Nos intelligences préférées

J’ai découvert récemment le Jeu des intelligences (1), intéressant en coaching pour aider à se présenter par exemple, en mettant en avant ses capacités et ressources, ou pour régler des problèmes relationnels au sein d’une équipe, ou pour prendre des décisions. Il s’agit d’un Phototexte, un ensemble d’images qui illustrent les compétences associées à chacune des neuf intelligences dont nous disposons :

  • Intelligence naturaliste (comprendre l’environnement dans lequel l’humain évolue)
  • Intelligence linguistique (capacité à comprendre et utiliser les mots et les nuances de sens)
  • Intelligence visuo-spatiale (capacité à trouver son chemin dans un environnement donné et à établir des relations entre les objets dans l’espace)
  • Intelligence interpersonnelle (aptitude à discerner l’humeur, le tempérament, la motivation et le désir des autres personnes et à y répondre correctement)
  • Intelligence existentielle (celle des penseurs et des philosophes ; elle permet d’appréhender les questionnements sur les événements de la vie, l’origine et le sens des choses, les valeurs éthiques et le sens de la justice)
  • Intelligence logico-mathématique (capacité de logique, d’analyse, d’observation ainsi que celle de résoudre les problèmes)
  • Intelligence musicale (facilité à mémoriser des mélodies, harmoniser des sons et à reconnaître les rythmes)
  • Intelligence intrapsychique (chez les personnes qui aiment apprendre, s’améliorer, qui savent se remettre en question et faire preuve d’autocritique)
  • Intelligence corporelle (faculté d’apprendre et de penser à partir de toutes les perceptions de son corps)

Les auteurs du jeu se sont notamment inspirés d’Howard Gardner et de ses travaux sur les intelligences multiples.

Frames of mind, l’ouvrage qui rendit Howard Gardner célèbre en 1983, est un manifeste contre la tyrannie du QI. Gardner y démontre qu’il n’existe pas une forme unique, monolithique d’intelligence dont dépend la réussite dans la vie, mais plutôt un large éventail d’intelligences, que l’on peut ranger dans sept catégories principales :

  • l’agilité verbale
  • l’agilité logico-mathématique
  • la maîtrise de l’espace
  • le génie kinesthésique
  • le talent musical
  • le talent interpersonnel
  • la capacité intrapsychique

L’intelligence interpersonnelle est subdivisée en quatre capacités : celle de diriger, celle d’entretenir des relations et de conserver des amis, celle de résoudre les conflits, celle pour analyser les rapports sociaux.

Selon Daniel Goleman, auteur de L’intelligence émotionnelle, dont je vous recommande la lecture, « l’intelligence émotionnelle recouvre l’empathie, l’aptitude à se motiver ou à persévérer dans l’adversité, à maîtriser ses pulsions et à attendre avec patience la satisfaction de ses désirs, la capacité de conserver une humeur égale et de ne pas se laisser dominer par le chagrin au point de ne plus pouvoir penser, la capacité d’espérer. » (page 64)

Les études qui se sont multipliées ces dernières années sur l’intelligence émotionnelle laissent à penser qu’elle contribue au moins autant si ce n’est plus à la réussite et au bonheur des individus que le QI qui ne représenterait que 20 % des facteurs de réussite dans une vie.

L’injonction de Socrate « connais toi toi-même » renvoie à cette clé de voute de l’intelligence émotionnelle nous explique Daniel Goleman : « il faut être conscient de ses propres sentiments au fur et à mesure de leur apparition. On pourrait penser que nos sentiments parlent d’eux-mêmes, mais nous gardons tous en mémoire des épisodes où nous n’avons pas fait attention à nos sentiments réels, ou nous y avons fait attention, mais trop tard. Je parle de conscience de soi pour désigner cette attention permanente à son état intérieur. Dans cette conscience réflexive, l’esprit observe et étudie l’expérience elle-même, y compris les émotions. L’empathie repose sur la conscience de soi ; plus nous sommes sensibles à nos propres émotions, mieux nous réussissons à déchiffrer celles des autres ».

Elodie Bergerault, avec laquelle j’ai conçu deux ateliers, l’un sur le leadership, l’autre sur l’incertitude, m’a recommandé ce test sur l’intelligence émotionnelle : le consulter ICI. Merci Elodie pour ta recommandation !

(1) Le jeu des intelligences a été créé par Manuel de Sousa, Gilles Dufour et Arnaud Constancias, « Souriez vous jouez« , Editions « Souriez vous managez ».

(re)Trouver ses forces avec l’arbre de vie

J’ai eu la grande chance de rencontrer et d’être formée à l’arbre de vie par Dina Scherrer, présidente de la Fédération francophone des pratiques narratives. Cela faisait des années que je pensais les histoires de vie en sociologie clinique – auxquelles j’ai été certifiée – très proches des pratiques narratives. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité aller y voir de plus près avec Dina Scherrer, qui m’a confortée dans cette intuition.

Histoires de vie et pratiques narratives partent du principe que chaque individu n’est pas réduit à son histoire, mais est multi-histoires ; Qu’être le produit d’une histoire héritée est compatible avec le fait de devenir « sujet » et auteur / autrice de sa vie par un « bricolage » identitaire unique, savant mélange de déterminisme et de choix personnels et autonomes ; Que chacun.e détient les savoirs, les compétences, les forces, les talents, les ressources, les valeurs, l’énergie pour vivre ses expériences et affronter les difficultés.

Le coach ou praticien narratif est là pour aider la personne à se les révéler si elle les a perdues de vue et à reprendre confiance pour aller de l’avant.

J’ai aimé lorsque Dina nous a dit que nous étions là pour poser des questions qui rendent les gens dignes, pour honorer leurs savoirs clandestins, leurs actes de résistance, leur « plein ».

Pierre Blanc-Sahnoun a rencontré pour la première fois l’arbre de vie en 2010 avec David Denborough, Cheryl White et Jill Freedman au Rwanda. Il y était parti en mission avec un groupe international de thérapeutes narratifs pour former des intervenants sociaux travaillant dans les villages avec les survivants du génocide de 1994. L’arbre de vie figurait en bonne place des outils utilisés, issu du travail de David Denborough avec Ncazelo Ncube, psychologue pour enfants originaire du Zimbabwe, pour aider les enfants atteints du VIH. Il a été touché par cette approche simple et élégante, permettant aux personnes traumatisées de parler de leur vie dans des termes les rendant plus forts au lieu de les retraumatiser à chaque étape du récit.

C’est bien là tout l’intérêt de l’arbre de vie, travail métaphorique qui aide à parler de soi en un temps record et d’une façon positive en se centrant sur ses qualités, ressources, talents et forces, afin d’atteindre l’objectif que chacun.e se fixe et qui guide tout le travail de la séance.

Dina Scherrer le définit ainsi :  » l’arbre de vie est un outil de soutien psychosocial basé sur les pratiques narratives. Il utilise les différentes parties de l’arbre pour représenter les divers aspects de nos vies. L’utilisation des métaphores et de questions soigneusement formulées invite à raconter des histoires sur la façon de se renforcer et augmente l’espoir dans l’avenir. Il a été délibérément conçu pour soutenir les personnes dans l’exploration des histoires alternatives (1), des histoires qui parlent d’espoir, de compétences, des rêves qu’un individu a pour sa vie. Une histoire encourageante et dynamisante qui constitue une base ferme pour que la personne poursuive sa vie en dépit des problèmes auxquels elle est confrontée » (2)

A quels moments faire appel à l’arbre de vie en accompagnement ?

  • Au début d’un accompagnement pour faire connaissance et clarifier les objectifs
  • En fin d’accompagnement pour le bilan
  • Pour aller à la recherche ou confirmer un projet (choix d’études ou de métier, réorientation professionnelle, création d’entreprise, transition de vie …)
  • Pour anticiper les obstacles qui pourraient se mettre entre soi et son projet
  • Pour travailler son identité professionnelle et dégager sa singularité
  • Pour peaufiner son style managérial
  • Pour aider à retrouver du sens dans sa vie professionnelle
  • Pour sortir de l’isolement
  • Pour travailler le manque de confiance ou d’estime de soi
  • Pour préparer un entretien de recrutement ou un pitch devant des publics clés …

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette approche et déterminer si elle répond à vos objectifs et attentes, me contacter.

A lire : Dans mon arbre de vie pousse mon projet professionnel

(1) Les pratiques narratives distinguent l’histoire du problème ou histoire dominante qui enferme la personne, la rend aveugle à ses potentialités, de l’histoire alternative ou histoire préférée, qui va lui permettre de retrouver confiance en soi et désir d’avancer.

(2) « Accompagner avec l’arbre de vie, une pratique narrative pour restaurer l’estime de soi » Dina Scherrer, InterEditions, 2021.

Et vous, rêvez-vous ?

large body of water stream during dawn
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Je suis heureuse de vous annoncer la sortie du premier livre blanc écrit par l’équipe Shynlei, intitulé « Rêver pour avancer ». L’accompagnement Shynlei a la singularité de commencer par l’évocation de ses rêves, aspirations ou désirs, afin de laisser de côté quelques instants le mental, en revenant à ce qui nous inspire et nous motive au plus profond de nous.

Pour avoir accompagné avec la démarche Shynlei depuis plusieurs années et expérimenté l’entrée dans le parcours de trois mois par les rêves, j’en mesure toute la puissance et la pertinence.

Ce libre blanc a le mérite de revenir à la source : qu’est-ce que rêver ? Pourquoi rêver ? Qu’est-ce que le rêve libère et autorise ? Quels conseils, quelle méthodologie pour faire émerger ses rêves et avancer vers la vie qui a du sens pour nous ?

« Le rêve permet d’exprimer quelque chose que l’on porte en soi, de le rendre intelligible à soi et peut- être aux autres si l’on ose en parler. C’est une façon de communiquer avec soi-même et avec les autres sur ce que nous portons au fond de nous. Rêver, c’est se libérer. »

Je vous propose de plonger dans la lecture de ce livre blanc, ode au rêve, qui vous permettra peut-être d’envisager un accompagnement différent.

Pour en savoir plus sur Shynlei.

Me contacter pour un échange.

Quizz Shynleï : cela vous prendra quelques minutes (4 minutes 30 en moyenne). Le Quizz vous donnera une indication sur votre tendance actuelle, en fonction de votre perception de l’environnement et de votre dynamique personnelle. Nous avons identifié neuf tendances qui schématisent votre état d’esprit du moment et votre énergie.

#Episode 14 podcast avec Anne-Sophie Tuszynski

Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Je vous propose de découvrir l’engagement d’Anne-Sophie Tuszynski qui a créé Cancer@Work, le premier Club d’entreprises dédié au sujet de la maladie au travail, fort enjeu de société aujourd’hui et pour les prochaines années, qu’Anne-Sophie nous présente de façon didactique et incarnée. Au travers de son parcours d’entrepreneure, à l’origine également de la plateforme wecare@work.com, Anne-Sophie revient avec authenticité sur son audace, celle de quitter son travail de dirigeante pour donner une voix et ouvrir la voie à cette mobilisation sociétale qui nous concerne toutes et tous, en tant que malade, atteint d’un cancer ou d’une maladie chronique, collègue ou manager de malade ou aidant, soit une part de plus en plus importante des actifs en France.

Explorons ensemble !

J’ai été séduite par les superbes cartes créées et illustrées par Catherine Jullien dans la collection Souriez vous jouez. Les cartes exploratrices nous invitent à explorer et enrichir notre rapport au monde. Elles proposent un voyage dans l’énergie du féminin pour trouver l’harmonie et l’action juste dans notre quotidien.

L’expérience d’accompagnement se déroule en trois actes :

  • Ressentir et accueillir l’émotion : les portraits à l’aquarelle
  • Raconter : se laisser guider par les questions narratives * au dos des cartes
  • S’inspirer : découvrir les citations de femmes inspirantes

Je vais proposer ces cartes aux personnes que j’accompagne pour les aider à mettre des mots, des images, des émotions sur les situations qu’elles amènent en coaching, autre manière, créative et inspirée, d’avancer sur son chemin de vie. J’aime cette idée de partir en exploration vers son vrai soi, comme un aventure personnelle.

C’est Catherine Jullien qui les a conçues : ingénieure, coach professionnelle et artiste. Je la remercie vivement pour cette belle idée à la fois porteuse de sens et esthétique, que je suis ravie de vous faire découvrir en images !

*La pratique narrative : « Plus que ce qui nous arrive, ce qui est important, c’est l’histoire que nous nous racontons à partir de ce qui nous arrive ». Notre identité est façonnée par les histoires que nous nous racontons, qu’on a raconté sur nous et que l’on se raconte. Il s’agit de notre histoire dominante. La pratique narrative propose de revoir nos croyances, postulats, et de construire des histoires alternatives dans lesquelles nous retrouvons une relation à nos rêves et nos aspirations. Elle reconnecte notre identité à nos ressources cachées, invite à aller chercher des expériences non sélectionnées jusqu’alors dans le casting de nos histoires. Et développer ainsi une histoire préférée« .

Comment passer des rêves à l’action ? Découvrir une forme d’accompagnement s’appuyant sur les rêves : à lire ici.

#Episode 13 podcast avec Eloïse Monziès

Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Je suis heureuse de vous faire découvrir une cheffe prometteuse, Eloïse Monziès, que j’ai eu l’honneur de rencontrer d’abord avec mes papilles en dégustant sa cuisine, et avec les yeux aussi, tant celle-ci est belle et colorée, mélangeant végétaux, fleurs, herbes et épices. Cheffe d’entreprises audacieuse et inventive, se décrivant comme joyeuse et enjouée, Eloïse nous présente ses défis de l’année 2022. Vous pourrez les écouter dans ce podcast. Pour elle, la cuisine est un acte d’amour, a fortiori, la cuisine éco-responsable, qu’elle explique avec pédagogie. Je vous engage à cuisiner avec Eloïse en testant avec elle ses recettes de saison grâce à son podcast, le cul de poule. Pour suivre Eloïse dans ses projets : @eloise.monzies et @_lavitrine_

#Episode 12 podcast avec Sandrine Brasero

Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Consultante en management et fondatrice de Promot-HER, Sandrine Brasero accompagne les dirigeants et les leaders dans les organisations à réussir leur transition managériale, développer leur leadership et leur politique d’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Nous avons pris le temps avec Sandrine d’évoquer, à travers son histoire, ses représentations du leadership, et la genèse de la création de Promot-Her, collectif d’indépendants intervenant pour l’égalité professionnelle au sein des organisations.

Les lectures/vidéos/podcasts qui font réfléchir, et passer à l’action ?

Hommage à Georgia O’Keeffe

En cette fin d’année, pendant les vacances qui vous permettent, je l’espère, de prendre du temps pour vous, voici une sélection toute personnelle et subjective de lectures, vidéos ou podcasts qui m’ont intéressée et enrichie. Un grand merci à leurs autrices.auteurs ! Que je vous transmets à mon tour, comme un passage de relais bénéfique et bienveillant.

Un concept à la loupe : les blessures de l’âme

On les dit au nombre de cinq. Elles sont réputées freiner notre accès à un être-soi plein, entier et épanouissant. Pourtant, nous en porterions tou·te·s au moins deux. Mais quelles sont ces « blessures de l’âme » ? Comment les panser ? Et d’ailleurs, faut-il absolument se combler ces fissures ou bien l’enjeu est-il plutôt de mieux les conscientiser, d’apprendre à vivre avec… En tombant les masques !

C’est à cela que nous invite la coach canadienne Lise Bourbeau, héritière de l’école de l’analyse bioénergétique avec son best-seller Les cinq blessures qui empêchent d’être soi-même, paru en 2000. L’ouvrage identifie 5 blessures de l’âme :

  • Trahison,
  • Rejet,
  • Abandon,
  • Humiliation,
  • Injustice

Les paradoxes du coaching en entreprise

Engagée par la sociologue Scarlett Salman durant les années 2000 auprès de coachs, de directeurs de ressources humaines et de cadres, une enquête au long cours décrypte les multiples facettes du coaching, une pratique très prisée des grandes entreprises et révélatrice des mutations contemporaines du capitalisme.

« Bien qu’ils mobilisent des techniques psychologiques, les coachs ont toujours cherché à se démarquer de la figure du « psy », associée au mal-être, à la souffrance, à la pathologie. Leurs prestations, n’ont-ils de cesse de répéter, s’adressent aux « normaux » et même aux « champions ». Se voir prescrire un coaching ne doit pas être perçu par les cadres comme un signe de faiblesse ou de difficulté. » 

A découvrir ici :

https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-paradoxes-du-coaching-en-entreprise

« Ethique de la pratique ordinaire » : le poids des normes au travail

Dans son dernier ouvrage, le philosophe Pierre-Olivier Monteil analyse l’excès de règles et de procédures en entreprise, et leur capacité à démoraliser les salariés.

Le livre. A quoi tient ce sentiment, si répandu aujourd’hui, d’une brutalisation croissante des rapports sociaux ? D’où provient le constat désabusé de ne pas parvenir à donner priorité à ce que nous tenons pour important et de céder sans cesse à des contraintes secondaires, voire dérisoires ? Dans Ethique de la pratique ordinaire (Pocket), Pierre-Olivier Monteil souligne la nécessité de personnaliser les relations dans le travail comme dans la vie courante. Il donne des conseils aux manageurs et aux collaborateurs d’entreprise en quête d’efficacité comme de sens.

« L’ouvrage invite le management à se montrer plus courageux, en laissant davantage de liberté à l’équipe, au lieu de s’échiner à lui dicter son travail. Imposer de l’extérieur le sens de l’activité en se focalisant sur les motivations extrinsèques comme le salaire, la carrière, le pouvoir ou le prestige attaché à la tâche, c’est ne pas prendre en compte les motivations intrinsèques que procure l’activité en elle-même et qui passent par l’éthique et les valeurs, la solidarité et la confiance, l’autonomie et la créativité. »

A découvrir ici :

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2021/12/09/ethique-de-la-pratique-ordinaire-le-poids-des-normes-au-travail_6105282_1698637.html

L’arbre à palabres de Shynlei : rencontres avec l’altérité, témoignages et inspirations

« Rendre visibles et cohérents mon histoire de vie, ce qui est mon talent et ce que je recherche pour mon bien-être, celui des autres, voire celui du monde  » ; « Un rêve, ça se concrétise » ; « Qu’est-ce qui va me rendre heureuse ? » ; « Un rêve, c’est un désir »

A découvrir ici :

https://www.shynlei.com/blog

Santé et bien-être au travail, réalité ou utopie ?

Ou l’importance des compétences comportementales et psychologiques en entreprise

Réponse de Sylvie Bernard-Curie en vidéo

Ecouter les podcasts de Diane Seyrig, auteure de sens

Donner de la voix aux Auteurs de Sens d’ici et d’ailleurs, engagés dans l’éveil des consciences à travers leur contribution authentique au monde. Le réveil du corps et de l’âme, la réconciliation de nos polarités intérieures et extérieures. L’être Soi, humblement, singulièrement et complètement, comme outil de partage, de reliance et de (re)connexion, de transformation aussi. Participer à la création d’un futur plus souhaitable, plus harmonieux, plus vibrant et vivant, dans lequel ÊTRE serait la seule chose à faire vraiment, la plus urgente et la plus importante.

A découvrir ici :

https://www.auteurdesens.com/podcast

Le syndrome de l’imposteur

60 à 70 % des personnes douteraient, à un moment ou à un autre de leur carrière, de la réalité ou de la légitimité de leurs succès. L’étude IMS conduite par Patrick Scharnitzky et Inès Dauvergne montre un écart femme/homme inférieur à un point pour ce qui concerne la confiance en ses capacités professionnelles.

Le terme a été inventé par les psychologues cliniques Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes en 1978. Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, un travail acharné, leurs relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre.

Qu’est-ce que l’empathie ?

Explication courte, incarnée, et qui plus est, accessible, par Sylvie Bernard-Curie :

https://www.linkedin.com/posts/good-vibes-magazine_goodvibes-empathie-aezmotions-activity-6714906764875198464-FqcQ/

Mixité : on avance

Et sortie du livre Remixer la mixité, aux Editions Eyrolles, 2021, suite de l’ouvrage Mixité : lorsque les hommes s’engagent (Editions Eyrolles, 2015), auquel a contribué notamment Marie Donzel. Les 24 experts réunis pour cet ouvrage ont voulu clarifier ce qu’est désormais cette nouvelle donne femmes-hommes dans la société (à la maison, dans les médias, chez les supporters, avec #MeToo) et au sein de l’entreprise. Ils proposent des solutions adaptées à ce nouveau contexte sociétal pour « remixer » le sujet de la mixité femmes-hommes dans les organisations et accélérer véritablement sa progression.

Identité et corps

Selon André Comte-Sponville dans son Dictionnaire des philosophies (1), « l’identité est le fait d’être soi et de le rester, donc de demeurer un et le même, malgré les changements innombrables qui nous traversent ou nous constituent. Montaigne ne trouvait en lui rien de stable ni de constant. Aussi refusait-il au moi le statut d’être. Toutefois, le corps et la mémoire résistent, qui demeurent (puisqu’ils ne cessent de changer) et nous donnent le sentiment de notre propre persistance, au moins un temps : celui du souvenir et du vieillissement. Mieux vaudrait, en ce sens, parler de continuité que d’identité. Rester identique à soi ? Nul ne le peut absolument. Mais comment pourrais-je changer sans continuer d’être ? Vivre, ce n’est pas rester un et le même ; c’est persévérer dans son être multiple et changeant. »

La série de podcasts que j’ai initiée, Mine de rien, s’attache justement à incarner ces questionnements avec des témoignages d’invitées qui s’arrêtent le temps d’échanges informels sur ce qui constitue le permanent et l’impermanent dans leurs histoires de vie.

La lecture du dernier livre d’Edouard Louis, Changer : méthode (2), m’a saisie par la volonté féroce qu’a manifesté Eddy Bellegueule, devenu Edouard Louis, à transformer en profondeur son identité, allant jusqu’à modifier son prénom, son nom, son aspect corporel, ses manières, son accent, sa façon de parler, de se tenir à table, de manger, de se vêtir, de rire même ! Incroyable et méthodique transformation d’un homme déterminé à sortir de sa classe, de son milieu, de son habitus (3).

Le nom est le socle de l’identité : il indique de qui l’on naît et d’où l’on vient, il assigne une place sans qu’il y ait de possibilités, du moins en principe, d’y échapper. Le prénom est assigné par d’autres, il est subi d’une certaine façon, pourtant, il est un élément constitutif du sujet, de sa singularité. Le choix du prénom revêt une dimension sociale (effet de mode, influence des milieux sociaux). Le prénom est à la fois un héritage et un choix personnel de le conserver ou non, de se l’approprier, ou non.

Edouard Louis fait-il son histoire de vie, au sens où l’entend Gaston Pineau ? Pour l’enseignant-chercheur, « faire son histoire de vie, c’est s’émanciper des différents déterminismes, c’est s’appuyer sur son passé pour en décoller, et entrer dans les mouvements pleins de contradictions du devenir de façon motrice. Faire son histoire de vie est alors moins se souvenir qu’ad-venir. » (4)

Les passages de son livre que je vous recommande sont éloquents sur sa volonté de transformation et l’acuité de son regard de transfuge de classe, à l’instar d’Annie Ernaux : « Avec Elena, j’apprenais tous les jours un peu plus à connaître et à comprendre la personne que j’étais, et ce que j’avais constaté en arrivant au lycée s’est confirmé : je n’avais pas eu une enfance, mais une enfance de classe. Tous mes goûts, toutes mes pratiques, ce que je faisais, ce que je disais, mes opinions, tout était marqué par le passé. J’avais partout en moi ta présence et la présence de notre famille. Par où est-ce que je dois commencer ? C’est surtout pendant les repas que je ressentais la différence et la honte. »

Edouard Louis évoque aussi le théâtre comme « un instrument de réinvention de sa vie, parce que grâce au théâtre, il a été le premier dans sa famille à aller au lycée et parce que grâce au théâtre, il a appris qu’on pouvait jouer des rôles, c’est-à-dire produire un écart par rapport à sa vie, sa vie imposée, son passé, son histoire familiale, le théâtre lui a fait comprendre que s’il voulait être autre chose ou quelqu’un d’autre, peu importe, alors il fallait le jouer, jusqu’à le devenir, il a compris qu’il n’y avait rien d’autre que des rôles ».

J’ai apprécié sa franchise et son honnêteté lorsqu’il évoque la littérature et l’écriture : « Je veux être clair, pour moi l’enjeu était celui du changement et de la libération, pas celui des livres ou de la vocation littéraire. Je ne pense pas que mon obsession première ait été les livres. Si je rêvais soudainement de devenir un écrivain, ce n’était pas parce que rêvais d’écrire, mais parce que je rêvais de m’arracher définitivement au passé. Il ne faut pas voir dans ce que j’écris l’histoire de la naissance d’un écrivain mais celle de la naissance d’une liberté, de l’arrachement, coûte que coûte, à un passé détesté. »

Et voici comment il définit son programme pour y arriver : « Changer mon nom (aller au tribunal ?), changer mon visage, changer ma peau (tatouage ?). Lire (devenir quelqu’un d’autre, écrire). Changer mon corps. Changer mes habitudes. Changer ma vie (devenir quelqu’un). Je ne sais pas si c’est tout le monde, mais pour moi, quand le processus de ma transformation avait commencé, il était devenu un travail plus que conscient, une obsession permanente. Je voulais tout changer, et que tout dans le progrès de mon changement soit le résultat d’une décision. Je voulais que plus rien n’échappe à ma volonté. »

Jusqu’à ceci : « Après mes dents, j’ai changé mon prénom au tribunal, puis mon nom de famille. Je suis allé dans une clinique pour redessiner la ligne de mon implantation capillaire, je me suis habillé d’une manière autre, qui me paraissait mieux s’accorder à ma vie ».

Je reste sidérée à la lecture de ces lignes par cette volonté acharnée de changement, et de revanche : « Tout vivre c’était me venger de la place qui m’avait été assignée par le monde à la naissance ».

A lire aussi cet article sur Littérature et identité.

(1) Dictionnaire des philosophies. André Comte-Sponville. Ed. PUF, 2001.

(2) Changer : méthode. Edouard Louis. Ed. Seuil, 2021.

(3) Habitus : manière d’être d’un individu, liée à un groupe social et se manifestant dans son apparence physique (vêtements, maintien…). L’habitus désigne un système de préférences, un style de vie particulier à chacun. … Dans Esquisse d’une théorie de la pratique (1972), Pierre Bourdieu définit l’habitus comme étant « une loi immanente, déposée en chaque agent par la prime éducation ».

(4) Les histoires de vie. Gaston Pineau. Ed. PUF, 2002.

La relation

J’ai eu envie d’écrire ce texte sur la relation, car j’ai été frappée par cette idée que la relation nous change, et que la rencontre nous modifie. C’est ce que je vis dans les rencontres avec les invitées de mes podcasts que je remercie encore infiniment pour leur confiance ! Et bien sûr aussi dans les accompagnements que j’ai la chance de mener. La coach se transforme avec son ou sa cliente.

J’aime le double sens du mot : la relation, c’est le lien, la correspondance, mais c’est également le fait de relater, avec le récit et la narration, que j’évoque si souvent sur mon site.

Voici ce que dit Charles Pépin de la relation * : « Contrairement aux animaux, même à ceux qui vivent en groupe comme les loups ou les oiseaux migrateurs, l’humain ne développe sa singularité, donc ne devient lui-même, qu’au fil de ses rencontres. C’est un besoin non pas naturel comme celui de manger ou de boire, mais civilisationnel. La rencontre, qu’elle soit amoureuse, amicale, professionnelle, spirituelle, artistique, est le cœur de l’existence humaine. »

Comment faire du hasard son allié ? « En se mettant en action. Commencer par sortir de chez soi… pour mieux sortir de soi, et de ses rails identitaires. La rencontre suppose de se rendre disponible à ce que l’on ne cherchait pas. »

Manon Garcia, philosophe, complète : « Dans toutes les interactions humaines, on négocie sans cesse les limites de la forme que peut prendre la relation, on ne cesse de modifier son attitude en fonction de ce que l’on donne et reçoit de l’autre. »**

Cela me fait penser à Delphine Horvilleur, dont j’ai repris certains propos qui m’inspirent dans cet article : « Surtout ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pas te perdre ».

Charles Pépin poursuit : « La vraie rencontre implique le trouble ; elle peut donc faire peur. Aujourd’hui, je dis et ce n’est pas anodin : je ne peux devenir moi-même qu’à la condition d’aller à la rencontre de l’inconnu, des autres cultures, y compris celles qui nous inquiètent ou nous effraient. L’altérité, c’est dérangeant. »

Une fois encore, Charles Pépin rejoint les penseurs de la sociologie clinique : « L’essentiel s’applique à tout le monde : pour devenir soi-même, il faut sortir de là où l’on est. Trouver ce que, chacun, nous allons pouvoir inventer avec notre héritage. Les rencontres ne sont pas seulement humaines : on peut rencontrer des films, des artistes, des pays, des idées … Quand j’étais adolescent, j’ai rencontré L’étranger de Camus. »

Charles Pépin explique dans cette interview de Télérama qu’il a vécu dans une sorte de balancement identitaire, tout comme Delphine Horvilleur ou Rachel Kahn, dont on a beaucoup entendu parler ces derniers mois, avec la sortie de son livre Racée.

Rachel Kahn va dans le même sens sur France culture : l’identité est en construction permanente, fluide, elle ne peut pas rester figée. Elle évoque Edouard Glissant, et sa lutte contre les enfermements identitaires. Céleste Brunnquell, cette jeune actrice dont je découvre la profondeur et le goût de la littérature dans l’émission Une journée particulière, parle joliment du livre Les années d’Annie Ernaux : « nous sommes multiples, nous déposons dans les lieux que nous traversons qui nous avons été, et que nous ne sommes plus, notre identité est fluide » (encore…).

Pierre Lemarquis*, neurologue, atteste lui aussi que la relation nous modifie : « A chaque rencontre que nous faisons, du moins si elle revêt pour nous une signification, le cerveau se sculpte au contact d’autrui. Nos existences, nos lignes de vie, se construisent ainsi par porosité, à la lisière du moi (l’intérieur) et de l’autre (l’extérieur). Par ses impacts répétés, l’extérieur vient remodeler en permanence notre intériorité ». Le neuroscientifique Albert Moukheiber* spécifie ainsi : « Nous faisons partie des rares animaux capables, au sein de leur espèce, de se regarder les yeux dans les yeux. La plupart des autres, par exemple les loups, ne le peuvent, car ce contact oculaire induit aussitôt l’activation d’un rapport de domination entre eux. Sapiens, lui, est en mesure de se servir de ses yeux pour exprimer au contraire toute la palette de sa cognition sociale ». Laquelle est son seul et unique atout. « Cette cognition sociale permet de collaborer, au besoin par centaines, par milliers ! ».

Notre grande force : une extrême plasticité cérébrale, qui nous permet de nous transformer, aux contacts des autres, vitaux pour notre développement, mais aussi de la nature, des animaux, ou de l’art sous toutes ses formes.

*Télérama 3734-3735

**Télérama 3746

#Episode 11 podcast avec Diane Seyrig

Suite de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Diane Seyrig se définit d’abord par son patronyme et son prénom, Diane la chasseresse, Diane la lumineuse : vous percevrez en l’écoutant la lumière qui émane de sa personne. Diane fait oeuvre à travers les mots, qui sont son outil de travail : auteur(e) de sens. Elle anime également des ateliers d’écriture auxquels j’ai eu la joie de participer. Nous nous sommes retrouvées autour du genre féminin, de l’écriture et d’un désir commun d’apprentissage permanent, de découverte de soi, et d’émancipation. Bon voyage dans le monde de Diane !

Littérature et identité

La littérature fourmille de référence aux histoires de vie et à la sociologie clinique. Au fil de mes lectures, j’ai noté ces extraits qui m’inspirent sur la notion d’identité. Les écrivains apportent leur pierre à l’édifice de cette élaboration sans fin autour de l’identité. Ils l’incarnent, la rendent réelle, par leur imaginaire.

Quoi de mieux que de découvrir des histoires de vies dans leur complexité, leurs contradictions, leurs névroses, leurs loyautés, leur beauté, sous la plume de romanciers ou biographes ?

Je vous invite à la découverte de ces auteures qui m’ont intriguée, bouleversée, charmée par leur humanité et leur conquête d’indépendance.

Connaissez-vous la femme au cerveau érotique ? C’est Gabriële Buffet, jeune femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe, qui rencontre Francis Picabia en septembre 1908. Elle devient son inspiratrice, sa théoricienne, comme elle le fut aussi pour Marcel Duchamp et Guillaume Appolinaire. Anne et Claire Berest racontent son histoire, et rendent hommage à leur mère, Lélia, petite-fille des Picabia (Le livre de Poche, Editions Stock, 2021, Gabriële).

« Cela commence dans les rêves. Puis, des images qui surviennent, même en plein jour, sans qu’elle s’y attende. Comme toutes les femmes enceintes pour la première fois, Gabriële se mange son enfance en pleine figure. Attendre un enfant oblige à interrompre l’enfant qu’on a soi-même été. Pour l’éloigner une bonne fois pour toutes. Faire place nette à celui qui arrive. (…) Elle est née le 21 novembre 1881, année palindrome, à 9 heures du soir. Son acte de naissance témoigne de cette écriture surannée, typique de l’administration de la fin du XIXe siècle. (…) Joli sérieux : voilà contre quoi va se battre toute une génération en train de pousser ses premiers cris. Picasso, qui naît la même année, Picabia, qui a déjà trois ans, Guillaume Appollinaire, qui n’a que quelques mois, mais aussi les petits frères, Marcel Duchamp, Arthur Cravan, Tristan Tzara et tous les autres. Ils sont du siècle à venir – et avec eux, le bon goût, c’est bientôt terminé. La nouvelle-née se prénomme « Madeleine Françoise Marie Gabriële ». Le quatrième prénom, relégué en bout de liste, est orthographié de façon étonnante : un tréma et un seul l avant le e final. Gabriële. Cela plait beaucoup à la petite fille, qui trouve ce prénom androgyne bien plus adapté que Marie et Madeleine. Alors elle se rebaptise, toute seule. Et demande à ses parents qu’on l’appelle désormais de ce singulier prénom. L’astringent goût du bizarre se pose déjà sur les lèvres de l’enfant, et toute sa vie elle signera de ce prénom, mais en variant les écritures, Gabriële, Gabrièle ou Gabrielle. Elle ne se soumettra à aucune loi, pas même celle de l’orthographe. »

Autre époque, autre pays … Gaëlle Josse (j’ai tant aimé Le dernier gardien d’Ellis Island) écrit son choix de consacrer ce roman Une femme en contre-jour (Les Editions Noir sur Blanc, Notabilia, 2019) à Vivian Maier : « Il me faut dire combien je me sens proche de l’oeuvre de Vivian Maier, dans une inépuisable quête de visages, du moment qui dit toute une vie, dans sa recherche des lignes, lumières et reflets saisis dans le bouillonnement, la fébrilité de la ville, attachés au grand manège des jours ». « Tant de fils se mêlent, s’enlacent avec ce que je suis, avec ce que je tente d’approcher par l’écriture. Ni peser, ni imposer mon « moi ». Qu’il nourrisse mon écriture, sans cannibaliser ce que j’essaie d’apprivoiser. Qu’il soit terreau, humus, et non fleur carnivore. »

« Qui était donc cette femme libre, audacieuse, insatiable du spectacle de la vie et qui en fit oeuvre à la fois humble et magistrale ? Une sensibilité exacerbée, une insondable solitude protégées, dissimulées derrière des façons abruptes, derrière une bizarrerie assumée et de trop larges vêtements. La force de dépasser un enfermement programmé dans une condition sociale de domestique et dans une histoire familiale emplie d’effroi. Son regard prodigue a multiplié les miracles nés d’une exceptionnelle, d’une troublante empathie envers l’univers des exclus, des laissés-pour-compte, de ceux qui ne possèdent rien, à peine leur propre vie. Elle leur a offert son seul bien, son trésor : le regard. »

« Vivian Maier trouve là le centre de sa vie, le sens de sa vie. Elle sait ce qu’elle veut. Ce sont les prémices d’une oeuvre d’une grand unité, traversée d’obsessions, comme celle de tous les grands artistes. Rien de hasardeux, de décousu. (…) Il lui reste à poursuivre ce travail pendant des décennies. Un travail dont personne ne verra les fruits, dont on ne soupçonnera pas même l’existence, et dont elle-même ne verra que bien peu de choses. »

« Son travail photographique accorde une large place aux femmes âgées. On ne photographie rien au hasard. Un artiste poursuit ce qui le hante, l’obsède, le traverse, le déchire. Rien d’autre. »

« Un mot en appelle un autre, celui de la révélation, au sens photographique du terme. Si peu de ses photos se verront révélées… Impossible de ne pas penser aux mensonges de sa mère concernant son identité, et aux avatars successifs du nom de Maier. Von meyer, Meyer, Mayer, Meier … Les noms semblent flotter sur les membres de cette famille et se poser un peu au hasard du temps. Ouverture sur le monde et obsession du secret, deux mouvements contradictoires, deux extrêmes d’un balancier. Singulier mouvement binaire, singulière alternance. »

Après ces extraits issus de la littérature, arrêtons-nous sur quelques repères théoriques, qui permettent de les lire avec un autre regard.

Loin de moi, étude sur l’identité par Clément Rosset (Les Editions de Minuit, 1999) « Dans les premières années de son existence, l’enfant serait incapable de se constituer une personnalité s’il ne prenait modèle sur un être (généralement parental) dont il imite le comportement et qui lui sert, dans tous les sens du terme, de « tuteur » ; faute de quoi aucune de ses multiples tendances ne réussirait à se fondre dans l’unité d’une personne et à constituer la structure d’un moi, même si ce moi est à l’origine copié sur celui d’un autre. Copiez, et si en copiant vous restez vous-même, c’est que vous avez quelque chose à dire, tel est le conseil qu’aurait donné Ravel à ses rares élèves. »

Définition de « même » dans le Littré : « Qui est comme une autre chose ou comme soi-même ; qui n’est pas autre, qui n’est pas différent ». « On comprend facilement ce qu’il faut être pour être comme telle ou telle autre chose : il faut lui ressembler ou l’imiter. Mais que faut-il être pour être comme soi-même ? Ainsi cette explication de Littré fait de « même » le synonyme de « semblable ». Elle ne retient donc que l’une des significations du mot, celle de la ressemblance, laissant de côté celle de l’identité proprement dite. Ricoeur est allé chercher le vieux substantif « mêmeté » (forgé par Voltaire) pour former un couple conceptuel permettant d’opposer les deux façons d’être même que quelque chose : être semblable à autre chose, être soi-même. A ces deux significations de l’identité s’opposent selon lui deux formes d’altérité : celle qui consiste à différer d’autre chose (que ce soit par le genre, par l’espèce, par les qualités ou par la différence numérique) et celle qui consiste dans un « ne pas être soi » (aliénation, dépossession de soi, dispersion). Vincent Descombes, Même/Autre, L’identité, dictionnaire encyclopédique, Edition Folio essais, 2020.

« Le nom et le prénom sont des éléments concrets et stables par lesquels l’identité s’exprime : ce sont des « porte-identités » (Goffman, 1963). A cet égard, l’utilisation de noms personnels pour désigner des individus se retrouve dans toutes les sociétés connues. Mais si la nomination est un universel culturel, les formes qu’elle prend n’en sont pas moins variées. Il existe un « lien indissoluble entre le nom et l’image de soi (self-image) » : Strauss, 1959. A minima, je me présente sous mon prénom et mon nom, qui m’accompagneront toute la vie (surtout si je suis un homme). Claude Lévi-Strauss (1962) : « On ne nomme jamais, on classe ». Baptiste Coulmont, Nom/Prénom, L’identité, dictionnaire encyclopédique, Edition Folio essais, 2020.

Nancy Houston ajoute dans son livre Bad girl (Actes Sud, 2014) : « Le soi est une donne chromosomique sur laquelle sont accrochées des fictions ».

Nancy Houston, d’origine canadienne anglophone, venue s’installer en France dans les années 70, par provocation dit-elle, écrivant en Français (je suis tellement admirative que je ne résiste pas au plaisir de vous partager des extraits de l’un de ses nombreux ouvrages), nous raconte depuis des décennies des histoires de vies qui me touchent profondément, dans lesquelles je me reconnais, qu’elles se passent dans le Berry, aux Etats-Unis, au Canada, en Allemagne, au Cambodge, en Israël, ou ailleurs, aujourd’hui ou hier, son imagination sensible est infinie.

La notion de roman familial est omniprésente dans son oeuvre : « Les gens te demanderont souvent pourquoi la famille est ton thème romanesque de prédilection, et tu les regarderas perplexe. Y en a-t-il d’autres ? Y a t-il quelque chose d’intéressant chez les humains, hormis le fait que, pour de bonnes ou mauvaises raisons, intensifiées par des pulsions animales aussi inconscientes qu’irrésistibles, ils copulent, font des enfants, s’efforcent de donner à ceux-ci une éducation meilleure que celle qu’ils ont reçue, échouent, vieillissent et meurent après avoir regardé leurs enfants grandir et partir trouver leurs propres partenaires et démarrer leur propre famille comme s’ils allaient refaire le monde à neuf, tout cela sur fond de grincement de dents, de tourmentes politiques, de conflits religieux, de rivalités fraternelles, de scènes d’inceste et de viol et de meurtre et de guerre et de prostitution, émaillé çà et là par un pique-nique familial dans une foire agricole ? De quoi d’autre un roman pourrait-il bien parler ? ».

« Depuis les origines du roman occidental, mais surtout depuis le siècle des Lumières et l’individualisme par lui promu au rang de valeur absolue, l’artiste est lui-même devenu héros. Les ressemblances sont frappantes : si l’on se penche sur un quelconque échantillon de biographies d’écrivains, on s’aperçoit vite que, tout comme Oedipe, Hamlet ou Antigone, ils ont pour ainsi dire tous vécu une anomalie, une catastrophe, une perte dévastatrice dans la jeunesse. Un père est mort. Une mère est morte. Les deux sont morts. Ou séparés. Ou radicalement absents. En d’autres termes, le roman familial de ces individus est toujours-déjà hautement romanesque. Il se prête à merveille aux spéculations, aux fantasmes, aux révisions et aux ratures… en un mot, à l’écriture. Le mythe est né. Le héros-écrivain pourra puiser à l’infini dans son enfance, tel Homère dans le fonds mythologique grec, réécrivant son histoire à travers mille transpositions, projections, déplacements et symboles ».

A écouter, cet entretien avec Leïla Slimani qui me touche tant, sur le roman familial, le roman national, à travers ses propos sur l’écriture, la fiction, l’identité, les transfuges de classe, la honte sociale, les thèmes qui me sont chers : « nous ne sommes pas la culture, c’est nous qui façonnons la culture que nous voulons ».

Dans cet entretien sur France Culture avec Héloïse Lhérété (journaliste) et Edwige Chirouter (maître de conférences en sciences de l’éducation), dédié à la littérature et comment elle peut construire nos imaginaires, Nancy Houston est citée plusieurs fois et son oeuvre L’espère fabulatrice tient lieu de référence.