Sociologie clinique et histoires de vie

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Vous le constaterez en me lisant, je fais souvent référence à la sociologie clinique et aux histoires de vie. Certifiée à cette approche, j’en utilise les fondamentaux et supports pour accompagner de façon individuelle ou collective. De quoi s’agit-il ?

L’hypothèse fondamentale qui sous-tend cette approche est la suivante : « L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet ». Elle a été énoncée par Vincent de Gauléjac, Michel Bonetti, Jean Fraisse, initiateurs du dispositif méthodologique Roman familial, trajectoire sociale, groupes d’implication et de recherche qui ont débuté à la fin des années 70. En d’autres termes, énoncés par Sartre : «  La liberté de l’individu est ce qu’il fait de ce que l’on a fait de lui ».

L’individu est multidéterminé, socialement, inconsciemment, biologiquement, et ces déterminations multiples le confrontent à des contradictions qui l’obligent à faire des choix, à inventer des médiations, à trouver des réponses, des issues, des échappatoires.

Le dispositif méthodologique créé par V. de Gauléjac, M. Bonetti et J. Fraisse permet à la fois de comprendre ces différentes déterminations et de saisir le travail du sujet, comment chacun contribue à produire sa propre destinée, comment chacun agit sur son histoire pour en devenir auteur et acteur.

Entre l’histoire « objective » de chacun, et le récit « subjectif » qui en est fait, il y a un écart, ou plutôt un espace, qui permet de réfléchir à la dynamique des processus de transmission, sur les ajustements entre l’identité prescrite, l’identité souhaitée et l’identité acquise.

Dans un contexte de changement permanent, d’absence de repères ou de référents, et de culture tyrannique du projet, chaque individu est aux prises avec lui-même et avec la nécessité de se construire, de s’inventer une identité qui n’est jamais totalement acquise.

Les histoires de vie contribuent à ce travail sur l’identité en faisant retour sur le passé, c’est-à-dire sur la dimension du temps qui semble la moins incertaine.

Nous avons besoin pour construire et asseoir notre identité d’un minimum d’unité et de continuité de notre histoire. La production, par un sujet, de l’histoire structurée de sa vie, est en mesure de faire apparaître cette unité et cette continuité relatives à travers les discontinuités et la diversité de son existence.

Les histoires de vie connaissent un succès à la mesure de la réponse qu’elles apportent au malaise dans les identités qui surgit dans une société donnée, à un moment donné, sachant que l’extrême valorisation de l’avenir (dans la culture de projets qui nous domine) au détriment du passé et du présent contribue largement à ce malaise.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, et en savoir plus sur ces mots, qui paraissent curieux énoncés ensemble « sociologie clinique », voici quelques repères complémentaires :

Le mot « clinique » d’abord  : XVIIe siècle, emprunté au latin clinicus, du grec Klinikos, « propre au médecin qui exerce son art près du lit de ses malades », lui-même de kliné, « lit ».

Vincent de Gauléjac complète : « La sociologie clinique, c’est mettre ensemble deux termes qui peuvent paraître antinomiques. Clinique recouvre l’idée d’être au plus près du vécu des acteurs. L’étymologie du mot, c’est « au chevet du malade », c’est-à-dire quand la médecine se préoccupe non seulement du corps malade, mais aussi de ce que le malade a à dire sur sa maladie. La sociologie clinique, c’est donc écouter ce que les acteurs ont à dire sur la société, sur les phénomènes sociaux à étudier. La sociologie clinique remet en question la coupure entre sociologie et psychologie. Elle montre qu’il y a une implication étroite entre ce que vivent les personnes, leur subjectivité, leur être profond et les phénomènes sociaux. » In La sociologie clinique à la rescousse des travailleurs sociaux, Vincent de Gauléjac. Entretien publié le 02/04/2012, www.lecanardsocial.com.

Reine-Marie Halbout, dans Savoir-être coach, Editions Eyrolles, 2009, fait un rappel historique et revient à la filiation de l’approche : « Depuis une trentaine d’années, les histoires de vie se sont développées dans les champs des sciences humaines et sociales. Cette démarche s’inscrit plus généralement dans le courant de la sociologie clinique porté, entre autres, par Eugène Enriquez, Max Pagès et Vincent de Gaulejac. Cette présentation s’appuie sur les travaux d’Anasthasia Blanché, cofondatrice de l’Institut International de Sociologie Clinique, et d’Isabelle Nalet, cofondatrice du réseau Pluridis. Le courant de la sociologie clinique affirme la primauté du sujet comme élément moteur des changements des organisations et des systèmes sociaux. A l’écoute de ce sujet, dans ses registres affectifs et existentiels, ses enjeux inconscients individuels et collectifs, ce courant cherche à démêler les noeuds complexes dans les rapports entre « l’être de l’homme » et « l’être de la société »….

Dans le coaching, la démarche histoires de vie est centrée sur l’analyse de la trajectoire socioprofessionnelle… Pour le coaché, elle est l’occasion de prendre conscience des déterminants de son histoire, afin de s’en dégager et de trouver de nouvelles marges de manoeuvre dans son contexte professionnel… Ce dispositif fait largement appel à la créativité par l’utilisation de supports verbaux et non verbaux (dessins, récits, expression corporelle, théâtre, sociodrame) qui permettent un va-et-vient entre deux mouvements :

  • l’implication de la personne par le récit qu’elle fait de son histoire socioprofessionnelle
  • la distanciation en s’appuyant sur une attitude visant la compréhension et l’interprétation de cette histoire, où coaché et coach sont impliqués ensemble dans une co-construction de sens, sachant que ce sens est toujours multiple et polysémique. »

L’organisme de formation Initiales Réseau Pluridis propose des séminaires d’implication où les histoires de vie sont expérimentées. Programme ici.

A lire, un article sur la différence entre thérapie et histoire de vie.

Et pour conclure avec Freud : « Mes histoires de cas, s’excusait-il, se lisent comme des romans, c’est cela même qui est ici revendiqué : l’essai d’un nouveau style en sciences humaines, qui laisse poindre la part d’implication d’un sujet et qui marie des genres hétérogènes – théorie, clinique, roman. » (in Penser l’accompagnement biographique, page 211, par Alex Lainé, Emmanuel Gratton et Annemarie Trekker, Edition Academia-L’Harmattan, 2016).

Pour en savoir plus et me contacter.

Consulter ma proposition d’atelier : comment exprimer son identité professionnelle, animé avec le référentiel des histoires de vie.

Un historien et sociologue britannique, Theodore Zeldin, professeur au St. Antony’s College d’Oxford auteur d’une Histoire des passions françaises monumentale publiée en France en 1973 définissait l’ambition méthodologique de son ouvrage ainsi : « Mon but est de vous déshabiller. Je veux vous séparer des vêtements dont vous avez hérité (du passé, de votre famille, de votre milieu, de votre pays) et qui, en partie au moins, ont formé vos habitudes et idées. En tant qu’historien, j’étudie ces vêtements d’occasion, couverts de raccommodages, que vous avez encore recousus pour qu’ils vous conviennent un peu mieux ».

Identité et bonheur intérieur

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J’ai découvert cet article sur Les Echos Business, écrit par Vincent Avanzi, dont j’apprécie la signature personnelle : « Développeur de richesses humaines, poète d’entreprise et fondateur de La plume du futur ». Elle est proche de la façon dont je me définis : « révélateur de pépites et talents » que nous avons tous, mais que nous ne voyons pas forcément. Son article, que je vous recommande, intitulé « Votre bonheur contribue au succès de votre entreprise« , aborde dans un style propre à Vincent Avanzi les domaines que je développe dans l’atelier « Exprimer son identité professionnelle« , en m’inspirant du référentiel de la sociologie clinique et des histoires de vie en particulier.

Il s’adresse aux chefs d’entreprise, en leur conseillant de bâtir leur bien-être plan, tout aussi indispensable que leur business plan. Ce bien-être plan est là pour aider les entrepreneurs à maintenir leur cap en cultivant leur propre bonheur intérieur. Comment ? En se posant ces questions clés :

  • L’intégrité : votre business est-il aligné avec vos valeurs ?
  • Le potentiel : êtes-vous vraiment dans votre zone de talents ?
  • La vision : vos rêves sont-ils réalisables à horizon 3, 5 ou 10 ans ?
  • Le leadership : êtes-vous plutôt inspirant, intriguant ou fatiguant ?
  • L’équilibre : quelle est votre balance entre vie pro et vie perso ?

L’atelier Comment exprimer son identité professionnelle, que j’anime pour des créateurs d’entreprise (au maximum quatre, pour laisser à chacun le temps de se dire, et d’échanger avec les autres), a justement pour but de les aider à exprimer de façon authentique et incarnée leur identité professionnelle afin qu’ils soient alignés entre eux et leur projet d’entreprise. Il se déroule en plusieurs étapes :

  • Identifier les valeurs héritées, les influences, les représentations autour notamment de la réussite, l’argent, le risque, le travail, l’entreprise, la création etc.
  • Clarifier les trajectoires et choix professionnels, entre continuités et ruptures, amenant à la décision de créer son entreprise
  • Imaginer les scenarii de demain : quelles perspectives pour son projet professionnel à 5 ou 10 ans
  • Exprimer son identité professionnelle en quelques minutes : soi, son projet, son idée, de manière authentique car congruente et adaptée aux publics visés (un prospect, un futur partenaire ou prescripteur, un investisseur, un éventuel associé etc.)

Je propose également en séance individuelle de poursuivre en s’entraînant à pitcher face caméra pour travailler les mots, le récit et la posture (vidéo fournie).

Bon cheminement aux créateurs qui se lancent dans l’aventure entreprenariale !

Pour en savoir plus, me contacter.

 

Reconnaissance officielle du titre de coach professionnel

Une étape importante et attendue vient d’être franchie pour la profession des coachs professionnels et leurs clients : la reconnaissance officielle du titre de coach professionnel par la CNCP (Commission Nationale de la Certification Professionnelle). Le ministère du Travail reconnaît le métier de coach professionnel : il s’agit d’un titre professionnel inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

C’est l’aboutissement d’un travail commun entre ICF (International Coach Federation), SFC (Société Française de Coaching) et EMCC (Association Européenne de Coaching).

Pour en savoir plus : le communiqué de presse d’ICF.

Nouveauté 2019, les principales fédérations professionnelles se sont réunies en une structure commune pour poursuivre la professionnalisation du métier de coach, à lire ici sur LinkedIn le communiqué de presse l’annonçant.

A lire : coaching or not coaching.

Pour la sociologie

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Premier billet, un hommage au livre de Bernard Lahire aux éditions La Découverte : Pour la sociologie. Pour en finir avec une prétendue « culture de l’excuse ».

J’ai découvert en lisant son livre cette expression d' »excuse sociologique ». Elle apparaît par exemple lors d’un discours prononcé en 2009 devant la National Association for the Advancement of Colored People par le président Barack Obama : « Nous devons dire à nos enfants : oui, si vous êtes afro-américains, les probabilités de grandir au milieu du crime et des gangs sont élevées. Oui, si vous vivez dans un quartier pauvre, vous ferez face à des défis auxquels quelqu’un vivant dans une banlieue riche n’a pas à faire face. Mais ce n’est pas une raison pour avoir de mauvaises notes (applaudissements), ce n’est pas une raison pour manquer la classe (applaudissements), ce n’est pas une raison pour renoncer à votre éducation et abandonner l’école (applaudissements). Personne n’a écrit votre destin pour vous. Votre destin est entre vos mains, vous ne pouvez pas l’oublier. Voilà ce que nous devons enseigner à tous nos enfants. Aucune excuse ! (applaudissements) Aucune excuse ! » (page 22).

Bernard Lahire pose l’enjeu : cette affirmation du président américain rend « responsables » les élèves issus des familles populaires de leurs échecs scolaires. « Chacun a son destin entre les mains et n’a, par conséquent, aucune excuse lorsqu’il échoue : on sacralise d’autant plus l’individu libre et autonome qu’on veut le rendre responsable de tous ses malheurs » (page 23).

Je vous conseille vivement la lecture de ce livre, pour entrer dans une explication claire, didactique, sans jargon universitaire, de ce qu’est réellement la sociologie. Avec les arguments clés suivants : la volonté de comprendre du sociologue n’est pas excuse, ni jugement, ni déresponsabilisation. Le sociologue n’est pas là pour dire ce qui est bien ou mal, il est là pour décrire les faits et la réalité, telle qu’elle est, même si elle ne fait pas plaisir.

« La sociologie dit seulement que les choix, les décisions et les intentions sont des réalités au croisement de contraintes multiples. Ces contraintes sont à la fois internes, faites de l’ensemble des dispositions incorporées à croire, voir, sentir, penser, agir, forgées à travers les diverses expériences sociales passées, et externes, car les choix, les décisions et les intentions sont toujours ancrés dans des contextes sociaux et même parfois formulés par rapport à des circonstances sociales ». (page 56)

« La sociologie fait apparaître les logiques présidant à des pratiques… elle historicise des états de fait tenus pour naturels… elle désubstantialise aussi les individus qui ne sont devenus ce qu’ils sont que reliés à toute une série d’autres individus… elle compare et met en lumière les transformations de phénomènes considérés comme éternels et invariants… et elle contredit les mensonges volontaires ou involontaires sur l’état du réel et défait les discours d’illusion ». (page 86)

Pour finir et pour faire le lien avec la sociologie clinique qui m’est chère, « la grille de compréhension du monde par l’étude de l’environnement social ne s’oppose pas à la compréhension de notre histoire personnelle singulière… Il est possible par un travail de reconstruction minutieux, de saisir les multiples conditions sociales de production de soi ; un soi sans cesse formé dans un tissu de relations sociales, de liens d’interdépendance multiples. » (page 155)

C’est ce travail de reconstruction que je propose dans l’atelier « Exprimer son identité professionnelle » (voir rubrique Domaines d’intervention).

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