Pour la sociologie

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Premier billet, un hommage au livre de Bernard Lahire aux éditions La Découverte : Pour la sociologie. Pour en finir avec une prétendue « culture de l’excuse ».

J’ai découvert en lisant son livre cette expression d' »excuse sociologique ». Elle apparaît par exemple lors d’un discours prononcé en 2009 devant la National Association for the Advancement of Colored People par le président Barack Obama : « Nous devons dire à nos enfants : oui, si vous êtes afro-américains, les probabilités de grandir au milieu du crime et des gangs sont élevées. Oui, si vous vivez dans un quartier pauvre, vous ferez face à des défis auxquels quelqu’un vivant dans une banlieue riche n’a pas à faire face. Mais ce n’est pas une raison pour avoir de mauvaises notes (applaudissements), ce n’est pas une raison pour manquer la classe (applaudissements), ce n’est pas une raison pour renoncer à votre éducation et abandonner l’école (applaudissements). Personne n’a écrit votre destin pour vous. Votre destin est entre vos mains, vous ne pouvez pas l’oublier. Voilà ce que nous devons enseigner à tous nos enfants. Aucune excuse ! (applaudissements) Aucune excuse ! » (page 22).

Bernard Lahire pose l’enjeu : cette affirmation du président américain rend « responsables » les élèves issus des familles populaires de leurs échecs scolaires. « Chacun a son destin entre les mains et n’a, par conséquent, aucune excuse lorsqu’il échoue : on sacralise d’autant plus l’individu libre et autonome qu’on veut le rendre responsable de tous ses malheurs » (page 23).

Je vous conseille vivement la lecture de ce livre, pour entrer dans une explication claire, didactique, sans jargon universitaire, de ce qu’est réellement la sociologie. Avec les arguments clés suivants : la volonté de comprendre du sociologue n’est pas excuse, ni jugement, ni déresponsabilisation. Le sociologue n’est pas là pour dire ce qui est bien ou mal, il est là pour décrire les faits et la réalité, telle qu’elle est, même si elle ne fait pas plaisir.

« La sociologie dit seulement que les choix, les décisions et les intentions sont des réalités au croisement de contraintes multiples. Ces contraintes sont à la fois internes, faites de l’ensemble des dispositions incorporées à croire, voir, sentir, penser, agir, forgées à travers les diverses expériences sociales passées, et externes, car les choix, les décisions et les intentions sont toujours ancrés dans des contextes sociaux et même parfois formulés par rapport à des circonstances sociales ». (page 56)

« La sociologie fait apparaître les logiques présidant à des pratiques… elle historicise des états de fait tenus pour naturels… elle désubstantialise aussi les individus qui ne sont devenus ce qu’ils sont que reliés à toute une série d’autres individus… elle compare et met en lumière les transformations de phénomènes considérés comme éternels et invariants… et elle contredit les mensonges volontaires ou involontaires sur l’état du réel et défait les discours d’illusion ». (page 86)

Pour finir et pour faire le lien avec la sociologie clinique qui m’est chère, « la grille de compréhension du monde par l’étude de l’environnement social ne s’oppose pas à la compréhension de notre histoire personnelle singulière… Il est possible par un travail de reconstruction minutieux, de saisir les multiples conditions sociales de production de soi ; un soi sans cesse formé dans un tissu de relations sociales, de liens d’interdépendance multiples. » (page 155)

C’est ce travail de reconstruction que je propose dans l’atelier « Exprimer son identité professionnelle » (voir rubrique Domaines d’intervention).

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