage fait vraiment réfléchir, les hommes surtout, avec lesquels j’en parle. Ulysse est une figure, un archétype, il peut être homme ou femme. Selon moi, les femmes ont moins ce sens-là de l’envie d’immortalité, car il y a un rapport aux pertes (de sang, d’enfant …) et à la vie très différent des hommes. Quelques femmes ont le fantasme de toute-puissance et d’éternité, mais beaucoup moins que les hommes. Les femmes sont dans le cycle de la nature, et dans la nature, on vit et on meurt.

N  : Peut-être parce que l’on met au monde ?

A : Cette expérience de la maternité, tu as raison, laisse des traces formidables de la condition humaine. Et cette expérience-là, à la fois physique et psychique, les hommes ne l’ont pas.

N : D’ailleurs cette étape de la maternité, on ne la retrouve pas forcément dans les aventures d’Ulysse.

A : Non, ce n’est pas abordé. Même chez les figures féminines présentes dans l’Odyssée. Pénélope est la seule à être mère. Ce sont toutes des femmes seules, ou vierges…

C’est formidable ce qui se passe là, Ulysse dit « Je veux rester un simple mortel ». Cela rejoint ce qui se passe aujourd’hui dans les laboratoires, l’âge est un crime. Il ne faut surtout pas vieillir, vieillir est un tabou, on rêve de fabriquer des humains non-mortels. C’est travaillé dans la Silicon Valley, le transhumanisme, cela correspond à un courant. Quand les religions étaient plus prégnantes, on avait l’espoir d’être immortels dans l’éternité près de Dieu, mais après la mort (par la résurrection ou la réincarnation). On est plutôt dans un fantasme d’éternité, qui est un rêve de toute-puissance. Pour moi, c’est inquiétant, quel genre d’humain on va fabriquer ? Ce sont des sujets finalement très personnels, mais aussi sociétaux et politiques. Quel type de société on veut ? On voit bien la demande de revalorisation des métiers du soin, de l’accompagnement, toutes ces femmes qui sont extraordinaires, qui travaillent dans les établissements de santé et les maisons de retraite. Cette histoire de Calypso ouvre à plein de questions, encore aujourd’hui.

N  : Il est d’une modernité incroyable ce texte ! Quand a-t-il été écrit ?

A : Il serait daté du VIIIe siècle avant Jésus-Christ. On s’est demandé qui avait écrit le texte, est-ce qu’Homère est un seul homme… C’est une tradition de poètes et d’aèdes qui racontaient cette histoire fabuleuse, qui parle de nous en fait. L’humain n’a pas tant changé que cela. On a toujours la guerre, la mort, la jalousie, la violence, la trahison, l’espoir, le bonheur, le deuil, la malédiction, le sacrifice. A chaque époque, on essaie de trouver d’autres façons d’y répondre, mais les questions sont toujours les mêmes.

N  : C’est rassurant en fait.

A : Et bien voilà, il y a de la continuité ! (rires) De la continuité dans la condition humaine pour faire face aux mêmes questions. A la retraite, ce sont toujours les mêmes questions qui se posent. Je l’appelle la troisième adolescence (adolesco signifie grandir). Ce qui est épatant, c’est que chacun trouve sa propre réponse. Chacun est renvoyé à sa singularité. Il n’y a pas une seule façon de répondre à ces grandes questions que l’on vient d’évoquer, et qui nous concernent tous. On en arrive aux Phéaciens. Ulysse est tout seul sur son radeau, en pleine tempête. Poséïdon n’a pas lâché l’affaire, il poursuit sa vengeance, et il détruit le radeau. Une déesse va intervenir, Ino, qui a une belle écharpe, et qui va l’aider à échouer sur l’île des Phéaciens. Il s’endort et la très belle Nausicaa, une jeune princesse, qui le trouve sur la plage, le conduit chez son père. Elle en prend soin. Ce n’est qu’à ce moment-là que l’on va apprendre toute son histoire, en fait, à Ulysse. Il va commencer à dire « je » : on est le produit d’une histoire dont on cherche à devenir le sujet (4).

N  : Si cela se passe à cette étape-là, ce n’est pas par hasard ?

A : C’est la fin du parcours en fait. Il était raconté par les autres, on parlait de lui, mais ce n’est pas lui qui parlait en son nom. Il va raconter son récit. Le roi de Phéacie va même lui proposer de devenir son gendre, en épousant la jeune Nausicaa. Et il va dire non. C’est l’homme qui sait dire non à des tentations extraordinaires.

N : On retrouve l’idée de la fidélité à soi et de loyauté, qui m’est chère (5).

A : Exactement, loyauté à Pénélope et Ithaque, mais aussi à ses valeurs et croyances. Et à la fin de cet épisode, les portes du monde hors du temps et de l’espace – des chimères, des fantasmes -, se referment. Ce monde-là n’existe plus, et les phéaciens vont l’aider à rejoindre Ithaque, avec un bateau formidable qui avance par la pensée. Poséïdon va les punir en démolissant leur bateau. Ce n’est pas évident de s’opposer à Poséïdon, cette puissance archaïque.

N  : Aujourd’hui, Poséïdon ce serait qui ou quoi ?

A : Ah, cela pourrait être ces forces qui détruisent la Terre ou les humains, comme ce minuscule virus invisible que nous subissons. Il a une forte capacité à ébranler, comme nous le sommes en ce moment. Ulysse de retour à Ithaque fait tout un travail généalogique, il va rencontrer son fils et son père. Et tous ceux qui l’ont connu. Avant de revoir Pénélope, en dernier. Et il va falloir qu’il fasse la preuve que c’est lui, car il apparaît sous la forme d’un mendiant.

N : Elle est méfiante.

A : Oui et elle a raison, elle a dû faire face à des prétendants qui voulaient l’épouser et sont en train de dilapider la fortune d’Ulysse. Elle est très forte Pénépole. Elle incarne une figure féminine hors du commun, qui doit elle aussi résister à la tentation. Ce sont des imposteurs, ces prétendants qui sont aussi en nous, avec nos illusions infantiles, qui ne mènent à rien. Puis c’est cette histoire merveilleuse sur la preuve et la construction du lit nuptial. Il est le seul à savoir que le lit ne peut pas être déplacé, car il est construit autour d’un arbre. Quelle belle lecture de l’amour conjugal. Se pose la question de comment reconstruire le couple à l’heure de la retraite, car le corps a vieilli, le jeune homme qu’il a été n’est plus et comment il a changé. Cela rejoint ton interrogation sur l’identité : comment l’identité s’est transformée petit à petit, et en quoi on est toujours la même. Il faut avoir une sacrée force pour rester fidèle à soi. 

N  : Dans ton livre, tu écris que le retour à Ithaque est une transformation identitaire.

A : Oui, c’est-à-dire que c’est la fin de la transformation. Tout le voyage d’Ulysse prend 10 ans. Dans la réalité pour les retraités, cela ne prend pas 10 ans, mais cela peut prendre quelques années. On a quitté un lieu, c’est la transition et le voyage, et le moment où il arrive à Ithaque et combat les prétendants pour se faire reconnaître, c’est le moment où il est dans son identité profonde : il est le roi d’Ithaque. Même si ce n’est plus le même homme parti il y a 20 ans pour faire la guerre de Troie. En plus, il découvre un fils qu’il n’a jamais connu, et une femme qui a vieilli.

N : A la fin de l’Odyssée, on comprend que ce n’est pas fini, d’autres défis l’attendent.

A : Oui, en effet, et c’est le cas aussi des retraités, qui se retrouvent à deux enfermés entre quatre murs, 24 h sur 24. L’aventure n’est pas finie. On l’entend en ce moment en cette sortie du confinement. Certains se séparent. Ils n’ont pas supporté cette cohabitation.

N : Je me suis dit en effet que le confinement allait être un crash test pour les couples !

A : (rires) Oui, tu as raison ! L’aventure n’est pas finie pour le retraité, car selon les âges, de nouvelles questions vont se poser. Aux niveaux du corps, de la maladie, des activités, des envies sexuelles, du couple, de la vie sociale … On est revenu chez soi, on est soi, on se retrouve, avec cette question : quelle est ma place ? Quel est mon rapport à moi, aux autres et au monde ? Il y a un temps de répit, au bout de cette grande transition où Ulysse est enfin à Ithaque.

N  : J’ai noté cette question que tu poses dans ton livre : où est notre propre Ithaque et à quoi peut-elle ressembler ? Les bouddhistes disent que lorsque l’on médite, on revient dans sa maison, on revient à soi.

A : Oui, si on regarde avec un peu de distance, on parle de la même chose. C’est retrouver le soi comme le dit Jung, il s’agit de retrouver ce qui est central, au cœur de soi, de notre être profond. Quand Ulysse arrive à Ithaque, son chemin n’est pas fini, il y aura d’autres aventures, on ne peut que les imaginer. Dans les séminaires que j’anime, je demande : « Comment voyez-vous votre futur ? ». Les stagiaires arrivent à l’imaginer, mais avec beaucoup de peurs. C’est un inconnu, tous les chemins balisés de la maison, du travail, des enfants, du mari, tout est fini. Si je ne me lève plus pour aller au travail, qu’est-ce qui se passe ? C’est tout le rapport à l’espace et au temps qui doit être revu. Il faut du temps pour « détricoter » ce que l’on a été, avant d’imaginer ce que le futur pourra être. Il faut changer de matrice en fait. Ce que l’on a vécu pendant deux mois avec le confinement, c’est en accéléré ce que vivent les retraités lorsqu’ils sont dans ce passage de transition. Ils disent : « Je ne sais pas vers quoi je vais, je remplis, car il y a du vide… », c’est ce que l’on a vécu aussi collectivement ces derniers mois. Allons-nous saisir le Kairos, l’opportunité, de changer de monde ? Quand la poésie est là, c’est tout de même plus facile à exprimer n’est-ce pas ? Les mythes peuvent nous aider à mettre de la poésie et de la beauté dans le tragique que nous vivons parfois. A retrouver sens et beauté dans nos vies, là où l’on peut. »

(1) La retraite, une nouvelle vie. Une Odyssée personnelle et collective. Editions Odile Jacob, 2014. Préface d’Eugène Enriquez.

(2) A lire, article sur les histoires de vie.

(3) Autre ouvrage passionnant à lire sur l’épopée humaine : Histoires de toujours, dix récits philosophiques par Henri Pena-Ruiz, Editions Flammarion 2008/J’ai lu.

(4) A lire, accompagnement et sociologie clinique.

(5) A écouter, la série de podcasts sur la fidélité à soi et la loyauté, Mine de rien.

#Episode 7 podcast Nathalie Lebas-Vautier

7ème épisode de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.







J’ai rencontré il y a quelques années, lors du premier parlement du féminin, Nathalie Lebas-Vautier, et déjà elle m’avait impressionnée par son enthousiasme, son authenticité, son courage, son engagement en faveur de la mode responsable. Serial entrepreneure, aujourd’hui CEO de Good Fabric et co-fondatrice de l’association HUMUN, Nathalie, femme libre, se livre avec passion sur ses engagements, ses fiertés et ses échecs, ses convictions, sa vision du monde durable, ses projets et ils sont ambitieux ! Rendez-vous dans 5 ans lorsque Nathalie sera allée à la rencontre de ces agriculteurs et éleveurs en Mongolie et en Inde, auxquels elle veut rendre hommage dans un livre. Chiche !

Ton héritage

C’est ton héritage, mon enfant, il va falloir faire avec, ou plutôt sans …

Benjamin Biolay, merci pour ce beau texte !

Moment de beauté et de douceur à partager …

En tant que premier lieu d’éducation, la famille est au centre des deux philosophies qui traversent l’histoire des hommes. Elle soumet l’enfant à une double injonction qui relève à la fois de la liberté et du déterminisme. D’une part, l’éducation transmise comprend un message d’émancipation («Sois différent de nous», «Sois mieux que nous») ; d’autre part, la pédagogie des familles transmet à l’enfant un modèle à reproduire (« Sois comme nous », « respecte nos valeurs »).

Paradoxalement, ces deux conditions de l’éducation ont tendance à se renforcer au cours du temps. Sur plusieurs générations, les familles accentuent l’effet des ruptures, mais elles garantissent par ailleurs la transmission d’un héritage socioculturel.

Entre la liberté et le déterminisme, l’histoire des générations semble parcourir deux chemins : d’une part, celui des ruptures ou des changements que traverse la société contemporaine et, d’autre part, celui des continuités ou de la reproduction socioculturelle. Ces chemins sont-ils mutuellement exclusifs ?

En d’autres mots, s’agit-il de choisir entre la rupture et la continuité ? Ou bien, ces chemins coexistent-ils parallèlement ?

En d’autres termes, y aurait-il des générations porteuses de ruptures et d’autres soutenues par une continuité intergénérationnelle ? Ou encore, ces chemins se croisent-ils indéfiniment ?

Autrement dit, y aurait-il, en alternance, des cycles de changement et de continuité entre les générations ?

Réponses dans cet article passionnant et exhaustif :

L’héritage de la transmission de Willy Lahaye, Huguette Desmet et Jean-Pierre Pourtois. Dans La revue internationale de l’éducation familiale 2007/2 (n° 22), pages 43 à 66.

Histoire de vies dans la famille Jardin

Vous connaissez sans doute comme moi, dans la famille Jardin, le petit-fils Alexandre, fort de ses succès littéraires et cinématographiques, une vingtaine d’ouvrages écrits, avec notamment le Zèbre (1988), Fanfan (1990) … (1)

J’aimerais vous partager aujourd’hui des extraits de ses récits où il livre un hommage vibrant à sa mère, femme libre (2), et où il évoque avec courage le passé sombre de son grand-père, Jean, dit le Nain Jaune (3). Vous y découvrirez comme moi le fardeau que constitue cet héritage, et dont il a su se libérer, notamment en faisant oeuvre de littérature.

L’histoire des Jardin, c’est à la fois la principale matière dans laquelle il puise son inspiration, cette famille hors-norme qui a traversé les 20e et 21e siècles, et c’est la source d’oeuvres de fiction : aperçu du roman des Jardin.

Hommage vibrant d’amour, de pudeur, et de gaîté à sa mère Fanou (2) :

« J’aime tant ta façon d’avancer en d’étroites lisières, là où les personnes dégagées de toutes les croyances limitantes s’aventurent. Tu n’estimes que la capacité à devenir soi, à trouver sa joie. Tu as eu le bonheur, en dépit de tes propres désordres – dirais-je enseignée par tes désordres mêmes ? -, de te découvrir une authenticité intégrale. Ton inaptitude à tenir pour sérieuses les pitreries de la comédie sociale m’a fait entrer très tôt dans une sorte de monde parallèle où la notoriété ne compte pas et où la fausse monnaie de la reconnaissance médiatique n’a pas cours.

A vingt-trois ans, sur un malentendu, on me décerna l’un de ces titres de gloire littéraire éphémères auxquels les gens croient :

  • Maman, j’ai décroché le prix Femina.
  • Des femmes t’ont invité quelque part ?
  • Non, c’est un prix littéraire.
  • Ah … as-tu soupiré en pensant à autre chose.
  • Cela me bouleverse.
  • Ne te laisse pas bouleverser ni par l’hymne à l’amour ni par les injures, m’as-tu répondu. Tu en recevras beaucoup. Ce ne sont que des reflets de ceux qui les envoient.
  • Mais …
  • Il n’y a pas de mais … Si tu les écoutes, fais-le sur la pointe des pieds parce que ça t’amuse ! Pas parce que cela te bouleverse. Et écris donc un nouveau livre …

Après des années d’interrogations et de jugements hâtifs, j’en arrive à mon intime et joyeuse conviction : oui, nous avons le droit d’être. C’est même là sans doute notre premier devoir moral. Notre erreur à nous, les enfants, est sans doute de n’avoir pas cru au roman parental merveilleux que tu nous proposais. Chercher l’exactitude n’aboutit à rien. L’ADN est la pire des illusions. La vérité réside toujours dans le roman que l’on se raconte pour parvenir à vivre. Le vrai réel, c’est l’histoire qui nous constitue, pas les faits.

Mais l’essentiel ne rayonne-t-il pas dans la quantité de questionnements dont tu nous as fait les légataires, nous tes trois enfants ? En osant être tout ton être, à plein courage, tu nous a transmis mille questions qui perdureront au fil des générations. S’interroger, c’est accoucher de soi. Vivre, c’est ne pas finir de naître. Voilà pourquoi je t’aime tant d’être suprêmement inconfortable. »

Carnet de bord de la lente lucidité d’Alexandre à propos de Jean (3) :

« Né Jardin, je sais qu’il n’est pas nécessaire d’être un monstre pour se révéler un athlète du pire. Mon grand-père, Jean Jardin dit le Nain Jaune, fut, du 20 avril 1942 au 30 octobre 1943, le principal collaborateur du plus collabo des hommes d’Etat français : Pierre Laval, chef du gouvernement du maréchal Pétain. Le matin de la rafle du Vél d’Hiv, le 16 juillet 1942, il était donc son directeur de cabinet ; son double. Pourtant, personne, ou presque, n’a jamais fait le lien entre le Nain Jaune et la grande rafle, étirée sur deux jours, qui coûta la vie à la presque totalité des 12 884 personnes arrêtées, dont 4 051 enfants.

Je signe ces pages comme on refuse un héritage devant notaire. Pour sectionner une filiation après l’avoir reconnue. L’ablation du passé suppose forcément la trahison ; afin de ne pas se trahir. Il en est de bienfaisantes et de régénérantes même si l’infidélité aux siens passe dans notre monde par un coup bas, voire un sacré péché ; ou du moins la marque d’une indécrottable déloyauté. Comme si la quête du bien n’avait pas partie liée avec le courage. Comme si ce n’était pas renaître et se réinventer que d’oser dire non à l’inadmissible. Comme si choisir ses fidélités n’était pas vital lorsque le pire est venu gangrener la mémoire.

Le Nain Jaune, si brillant, si stratège, si épris de responsabilité, me désespère. Pourquoi suis-je moi ? Soudain je comprends qu’il va me falloir oser l’aventure de renier mon sang. Pour fuguer loin de notre mythologie. Et faire un usage franc de ma liberté en m’entêtant à ne plus être un Jardin. Ah, comme certaines rétractations sont difficiles … Tant de résistances du dedans et de jugements du dehors surgissent alors ! La fidélité est une horreur. »

(1) Bibliographie

(2) Ma mère avait raison, Editions Grasset, 2017

(3) Des gens très bien, Editions Grasset, 2010

#Episode 5 podcast Marie Donzel

5ème épisode de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici ou sur Spotify.

Consultante, formatrice et conférencière, experte de l’innovation sociale et de la lutte contre les discriminations, Marie revient sur ses valeurs héritées, qui expliquent en partie son engagement militant et ses choix professionnels en faveur de l’égalité et de l’inclusion. Passionnée, curieuse, libre, femme de son temps, conquérante, Marie nous livre ses audaces et ses réflexions sur l’entreprenariat, les relations femmes / hommes, la parentalité, la loyauté en amitié et nous présente son livre pour comprendre le sexisme.

Elle est l’autrice de La sexualité est en jeu (Librio), du Rapport EVE & Donzel sur le chiffrage de l’égalité professionnelle (Programme EVE) et de 7 icônes de la pop culture pour comprendre le sexisme (Editions Fil Rouge). Elle est par ailleurs contributrice des ouvrages Ensemble contre la gynophobie (Stock) et Investir la qualité de vie au travail (ESF).

#Episode 4 podcast Géraldine Caron

4ème épisode de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Géraldine se dévoile avec pudeur et naturel sur ses origines sociales, ses goûts et envies, ses choix de vie, qui l’ont amenée à créer son entreprise de conseil en matière d’intraprenariat : diagnostic culturel, installation de dispositifs d’intraprenariat, accompagnement d’intrapreneurs et des fonctions RH également, particulièrement concernées par ce changement d’état d’esprit de collaborateurs qui portent un projet innovant en interne auxquels ils croient. Géraldine revient avec sincérité sur son évolution de posture, de salariée à entrepreneure.

#Episode 1 podcast Mitrane Couppa

#Episode 1 Mitrane Couppa

J’inaugure une série de podcasts, le fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Mitrane nous parle de son enfance, de l’éducation qu’elle a reçue, des heures passées à lire, de sa boulimie de savoir et d’apprentissage, et de son audace. Celle de créer son entreprise, parce qu’elle sait que son travail a de la valeur et que son expérience dans les ressources humaines, les relations sociales, les risques psychosociaux et la direction de projet complexe sera utile aux entreprises, que ce soient des PME ou des grandes entreprises. Rencontre avec une femme libre.

La part intime des trajectoires sociales

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Interview de la philosophe Chantal Jaquet (1), qui a codirigé l’essai collectif La fabrique des transclasses, éditions PUF. Elle revient sur la notion de mobilité sociale que j’aborde sur mon site, avec selon elle un fort coût intime.

« Les discours sur la mobilité sociale sont pris entre deux mythes : la trahison et l’ascension. Qu’ils évoquent la figure du social-traitre qui a fui sa classe d’origine plein de honte et gagné un à un ses galons, ou du self-made man qui s’est fait tout seul, ils font abstraction des individus de chair et d’os qui effectuent le passage d’une classe à l’autre. On a vite fait de crier au génie, d’exalter ses talents et son mérite personnel. Or ce n’est pas une question de volonté. La trajectoire des transclasses est un processus bien plus complexe, qui met en jeu des conditions économiques et sociales, une histoire familiale, des rencontres affectives… Un ensemble de fils qui se nouent et se dénouent pour constituer une existence. Se pencher sur cette fabrique permet de rompre avec les clichés.

Les politiques nationales ont une importance déterminante pour favoriser cette mobilité sociale : avec sept enfants d’ouvrier sur dix qui connaissent le même sort que leurs parents, la France est dans la moyenne. C’est dans les pays scandinaves qu’on trouve la mobilité la plus forte et aux Etats-Unis qu’elle est la plus faible, contrairement aux idées entretenues par le mythe de l’american dream.

Un transclasse se fabrique sous l’effet d’une pluralité de causes qui se combinent entre elles. Au sein d’une même famille, des frères et soeurs ne connaissent pas la même trajectoire, en dépit de conditions économiques et sociales semblables. Comment le comprendre si l’on ne tient pas compte du désir parfois inconscient des parents ou de la place dans la fratrie ? On peut rêver de revanche sociale pour l’un et souhaiter que l’autre perpétue le modèle familial. Autrement dit, les enfants ne sortent pas indemnes des aspirations et projections de leurs parents (2).

Nos trajectoires peuvent aussi être le produit d’un secret de famille, de rencontres amicales ou amoureuses, d’une homosexualité qui motive une prise de distance quand elle n’est pas acceptée par son milieu, comme ce fut le cas pour Didier Eribon ou Edouard Louis…

Quand on quitte son milieu d’origine, on est à la fois le même et un autre (3). Même si, de coeur, on reste fidèle à sa classe d’origine, on a incorporé de nouvelles habitudes, nos revenus et nos fréquentations ont changé. Ce passage produit toujours une métamorphose de l’identité, qui devient forcément plus flottante (commentaire perso : je dirais une identité « bricolée » ou « métissée). Le transgenre porte les traces des deux milieux. D’où parfois un sentiment de déchirement, des émotions clivées. Honte, colère, culpabilité, mais aussi joie et fierté. D’ailleurs, être à la frontière peut aussi constituer une force et une richesse : quand on porte plusieurs mondes en soi, on développe un recul critique, ainsi qu’une grande capacité d’adaptation et d’ouverture. Et on a davantage la possibilité de choisir qui l’on veut être.

Confesser qu’on vient de la bourgeoisie est peut-être même encore plus compliqué que d’avouer des racines ouvrières ou paysannes. Car le transclasse qui s’élève dans la hiérarchie sociale a de l’éclat. Le bourgeois de naissance sera toujours soupçonné d’un manque de sincérité, taxé d’imposteur car à tout moment susceptible de faire appel au carnet d’adresses de sa famille pour se sortir de la précarité. Pourtant, renoncer au confort d’une vie aisée exige aussi beaucoup de courage. »

(1) Télérama 3603 du 30/01/2019.

(2) Vincent de Gaulejac parle de « projet parental », l’un des axes de travail des séances d’accompagnement que j’anime (individuel ou collectif).

(3) Voir la contribution d’Alex Lainé sur l’identité. Avec un éclairage sur l’identité mêmeté/ipséité de Paul Ricoeur.

Accompagner les entrepreneur.es

Cette semaine, un coach et chef d’entreprise m’a dit : « ta singularité, c’est ton accompagnement des entrepreneur.es ». Il a raison. Une fois n’est pas coutume, je vais donc vous présenter comment j’accompagne les entrepreneur.es, avec quelques réalisations et de belles rencontres à la clé.

L’étape la plus fréquente est celle de l’idée : elle a émergé, elle est là, il y a un concept, à travailler, et souvent le souhait de mieux expliquer un positionnement marketing, d’adresser un public, et de mettre en mots et en images tout cela.

La demande d’accompagnement se situe donc plutôt en amont, avant le business plan, parfois même avant l’étude de marché.

Nous sommes dans une démarche de projet, à concrétiser avec l’appui d’un regard extérieur, neutre, parfois challenging et confrontant, et toujours constructif et bienveillant.

Quelques exemples d’accompagnement individuel effectués ces derniers mois :

  • Une consultante, avec plusieurs offres et plusieurs publics potentiels, me demande de l’aider à réaliser son profil LinkedIn pour mieux vendre son approche. Nous sommes revenues ensemble sur son offre elle-même, en en recherchant la cohérence, la logique, en nous appuyant sur ses expériences passées qui légitiment son expertise et sur ce qui la motive pour demain. Les mots sont ensuite venus tout seuls. Je lui ai aussi conseillé un photographe pour son profil LinkedIn.
  • Une journaliste, pressentant que son histoire personnelle orientait fortement son projet de création de site Internet, future vitrine de son offre, et aussi moyen d’expression originale de son identité. Le début de l’accompagnement a consisté à poser les jalons de cette identité pour démêler ce qui était de l’ordre de l’intime et de l’histoire familiale, et en quoi ces fondamentaux pouvaient légitimer et consolider son projet professionnel, jusqu’à la construction de l’arborescence de son site, en cours.
  • Après un licenciement, une future consultante souhaite développer une offre de conseil, tout en voulant prendre son temps pour vivre cette transition professionnelle dans les meilleures conditions. Pas simple de changer de statut, même si la continuité en matière d’expertise professionnelle constituait un socle sur lequel s’appuyer. Et surprise, assez vite, émerge un autre projet professionnel, inattendu. La suite de l’accompagnement a permis d’approfondir les deux voies, tout en réfléchissant aux passerelles possibles entre les deux.
  • Une artiste, au parcours de vie hors norme, a l’intuition que ses compétences artistiques peuvent être proposées aux entreprises, sous forme d’ateliers de développement personnel et professionnel. Comment présenter son offre ? Comment articuler parcours de vie et projet professionnel en entreprise ? L’accompagnement a permis de déverrouiller certains blocages pour oser. Avec de nouvelles idées qui ont émergé, dans un lien étroit entre histoire de vie et terrain de jeu professionnel.

En matière d’accompagnement individuel, je m’appuie sur deux approches :

  • Le référentiel en histoires de vie, héritées de la sociologie clinique, que j’ai largement présentée sur mon site.
  • L’accompagnement par les rêves avec Shynleï, où les personnes travaillent sur leurs désirs et motivations, tout en définissant un plan d’actions concret.

Le collectif a sa part aussi, et pour ce faire, j’ai créé un atelier qui s’intitule « Comment exprimer son identité professionnelle« , ce que je présente ici.

L’objectif : exprimer de façon authentique et incarnée son identité professionnelle. Être aligné.e entre soi et son projet.

Voici quelques retours de personnes qui y ont participé et qui expriment leurs ressentis suite à cet atelier de deux journées.

En collectif, je vais développer cette année un accompagnement de type codéveloppement à l’intention d’intrapreneurs en entreprise.

Les intrapreneurs mettent en oeuvre sur du temps dédié, en restant dans leur entreprise, des projets, le plus souvent innovants, mais pas que, au service de leur entreprise, que ce soit pour les clients et / ou les collaborateurs (la symétrie des attentions).

Rapide définition du codéveloppement : « Le codéveloppement professionnel est une approche de formation qui mise sur le groupe et sur les interactions entre les participants pour favoriser l’atteinte de l’objectif fondamental : améliorer sa pratique professionnelle. »

L’objectif ici est de permettre aux intrapreneurs de se développer ensemble et de s’entraider dans la réalisation de leurs projets.

Comme vous l’aurez remarqué, j’accompagne en majorité des femmes. L’entreprenariat féminin est en effet une cause qui me tient à coeur.

Vous pouvez consulter ce dossier monté par Marie Claire, avec un certain nombre d’idées reçues sur les femmes qui entreprennent, auquel j’ai contribué. A écouter sur Marie Claire également, une série de 6 podcasts La belle audace avec des femmes qui expliquent finement à quel moment et dans quelles circonstances elles ont décidé de se lancer.

J’ai pu rencontrer des femmes formidables, qui oeuvrent chaque jour pour convaincre et soutenir les entrepreneures, comme par exemple :

  • Frédérique Clavel et Sophie Meurisse, qui ont corédigé un livre Entrepreneuse, pourquoi pas vous ? (Eyrolles). Les écouter ici.
  • Viviane de Beaufort, auteure de l’ouvrage : Génération #startuppeuse ou la nouvelle ère aux Editions Eyrolles.
  • Sophie Courtin-Bernardo et Dominique Descamps, de L-Start, qui ont corédigé Femmes entrepreneures, se lancer et réussir, aux Editions Lextenso, ouvrage pratique pour créer son entreprise, pour lequel j’ai été interrogée.
  • Catherine Thibaux, qui a publié un livre pratique et utile sur le mentoring, particulièrement adapté aux femmes qui entreprennent.

Et  j’ai eu la chance de faire la connaissance de femmes qui se sont lancées, témoignent et partagent leur vécu avec générosité et authenticité, qu’elles en soient remerciées (liste non exhaustive !) : Mitrane Couppa, Nathalie Lebas-Vautier, Angélique de Rocquigny, Sandra Leblanc-Mesnel, Lara Pawlicz, Françoise Poulain-Bazin, Géraldine Caron.

Vous avez une idée, vous voulez créer une entreprise, vous souhaitez être accompagné.e dans votre projet, vous dirigez un programme d’intraprenariat en entreprise ? Me contacter pour avancer ensemble.

Ce que n’est pas l’identité

     

    Je suis tombée par hasard sur ce podcast avec pour invitée sur France culture Nathalie Heinich sociologue au CNRS, auteure de l’Elite artiste puis du Paradigme de l’art contemporain. Après Des Valeurs, Prix Pétrarque l’an dernier, Ce que n’est pas l’identité, son nouvel essai, paraît chez Gallimard, dans la collection Le Débat. Nathalie Heinich a choisi de définir l’identité au travers de ce qu’elle n’est pas. Délestée, allégée de toutes connotations superflues, l’identité se définit dans la perception qu’on a de nous-mêmes et dans le regard des autres.

    Morceaux choisis, qui viennent corroborer et enrichir ce que j’écris sur mon site depuis plusieurs années, sous un angle différent :

    L’identité c’est d’abord une représentation mentale de ce que nous sommes, de ce que sont les autres, de ce que sont des identités abstraites telles qu’un pays par exemple. Les représentations sont difficiles à se figurer. Elles sont arrimées à des objets, à des institutions. Une carte d’identité par exemple est un bon objet, des visages, car nous sommes aussi défini.e.s par notre corps, des vêtements, notre apparence… Pour le pays auquel nous appartenons, le drapeau est un symbole d’identité, le fronton de l’Assemblée nationale etc.

    L’identité n’est pas une identité objective qui serait là une bonne fois pour toute. Elle se construit, se fabrique, se négocie, se raconte, et même temps, elle n’est pas non plus totalement mouvante, et pouvant se modifier à sa guise.

    Une représentation mentale collective partagée est ancrée dans des objets, dans des institutions, et on ne peut pas faire n’importe quoi avec. Pour exemple, l’identité sexuée : beaucoup voudraient sortir d’une assignation à un genre, et on voit bien que cela ne va pas de soi. Il y a une plasticité identitaire, mais elle n’est pas infinie.

    Il est intéressant de voir que des constructions identitaires peuvent se faire soit sur l’affirmation d’une différence « je suis qui je suis et je ne ressemble à personne d’autre », soit sur l’affirmation de ressemblances, « j’appartiens à tel collectif, à ma famille, mon village, ma religion, mon pays etc. » Ce qui est extraordinaire, c’est que l’identité est les deux à la fois. Ce sont des définitions contradictoires, qui construisent l’une et l’autre notre rapport à l’identité. Nous pouvons selon les moments, selon les contextes, nous définir en tant que personne irréductible à toute autre, ou bien comme individu appartenant à un collectif. C’est heureusement la grande liberté que nous avons.

    A lire également, l’identité définie par le sociologue clinicien Vincent de Gaulejac.

    A découvrir, les ateliers que j’anime sur l’expression de son identité professionnelle.

     

      Les loyautés

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      Delphine de Vigan nous propose une définition des Loyautés à travers son dernier roman, JC Lattès, 2018, que j’ai grand plaisir à vous livrer, tant elle est juste. Comme peuvent l’être les mots des romanciers qui savent si bien saisir l’essence de nos vies.

      Les loyautés. Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.

      Roman sensible et poignant sur la loyauté d’un enfant vis-à-vis de son père, qui le mènera loin, très loin …  Je n’en dis pas plus, lisez-le !

      Delphine de Vigan nous interpelle : « Chacun de nous dissimule t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

      Et vous, savez-vous quelles sont ces loyautés, qui vous stimulent ou vous entravent ?

      J’ai voulu aborder aujourd’hui ce sujet, car il  joue un rôle important dans la compréhension de nos choix ou de nos incapacités à choisir, de ces freins qui empêchent sans que l’on saisisse très bien ce qui est à l’oeuvre.

      Edith Goldbeter-Merinfeld (1) introduit la notion de loyauté en revenant sur son origine : « Le concept de loyauté a été introduit dans le champ des psychothérapies familiales par Ivan Boszormenyi-Nagy, psychothérapeute d’origine hongroise qui, dès la fin des années cinquante, fut le fondateur de la thérapie contextuelle, croisement entre l’approche systémique et la psychanalyse. Sensible aux transmissions faites d’une génération à l’autre, il définira le concept de loyauté pour décrire le lien résistant et profond unissant entre eux les membres d’une même famille, lien qui transcende tous leurs conflits. La loyauté est une force régulatrice des systèmes.

      Selon Boszormenyi-Nagy, les familles détiennent un livre de compte où sont consignés les gains et les dettes (c’est-à-dire les fautes ou transgressions commises, ou bien encore, les mérites). Tout se passe comme s’il existait une loi implicite imposant le remboursement ou la réparation de chaque dette. Si cette loi n’est pas respectée, le poids de la dette sera transmis à la génération suivante, où l’un des membres peut se voir déléguer le rôle de veiller au remboursement, ou à la retransmission de cette fonction vers un descendant.

      Boszormenyi-Nagy insiste sur le fait que la relation parent/enfant est nécessairement asymétrique : l’enfant ne sera jamais en mesure de pouvoir rendre ce qu’il a reçu de lui. Il précise encore que par la filiation, l’enfant ressent d’emblée un devoir éthique de loyauté envers ses propres parents, dont il cherchera à s’acquitter. C’est une loyauté existentielle. Les parents ont acquis en quelque sorte une légitimité aux yeux de l’enfant, lequel pour se montrer loyal, devra rembourser sa dette envers eux ; il s’agit alors de loyauté verticale. Au sein d’une fratrie ou de façon plus diffuse, dans un couple, on a affaire aux loyautés horizontales. Chaque individu reçoit ainsi un héritage avant même sa naissance, une tâche, un mandat, une attente… Ce legs va lui permettre de constituer un patrimoine pour créer quelque chose de nouveau à partir du passé. Ce qui est reçu induit le devoir éthique d’en assurer la continuité et de lui donner un avenir dans l’histoire relationnelle qui va se nouer. »

      Vincent de Gaulejac dans L’histoire en héritage, Roman familial et trajectoire sociale, DDB, 2009, s’attarde sur les conflits de loyauté (p. 138) auxquels l’enfant est confronté « lorsqu’il lui faut choisir entre la lignée paternelle et la ligné maternelle. Chaque enfant est issu de deux familles qui ont des attentes différentes. Le couple parental peut proposer à l’enfant des médiations pour résoudre ces conflits ou, à l’inverse, le mettre en demeure de choisir un côté ou l’autre, considérant comme une trahison le « mauvais » choix. Quand ces attentes sont peu claires ou opposées, l’enfant ne peut choisir explicitement et manifestera des loyautés de façon invisible.

      Au-delà des projections parentales, il semble que la transmission des dettes ne soit pas uniquement l’effet d’un sentiment de culpabilité inconsciente que l’on retrouve à chaque génération, mais d’une inscription dans un système familial qui engendre des obligations intériorisées, d’autant plus pressentes que les ascendants directs n’ont pas su ou pas pu les respecter.

      C’est la raison pour laquelle les notions de justice et de loyauté sont ici centrales. Elles rendent compte non seulement d’une comptabilité subjective de ce qui a été donné ou reçu, mais également d’une comptabilité des fautes ou des injustices commises qui engagent celui qui en est responsable directement ainsi que ses descendants. Lorsque la réparation n’a pas été accomplie, elle semble perturber l’ensemble du système familial et condamner les descendants à des malédictions dont il leur faut retrouver la source pour espérer y échapper. Les causes sont souvent similaires : inceste, maladie « honteuse », internement psychiatrique, assassinat, condamnation pénale, rapt d’enfant, naissance illégitime… autant d’actes qui rejaillissent sur l’ensemble de la famille mettant ses membres face à une contradiction radicale entre l’obligation de manifester une solidarité vis-à-vis  d’un de ses membres et la volonté de se démarquer devant le malheur ou la faute inexcusable. Comme le souligne Françoise Dolto, il y a là une épreuve symbolique qui remet en cause la cohésion familiale, l’appartenance de chacun à ce groupe, l’inscription dans une lignée. »

      La conclusion revient à Roselyne Orofiamma (2) : « Comme être social, l’individu répond aux projets, aux injonctions, aux loyautés invisibles (I. Boszormenyi-Nagy) que son milieu familial et social d’appartenance lui commande de respecter. Dans le travail qui prend appui sur les récits de vie, il s’agit d’éclairer, de repérer les processus singuliers qui accompagnent l’expérience individuelle et concourent à la construction d’identités. Si la sociologie de Bourdieu nous permet de penser les positions sociales qui jouent un rôle important dans les destins individuels, notre objet est tout autre. Il porte essentiellement sur le rapport qu’un individu entretient avec son histoire, à son groupe familial et social. Le récit de vie est l’objet d’un travail sociologique qui porte sur le positionnement d’un sujet humain par rapport à sa lignée, c’est-à-dire la place qu’il occupe dans l’ordre des générations, mais également sa position sociale et institutionnelle qui définissent son rapport au travail, à l’argent, au savoir,  à la culture et à l’amour ».

      (1) Edith Goldbeter-Merinfeld, Loyautés familiales et éthique en psychothérapie, Introduction. in Cahiers critiques de thérapie familiale et et de pratiques de réseaux 2010/1 (n° 44), p. 5-11, Cairn.info

      (2) Le travail de la narration dans le récit de vie par Roselyne Orofiamma, dans l’ouvrage collectif Souci et soin de soi. Liens et frontières entre histoire de vie, psychothérapie et psychanalyse. Sous la direction de Christophe Niewiadomski. Harmattan, Paris, 2002

      >> Prendre connaissance de l’atelier que j’anime sur la construction de son identité professionnelle grâce au référentiel des histoires de vie.

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      Le sens au travail

      Sens-au-travail

      Dans la continuité des autres articles déjà rédigés sur le travail, je continue ma veille : dernière découverte en date, l’étude Deloitte publiée en décembre 2017 intitulée « Sens au travail ou sens interdit ? » qui a le mérite de poser le débat en des termes nuancés et justes.

      Dans leur conclusion, les auteurs invitent à ouvrir un espace pour permettre à chacun en entreprise d’interroger ses représentations du travail et de les partager. C’est tout le travail que je propose avec le référentiel de la sociologie clinique. D’ailleurs, Vincent de Gaulejac, Fabienne Hanique, Jacqueline Barus-Michel et Eugène Henriquez sont cités dans l’étude, ce qui est bon signe pour la qualité de l’analyse !

      Le sens au travail semblerait être devenu un enjeu majeur en termes d’engagement et de motivation des salariés. Qu’entend-on par « sens » ? C’est à la fois une direction, une finalité, une vision (données le plus souvent par le management, mais pas toujours). C’est aussi comme l’écrit Fabienne Hanique, sociologue clinicienne (2004), « une affaire intime, constamment, âprement négociée par chacun d’entre nous« . Ou « ce qui est, à  un moment donné, éprouvé par un sujet individuel ou collectif, comme la cohérence unifiante d’une situation » (Barus-Michel, 2013).

      Et comment définir le travail ? Dominique Méda (2015) : « nos sociétés occidentales sont comme l’écrivait Habermas, des sociétés fondées sur le travail. Le travail est un fondement de l’ordre social, il détermine largement la place de l’individu dans la société, il continue d’être le principal moyen de subsistance et d’occuper un part essentielle de la vie des individus. Travailler est une norme, un fait social total« .

      Selon Vincent de Gaulejac, sociologue clinicien, le travail rassemble trois registres : le Faire, l’Avoir et l’Etre (2011).

      Première question posée dans l’étude : « Que vous évoque la notion de sens au travail ? » Les réponses : respect des valeurs, utilité du travail, éthique, compréhension des missions, contribution à quelque chose de plus grand que soi, objectifs clairs dans une stratégie définie, accession à l’information et pouvoir questionner.

      Pour les personnes interrogées, le sens au travail est à :

      • 49 % un sujet essentiellement collectif, 30 % individuel, 22 % organisationnel
      • 29 % lié à l’activité réelle quotidienne, 26 % aux valeurs de l’entreprise, 26 % à la coopération et au travail d’équipe, 12 % au métier exercé, 5 % au secteur d’activité, 2 % au produit vendu
      • 85 % le sens que chacun lui donne et à 63 % le sens doit être donné par son manager

      Perceptions du travail :

      • 81 % considèrent que le travail est une source d’épanouissement
      • 83 % sont fiers de leur travail
      • pour 69 %, leur travail est avant tout un moyen de subvenir à leurs besoins
      • 75 % vont travailler avec plaisir

      Un fort écart constaté :

      • 8,7 / 10 : importance du sens au travail d’une manière générale
      • 6/10 : importance du sens au travail dans l’entreprise actuelle
      • 55 % des salariés interrogés considèrent que le sens au travail s’est dégradé ces deux dernières années

      Vous vous posez sans doute la même question que moi, à ce stade de l’étude… Quelles sont les caractéristiques d’un travail qui a du sens et quels sont les principes d’organisation associés ? Estelle Morin, professeure titulaire à HEC Montréal, nous propose un tableau qui résume ce qu’elle a étudié auprès d’une population de cadres.

      Et maintenant, bonne réflexion et surtout, action !

      Télécharger l’étude complète : deloitte_etude-sens-au-travail-2017

      A lire sur le travail également :

      Bibliographie proposée  dans le rapport d’étude :

      • Barus-Michel, J., Enriquez, E., Lévy, A. 2013. Vocabulaire de psychosociologie, Toulouse, Erès
      • Clot, Y. 1995. Le travail sans l’homme ? Pour une psychologie des milieux de travail et de vie, Paris, La Découverte
      • Clot, Y. 2015. Le travail à cœur, Paris, La Découverte
      • Deloitte, 2017, Etude Qualité de vie au travail : et la bienveillance ? »
      • Gaulejac V. (de) 2011. Travail, les raisons de la colère, Paris, Seuil
      • Hanique, F. 2004. Le sens du travail. Toulouse, Erès
      • Méda D. 2015, Que sais-je ? Le travail, PUF, 5e édition
      • Morin, E. et Cherré, B. 1999. Les cadres face au sens du travail