Nos intelligences préférées

J’ai découvert récemment le Jeu des intelligences (1), intéressant en coaching pour aider à se présenter par exemple, en mettant en avant ses capacités et ressources, ou pour régler des problèmes relationnels au sein d’une équipe, ou pour prendre des décisions. Il s’agit d’un Phototexte, un ensemble d’images qui illustrent les compétences associées à chacune des neuf intelligences dont nous disposons :

  • Intelligence naturaliste (comprendre l’environnement dans lequel l’humain évolue)
  • Intelligence linguistique (capacité à comprendre et utiliser les mots et les nuances de sens)
  • Intelligence visuo-spatiale (capacité à trouver son chemin dans un environnement donné et à établir des relations entre les objets dans l’espace)
  • Intelligence interpersonnelle (aptitude à discerner l’humeur, le tempérament, la motivation et le désir des autres personnes et à y répondre correctement)
  • Intelligence existentielle (celle des penseurs et des philosophes ; elle permet d’appréhender les questionnements sur les événements de la vie, l’origine et le sens des choses, les valeurs éthiques et le sens de la justice)
  • Intelligence logico-mathématique (capacité de logique, d’analyse, d’observation ainsi que celle de résoudre les problèmes)
  • Intelligence musicale (facilité à mémoriser des mélodies, harmoniser des sons et à reconnaître les rythmes)
  • Intelligence intrapsychique (chez les personnes qui aiment apprendre, s’améliorer, qui savent se remettre en question et faire preuve d’autocritique)
  • Intelligence corporelle (faculté d’apprendre et de penser à partir de toutes les perceptions de son corps)

Les auteurs du jeu se sont notamment inspirés d’Howard Gardner et de ses travaux sur les intelligences multiples.

Frames of mind, l’ouvrage qui rendit Howard Gardner célèbre en 1983, est un manifeste contre la tyrannie du QI. Gardner y démontre qu’il n’existe pas une forme unique, monolithique d’intelligence dont dépend la réussite dans la vie, mais plutôt un large éventail d’intelligences, que l’on peut ranger dans sept catégories principales :

  • l’agilité verbale
  • l’agilité logico-mathématique
  • la maîtrise de l’espace
  • le génie kinesthésique
  • le talent musical
  • le talent interpersonnel
  • la capacité intrapsychique

L’intelligence interpersonnelle est subdivisée en quatre capacités : celle de diriger, celle d’entretenir des relations et de conserver des amis, celle de résoudre les conflits, celle pour analyser les rapports sociaux.

Selon Daniel Goleman, auteur de L’intelligence émotionnelle, dont je vous recommande la lecture, « l’intelligence émotionnelle recouvre l’empathie, l’aptitude à se motiver ou à persévérer dans l’adversité, à maîtriser ses pulsions et à attendre avec patience la satisfaction de ses désirs, la capacité de conserver une humeur égale et de ne pas se laisser dominer par le chagrin au point de ne plus pouvoir penser, la capacité d’espérer. » (page 64)

Les études qui se sont multipliées ces dernières années sur l’intelligence émotionnelle laissent à penser qu’elle contribue au moins autant si ce n’est plus à la réussite et au bonheur des individus que le QI qui ne représenterait que 20 % des facteurs de réussite dans une vie.

L’injonction de Socrate « connais toi toi-même » renvoie à cette clé de voute de l’intelligence émotionnelle nous explique Daniel Goleman : « il faut être conscient de ses propres sentiments au fur et à mesure de leur apparition. On pourrait penser que nos sentiments parlent d’eux-mêmes, mais nous gardons tous en mémoire des épisodes où nous n’avons pas fait attention à nos sentiments réels, ou nous y avons fait attention, mais trop tard. Je parle de conscience de soi pour désigner cette attention permanente à son état intérieur. Dans cette conscience réflexive, l’esprit observe et étudie l’expérience elle-même, y compris les émotions. L’empathie repose sur la conscience de soi ; plus nous sommes sensibles à nos propres émotions, mieux nous réussissons à déchiffrer celles des autres ».

Elodie Bergerault, avec laquelle j’ai conçu deux ateliers, l’un sur le leadership, l’autre sur l’incertitude, m’a recommandé ce test sur l’intelligence émotionnelle : le consulter ICI. Merci Elodie pour ta recommandation !

(1) Le jeu des intelligences a été créé par Manuel de Sousa, Gilles Dufour et Arnaud Constancias, « Souriez vous jouez« , Editions « Souriez vous managez ».

(re)Trouver ses forces avec l’arbre de vie

J’ai eu la grande chance de rencontrer et d’être formée à l’arbre de vie par Dina Scherrer, présidente de la Fédération francophone des pratiques narratives. Cela faisait des années que je pensais les histoires de vie en sociologie clinique – auxquelles j’ai été certifiée – très proches des pratiques narratives. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité aller y voir de plus près avec Dina Scherrer, qui m’a confortée dans cette intuition.

Histoires de vie et pratiques narratives partent du principe que chaque individu n’est pas réduit à son histoire, mais est multi-histoires ; Qu’être le produit d’une histoire héritée est compatible avec le fait de devenir « sujet » et auteur / autrice de sa vie par un « bricolage » identitaire unique, savant mélange de déterminisme et de choix personnels et autonomes ; Que chacun.e détient les savoirs, les compétences, les forces, les talents, les ressources, les valeurs, l’énergie pour vivre ses expériences et affronter les difficultés.

Le coach ou praticien narratif est là pour aider la personne à se les révéler si elle les a perdues de vue et à reprendre confiance pour aller de l’avant.

J’ai aimé lorsque Dina nous a dit que nous étions là pour poser des questions qui rendent les gens dignes, pour honorer leurs savoirs clandestins, leurs actes de résistance, leur « plein ».

Pierre Blanc-Sahnoun a rencontré pour la première fois l’arbre de vie en 2010 avec David Denborough, Cheryl White et Jill Freedman au Rwanda. Il y était parti en mission avec un groupe international de thérapeutes narratifs pour former des intervenants sociaux travaillant dans les villages avec les survivants du génocide de 1994. L’arbre de vie figurait en bonne place des outils utilisés, issu du travail de David Denborough avec Ncazelo Ncube, psychologue pour enfants originaire du Zimbabwe, pour aider les enfants atteints du VIH. Il a été touché par cette approche simple et élégante, permettant aux personnes traumatisées de parler de leur vie dans des termes les rendant plus forts au lieu de les retraumatiser à chaque étape du récit.

C’est bien là tout l’intérêt de l’arbre de vie, travail métaphorique qui aide à parler de soi en un temps record et d’une façon positive en se centrant sur ses qualités, ressources, talents et forces, afin d’atteindre l’objectif que chacun.e se fixe et qui guide tout le travail de la séance.

Dina Scherrer le définit ainsi :  » l’arbre de vie est un outil de soutien psychosocial basé sur les pratiques narratives. Il utilise les différentes parties de l’arbre pour représenter les divers aspects de nos vies. L’utilisation des métaphores et de questions soigneusement formulées invite à raconter des histoires sur la façon de se renforcer et augmente l’espoir dans l’avenir. Il a été délibérément conçu pour soutenir les personnes dans l’exploration des histoires alternatives (1), des histoires qui parlent d’espoir, de compétences, des rêves qu’un individu a pour sa vie. Une histoire encourageante et dynamisante qui constitue une base ferme pour que la personne poursuive sa vie en dépit des problèmes auxquels elle est confrontée » (2)

A quels moments faire appel à l’arbre de vie en accompagnement ?

  • Au début d’un accompagnement pour faire connaissance et clarifier les objectifs
  • En fin d’accompagnement pour le bilan
  • Pour aller à la recherche ou confirmer un projet (choix d’études ou de métier, réorientation professionnelle, création d’entreprise, transition de vie …)
  • Pour anticiper les obstacles qui pourraient se mettre entre soi et son projet
  • Pour travailler son identité professionnelle et dégager sa singularité
  • Pour peaufiner son style managérial
  • Pour aider à retrouver du sens dans sa vie professionnelle
  • Pour sortir de l’isolement
  • Pour travailler le manque de confiance ou d’estime de soi
  • Pour préparer un entretien de recrutement ou un pitch devant des publics clés …

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette approche et déterminer si elle répond à vos objectifs et attentes, me contacter.

A lire : Dans mon arbre de vie pousse mon projet professionnel

(1) Les pratiques narratives distinguent l’histoire du problème ou histoire dominante qui enferme la personne, la rend aveugle à ses potentialités, de l’histoire alternative ou histoire préférée, qui va lui permettre de retrouver confiance en soi et désir d’avancer.

(2) « Accompagner avec l’arbre de vie, une pratique narrative pour restaurer l’estime de soi » Dina Scherrer, InterEditions, 2021.

Littérature et identité

La littérature fourmille de référence aux histoires de vie et à la sociologie clinique. Au fil de mes lectures, j’ai noté ces extraits qui m’inspirent sur la notion d’identité. Les écrivains apportent leur pierre à l’édifice de cette élaboration sans fin autour de l’identité. Ils l’incarnent, la rendent réelle, par leur imaginaire.

Quoi de mieux que de découvrir des histoires de vies dans leur complexité, leurs contradictions, leurs névroses, leurs loyautés, leur beauté, sous la plume de romanciers ou biographes ?

Je vous invite à la découverte de ces auteures qui m’ont intriguée, bouleversée, charmée par leur humanité et leur conquête d’indépendance.

Connaissez-vous la femme au cerveau érotique ? C’est Gabriële Buffet, jeune femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe, qui rencontre Francis Picabia en septembre 1908. Elle devient son inspiratrice, sa théoricienne, comme elle le fut aussi pour Marcel Duchamp et Guillaume Appolinaire. Anne et Claire Berest racontent son histoire, et rendent hommage à leur mère, Lélia, petite-fille des Picabia (Le livre de Poche, Editions Stock, 2021, Gabriële).

« Cela commence dans les rêves. Puis, des images qui surviennent, même en plein jour, sans qu’elle s’y attende. Comme toutes les femmes enceintes pour la première fois, Gabriële se mange son enfance en pleine figure. Attendre un enfant oblige à interrompre l’enfant qu’on a soi-même été. Pour l’éloigner une bonne fois pour toutes. Faire place nette à celui qui arrive. (…) Elle est née le 21 novembre 1881, année palindrome, à 9 heures du soir. Son acte de naissance témoigne de cette écriture surannée, typique de l’administration de la fin du XIXe siècle. (…) Joli sérieux : voilà contre quoi va se battre toute une génération en train de pousser ses premiers cris. Picasso, qui naît la même année, Picabia, qui a déjà trois ans, Guillaume Appollinaire, qui n’a que quelques mois, mais aussi les petits frères, Marcel Duchamp, Arthur Cravan, Tristan Tzara et tous les autres. Ils sont du siècle à venir – et avec eux, le bon goût, c’est bientôt terminé. La nouvelle-née se prénomme « Madeleine Françoise Marie Gabriële ». Le quatrième prénom, relégué en bout de liste, est orthographié de façon étonnante : un tréma et un seul l avant le e final. Gabriële. Cela plait beaucoup à la petite fille, qui trouve ce prénom androgyne bien plus adapté que Marie et Madeleine. Alors elle se rebaptise, toute seule. Et demande à ses parents qu’on l’appelle désormais de ce singulier prénom. L’astringent goût du bizarre se pose déjà sur les lèvres de l’enfant, et toute sa vie elle signera de ce prénom, mais en variant les écritures, Gabriële, Gabrièle ou Gabrielle. Elle ne se soumettra à aucune loi, pas même celle de l’orthographe. »

Autre époque, autre pays … Gaëlle Josse (j’ai tant aimé Le dernier gardien d’Ellis Island) écrit son choix de consacrer ce roman Une femme en contre-jour (Les Editions Noir sur Blanc, Notabilia, 2019) à Vivian Maier : « Il me faut dire combien je me sens proche de l’oeuvre de Vivian Maier, dans une inépuisable quête de visages, du moment qui dit toute une vie, dans sa recherche des lignes, lumières et reflets saisis dans le bouillonnement, la fébrilité de la ville, attachés au grand manège des jours ». « Tant de fils se mêlent, s’enlacent avec ce que je suis, avec ce que je tente d’approcher par l’écriture. Ni peser, ni imposer mon « moi ». Qu’il nourrisse mon écriture, sans cannibaliser ce que j’essaie d’apprivoiser. Qu’il soit terreau, humus, et non fleur carnivore. »

« Qui était donc cette femme libre, audacieuse, insatiable du spectacle de la vie et qui en fit oeuvre à la fois humble et magistrale ? Une sensibilité exacerbée, une insondable solitude protégées, dissimulées derrière des façons abruptes, derrière une bizarrerie assumée et de trop larges vêtements. La force de dépasser un enfermement programmé dans une condition sociale de domestique et dans une histoire familiale emplie d’effroi. Son regard prodigue a multiplié les miracles nés d’une exceptionnelle, d’une troublante empathie envers l’univers des exclus, des laissés-pour-compte, de ceux qui ne possèdent rien, à peine leur propre vie. Elle leur a offert son seul bien, son trésor : le regard. »

« Vivian Maier trouve là le centre de sa vie, le sens de sa vie. Elle sait ce qu’elle veut. Ce sont les prémices d’une oeuvre d’une grand unité, traversée d’obsessions, comme celle de tous les grands artistes. Rien de hasardeux, de décousu. (…) Il lui reste à poursuivre ce travail pendant des décennies. Un travail dont personne ne verra les fruits, dont on ne soupçonnera pas même l’existence, et dont elle-même ne verra que bien peu de choses. »

« Son travail photographique accorde une large place aux femmes âgées. On ne photographie rien au hasard. Un artiste poursuit ce qui le hante, l’obsède, le traverse, le déchire. Rien d’autre. »

« Un mot en appelle un autre, celui de la révélation, au sens photographique du terme. Si peu de ses photos se verront révélées… Impossible de ne pas penser aux mensonges de sa mère concernant son identité, et aux avatars successifs du nom de Maier. Von meyer, Meyer, Mayer, Meier … Les noms semblent flotter sur les membres de cette famille et se poser un peu au hasard du temps. Ouverture sur le monde et obsession du secret, deux mouvements contradictoires, deux extrêmes d’un balancier. Singulier mouvement binaire, singulière alternance. »

Après ces extraits issus de la littérature, arrêtons-nous sur quelques repères théoriques, qui permettent de les lire avec un autre regard.

Loin de moi, étude sur l’identité par Clément Rosset (Les Editions de Minuit, 1999) « Dans les premières années de son existence, l’enfant serait incapable de se constituer une personnalité s’il ne prenait modèle sur un être (généralement parental) dont il imite le comportement et qui lui sert, dans tous les sens du terme, de « tuteur » ; faute de quoi aucune de ses multiples tendances ne réussirait à se fondre dans l’unité d’une personne et à constituer la structure d’un moi, même si ce moi est à l’origine copié sur celui d’un autre. Copiez, et si en copiant vous restez vous-même, c’est que vous avez quelque chose à dire, tel est le conseil qu’aurait donné Ravel à ses rares élèves. »

Définition de « même » dans le Littré : « Qui est comme une autre chose ou comme soi-même ; qui n’est pas autre, qui n’est pas différent ». « On comprend facilement ce qu’il faut être pour être comme telle ou telle autre chose : il faut lui ressembler ou l’imiter. Mais que faut-il être pour être comme soi-même ? Ainsi cette explication de Littré fait de « même » le synonyme de « semblable ». Elle ne retient donc que l’une des significations du mot, celle de la ressemblance, laissant de côté celle de l’identité proprement dite. Ricoeur est allé chercher le vieux substantif « mêmeté » (forgé par Voltaire) pour former un couple conceptuel permettant d’opposer les deux façons d’être même que quelque chose : être semblable à autre chose, être soi-même. A ces deux significations de l’identité s’opposent selon lui deux formes d’altérité : celle qui consiste à différer d’autre chose (que ce soit par le genre, par l’espèce, par les qualités ou par la différence numérique) et celle qui consiste dans un « ne pas être soi » (aliénation, dépossession de soi, dispersion). Vincent Descombes, Même/Autre, L’identité, dictionnaire encyclopédique, Edition Folio essais, 2020.

« Le nom et le prénom sont des éléments concrets et stables par lesquels l’identité s’exprime : ce sont des « porte-identités » (Goffman, 1963). A cet égard, l’utilisation de noms personnels pour désigner des individus se retrouve dans toutes les sociétés connues. Mais si la nomination est un universel culturel, les formes qu’elle prend n’en sont pas moins variées. Il existe un « lien indissoluble entre le nom et l’image de soi (self-image) » : Strauss, 1959. A minima, je me présente sous mon prénom et mon nom, qui m’accompagneront toute la vie (surtout si je suis un homme). Claude Lévi-Strauss (1962) : « On ne nomme jamais, on classe ». Baptiste Coulmont, Nom/Prénom, L’identité, dictionnaire encyclopédique, Edition Folio essais, 2020.

Nancy Houston ajoute dans son livre Bad girl (Actes Sud, 2014) : « Le soi est une donne chromosomique sur laquelle sont accrochées des fictions ».

Nancy Houston, d’origine canadienne anglophone, venue s’installer en France dans les années 70, par provocation dit-elle, écrivant en Français (je suis tellement admirative que je ne résiste pas au plaisir de vous partager des extraits de l’un de ses nombreux ouvrages), nous raconte depuis des décennies des histoires de vies qui me touchent profondément, dans lesquelles je me reconnais, qu’elles se passent dans le Berry, aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, au Cambodge, en Israël, ou ailleurs, aujourd’hui ou hier, son imagination sensible est infinie.

La notion de roman familial est omniprésente dans son oeuvre : « Les gens te demanderont souvent pourquoi la famille est ton thème romanesque de prédilection, et tu les regarderas perplexe. Y en a-t-il d’autres ? Y a t-il quelque chose d’intéressant chez les humains, hormis le fait que, pour de bonnes ou mauvaises raisons, intensifiées par des pulsions animales aussi inconscientes qu’irrésistibles, ils copulent, font des enfants, s’efforcent de donner à ceux-ci une éducation meilleure que celle qu’ils ont reçue, échouent, vieillissent et meurent après avoir regardé leurs enfants grandir et partir trouver leurs propres partenaires et démarrer leur propre famille comme s’ils allaient refaire le monde à neuf, tout cela sur fond de grincement de dents, de tourmentes politiques, de conflits religieux, de rivalités fraternelles, de scènes d’inceste et de viol et de meurtre et de guerre et de prostitution, émaillé çà et là par un pique-nique familial dans une foire agricole ? De quoi d’autre un roman pourrait-il bien parler ? ».

« Depuis les origines du roman occidental, mais surtout depuis le siècle des Lumières et l’individualisme par lui promu au rang de valeur absolue, l’artiste est lui-même devenu héros. Les ressemblances sont frappantes : si l’on se penche sur un quelconque échantillon de biographies d’écrivains, on s’aperçoit vite que, tout comme Oedipe, Hamlet ou Antigone, ils ont pour ainsi dire tous vécu une anomalie, une catastrophe, une perte dévastatrice dans la jeunesse. Un père est mort. Une mère est morte. Les deux sont morts. Ou séparés. Ou radicalement absents. En d’autres termes, le roman familial de ces individus est toujours-déjà hautement romanesque. Il se prête à merveille aux spéculations, aux fantasmes, aux révisions et aux ratures… en un mot, à l’écriture. Le mythe est né. Le héros-écrivain pourra puiser à l’infini dans son enfance, tel Homère dans le fonds mythologique grec, réécrivant son histoire à travers mille transpositions, projections, déplacements et symboles ».

A écouter, cet entretien avec Leïla Slimani qui me touche tant, sur le roman familial, le roman national, à travers ses propos sur l’écriture, la fiction, l’identité, les transfuges de classe, la honte sociale, les thèmes qui me sont chers : « nous ne sommes pas la culture, c’est nous qui façonnons la culture que nous voulons ».

Dans cet entretien sur France Culture avec Héloïse Lhérété (journaliste) et Edwige Chirouter (maître de conférences en sciences de l’éducation), dédié à la littérature et comment elle peut construire nos imaginaires, Nancy Houston est citée plusieurs fois et son oeuvre L’espère fabulatrice tient lieu de référence.

Mobilité et identité

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Sujet d’actualité, la mobilité est une notion qui me taraude depuis un moment. Ne voyageant plus à l’étranger depuis quelques années, je m’interroge régulièrement sur l’effet que cela peut avoir sur ma curiosité, mon ouverture au monde, ma tolérance à la différence … Et je ressens aussi fortement cette injonction sociale, implicite, au mouvement. A la lecture de cet article de Télérama (1), dont je vous partage quelques extraits – qui font débat, et c’est tant mieux – je me rends compte que la perception de la mobilité a évolué, et qu’elle est liée directement aussi à l’identité, socle de ma pratique d’accompagnante.

Avant la révolution industrielle, le voyage, par la terre ou par les mers, est un art mondain, un privilège de nantis. Le chemin de fer permet, le premier, aux bénéficiaires des congés payés de découvrir de nouveaux horizons. En 1936, six cent mille Français font grimper leur famille dans des wagons direction les dunes ou les champs. Jusqu’aux années 50, on vit dans la proximité piétonne du domicile, en donnant à la rigueur un coup de pédale ou en prenant la navette d’entreprise. L’automobile est une marque de raffinement réservée aux bourgeois.

La mobilité commence à se construire comme un outil d’émancipation. Circuler, droit fondamental de la Déclaration universelle des droits de l’humain, devient un moyen de ses libérer individuellement. Partir, c’est s’arracher à un ancrage, une appartenance. C’est franchir les frontières géographiques et s’affranchir des assignations identitaires. Le destin se dirige à coups de volant ! La voiture est vendue comme un moyen d’accéder au monde et à l’indépendance, pour monsieur comme pour madame.

« La mobilité sans effort constitue une espèce de bonheur, de suspense de l’existence et d’irresponsabilité », observe le philosophe Jean Baudrillard en 1967.

La mobilité de loisirs devient une norme sociale, le tourisme une pratique culturelle : entre 1951 et 1989, le taux de départ en vacances passe de 31 % (soit 10 millions de Français) à 60,7 % (soit 33 millions de Français).

Ne pas rester chez soi, c’est exister aux yeux d’une société qui célèbre l’activité constante. Idéalisée, valorisée elle-même, la mobilité n’est plus seulement un moyen. Elle devient une fin en soi. Et l’immobilité, une faute.

Car la promesse d’émancipation s’est transformée en injonction à bouger. La mobilité est désormais une contrainte, voire une obligation, pour une large partie de la population. Les innovations techniques, combinées à la révolution numérique, ont bouleversé le quotidien, façonnant de nouveaux modes de vie : celui des cadres toujours entre deux avions, des couples séparés par leur emploi se retrouvant en fin de semaine, des familles vivant à la campagne et travaillant en ville, des expatriés qui retournent régulièrement dans leur pays d’origine…

Cette hypermobilité a un coût : le budget transports a dépassé le budget logement, la pollution de l’air fait 48 000 morts par an, les tensions s’avivent dans les familles à cause de la fatigue, le stress des embouteillages altère le bien-être, les effets sont dévastateurs sur les territoires entre des villes surpeuplées et des campagnes délaissées,  la biodiversité est mise en danger par l’urbanisation non contrôlée …

Etre immobile, c’est s’exclure socialement, alors que les services publics poursuivent depuis des décennies leur cure d’amaigrissement à l’échelle du territoire : de 1980 à 2013, l’Insee a observé une baisse de 24 % de nombre d’écoles, de 31 % pour les centres des impôts, de 36 % pour les bureaux de poste ou encore de 41 % pour les maternités. Ne pas pouvoir se déplacer restreint jusqu’aux droits fondamentaux : s’instruire, se soigner, se cultiver, se nourrir…

Après nous avoir libéré, la mobilité tend à nous enfermer. Constante, irrépressible, aliénante, elle nous disperse. Nous éparpille.

« La mobilité ne libère pas l’individu, amplifie le sociologue Eric Le Breton (2). Elle le scinde, le partitionne, le brise et l’épuise. Elle le projette dans des territoires où, le privant de ses racines et de ses liens, elle le prive de tout, y compris de lui-même. »

La mobilité nous oblige à nous adapter constamment, à sans cesse trouver de nouveaux repères. Comment dans ces conditions trouver une place stable dans ce monde en fuite ? Pouvoir se déplacer fut un luxe. Aujourd’hui, le luxe, c’est de ne pas y être contraint.

Depuis cet article rédigé en 2019, est paru dans la collection TRACTS de Gallimard cet opus signé Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio, « Ce qui ne peut être volé« , ou Charte du Verstohlen (2022) qui complète notre éclairage. Dans les 10 points de cette charte, le premier est relatif à la perspective, accéder à une vue : « Une chambre avec vue désigne parfaitement ce qu’une ressource matérielle peut devenir, à savoir une ressource existentielle. Accéder à une vue, dans l’espace privé ou l’espace public, est une nécessité journalière. Voir l’horizon, la beauté, la lumière naturelle nous inspire, nous soutient, et sollicite notre prendre soin en retour. La perspective a le mérite d’être autant un mode de représentation créative de l’espace et de ce qu’il contient, qu’une notion qui permet d’embrasser ces différents éléments que sont l’horizon, la vue, la lumière, l’espace libre devant soi. Un paysage, urbain, rural, maritime, sauvage. Les mondes urbains et ruraux ne peuvent se transformer en prisons où tout édifice arrête le regard : murs et bêtise ont ceci de commun qu’ils tuent les perspectives » (page 5).

(1) Télérama 3608 du 06/03/2019 écrit par Romain Jeanticou, Bouger nous empêche t-il d’avancer ?

(2) Mobilité, la fin d’un rêve ? Eric Le Breton, ed. Apogée

Les âmes errantes

FRANCE-LITERATURE

Photos Joël Saget/AFP photo article Le Monde

J’aimerais commencer cette nouvelle année par la présentation subjective d’un ouvrage Les âmes errantes de Tobie Nathan, L’iconoclaste, 2017, à la fois récit de son arrivée en France en 1958 en tant que réfugié, venant d’Egypte, et tentative de compréhension des jeunes en voie de radicalisation, qu’il a reçus dans son cabinet pendant trois ans.

Je serais heureuse si cette introduction vous donne envie de le lire, il en vaut la peine. Loin des discours, au plus près du terrain de ce thérapeute des migrants depuis 45 ans.

J’ai bien sûr sélectionné les passages qui éclairent la notion d’identité, socle de ma recherche personnelle et de ma pratique professionnelle. Bonne lecture, fondée sur ce principe exigeant : « Je dois dire que je préfère une autre façon de poser la question de la radicalisation. Pas de compassion ni de recours à la loi, mais une interrogation sérieuse sur les forces en présence, leur nature, leurs noms, leurs modalités d’existence, leurs manières de capturer les humains, les exigences qu’elles leur imposent… Quarante-cinq ans de pratique clinique auprès des migrants m’ont enseigné un principe : toujours prendre le parti de l’intelligence de l’autre, de ses forces, de ses ressources, jamais de ses manques, de ses failles, de ses désordres. »

S’il n’est pas de profil à un destin radicalisé, j’ai remarqué une fragilité chez des jeunes gens dont les histoires familiale et personnelle sont caractérisées toutes deux par un déficit : appartenance culturelle défaillante à la première génération, filiation flottante à la suivante. (…)

L’histoire me semble exemplaire. La mère du fait d’une destinée singulière s’est vue séparée de sa source – sa source et non ses racines ! Le mot « racines » laisserait supposer l’existence d’une réalité statique, et en principe, objective. Racines… comme celles d’un arbre. Mais les hommes sont loin de posséder la perfection des arbres, découlant de cette relation charnelle avec la terre. Ils n’ont pas davantage l’intelligence instinctive des oiseaux qui, après avoir parcouru des milliers de kilomètres, savent retrouver, sur la branche ou dans l’anfractuosité d’un rocher, l’emplacement du nid de leur naissance. Non ! Chez les hommes, les origines se renouvellent sans cesse ; car pour eux, l’origine n’est pas instinct mais tout à la fois connaissance et volonté. Alors, si on l’ignore, si on n’y participe pas, si on ne la cultive pas, l’origine se dessèche, comme peut s’assécher une source. L’origine n’est pas faite que de passé, mais aussi de présent et d’avenir, source à laquelle on s’abreuve chaque jour pour être là et de là.

Etre actif dans les rites d’un peuple qui lui-même est actif dans sa relation aux autres peuples : voilà la définition d’une source qui continue de jaillir. (…)

Etre coupé de sa source, ce n’est jamais être délivré d’un lien, mais condamné, comme Caïn, à l’errance infinie, nécessairement à la recherche d’une autre source et toujours soumis à la surveillance des propriétaires des lieux. (…)

Je qualifie d’âme errante cette fille non pas détachée, puisqu’elle n’a jamais été liée ; non pas égarée, puisqu’elle n’a pas de lieu à retrouver, d’Ithaque à rejoindre ; mais flottante, angoissée, animée d’absence. Cet être bon à prendre, à soumettre – c’est une proie pour les chasseurs d’âme. (…)

Je sais que l’appartenance culturelle, ce que mon maître, l’initiateur de l’ethnopsychiatrie Georges Devereux, appelait « l’identité ethnique », n’est pas une nature, mais une volonté. J’ai appris que l’affiliation, le fait d’être initié dans un univers prescrit, est une chance lorsqu’elle est guidée par des anciens. Les pays modernes se doivent de fournir des réponses aux questions lancinantes que je perçois chez les jeunes gens radicalisés, ces questions sont aussi les miennes :

  • Est-on seulement un être humain ? Je veux dire : est-on seulement fait de l’accouplement de ces deux êtres humains que sont le père et la mère, comme le laisse entendre l’idéologie ambiante ? N’existe-t-il pas d’autres ingrédients de l’identité ? Nous les connaissons d’évidence : les lieux, les langues, les divinités, les rites… Non ! Aucune société ne pourrait se satisfaire d’humains qui seraient de simples êtres biologiques.
  • Est-on seulement constitué par ses origines ? L’identité ne s’apparente-t-elle pas plutôt à un projet ? N’est-il pas possible de choisir son identité, comme on peut aujourd’hui choisir son sexe ? Serait-il possible d’en changer, de se constituer une nouvelle identité ? Et si c’est le cas, en se convertissant… à quel culte ? En se soumettant… à quelle initiation ? Et, s’il est possible de choisir son identité, comment s’articule-t-elle alors avec les lois du pays ?
  • S’il vient l’idée à quelqu’un de révéler les dieux cachés, ceux de l’endroit ou ceux des ancêtres, ceux d’ici ou ceux de là-bas, s’il lui vient à l’idée de réactiver les rites oubliés, interdits, sera-t-on nécessairement replongés dans cette terrible guerre des dieux que nous cherchons à éviter depuis des siècles ?

Comme on le comprend maintenant, les questions que les conversions islamistes recouvrent ne sont pas seulement d’ordre affectif ou symbolique ; ce sont de véritables questions métaphysiques.

Pour changer de regard, Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio dans leur TRACT Gallimard (2022), intitulé « Ce qui ne peut être volé », Charte du Verstohlen, insistent sur la compréhension des ressorts d’un projet (architectural, de service etc.) dans son territoire : « ses identités, ses récits, ses blessures, ses rythmes vitaux. » L’enquête est un outil de compréhension de ces ressorts : « Dans le moment de l’enquête, d’abord distanciée puis familière, il se joue plusieurs étapes : la découverte des âmes du territoire, errantes et notabilisées ou encore des espérances enfouies, des traumatismes passés, des parcours de vie et de soin des individus. Ces enquêtes peuvent se réaliser à l’aide d’outils sociologiques classiques, statisticiens, mais plus il sont affinés, capables d’intégrer la parole singulière des acteurs, de respecter leur demande de confidentialité, plus ils seront riches pour créer un projet pertinent. Autrement dit, il est possible d’avoir recours à ce que l’on nomme les savoirs expérientiels, ou encore d’utiliser l’éthique narrative pour décrire les subtilités de ces vécus. Nos enquêtes sont donc davantage tournées vers la vulnérabilité. Enquêter sur le vulnérable, quels que soient les lieux et les sujets, n’est nullement une façon de le discriminer mais plutôt de l’utiliser comme vecteur de connaissance et comme levier capacitaire, sans injonction aucune de performance, même si l’assignation à résidence victimaire est une injonction qui ne dit pas son nom ». (pages 24 et 25)

A lire aussi sur la notion d’identité.

A découvrir : l’atelier que j’anime sur l’identité professionnelle, directement inspirée des histoires de vie.

Télécharger : fiche-atelier-identiteprofessionnelle

A lire également sur le blog : les histoires de vie socio-professionnelles.

Ou identité et mythes.

« Qui connaît son nom, détient la personne » proverbe latin.

Boîte à outils du quotidien pour rester zen

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Illustration de la couverture du magazine Flow,une belle découverte ! https://www.etsy.com/fr/shop/janethillstudio. « L’avenir appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves » — Eleanor Roosevelt (1884-1962)

En cette période inédite de confinement (mars-avril 2020), voici une mise à jour de mon article mis en ligne en 2017. Si ces quelques suggestions peuvent vous aider à utiliser votre temps autrement, à porter un regard différent sur votre vie et votre quotidien, j’en serais ravie.

Je ne sais pas vous, mais j’aime bien engranger des idées, des trucs et astuces, qui semblent simples, mais qui peuvent s’avérer sacrément efficaces dans les instants de doute, de baisse de tonus ou de confiance, quand il faut faire face à un moment difficile, préparer une présentation à enjeu, ou faire barrage aux phrases créaticides, à la mauvaise humeur ou aux comportements inadéquats.

Je vous livre quelques pratiques, outils ou expériences qui m’ont aidée ces derniers mois, et si vous en avez d’autres, partagez-les en commentant ci-dessous cet article :

♥ Finir sa journée avec la master class du bonheur sur scène, avec Audrey Akoun, Isabelle Pailleau et Florence Servan-Schreiber : énergie tonique assurée ! J’y suis allée avec ma fille pour nos anniversaires respectifs. Quel moment d’émotion partagée ! Je vous conseille d’y aller avec vos ami.e.s, vos enfants ou votre conjoint.e. On y apprend à respirer, s’écouter, s’amuser, parler à des inconnus, et se rappeler que chaque jour, un kif nous attend et égaye notre quotidien, si l’on veut bien y prêter attention.

♥ La commencer avec la voix si douce de Marie-Pier Charron, et ses matins magiques. Ou avec Pascale Picavet, qui nous amène à harmoniser nos chakras avant un rendez-vous à enjeu ou une journée chargée.

Méditer, même 10 minutes, en s’essayant à une pratique quotidienne, si possible : avec la voix de Bernard Giraudeau, ou avec l’enseignement de Thich Nhat Hanh, moine bouddhiste zen.

Fabrice Midal nous explique aussi et simplement ce qu’est la méditation et comment méditer.

♥ Pour préparer un rendez-vous important ou apaiser les tensions pratiquer la cohérence cardiaque. De quoi s’agit-il ? Florence Servan-Schreiber synthétise l’approche dans son livre La Fabrique à kifs, page 58, Editions Marabout, 2016 : « La variabilité cardiaque est un indicateur de l’agitation de notre système nerveux. En la mesurant à l’aide d’un capteur spécial placé sur l’extrémité d’un doigt, il est possible de visualiser notre état de remous ou de calme intérieur. Une respiration volontaire active notre système nerveux parasympathique, la partie de notre organisme qui est responsable, entre autres, du repos. Son contrepoids, le système sympathique, est en charge des accélérations, dont nous avons tout aussi besoin pour naviguer au quotidien. Etre en cohérence cardiaque signifie que nous sommes parvenus à alimenter nos deux systèmes nerveux : sympathique et parasympathique. Nous sommes alors dans un état neutre de ressource, et non dans un état de relaxation. Nos idées s’éclaircissent, nos préoccupations s’apaisent et nous reprenons le contrôle du fil de nos sensations. » Télécharger l’application de Symbiofi pour s’entraîner.

S’inscrire à l’atelier Voix, souffle et corps de Françoise Thérizols : moment intense que j’ai eu la chance de vivre il y a quelques semaines et que je recommande chaudement.

Poser sa voix : télécharger l’appli gratuite Vocal’iz pour iPhone et Android, qui délivre des conseils et exercices simples pour une meilleure connaissance de cet instrument naturel et précieux, après avoir identifié votre tessiture (ténor, mezzo, baryton, alto …).

♥ Prendre une décision sans stress :

  • Bien se connaître, en identifiant ses qualités, 24 sont recensées dans l’inventaire des forces de caractère de Martin Seligman et Christopher Peterson. Les 24 qualités sont classées par famille : sagesse, tempérance, courage, humanité, justice, transcendance (La Fabrique à kifs, page 82, Editions Marabout, 2016). En résumé, les six piliers qui nous permettent de bien vivre avec nous-même et de nous épanouir dans notre relation aux autres et au monde. Vous pouvez remplir le questionnaire gratuitement en ligne sur http://www.viame.org.
  • Passer le test (gratuit) de personnalité simplifié MBTI, en 10 minutes, pour mieux se cerner et obtenir une description concrète et exacte de qui vous êtes et de la raison pour laquelle vous faites les choses de la façon dont vous les faites.
  •  Ecrire sur une feuille les avantages / inconvénients d’une décision à prendre, avec la 1e solution dans une colonne.  Poser votre stylo, asseyez-vous bien droit.e sur une chaise, les pieds part terre et pratiquer 5 mn de cohérence cardiaque devant votre ordinateur ou votre mobile ; écrivez la 2e solution dans la colonne d’à côté (avantages /inconvénients) ; pratiquez à nouveau 5 mn de cohérence cardiaque dans les mêmes conditions ; Relisez le contenu dans les deux colonnes et sentez ce que votre corps vous signale à ce moment-là. Laissez reposer, et relisez vos notes le lendemain. Avez-vous la même sensation que la veille ? Si oui, vous avez choisi.
  • Autre possibilité, bâtir une carte mentale, très utile pour faire l’inventaire en toute créativité de toutes les possibilités qui s’offrent à vous, et aux qu’elles vous n’auriez pas pensé spontanément. Plusieurs outils numériques existent, testez-les.
  • Intéressant, un elearning sur Linkedin conçu et animé par Todd Dewett.

Et quand le spleen déborde, dans le désordre :

Enfin, à (re)découvrir, la puissance de la gratitude, ô combien ressort vital.

L’écoute n’a qu’un seul but : permettre à l’autre de vider son cœur.
Si vous pratiquez ainsi, la compassion sera toujours là. Si la conscience est là, je suis sûr que vous savez tous ici que la haine, la violence et la colère ne peuvent être neutralisés et guéris que par une seule substance : la compassion ”. Thich Nhat Hanh

« L’avenir appartient à ceux qui croient
à la beauté de leurs rêves
 » — Eleanor Roosevelt (1884-1962)

Mémoire individuelle, mémoire collective

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Attachée aux passerelles et à ce qui relie, comme mon parcours en témoigne (dans la communication et l’accompagnement professionnel), je souhaitais vous faire part d’une initiative remarquable de chercheurs ayant décidé après les attentats du 13 novembre 2015 de lancer un programme transdisciplinaire inédit : une étude sur la genèse du souvenir, s’étendant sur 12 ans, avec le recueil de témoignages de 1 000 personnes, interrogées à quatre reprises.

Cette démarche, pilotée par l’historien Denis Peschanski du CNRS et le neuropsychologue Francis Eustache de l’INSERM, permettra de comprendre comment s’articulent mémoires privée et publique. Ce programme de recherche baptisé « 13 novembre » réunira historiens, sociologues, neuropsychologues, lexicologues, philosophes, spécialistes des sciences cognitives…

Selon l’historien, interrogé par le magazine Télérama (T3487 09/11/2016), « on ne peut pas comprendre la mémoire collective si l’on ne prend pas en compte la dynamique cérébrale individuelle de la mémoire. Inversement, la révolution de l’imagerie cérébrale a montré que si l’on voulait comprendre ce qui se passait dans le cerveau, il fallait intégrer l’impact du social. » Il poursuit : « Dans Mémoire et traumatisme (2012, INA Editions), un livre d’entretiens croisés avec le neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik, celui-ci me faisait remarquer que, lors d’examens de patients en IRM, on s’apercevait que les zones de la mémoire dans le cerveau étaient les mêmes que celles de l’anticipation. C’est une donnée cruciale pour un historien qui travaille sur des témoignages. »

Boris Cyrulnik, dans ce même ouvrage que je vous recommande, complète ce propos : « Les circuits de la mémoire sont les mêmes que les circuits de l’imagination. » Le lobe préfontal activé par la mémoire est le socle de l’anticipation : « Ces personnes (victimes d’accidents de la route) ne peuvent aller chercher dans leur mémoire de quoi formuler un récit, alors qu’elles savent répondre correctement à nos questions. La mémoire est donc là, mais l’anticipation du passé, l’anticipation de la mémoire et son intentionnalité ne leur permettent pas d’utiliser ces souvenirs pour en faire un récit adressé. Ce qu’on imagine est alimenté par ce qui est passé, mais on l’imagine à venir, et on utilise des épisodes du passé pour construire son avenir. Cela pose un problème important quand à la construction de la mémoire : nous disposons dans notre cerveau d’un appareil à construire la mémoire et c’est le même appareil qui nous sert à imaginer. Voilà de quoi troubler l’historien ! »

Christophe André le dit aussi avec ses mots dans une chronique sur France Inter intitulée « La mémoire est au coeur de notre identité » (merci Gabrielle de me l’avoir indiquée !) : « La fonction de la mémoire, c’est aussi se construire et se définir. Se souvenir pour se construire ? Absolument. Car le vivant, c’est une mémoire qui agit disait le chercheur Henri Laborit. Le vivant a besoin de se souvenir pour que nos expériences passées, échecs et succès, éclairent nos actions à venir. Tout apprentissage est basé sur la mémoire, et tout développement personnel aussi. Se souvenir pour se construire, mais aussi pour se définir. Car la mémoire est au coeur de notre identité sous la forme de ce que l’on nomme mémoire autobiographique, qui compile tous les souvenirs des moments de notre vie, grands et petits, vrais ou faux, et les organise en un récit cohérent. Le philosophe Paul Ricoeur parlait ainsi d’identité narrative, c’est l’histoire de notre vie que nous écrivons nous-mêmes, ce « qui je suis » raconté par moi-même. »

« La mémoire du futur, troublante expression : c’est un faux oxymore, comme mémoire et oubli. » (Denis Peschanski, 2014).

Un duo vertueux, mémoire et oubli

Mémoire et oubli (Francis Eustache, Ed. Le Pommier) sont loin de représenter deux fonctions antagonistes. Ils partagent au contraire les mêmes objectifs : gérer de façon optimale la montagne de souvenirs qu’engendre la vie quotidienne. Que ce soit pour la mémoire individuelle ou la mémoire collective, l’oubli est indispensable au bon fonctionnement de la mémoire.

Le déni permet de mettre en lumière certains événements qui fabriquent du mythe : « Ce mythe a une fonction sociale importante, puisqu’il nous permet de vivre ensemble, de partager la même représentation, de nous sentir en sécurité. Partageant les mêmes mythes, les mêmes représentations, les mêmes croyances, nous voilà alors frères (c’est ce que disent les religieux ou les idéologues). Le déni et l’oubli sont des mécanismes de la mémoire qui nous permettent de nous fabriquer une représentation claire de ce qui nous est arrivé. On ne ment pas. C’est une reconstruction à partir de matériaux de la mémoire insus, ou inconscients. Avec l’âge, lorsque la mémoire immédiate tend à s’effacer, les souvenirs ressurgissent comme s’ils s’agissait d’aujourd’hui. La biologie s’associe à la culture pour modifier les récits des personnes âgées » (Boris Cyrulnik, dans Mémoire et traumatisme : l’individu et la fabrique des grands récits INA Editions, 2012).

Comment définir la mémoire collective ?

« La représentation sélective du passé façonne la construction identitaire d’un groupe. Pourquoi choisit-on certains événements et pas d’autres ? Prenons un exemple : l’exode de juin 1940. On estime que l’exode a concerné 25 à 30 millions de personnes sur une population de 40 millions d’habitants. Or, pour passer dans la mémoire collective, l’exode devait avoir un sens, une utilité sociale. Mais que fait-on avec la fuite, la peur, la honte ? On n’en a rien fait pendant longtemps, contrairement à la mémoire de la Résistance, qui participait de la reconstruction de la France. »

A écouter : 13 novembre, où en sont les sciences sociales ?

A regarder, une vidéo de présentation du programme à l’Assemblée Nationale.

Dans un autre genre, mais autour de la même thématique, découvrons le travail artistique de Anne et Patrick Poirier, voyageurs de la mémoire, dont l’oeuvre qu’ils élaborent à deux est une métaphore du temps où passé et futur sont étroitement mêlés : elle donne à voir la fragilité des cultures, la fragilité des êtres. Lire leur interview.

Extrait, Anne Poirier : « Moi je ne vois pas ces séparations que l’on fait dans le temps. Pour moi le temps est une continuité. On peut, grâce à la mémoire, se promener en avant, en arrière, et au milieu…Pourquoi on s’interdirait de voyager dans le temps ? Moi je revendique un regard nostalgique : je suis aussi nostalgique du futur ! Il y a un tas de nos travaux qui regardent le futur : soit qui y voient un cauchemar soit qui y voient une utopie. Notre travail est peut-être plus situé vers le futur que vers le passé. »

Enfin, je souhaite partager avec vous un extrait d’un livre magnifique que je viens de terminer, Le ghetto intérieur de Santiago H. Amigorena, qui porte sur la mémoire : « Est-ce qu’on charrie vraiment, dans ce liquide qui nous fait vivre, ou qui nous tue, des histoires qui peuvent se dire par des mots ? J’ai souvent affirmé, en écrivant, que j’écrivais seulement pour survivre à mon passé. J’ai souvent écrit que l’oubli était plus important que la mémoire. J’ai souvent songé, comme Pasolini, que celui qui oublie jouit plus que celui qui se souvient. Aujourd’hui, pourtant, alors que le soir tombe sur Paris, alors que le soleil colore le couchant du même sang et du même miel que le ciel de Buenos Aires il y a soixante-dix ans, alors qu’épuisé d’avoir éclairé une journée de plus de cette espèce toujours humaine et toujours barbare il darde ses derniers rayons sur les fenêtres de mon bureau, moi qui n’ai jamais aimé ni la mémoire ni le sang, j’ai envie de dire que Mopi a raison… (ndlr : Martin Caparros, cousin de l’auteur, a écrit que l’histoire de son arrière-grand-mère morte à Treblinka était aussi son histoire : l’histoire de son sang) J’aime penser, comme je vieillis, que quelque chose de mon passé vit en moi – de même que quelque chose de moi, j’espère, vivra dans mes enfants« .

Et je fais mienne cette phrase de conclusion. A vos commentaires !

En pleine conscience

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De retour de congés, en pleine forme, j’aimerais vous faire partager une de mes découvertes : le village des Pruniers en Dordogne. Si vous vous intéressez à la méditation et à la pleine conscience, je vous invite à écouter l’enseignement magistral de Thich Nhat Hanh, maître zen fondateur du village des Pruniers, dont voici quelques fondamentaux :

« Pour cultiver la paix, la joie et le bonheur, on a besoin d’énergie. Et la première sorte d’énergie est appelée pleine conscience, « smrti » en Sanscrit. La pleine conscience est une énergie qui nous permet d’être là, dans l’instant présent. Quand on respire en pleine conscience, on peut ramener l’esprit vers le corps. Chaque souffle, chaque pas que l’on fait, peut nous aider à revenir dans l’instant présent. La pleine conscience est porteuse de concentration, la deuxième sorte d’énergie. Si ces deux premières énergies sont assez puissantes, elles feront émerger la troisième, la vision profonde. Méditer, c’est cultiver l’énergie de la pleine conscience, l’énergie de la concentration, l’énergie de la vision profonde, afin d’atteindre la joie, le bonheur et la paix.

Les huit exercices de la pleine conscience :

  • Je reconnais, je suis conscient que j’inspire et que j’expire
  • Je suis le parcours de l’inspiration et de l’expiration jusqu’au bout
  • J’inspire et je suis conscient de l’existence de mon corps
  • J’inspire et je calme mon corps, je relâche mon corps
  • Je génère la joie
  • Je génère le bonheur
  • Je reconnais une sensation douloureuse
  • Je prends soin, j’embrasse la souffrance

La pratique nous aide à être conscient de l’énergie de l’habitude, énergie destructrice, léguée par nos parents et nos ancêtres. La reconnaissance suffit. Le pratiquant doit éprouver joie et plaisir dans la méditation en pleine conscience, c’est important. »

Les clés de la psychologique bouddhiste par Thich Nhat Hanh toujours dans la même vidéo (à partir d’1h23) : ici.

Définition apportée par Jon Kabat-Zinn dans son ouvrage Méditer, 108 leçons de pleine conscience, édition Marabout, 2010 :  » La pleine conscience est la conscience sans jugement de chaque instant, que l’on cultive en prêtant attention. Elle peut être renforcée par la pratique. Cette pratique est parfois appelée méditation. » Il ajoute plus tard que « la méditation est une façon d’être, non une technique. Le but de la méditation n’est pas de tenter d’accéder à un ailleurs, mais de permettre d’être exactement là où l’on est, tel que l’on est, et de permettre au monde d’être exactement tel qu’il est à cet instant même. C’est un acte d’amour radical, un geste intérieur de bienveillance et de bonté envers soi-même et les autres, un geste du coeur qui reconnaît notre perfection, y compris dans notre évidente imperfection.

A l’occasion de la 3e édition du Forum international de l’évolution de la conscience, Matthieu Ricard explique comment nous pouvons transformer notre conscience grâce à la méditation.

En pratique, pour aider ceux qui comme moi sont sur le (long) chemin de la pratique, voici quelques sources pour y parvenir : Trois minutes à méditer, les conseils de Christophe André, les applications pour se détendre et méditer.

Un atelier avec Christophe André pour s’initier à la méditation en pleine conscience, prochaine rencontre le 14 octobre.

Leadership en mouvement et la série Game of Thrones

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Pour compléter l’article publié récemment, on retrouve dans la série Game of Thrones la notion de mouvement associé au leadership, au centre de l’atelier co-créé et co-animé avec Elodie Bergerault de Danaïade, que je propose dans mes domaines d’intervention.
Dans l’article Cinq leçons de leadership à tirer de la série Game of Thrones, on y lit ainsi qu’un leader doit, selon Yaël Gabision (Smartside), « savoir mettre les gens en mouvement. Il est magnanime, protecteur, reconnaissant, exemplaire… »
Le leader est donc non seulement en mouvement, mais il contribue aussi à mettre les autres en mouvement.
Les cinq leçons :
  1. S’adapter pour survivre
  2. Capitaliser sur ses forces… et sur ses faiblesses
  3. Susciter l’adhésion
  4. Gérer les luttes de pouvoir
  5. Surveiller sa réputation auprès de ses pairs

Dans le même registre, je vous recommande l’interview vidéo d’Edgard Grospiron, ancien champion de ski de bosses, aujourd’hui consultant en management pour les entreprises, sur le site horizon entrepreneurs.fr.

Pour lui, la motivation d’un entrepreneur ou d’un leader se cultive, « ce n’est pas un don du ciel, c’est une énergie qui s’entretient, qui se transmet, qui se reçoit. Le travail à faire pour entretenir cette motivation : avoir une vision qui a du sens, toujours renouvelée, avec une stratégie, et prendre du plaisir aussi, en se centrant avant tout sur ce que l’on sait faire de très bien. J’ai pu durer et réussir au plus haut niveau dans le ski en capitalisant sur ce que je savais faire le mieux. »
Qu’est-ce qu’un bon patron ? Pour Edgard Grospiron, c’est quelqu’un qui « sait créer un espace d’aventure et de conquête pour que chacun de ses collaborateurs y voit un lieu d’accomplissement. C’est ça le métier de dirigeant : c’est faire réussir ses équipes dans ses aspirations et ses résultats. Lorsque je suis arrivé dans le ski, je voulais gagner. Mes entraineurs m’ont fait prendre conscience que si je voulais gagner, il fallait que je grandisse, que je maîtrise mon art, que je prenne ma vie en mains, et des responsabilités. Et puis aussi que je sois heureux dans ce que je faisais. A partir de là, les résultats arrivent parce que les conditions ont été créées pour que les résultats arrivent ».

 

 

 

Le leadership en mouvement

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Photo prise de lors de la réunion annuelle des Essenti’Elles avec une chorégraphie dansée par les 200 participants de la salle, un grand moment de vitalité et de joie partagées !

J’ai la chance d’avoir rencontré Elodie Bergerault de Danaïade, experte en mouvement, chorégraphe, et ensemble, nous avons conçu un atelier sur le leadership, à destination des femmes du réseau Essenti’Elles de BPCE.
L’atelier Elles bougent !  invite les participantes à bouger et à s’interroger sur la posture du leader. La promesse : « ouvrez vos perceptions, lâchez vos préjugés, surprenez-vous et voyagez dans votre corps… » En co-animation, nous proposons avec Elodie une expérience inédite, créée sur mesure pour les Essenti’Elles.
Si vous êtes intéressé, contactez-moi pour en savoir plus.
Pourquoi le leadership me direz-vous ? Encore un mot à la mode dans les entreprises… Et pourtant, pour briser le fameux plafond de verre, les femmes ont leur part à jouer pour se libérer de leurs peurs, freins, auto-censures, et soumissions en tous genres. Ce qui ne dédouane pas les entreprises d’une action volontariste contre les préjugés de recrutement, de management ou de promotion, et des réformes structurelles indispensables à mettre en oeuvre (en matière de salaire, formation, accompagnement, mobilité…), pour que les femmes accèdent à des postes à responsabilité et tout simplement par équité.
Les ouvrages abondent sur le sujet, et depuis ces dernières années en particulier à destination des femmes pour qu’elles osent ! Je suis plutôt réservée sur l’injonction, qui peut laisser trop vite croire que les femmes sont seules responsables de leur impossibilité à évoluer dans leur entreprise (parce qu’elles n’oseraient pas) : trop facile. Il y a les individus, et il y a le système, qui facilite ou non la mixité et la diversité d’une manière générale, la mobilité et la transversalité, la prise d’initiatives et l’autonomie, ou les relations au travail transgénérationnelles par exemple.
A ces réserves, j’ajouterais une exception : le livre de Nathalie Loiseau, remarquable d’intelligence et d’authenticité. Son titre : Choisissez tout, Éd. JC Lattès. Il est remarquable, car il incite les femmes à revoir leur relation au travail, à la famille et aux hommes. C’est un électrochoc, qui a pour mérite de bousculer femmes et hommes dans leurs certitudes, et qui met en lumière les conditionnements intériorisés par les femmes depuis toujours.
Une vigilance : ne surtout pas tomber dans le travers qui fait florès aujourd’hui dans les conférences ou sur Internet, le soi-disant leadership spécifiquement féminin. Cet article explique bien en quoi c’est un piège dangereux pour les dirigeantes.
Le blog EVE, très bien fait, sur l’égalité femmes / hommes et se faisant l’écho des programmes mis en oeuvre par quelques grandes entreprises. Revue du web sur le leadership, à lire ici.
Pour concevoir cet atelier, j’ai fait quelques recherches sur la notion de leadership. Sa définition tout d’abord :  ce qui a trait à l’influence dans un groupe, et plus particulièrement les conditions d’exercice de l’autorité dans les organisations (mot anglais utilisé en France par Alfred Binet dès le début du XXe siècle).
De nombreux chercheurs se sont penchés sur cette question, en particulier aux Etats-Unis et dans d’autres pays, dont la France. Pour revenir sur l’historique des recherches et études entreprises sur le groupe et l’influence, je conseille les lectures suivantes :
En synthèse, à retenir :
La publication, en 1895, de La psychologie des foules de Gustave Le Bon est un événement important dans le paysage français. Le Bon y propose des solutions pour ne pas se laisser gouverner par la foule. C’est un succès immédiat, mais le terme que l’auteur emploie dans son ouvrage n’est pas tant celui de chef que celui de meneur. Ainsi, Le Bon est, dès sa parution, traduit simultanément en anglais, en allemand et en russe, et le psychologue français Alfred Binet, qui fait partie du comité de rédaction d’une revue de psychologie américaine, en fait aussitôt un compte rendu très négatif. Le premier texte de psychologie du leadership date de 1904 et est écrit par un Américain, Lewis Terman, qui, inspiré par le test de Binet qui vient d’être publié, sera l’un des inventeurs du concept de Quotient intellectuel.

Taylor, qui construit une théorie parfaitement déterministe sur l’organisation du travail, n’est pas étranger à ce vocabulaire et, lors d’une conférence qu’il tient à Harvard en 1909, il vante « les dons rares des grands conducteurs d’hommes qui appellent à la fois l’admiration, l’amour, le respect et la crainte. » Harvard, qualifiée de “mère des leaders”, est un lieu où l’on voit se formuler quantité de choses autour de ce discours sur le leadership. La Harvard Business School ouvre ses portes en 1908 et, quand bien même la première chaire de leadership n’y sera créée qu’en 1982, des enseignements dans ce domaine y sont dispensés dès l’origine. Aux États-Unis, l’école sera très tôt jugée comme le lieu de la formation des leaders dès leur prime enfance.

 

Seront déterminantes ensuite les théories de Kurt Lewin (1938), Lippitt et White, Fritz Redl (1954), Yalom et Liebermann… qui définissent les styles de leadership, la relation de l’individu au groupe et les phénomènes d’influence. En France, on se penchera avec attention sur les travaux de Jacqueline Barus-Michel et Eugène Enriquez, Vocabulaire de psycho-sociologie, 2013 (page 224) : « Freud attribuait le lien social (1921) à l’effet du meneur ou du chef. Celui-ci est sensé aimer tous les membres d’un amour égal comme un père et ses enfants. Le pouvoir repose sur la croyance : celle de ceux qui vont se soumettre parce qu’ils croient que ses représentants détiennent les clés de leur sécurité ou de leur bonheur. Ils ne s’aperçoivent pas que c’est la force de leur demande qui fait celle d’un pouvoir qui n’est souvent qu’un simulacre agité devant leurs yeux. »

Et pour Alain Duluc (Leadership et confiance, 2003) : l’enjeu du leadership et de la confiance ne se situe plus seulement dans la maîtrise de techniques et de savoir-faire managériaux rationnels. Bien sur, il convient toujours de connaître son métier et autres savoirs techniques. Mais la capacité à entraîner les autres avec soi, à leur donner envie d’avancer constitue un plus qui fait la différence. Mais cela ne se résume pas à une vision bien communiquée, il y a encore un autre plus. Il consiste à bien comprendre les êtres humains, leurs motivations profondes et à tisser avec eux des relations humaines plus riche. Cette évolution suppose des leaders capables de s’affirmer pleinement.

En appui, voici le témoignage incarné de Virginie Guyot, ex-pilote de chasse , première femme commandant de la Patrouille de France à 32 ans, qui sait combien performance et confiance sont intimement liées. « Dès le décollage, le risque est permanent, pas de droit à l’erreur. Nous mettons notre vie entre les mains de nos coéquipiers et réciproquement ».

Ses cinq conseils aux dirigeants pour susciter la confiance  :

  • Recruter en fonction des qualités humaines (et pas que techniques)
  • Prendre le temps d’écouter les autres
  • Etre transparent
  • Donner du sens et une direction
  • Etre exemplaire
Pour lire l’article complet sur les Echos Entrepreneurs.

Sociologie clinique et histoires de vie

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Vous le constaterez en me lisant, je fais souvent référence à la sociologie clinique et aux histoires de vie. Certifiée à cette approche, j’en utilise les fondamentaux et supports pour accompagner de façon individuelle ou collective. De quoi s’agit-il ?

L’hypothèse fondamentale qui sous-tend cette approche est la suivante : « L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet ». Elle a été énoncée par Vincent de Gauléjac, Michel Bonetti, Jean Fraisse, initiateurs du dispositif méthodologique Roman familial, trajectoire sociale, groupes d’implication et de recherche qui ont débuté à la fin des années 70. En d’autres termes, énoncés par Sartre : «  La liberté de l’individu est ce qu’il fait de ce que l’on a fait de lui ».

L’individu est multidéterminé, socialement, inconsciemment, biologiquement, et ces déterminations multiples le confrontent à des contradictions qui l’obligent à faire des choix, à inventer des médiations, à trouver des réponses, des issues, des échappatoires.

Le dispositif méthodologique créé par V. de Gauléjac, M. Bonetti et J. Fraisse permet à la fois de comprendre ces différentes déterminations et de saisir le travail du sujet, comment chacun contribue à produire sa propre destinée, comment chacun agit sur son histoire pour en devenir auteur et acteur.

Entre l’histoire « objective » de chacun, et le récit « subjectif » qui en est fait, il y a un écart, ou plutôt un espace, qui permet de réfléchir à la dynamique des processus de transmission, sur les ajustements entre l’identité prescrite, l’identité souhaitée et l’identité acquise.

Dans un contexte de changement permanent, d’absence de repères ou de référents, et de culture tyrannique du projet, chaque individu est aux prises avec lui-même et avec la nécessité de se construire, de s’inventer une identité qui n’est jamais totalement acquise.

Les histoires de vie contribuent à ce travail sur l’identité en faisant retour sur le passé, c’est-à-dire sur la dimension du temps qui semble la moins incertaine.

Nous avons besoin pour construire et asseoir notre identité d’un minimum d’unité et de continuité de notre histoire. La production, par un sujet, de l’histoire structurée de sa vie, est en mesure de faire apparaître cette unité et cette continuité relatives à travers les discontinuités et la diversité de son existence.

Les histoires de vie connaissent un succès à la mesure de la réponse qu’elles apportent au malaise dans les identités qui surgit dans une société donnée, à un moment donné, sachant que l’extrême valorisation de l’avenir (dans la culture de projets qui nous domine) au détriment du passé et du présent contribue largement à ce malaise.

Pour ceux qui veulent aller plus loin, et en savoir plus sur ces mots, qui paraissent curieux énoncés ensemble « sociologie clinique », voici quelques repères complémentaires :

Le mot « clinique » d’abord  : XVIIe siècle, emprunté au latin clinicus, du grec Klinikos, « propre au médecin qui exerce son art près du lit de ses malades », lui-même de kliné, « lit ».

Vincent de Gauléjac complète : « La sociologie clinique, c’est mettre ensemble deux termes qui peuvent paraître antinomiques. Clinique recouvre l’idée d’être au plus près du vécu des acteurs. L’étymologie du mot, c’est « au chevet du malade », c’est-à-dire quand la médecine se préoccupe non seulement du corps malade, mais aussi de ce que le malade a à dire sur sa maladie. La sociologie clinique, c’est donc écouter ce que les acteurs ont à dire sur la société, sur les phénomènes sociaux à étudier. La sociologie clinique remet en question la coupure entre sociologie et psychologie. Elle montre qu’il y a une implication étroite entre ce que vivent les personnes, leur subjectivité, leur être profond et les phénomènes sociaux. » In La sociologie clinique à la rescousse des travailleurs sociaux, Vincent de Gauléjac. Entretien publié le 02/04/2012, www.lecanardsocial.com.

Reine-Marie Halbout, dans Savoir-être coach, Editions Eyrolles, 2009, fait un rappel historique et revient à la filiation de l’approche : « Depuis une trentaine d’années, les histoires de vie se sont développées dans les champs des sciences humaines et sociales. Cette démarche s’inscrit plus généralement dans le courant de la sociologie clinique porté, entre autres, par Eugène Enriquez, Max Pagès et Vincent de Gaulejac. Cette présentation s’appuie sur les travaux d’Anasthasia Blanché, cofondatrice de l’Institut International de Sociologie Clinique, et d’Isabelle Nalet, cofondatrice du réseau Pluridis. Le courant de la sociologie clinique affirme la primauté du sujet comme élément moteur des changements des organisations et des systèmes sociaux. A l’écoute de ce sujet, dans ses registres affectifs et existentiels, ses enjeux inconscients individuels et collectifs, ce courant cherche à démêler les noeuds complexes dans les rapports entre « l’être de l’homme » et « l’être de la société »….

Dans le coaching, la démarche histoires de vie est centrée sur l’analyse de la trajectoire socioprofessionnelle… Pour le coaché, elle est l’occasion de prendre conscience des déterminants de son histoire, afin de s’en dégager et de trouver de nouvelles marges de manoeuvre dans son contexte professionnel… Ce dispositif fait largement appel à la créativité par l’utilisation de supports verbaux et non verbaux (dessins, récits, expression corporelle, théâtre, sociodrame) qui permettent un va-et-vient entre deux mouvements :

  • l’implication de la personne par le récit qu’elle fait de son histoire socioprofessionnelle
  • la distanciation en s’appuyant sur une attitude visant la compréhension et l’interprétation de cette histoire, où coaché et coach sont impliqués ensemble dans une co-construction de sens, sachant que ce sens est toujours multiple et polysémique. »

A lire, un article sur la différence entre thérapie et histoire de vie.

Et pour conclure avec Freud : « Mes histoires de cas, s’excusait-il, se lisent comme des romans, c’est cela même qui est ici revendiqué : l’essai d’un nouveau style en sciences humaines, qui laisse poindre la part d’implication d’un sujet et qui marie des genres hétérogènes – théorie, clinique, roman. » (in Penser l’accompagnement biographique, page 211, par Alex Lainé, Emmanuel Gratton et Annemarie Trekker, Edition Academia-L’Harmattan, 2016).

Consulter ma proposition d’atelier : comment exprimer son identité professionnelle, animé avec le référentiel des histoires de vie.

Un historien et sociologue britannique, Theodore Zeldin, professeur au St. Antony’s College d’Oxford auteur d’une Histoire des passions françaises monumentale publiée en France en 1973 définissait l’ambition méthodologique de son ouvrage ainsi : « Mon but est de vous déshabiller. Je veux vous séparer des vêtements dont vous avez hérité (du passé, de votre famille, de votre milieu, de votre pays) et qui, en partie au moins, ont formé vos habitudes et idées. En tant qu’historien, j’étudie ces vêtements d’occasion, couverts de raccommodages, que vous avez encore recousus pour qu’ils vous conviennent un peu mieux ».

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