Identité et mythes

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Image tirée de l’ouvrage Poser nue, biro&cohen éditeurs, 2011, de Nancy Houston et Guy Oberson

Selon une étude, les légendes pourraient avoir été racontées dès la fin du Néolithique, il y a de cela 6 000 ans. L’analyse, basée sur la phylogénétique, discipline qui compare la proximité génétique entre deux populations, chez 50 peuples indo-européens, met en avant la stabilité de structures narratives, de la Scandinavie à l’Anatolie. En recoupant l’étude des traditions orales, sur un corpus composé uniquement des contes contenant de la magie, et le moment où les populations se sont génétiquement éloignées, les chercheurs ont mis en évidence quels ancêtres communs racontaient quelles histoires. Ainsi, La Belle et la Bête serait racontée depuis au moins 4 000 ans…Nos contes de fées ne dateraient donc pas du 16e siècle.

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Mais pourquoi les mythes sont-ils si importants ? Parce que les humains ont besoin de croyances, et parce que leur identité se construit sur des histoires qui leur sont racontées. C’est ce que développe brillamment Nancy Huston dans son essai L’espèce fabulatrice, Actes Sud, 2008. Elle y explique avec ses mots et son style de romancière reconnue en quoi les récits contribuent à la constitution de l’identité, comme le font les sociologues cliniciens à leur manière.

Recherche de sens : « notre spécialité, notre prérogative, notre manie, notre gloire et notre chute, c’est le pourquoi« . Nous ne supportons pas le vide. Nous sommes incapables de constater sans chercher à comprendre. Et nous comprenons essentiellement, par les récits, c’est-à-dire des fictions. « Freud écoutait, médusé, le roman familial de ses patients. Sa découverte immense : ce qui est déterminant est ce qui fait sens pour le sujet, et seulement cela. »

On ne naît pas soi, on le devient, le soi est une construction : le prénom tout d’abord est un exemple de l’arbitraire qui se transforme en nécessité. « Nous recevons un prénom, qui avant d’échouer sur nous, a été rempli de sens ». Par le patronyme, nous sommes reliés à une lignée, nous avons une place définie, c’est l’essentiel, même si les règles patronymiques sont différentes d’une contrée à l’autre. Grâce à nos descendants, nous entendons un certain nombre d’histoires de notre famille qui nous pénètrent et nous façonnent à vie.

« Devenir soi, ou plutôt se façonner un soi, c’est activer, à partir d’un contexte familial et culturel donné, toujours particulier, le mécanisme de la narration ».

« Raconter : tisser des liens entre passé et présent, entre présent et avenir. Faire exister le passé et l’avenir dans le présent. »

Je trouve toujours très enrichissant de lire Nancy Houston, je dévore ses romans, peut-être parce que son identité multiple, « romancière, expatriée, pluriconfessionnelle et bilingue » comme elle se définit elle-même (L’espèce fabulatrice, page 52) – j’ajouterais féministe, intellectuelle engagée, multipliant les collaborations artistiques (avec des illustrateurs, peintres, photographes, metteurs en scène et j’en oublie) – donnent une coloration unique aux histoires qu’elle raconte et à la façon dont elle les raconte.

Pour en savoir plus : dans une série de huit Grands entretiens, Jean-Pierre Vernant, spécialiste de la Grèce antique et professeur honoraire au Collège de France, fait partager sa passion de la culture classique et des mythes.

« Les mythes sont la forme de narration la plus épanouissante : ils servent à documenter des événements, expliquer l’inexplicable, fonctionner comme des manuels de moralité. » selon Akanksha Singh.

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