Transmettre ? Entre répétition et transformation

 

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Initiales Réseau Pluridis organise le 24 mars à Paris 15e une journée d’étude sur le thème de la transmission.

La notion de transmission est multidimensionnelle, elle convoque à la fois les sphères sociale, économique, culturelle, psychique… et reste en partie inconsciente. Nous l’aborderons plus particulièrement dans les champs de la famille et du travail et de leurs imbrications respectives.

Au cours de cette journée d’étude interactive, nous proposerons des apports théoriques, des témoignages, des ateliers expérientiels ou thématiques en groupes restreints.

Elle s’adresse à tous ceux qui sont intéressés par la thématique de la transmission, à titre personnel ou professionnel : acteurs RH, managers, sociologues, psychologues, consultants, médiateurs et praticiens de l’accompagnement, de l’orientation, de la formation, coachs…

Profitez du tarif préférentiel en vous inscrivant avant le 10 janvier 2017 : se renseigner et s’inscrire.

Identités : à ma place

Zazie – A ma place (en duo avec Axel Bauer)

Serait-elle à ma place plus forte qu’un homme
Au bout de ces impasses où elle m’abandonne
Vivre l’enfer mourir au combat
Faut-il pour lui plaire aller jusque là?
Se peut-il que j’y parvienne
Se peut-il qu’on nous pardonne
Se peut-il qu’on nous aime
Pour ce que nous sommesSe met-il à ma place quelques fois
Quand mes ailes se froissent
Et mes îles se noient
Je plie sous le poids
Plie sous le poids
De cette moitié de femme
Qu’il veut que je sois
Je veux bien faire la belle, mais pas dormir au bois
Je veux bien être reine, mais pas l’ombre du roi
Faut-il que je cède
Faut il que je saigne
Pour qu’il m’aime aussi
Pour ce que je suisPourrait-il faire en sorte
Ferait-elle pour moi
Ouvrir un peu la porte
Ne serait ce qu’un pas
Pourrait il faire encore
Encore un effort
Un geste un pas
Un pas vers moi…Je n’attends pas de toi que tu sois la même
Je n’attends pas de toi que tu me comprennes,
Seulement que tu m’aimes pour ce que je suisSe met-elle à ma place quelques fois
Que faut-il que je fasse pour qu’elle me voit
Vivre l’enfer mourir au combat,
Veux-tu faire de moi ce que je ne suis pas?
Je veux bien tenter l’effort de regarder en face
Mais le silence est mort et le tien me glace
Mon âme sœur cherche l’erreur
Plus mon sang se vide et plus tu as peur

Faut-il que je t’apprenne
Je ne demande rien
Les eaux troubles où je traîne
Où tu vas d’où tu viens
Faut-il vraiment que tu saches
Tout ce que tu caches
Tout au fond de moi
Au fond de toi

Je n’attends pas de toi que tu sois la même
Je n’attends pas de toi que tu me comprennes,
Mais seulement que tu m’aimes
Seulement que tu m’aimes
Pour ce que je suis

Quand je doute
Quand je tombe
Et quand la route est trop longue
Quand parfois je ne suis pas
Ce que tu attends de moi
Que veux-tu qu’on y fasse
Qu’aurais-tu fais à ma place?
En savoir plus sur http://www.paroles-musique.com/paroles-Zazie-A_Ma_Place_avec_Axel_Bauer-lyrics,p6297#me2oWIDY6PzmhXAw.99

 

Le Zest-of – Album disponible : FNAC : http://zazie.co/ZestOfFnac

Qu’entend-on par accompagnement ?

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Maela Paul, docteur en Sciences de l’éducation, Université de Tours, à la bibliographie impressionnante, nous livre ses définitions de l’accompagnement (1).
Elle clarifie année après année au fil de ses recherches cette notion, la tâche étant ardue, du fait que l’accompagnement se construit à la frontière de logiques diverses : former, enseigner, aider, conseiller ou même gouverner.
Que met-on derrière ce mot, tant au devant de la scène aujourd’hui ?
L’accompagnement répond à une logique sociale et à une logique relationnelle. Au fondement de l’accompagnement : la relation, qui est première ; De la mise en relation dépend la mise en chemin et réciproquement. Il s’agit de viser la parité dans le dialogue, sans effacer la disparité des statuts, puisque l’accompagnement se joue dans un cadre professionnel. Le cheminement est de toujours tendre vers une émancipation par la personne de la situation dans laquelle elle se trouve.
Ses définitions  : l’accompagnement est un dispositif relationnel qui vise au travers d’un échange et d’un questionnement la compréhension d’une situation ou d’un projet. Il contribue à travers une pratique réflexive à inscrire autrui dans une réalité qui soit existentiellement et socialement viable pour lui ou elle et désirable par lui ou elle. La personne est reconnue dans sa triple identité : l’appartenance au genre humain, dans son statut de sujet-citoyen, et sa singularité d’être.
Ce qui est commun aux différentes formes d’accompagnement (coaching, mentoring, tutorat etc.) :
  • un dispositif relationnel,
  • des principes éthiques,
  • une démarche personnalisée,
  • une posture,
  • une perspective d’action,
  • un questionnement réflexif,
  • un cadrage institutionnel

Les principes éthiques auxquels doit se soumettre l’accompagnant : ne pas nuire, ne pas penser, dire et faire à la place de l’autre ; travailler dès le début à sa propre inutilité (ou effacement) ; ne pas savoir pour l’autre où il ou elle en est de sa situation.

A écouter, conversation avec Guy Amoureux, philosophe, coach et conseil, qui définit clairement le rôle du coach et son terrain d’intervention.

A lire également sur ce blog : coaching or not coaching.
Ce billet est ainsi l’occasion de vous faire part des contours de la philosophie d’accompagnement qui est la mienne, préalable pédagogique et éthique important à toute demande d’accompagnement. Pour en savoir plus, me contacter.
(1) Source : Table-tonde L’accompagnement, de la notion au concept, avec Maela Paul, Emmanuel Rusch, Pascal Galvani, animée par Frédérique Lerbet-Sereni et Guy de Villers.
Colloque international tenu à Tours du 26 au 28 mai 2016, télécharger les résumés.

La première impression n’est pas forcément la bonne…

 

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J’aimerais vous faire partager quelques éléments, loin d’être exhaustifs, j’y reviendrai dans d’autres articles, sur un sujet qui me semble essentiel  pour comprendre les enjeux de la mixité : les stéréotypes de genre, auxquels chacun de nous est confronté. Première étape : la prise de conscience des stéréotypes qui influencent nos pensées, notre perception des autres et nos décisions.

Comme l’explique Louis Schweitzer, « si nous sommes toutes et tous potentiellement victimes de stéréotypes, nous sommes également toutes et tous façonnés par ces mêmes stéréotypes. » (Préface de l’ouvrage Les stéréotypes en entreprise, Les comprendre pour mieux les apprivoiser, Editions Eyrolles, Patrick Scharnitzky).

Définition : un stéréotype est un ensemble d’informations et de croyances associées aux membres d’un groupe, quel qu’il soit. Il se compose d’une liste de caractéristiques accumulées tout au long de notre vie et dont les sources sont multiples.

IMS-Entreprendre pour la Cité et Patrick Scharnitzky, chercheur en psychologie sociale, ont mené une vaste étude sur 1 200 salariés de tous niveaux hiérarchiques dans neuf entreprises sur les stéréotypes de genre pour comprendre en quoi les mentalités entravent l’égalité entre les femmes et les hommes dans le milieu professionnel.

Les conclusions : les stéréotypes de genre sont partagés par les hommes et les femmes et ils renvoient à une répartition sexuée des rôles dans l’entreprise de l’homme leader et de la femme organisée et à l’écoute. Mais si la construction des stéréotypes sexués dépasse le cadre de l’entreprise, celle-ci dispose de moyens efficaces pour les rendre plus positifs, via son engagement, ses actions. Ce qui tend à atténuer les sentiments de discrimination des salariés, à augmenter leur satisfaction au travail, et ainsi leur motivation et leur performance.

Pour en savoir plus sur ce programme de recherche mené pour IMS Entreprendre pour la cité depuis 2010 : il a réalisé un état des lieux de certains stéréotypes majeurs dans les entreprises et surtout listé les leviers d’action permettant de réduire leur influence néfaste sur les relations professionnelles. Il se compose de quatre volets, le handicap (2011), le genre (2012), les origines (2014), et le dernier sur les générations en 2015.
Je vous engage à lire le volet de 2012, passionnant, et les guides pratiques proposés pour lutter contre les stéréotypes en entreprise : c’est faisable, et des entreprises peuvent en témoigner.
Autres travaux, ceux de Huguet et Régner (2009), in Journal of Educational Psychology, présentés par  Catherine Thinus-Blanc, du Laboratoire de Psychologie Cognitive, CNRS, Université Aix-Marseille, dans cette vidéo tournée en 2014Femmes et sciences : la menace des stéréotypes sociaux du genre.
Lire sur le même sujet :  La fabrique des genres.

Consulter ma proposition d’atelier en co-animation avec Jean-Michel Monnot  : prendre conscience des stéréotypes et des représentations héritées pour manager efficacement des équipes mixtes.

#Diversité #Liberté Nous avons tous un handicap, qu’il soit physique, mental, spirituel…

 

A regarder également l’interview vidéo de Brigitte Grésy, Secrétaire Générale du Conseil Supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, sur le sexisme ordinaire dans l’entreprise : comment le repérer, comment y faire face, comment le faire reculer.

 

 

 

En pleine conscience

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De retour de congés, en pleine forme, j’aimerais vous faire partager une de mes découvertes : le village des Pruniers en Dordogne. Si vous vous intéressez à la méditation et à la pleine conscience, je vous invite à écouter l’enseignement magistral de Thich Nhat Hanh, maître zen fondateur du village des Pruniers, dont voici quelques fondamentaux :

« Pour cultiver la paix, la joie et le bonheur, on a besoin d’énergie. Et la première sorte d’énergie est appelée pleine conscience, « smrti » en Sanscrit. La pleine conscience est une énergie qui nous permet d’être là, dans l’instant présent. Quand on respire en pleine conscience, on peut ramener l’esprit vers le corps. Chaque souffle, chaque pas que l’on fait, peut nous aider à revenir dans l’instant présent. La pleine conscience est porteuse de concentration, la deuxième sorte d’énergie. Si ces deux premières énergies sont assez puissantes, elles feront émerger la troisième, la vision profonde. Méditer, c’est cultiver l’énergie de la pleine conscience, l’énergie de la concentration, l’énergie de la vision profonde, afin d’atteindre la joie, le bonheur et la paix.

Les huit exercices de la pleine conscience :

  • Je reconnais, je suis conscient que j’inspire et que j’expire
  • Je suis le parcours de l’inspiration et de l’expiration jusqu’au bout
  • J’inspire et je suis conscient de l’existence de mon corps
  • J’inspire et je calme mon corps, je relâche mon corps
  • Je génère la joie
  • Je génère le bonheur
  • Je reconnais une sensation douloureuse
  • Je prends soin, j’embrasse la souffrance

La pratique nous aide à être conscient de l’énergie de l’habitude, énergie destructrice, léguée par nos parents et nos ancêtres. La reconnaissance suffit. Le pratiquant doit éprouver joie et plaisir dans la méditation en pleine conscience, c’est important. »

Les clés de la psychologique bouddhiste par Thich Nhat Hanh toujours dans la même vidéo (à partir d’1h23) : ici.

Définition apportée par Jon Kabat-Zinn dans son ouvrage Méditer, 108 leçons de pleine conscience, édition Marabout, 2010 :  » La pleine conscience est la conscience sans jugement de chaque instant, que l’on cultive en prêtant attention. Elle peut être renforcée par la pratique. Cette pratique est parfois appelée méditation. » Il ajoute plus tard que « la méditation est une façon d’être, non une technique. Le but de la méditation n’est pas de tenter d’accéder à un ailleurs, mais de permettre d’être exactement là où l’on est, tel que l’on est, et de permettre au monde d’être exactement tel qu’il est à cet instant même. C’est un acte d’amour radical, un geste intérieur de bienveillance et de bonté envers soi-même et les autres, un geste du coeur qui reconnaît notre perfection, y compris dans notre évidente imperfection.

A l’occasion de la 3e édition du Forum international de l’évolution de la conscience, Matthieu Ricard explique comment nous pouvons transformer notre conscience grâce à la méditation.

En pratique, pour aider ceux qui comme moi sont sur le (long) chemin de la pratique, voici quelques sources pour y parvenir : Trois minutes à méditer, les conseils de Christophe André, les applications pour se détendre et méditer.

Un atelier avec Christophe André pour s’initier à la méditation en pleine conscience, prochaine rencontre le 14 octobre.

Ton héritage

 

Benjamin Biolay (La superbe, 2009)

Si tu aimes les soirs de pluie
Mon enfant, mon enfant
Les ruelles de l’Italie
Et les pas des passants
L’éternelle litanie
Des feuilles mortes dans le vent
Qui poussent un dernier cri
Crie, mon enfant

Si tu aimes les éclaircies
Mon enfant, mon enfant
Prendre un bain de minuit
Dans le grand océan
Si tu aimes la mauvaise vie
Ton reflet dans l’étang
Si tu veux tes amis
Près de toi, tout le temps

Si tu pries quand la nuit tombe
Mon enfant, mon enfant
Si tu ne fleuris pas les tombes
Mais chéris les absents
Si tu as peur de la bombe
Et du ciel trop grand
Si tu parles à ton ombre
De temps en temps

Si tu aimes la marée basse
Mon enfant, mon enfant
Le soleil sur la terrasse
Et la lune sous le vent
Si l’on perd souvent ta trace
Dès qu’arrive le printemps
Si la vie te dépasse
Passe, mon enfant

{Refrain:}
Ça n’est pas ta faute
C’est ton héritage
Et ce sera pire encore
Quand tu auras mon âge
Ça n’est pas ta faute
C’est ta chair, ton sang
Il va falloir faire avec
Ou, plutôt sans

Si tu oublies les prénoms
Les adresses et les âges
Mais presque jamais le son
D’une voix, un visage
Si tu aimes ce qui est bon
Si tu vois des mirages
Si tu préfères Paris
Quand vient l’orage

Si tu aimes les goûts amers
Et les hivers tout blancs
Si tu aimes les derniers verres
Et les mystères troublants
Si tu aimes sentir la terre
Et jaillir le volcan
Si tu as peur du vide
Vide, mon enfant

{au Refrain}

Si tu aimes partir avant
Mon enfant, mon enfant
Avant que l’autre s’éveille
Avant qu’il te laisse en plan
Si tu as peur du sommeil
Et que passe le temps
Si tu aimes l’automne vermeil
Merveille, rouge sang

Si tu as peur de la foule
Mais supportes les gens
Si tes idéaux s’écroulent
Le soir de tes vingt ans
Et si tout se déroule
Jamais comme dans tes plans
Si tu n’es qu’une pierre qui roule
Roule, mon enfant

{au Refrain}

Mon enfant

 

« Pourquoi moi, je suis moi ? »

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« Pourquoi moi, je suis moi ? » demande une enfant de six ans. Ravissement devant cette question…

Le philosophe Charles PÉPIN lui répond : « Je vais te répondre quelque chose de bizarre, mais je pense que toi tu n’es pas toi. Que c’est dangereux de penser qu’on est soi, comme si à l’intérieur de soi, il y avait un noyau évident, impossible à casser, avec une identité, qui ne bouge pas, qui serait fixe toute la vie. Je pense que toi, tu es traversée toute la vie par plein de personnes différentes, plein d’états différents et plein d’humeurs différentes. Et c’est cette richesse qui fait ta complexité. Et qui fait que tu es toi justement.

Maintenant, si tu es celle que tu es, c’est parce que tu es le résultat d’une histoire, notamment de celle de tes parents, de tes grands-parents, que tu as occupé une place dans le projet parental de tes parents, ou d’ailleurs de l’absence de projet parental, que tu as une place dans une fratrie, et qu’au fond, il y a plein de raisons qui t’échappent, qui font que toi tu es toi parce que tu es en grande partie le résultat d’une histoire que tu n’as pas choisie.

Maintenant, ce qui est important, c’est que de cette histoire dont tu hérites, il va te falloir te faire ton histoire. C’est-à-dire inventer ta liberté, inventer ta singularité, à partir de quelque chose que tu n’as pas choisi, et dont tu hérites.

C’est tout l’enjeu de la vie humaine, c’est de faire de l’héritage une liberté. Et ce que voulait dire Nietzsche, lorsqu’il disait « Deviens ce que tu es ! ». Il faut devenir quelqu’un et être capable de métamorphoser tout ce que l’on a reçu, qui nous détermine, en quelque chose que nous inventons, ou au moins à quoi nous disons oui.

La question est donc plutôt : comment devenir ce que tu souhaites devenir, comment devenir ce que tu as envie de devenir ? »

Voilà expliqué avec des mots simples par un philosophe (vive le décloisonnement en sciences humaines !) le fondement des histoires de vie, qui me guident dans mes accompagnements individuels et l’animation d’ateliers sur l’expression de son identité professionnelle.

Pour en savoir plus, me contacter.

Consulter ma proposition d’atelier : comment exprimer son identité professionnelle, animé avec le référentiel des histoires de vie.

Charles Pépin, agrégé de philosophie, diplômé de Sciences Po et d’HEC. Il enseigne la philosophie au lycée d’Etat de la légion d’honneur à Saint-Denis et anime les conférences « les lundis philo » du MK2 Hautefeuille de Paris. Site internet des Lundis Philo pour y participer.

 

Pourquoi devient-on fille ou garçon ?

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C’est la question posée par Serge Hefez dans Le nouvel ordre sexuel, 2012, Editions Kero.

Il a voulu expliquer ce que sont le sexe et le genre, comment ils se construisent et comment ils nous construisent, pour désamorcer les peurs et libérer l’enthousiasme.

Selon ce psychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris (1), « le sexuel est préalable à la différence des sexes, voire à la différence des genres, et ce dont il est question en psychanalyse ne concerne pas le sexe de la biologie, mais le sexe d’une anatomie  fantasmatique, d’une représentation inconsciente du corps profondément marquée par l’histoire de chaque sujet. Il y a plus d’un siècle,  Freud a montré que si l’opposition masculin/féminin est la plus rebelle à la pensée, elle n’est ni purement biologique, ni purement sociologique, ni purement psychologique, mais un mélange curieux des trois. S’il n’y a que deux sexes, nous hébergeons une multitude de genres ! Le masculin et le féminin se prolongent dans une infinité de figures d’avantage qu’ils ne s’affrontent dans un système binaire d’oppositions. L’inconscient puise peu à peu dans chaque histoire singulière les matériaux de la construction ultérieure de la distinction de sexe. Dans chaque histoire, mais aussi dans le contexte historique et culturel dans lequel nous baignons. Nous nous trouvons complètement ficelés, contraints, contenus par une multitude d’injonctions, de prescriptions, de représentations, de projections, de règles héritées de notre environnement personnel, familial, social, culturel, religieux, qui nous dictent au plus intime de nous-mêmes comment modeler ce sexuel infantile infiniment fantaisiste. Au point que certains prennent parfois ce modelage pour de la « norme » ou même de la « nature ». »

Le mérite de la recherche de Serge Hefez est d’avoir tenté d’explorer « les fantômes, les transmissions, les héritages, qui transforment les questions autour du genre en bombes à retardement, et affolent nos capteurs, au point de nous priver de la clairvoyance et de la confiance nécessaires pour aborder sereinement nos révolutions. »

Psychanalyste, il rejoint le postulat des sociologues cliniciens qui affirment avec lui que savoir, comprendre d’où l’on vient, et ce qui travaille en nous, ce qui nous propulse et ce qui nous retient, ce qui empêche ou pas la transformation, quelle qu’elle soit, est indispensable pour rendre le changement possible.

Cet effort d’exploration de son identité, y compris son identité de genre, est gagnant, car il apporte la connaissance et le développement de soi, une libération intérieure, source de sérénité et d’acceptation des différences, les siennes et celles des autres. C’est un message d’espoir, et c’est la raison pour laquelle je vous conseille cet ouvrage, qui m’a personnellement bien éclairée.

(1) Serge Hefez est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La danse du couple (Hachette Littérature, 2002), Antimanuel de psychologie (Bréal, 2009), Scènes de la vie conjugale (Fayard, 2010). Lien vers son blog.

 

Coaching or not coaching

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Vous vous demandez peut-être ce qu’est le coaching ? Mot à la mode utilisé à tort et à travers, notamment par les médias et la publicité.

Voici une définition apportée par Pierre Angel et Patrick Amar (Que sais-je ? PUF, 2005) : « le coaching en milieu professionnel est un processus d’accompagnement d’une personne ou d’un groupe de personnes au travail avec pour objectif l’optimisation du potentiel des individus. L’intervention de coaching crée un espace où l’individu peut évacuer ce qui fait obstacle à son développement, exprimer son désir et ses aspirations, développer ses atouts, acquérir de nouvelles compétences et des savoirs, et mettre en oeuvre un plan d’amélioration de sa performance ».

Ce que le coaching n’est pas : du conseil, du mentoring, une thérapie ou une formation. Il est une coconstruction, une coélaboration entre coach et coaché, fondée sur la puissance de la relation intersubjective. Le postulat est que le coaché possède en lui les compétences et le potentiel pour trouver ses propres solutions. Le coach agit comme un catalyseur, un facilitateur de changement.

D’où vient ce mot ? Il proviendrait du français « coche » que des experts font dériver du hongrois kocsis ou du tchèque koczi. Ce terme désignait au XVIe siècle une imposante voiture tirée par des chevaux et destinée au transport de voyageurs. L’homme préposé à la conduite du coche portait tout naturellement le nom de « cocher ». Une autre catégorie avait déjà bien avant reçu l’appellation de cocher : le guerrier qui dans l’Antiquité se tenait debout aux côtés du prince et était chargé de diriger le char au cours de la bataille. Ces cochers civils ou militaires jouaient un rôle discret, mais essentiel : celui de conduire leurs passagers, de les emmener d’un point à un autre, de les accompagner, de leur faire passer des obstacles. Coachs avant l’heure… Au cours de l’histoire, le mot « coche » a franchi plusieurs frontières avant de faire souche en Amérique, où il a acquis au XXe siècle un sens inédit : celui d’entraineur, de préparateur, d’accompagnateur sportif. (Vincent Lenhardt, Dictionnaire des coachings, Dunod, 2007). D’ailleurs, comment dit-on « entraîner » en anglais ? To coach.

On peut décerner à Socrate le titre honorifique de père du coaching : celui qui lançait « connais-toi toi-même » au Ve siècle avant Jésus-Christ et fut le précurseur de la maïeutique, l’art d’accoucher les esprits : « Je crois qu’on ne peut mieux vivre qu’en cherchant à devenir meilleur, ni plus agréablement qu’en ayant la pleine conscience de son amélioration », professait le philosophe grec.

Aujourd’hui, comme hier outre-Atlantique, le coaching connaît une progression rapide parmi les dirigeants, les managers, et de plus en plus les cadres. Et comme l’histoire aime à se répéter, le coaching est en train de déborder du monde de l’entreprise pour s’étendre au domaine de la vie privée. On fait désormais appel à un coach pour réfléchir à ses choix de carrière, sa façon de travailler, de communiquer, de manager, ou encore … de s’habiller.

Vincent Lenhardt ajoute : « nombre de personnes ont désespérément besoin de retrouver du sens et de reconstruire du lien social. L’éminent psychologue Carl Rogers a considéré que personne ne peut apprendre quoi que ce soit à autrui, et l’on sait désormais que ce n’est jamais totalement l’accompagnateur d’un côté, ni le client coaché d’autre part, qui ont seuls la solution, mais que c’est dans l’intersubjectivité, dans la rencontre, que naît la solution. »

La demande des entreprises évolue : il est de plus en plus question de favoriser chez les coachés l’ouverture à la complexité, la prise en compte de la diversité, l’acquisition d’une plus grande maturité relationnelle (Reine-Marie Halbout, Savoir être coach, Eyrolles, 2009). Si le coaching se développe, c’est bien parce qu’il correspond à un besoin profond de trouver de nouveaux repères individuels et collectifs au sein des entreprises. Il comporte des atouts à la fois pour les collaborateurs amenés à prendre du recul, à bénéficier d’un temps pour eux, à se développer personnellement et professionnellement et pour les entreprises, confrontées à des défis essentiels (culturels, économiques et sociaux). Pour autant, la vigilance doit être de mise, afin que coachs et coachés ne se retrouvent pas instrumentalisés. Je conclurai en citant les propos de Valérie Brunel que je partage : « Penser le monde du travail comme dépendant d’abord de paramètres interpersonnels, c’est prendre le risque de transformer les conflits organisationnels en conflits inter ou intrapsychiques » (Les managers de l’âme : le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique du pouvoir ? La Découverte, 2008″). L’antidote à l’instrumentalisation ? Pour le coach, la déontologie et la supervision ; pour le coaché, le contrat, qui le protège, ainsi que la confidentialité absolue des échanges.

Poursuivre par ma conception de l’accompagnement.

Pour en savoir plus sur la reconnaissance du titre de coach.

Questions fréquentes sur le coaching.

 

Leadership en mouvement et la série Game of Thrones

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Pour compléter l’article publié récemment, on retrouve dans la série Game of Thrones la notion de mouvement associé au leadership, au centre de l’atelier co-créé et co-animé avec Elodie Bergerault de Danaïade, que je propose dans mes domaines d’intervention.
Dans l’article Cinq leçons de leadership à tirer de la série Game of Thrones, on y lit ainsi qu’un leader doit, selon Yaël Gabision (Smartside), « savoir mettre les gens en mouvement. Il est magnanime, protecteur, reconnaissant, exemplaire… »
Le leader est donc non seulement en mouvement, mais il contribue aussi à mettre les autres en mouvement.
Les cinq leçons :
  1. S’adapter pour survivre
  2. Capitaliser sur ses forces… et sur ses faiblesses
  3. Susciter l’adhésion
  4. Gérer les luttes de pouvoir
  5. Surveiller sa réputation auprès de ses pairs

Dans le même registre, je vous recommande l’interview vidéo d’Edgard Grospiron, ancien champion de ski de bosses, aujourd’hui consultant en management pour les entreprises, sur le site horizon entrepreneurs.fr.

Pour lui, la motivation d’un entrepreneur ou d’un leader se cultive, « ce n’est pas un don du ciel, c’est une énergie qui s’entretient, qui se transmet, qui se reçoit. Le travail à faire pour entretenir cette motivation : avoir une vision qui a du sens, toujours renouvelée, avec une stratégie, et prendre du plaisir aussi, en se centrant avant tout sur ce que l’on sait faire de très bien. J’ai pu durer et réussir au plus haut niveau dans le ski en capitalisant sur ce que je savais faire le mieux. »
Qu’est-ce qu’un bon patron ? Pour Edgard Grospiron, c’est quelqu’un qui « sait créer un espace d’aventure et de conquête pour que chacun de ses collaborateurs y voit un lieu d’accomplissement. C’est ça le métier de dirigeant : c’est faire réussir ses équipes dans ses aspirations et ses résultats. Lorsque je suis arrivé dans le ski, je voulais gagner. Mes entraineurs m’ont fait prendre conscience que si je voulais gagner, il fallait que je grandisse, que je maîtrise mon art, que je prenne ma vie en mains, et des responsabilités. Et puis aussi que je sois heureux dans ce que je faisais. A partir de là, les résultats arrivent parce que les conditions ont été créées pour que les résultats arrivent ».

 

 

 

Le leadership en mouvement

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Photo prise de lors de la réunion annuelle des Essenti’Elles avec une chorégraphie dansée par les 200 participants de la salle, un grand moment de vitalité et de joie partagées !

J’ai la chance d’avoir rencontré Elodie Bergerault de Danaïade, experte en mouvement, chorégraphe, et ensemble, nous avons conçu un atelier sur le leadership, à destination des femmes du réseau Essenti’Elles de BPCE.
L’atelier Elles bougent !  invite les participantes à bouger et à s’interroger sur la posture du leader. La promesse : « ouvrez vos perceptions, lâchez vos préjugés, surprenez-vous et voyagez dans votre corps… » En co-animation, nous proposons avec Elodie une expérience inédite, créée sur mesure pour les Essenti’Elles.
Si vous êtes intéressé, contactez-moi pour en savoir plus.
Pourquoi le leadership me direz-vous ? Encore un mot à la mode dans les entreprises… Et pourtant, pour briser le fameux plafond de verre, les femmes ont leur part à jouer pour se libérer de leurs peurs, freins, auto-censures, et soumissions en tous genres. Ce qui ne dédouane pas les entreprises d’une action volontariste contre les préjugés de recrutement, de management ou de promotion, et des réformes structurelles indispensables à mettre en oeuvre (en matière de salaire, formation, accompagnement, mobilité…), pour que les femmes accèdent à des postes à responsabilité et tout simplement par équité.
Les ouvrages abondent sur le sujet, et depuis ces dernières années en particulier à destination des femmes pour qu’elles osent ! Je suis plutôt réservée sur l’injonction, qui peut laisser trop vite croire que les femmes sont seules responsables de leur impossibilité à évoluer dans leur entreprise (parce qu’elles n’oseraient pas) : trop facile. Il y a les individus, et il y a le système, qui facilite ou non la mixité et la diversité d’une manière générale, la mobilité et la transversalité, la prise d’initiatives et l’autonomie, ou les relations au travail transgénérationnelles par exemple.
A ces réserves, j’ajouterais une exception : le livre de Nathalie Loiseau, remarquable d’intelligence et d’authenticité. Son titre : Choisissez tout, Éd. JC Lattès. Il est remarquable, car il incite les femmes à revoir leur relation au travail, à la famille et aux hommes. C’est un électrochoc, qui a pour mérite de bousculer femmes et hommes dans leurs certitudes, et qui met en lumière les conditionnements intériorisés par les femmes depuis toujours.
Une vigilance : ne surtout pas tomber dans le travers qui fait florès aujourd’hui dans les conférences ou sur Internet, le soi-disant leadership spécifiquement féminin. Cet article explique bien en quoi c’est un piège dangereux pour les dirigeantes.
Le blog EVE, très bien fait, sur l’égalité femmes / hommes et se faisant l’écho des programmes mis en oeuvre par quelques grandes entreprises. Revue du web sur le leadership, à lire ici.
Pour concevoir cet atelier, j’ai fait quelques recherches sur la notion de leadership. Sa définition tout d’abord :  ce qui a trait à l’influence dans un groupe, et plus particulièrement les conditions d’exercice de l’autorité dans les organisations (mot anglais utilisé en France par Alfred Binet dès le début du XXe siècle).
De nombreux chercheurs se sont penchés sur cette question, en particulier aux Etats-Unis et dans d’autres pays, dont la France. Pour revenir sur l’historique des recherches et études entreprises sur le groupe et l’influence, je conseille les lectures suivantes :
En synthèse, à retenir :
La publication, en 1895, de La psychologie des foules de Gustave Le Bon est un événement important dans le paysage français. Le Bon y propose des solutions pour ne pas se laisser gouverner par la foule. C’est un succès immédiat, mais le terme que l’auteur emploie dans son ouvrage n’est pas tant celui de chef que celui de meneur. Ainsi, Le Bon est, dès sa parution, traduit simultanément en anglais, en allemand et en russe, et le psychologue français Alfred Binet, qui fait partie du comité de rédaction d’une revue de psychologie américaine, en fait aussitôt un compte rendu très négatif. Le premier texte de psychologie du leadership date de 1904 et est écrit par un Américain, Lewis Terman, qui, inspiré par le test de Binet qui vient d’être publié, sera l’un des inventeurs du concept de Quotient intellectuel.

Taylor, qui construit une théorie parfaitement déterministe sur l’organisation du travail, n’est pas étranger à ce vocabulaire et, lors d’une conférence qu’il tient à Harvard en 1909, il vante « les dons rares des grands conducteurs d’hommes qui appellent à la fois l’admiration, l’amour, le respect et la crainte. » Harvard, qualifiée de “mère des leaders”, est un lieu où l’on voit se formuler quantité de choses autour de ce discours sur le leadership. La Harvard Business School ouvre ses portes en 1908 et, quand bien même la première chaire de leadership n’y sera créée qu’en 1982, des enseignements dans ce domaine y sont dispensés dès l’origine. Aux États-Unis, l’école sera très tôt jugée comme le lieu de la formation des leaders dès leur prime enfance.

 

Seront déterminantes ensuite les théories de Kurt Lewin (1938), Lippitt et White, Fritz Redl (1954), Yalom et Liebermann… qui définissent les styles de leadership, la relation de l’individu au groupe et les phénomènes d’influence. En France, on se penchera avec attention sur les travaux de Jacqueline Barus-Michel et Eugène Enriquez, Vocabulaire de psycho-sociologie, 2013 (page 224) : « Freud attribuait le lien social (1921) à l’effet du meneur ou du chef. Celui-ci est sensé aimer tous les membres d’un amour égal comme un père et ses enfants. Le pouvoir repose sur la croyance : celle de ceux qui vont se soumettre parce qu’ils croient que ses représentants détiennent les clés de leur sécurité ou de leur bonheur. Ils ne s’aperçoivent pas que c’est la force de leur demande qui fait celle d’un pouvoir qui n’est souvent qu’un simulacre agité devant leurs yeux. »

Et pour Alain Duluc (Leadership et confiance, 2003) : l’enjeu du leadership et de la confiance ne se situe plus seulement dans la maîtrise de techniques et de savoir-faire managériaux rationnels. Bien sur, il convient toujours de connaître son métier et autres savoirs techniques. Mais la capacité à entraîner les autres avec soi, à leur donner envie d’avancer constitue un plus qui fait la différence. Mais cela ne se résume pas à une vision bien communiquée, il y a encore un autre plus. Il consiste à bien comprendre les êtres humains, leurs motivations profondes et à tisser avec eux des relations humaines plus riche. Cette évolution suppose des leaders capables de s’affirmer pleinement.

En appui, voici le témoignage incarné de Virginie Guyot, ex-pilote de chasse , première femme commandant de la Patrouille de France à 32 ans, qui sait combien performance et confiance sont intimement liées. « Dès le décollage, le risque est permanent, pas de droit à l’erreur. Nous mettons notre vie entre les mains de nos coéquipiers et réciproquement ».

Ses cinq conseils aux dirigeants pour susciter la confiance  :

  • Recruter en fonction des qualités humaines (et pas que techniques)
  • Prendre le temps d’écouter les autres
  • Etre transparent
  • Donner du sens et une direction
  • Etre exemplaire
Pour lire l’article complet sur les Echos Entrepreneurs.

Don et contre-don

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J’ai eu l’occasion lors d’une séance de coaching de m’interroger sur le tryptique donner-recevoir-rendre avec à un client mal à l’aise face à la générosité de sa famille et ayant bien compris qu’une trop grande générosité place l’autre en dette. Je me suis donc intéressée de près à l’ouvrage fondateur de Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, (1) préfacé par Claude Lévy-Strauss, pour comprendre cette fameuse relation don / contre-don amenée par l’un des pères de l’anthropologie sociale.

Marcel Mauss a décrypté les trois obligations, donner, recevoir, rendre des tribus nord-ouest américaines. Pour lui, l’obligation de DONNER est l’essence même du potlatch. Un chef doit donner des potlatch, pour lui-même, pour son fils, son gendre ou sa fille, pour ses morts. Il ne conserve son autorité sur sa tribu et son village, voire sur sa famille, il ne maintient son rang entre chefs que s’il prouve qu’il est hanté et favorisé des esprits et de la fortune, qu’il est possédé par elle et qu’il la possède ; et il ne peut prouver cette fortune qu’en la dépensant, en la distribuant, en humiliant les autres, en les mettant à l’ombre de son nom… perdre le prestige, c’est bien perdre l’âme : c’est vraiment la « face », c’est le masque de danse, le droit d’incarner un esprit, … c’est vraiment la personna, qui sont ainsi mis en jeu… L’obligation de RECEVOIR ne contraint pas moins. On n’a pas le droit de refuser un don, de refuser un potlatch. Agir ainsi, c’est manifester qu’on craint d’avoir à rendre, c’est craindre d’être « aplati » tant qu’on n’a pas rendu. En réalité, … c’est « perdre le poids » de son nom… Mais en l’acceptant (le don), on sait qu’on s’engage… L’obligation de RENDRE dignement est impérative. On perd « la face » à jamais si on ne rend pas, ou si on ne détruit pas les valeurs équivalentes.

[1] Sociologie et anthropologie, Marcel Mauss, Editions Puf, 1950, 13ème édition novembre 2013. Et L’essai sur le don, 1923.

Et je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un extrait d’un écrit de Paul Ricoeur analysant la théorie de Mauss, en y associant don et reconnaissance, avec un prolongement sur argent et vérité.

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La lutte pour la reconnaissance et le don, extrait d’un article publié par Paul Ricoeur, et consultable dans son intégralité sur le site du Fonds Ricoeur.

« Dans sa grande œuvre L’Essai sur le don, sous-titrée Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques, Marcel Mauss parle de sociétés « archaïques » non pas au sens barbare du terme, mais voulant dire qu’elles ne sont pas entrées dans le mouvement général de la civilisation — une société polynésienne ou d’Amérique. Ceci est important parce que mon problème sera de savoir si le don reste un phénomène archaïque et si nous pouvons retrouver des équivalents modernes de ce que Marcel Mauss a très bien décrit comme «économie du don» ; pour Mauss il s’agit d’une économie, c’est-à-dire que le don se place dans la même lignée que l’économie marchande. La relecture qui est faite aujourd’hui de Marcel Mauss est présentée dans le livre de Marcel Hénaff intitulé Le Prix de la vérité, en sous-titre Le don. C’est une tentative de réinterprétation de la dialectique de l’échange du don pour le sortir de son archaïsme et lui restituer un avenir. Mauss avait bien vu dans ces pratiques archaïques quelque chose d’étrange qui ne le mettait pas sur le chemin de l’économie marchande, qui n’était pas un antécédent ou un précédent, donc une « forme primitive » , mais qui était situé sur un autre plan. C’est sur le caractère cérémoniel de l’échange que je veux insister : la cérémonie de l’échange ne se fait pas dans la quotidienneté ordinaire des échanges marchands, bien connus de ces populations sous la forme du troc ou même de l’achat et de la vente avec quelque chose comme une monnaie. Hénaff souligne que le don, la chose donnée dans l’échange, n’est pas du tout une monnaie ; ce n’est pas une monnaie d’échange, c’est autre chose, mais alors quoi ? Reprenons l’analyse de Mauss au point où il s’arrête — sur une énigme, l’énigme du don : le don appelle le contre-don, et le grand problème de Marcel Mauss n’est pas du tout «pourquoi faut-il donner » mais « pourquoi faut-il rendre ? ».

Pour Marcel Mauss la grande énigme est donc le retour du don. La solution qu’il en donnait était d’assumer l’explication apportée par ces populations elles-mêmes ; et c’est d’ailleurs ce que Lévi-Strauss, dans Les structures élémentaires de la parenté, et dans le reste de son œuvre, a critiqué : le sociologue ou l’anthropologue assume ici les croyances de ceux qu’il observe. Or que disent ces croyances ? Qu’il y a dans la chose échangée une force magique, qui doit circuler et retourner à son origine. Donner en retour, c’est faire revenir la force contenue dans le don à son donateur. L’interprétation que Marcel Hénaff nous propose (et que je prends à mon compte) est que ce n’est pas une force magique, qui serait dans le don, qui contraindrait au retour, mais le caractère de substitut et de gage. La chose donnée, quelle qu’elle soit — des perles ou des échanges matrimoniaux, n’importe quoi en guise de présent, de don, de cadeau — n’est rien que le substitut d’une reconnaissance tacite ; c’est le donateur qui se donne lui-même en substitut dans le don et en même temps le don est gage de restitution ; le fonctionnement du don serait en réalité non pas dans la chose donnée mais dans la relation donateur-donataire, à savoir une reconnaissance tacite symboliquement figurée par le don. Je prendrai cette idée d’une relation de reconnaissance symbolique pour objet de la confrontation avec les analyses de la lutte issues de Hegel. Il me semble que ce n’est pas la chose donnée qui par sa force exige le retour mais c’est l’acte mutuel de reconnaissance de deux êtres qui n’ont pas le discours spéculatif de leur connaissance ; la gestuelle de la reconnaissance, c’est un geste constructif de reconnaissance à travers une chose qui symbolise le donateur et le donataire.

Je peux justifier cette interprétation, en la mettant en rapport avec une expérience qui n’est certainement pas archaïque : nous avons une expérience de ce qui n’a pas de prix, la notion du « sans prix ». Dans la relation de don entre les «primitifs » , comme on les appelait à cette époque-là, il y avait l’équivalent de ce qui pour nous a d’abord été dans l’expérience grecque la découverte du « sans prix » lié à l’idée de vérité — d’où le titre du livre de Hénaff, Le prix de la Vérité : en réalité, c’est le « sans prix » de la vérité. L’expérience fondatrice ici, c’est la déclaration de Socrate face aux sophistes : « moi j’enseigne la vérité sans me faire payer » ; ce sont les sophistes qui sont des professeurs que l’on paye —nous sommes dans la lignée des sophistes plus que de Socrate.

Un problème a été posé à l’origine, c’est le rapport entre la vérité et l’argent, un rapport que l’on peut dire d’inimitié. Cette inimitié entre la vérité (ou ce qui est cru comme vérité et enseigné comme vérité) et l’argent a elle-même une longue histoire — et le livre de Hénaff est en grande partie une histoire de l’argent face à la vérité. En effet l’argent, de simple indice d’égalité de valeur entre des choses échangées, est devenu lui-même une chose de valeur, sous la forme d’un capital ; là les analyses marxistes sont certainement à leur place, sur la façon dont la valeur d’échange est devenue plus-value et, à partir de là, mystification, au sens que l’argent devient mystérieux puisqu’il produit de l’argent alors qu’il ne devrait être que le signe d’un échange réel entre des choses qui ont leur valeur soit par la rareté, soit par le travail qui y est inclus, soit par la plus-value de la mise à la disposition d’un consommateur ; que de mystification l’argent soit devenu la chose universelle qu’il est devenu marque le comble du conflit entre la vérité et l’argent.

À cet égard, Hénaff renvoie au livre du grand sociologue allemand Simmel (fin XIXe—début XXe), dans lequel il fait l’éloge de l’argent en comprenant sa place dans la civilisation comme universel échangeur ; l’argent est donc titulaire en quelque sorte de tous les processus d’universalisation —ce que nous vivons actuellement comme globalisation ; le premier phénomène à globalisation, c’est la circulation de l’argent ; et Simmel va même jusqu’à dire qu’il est symbole de liberté en ce sens qu’on peut acheter n’importe quoi avec l’argent, on a donc la liberté de choix. Mais Simmel, qui est en même temps un moraliste néo-kantien montre quelque chose de monstrueux que Socrate avait prévu : le désir d’argent est une soif illimitée ; on pense au mot d’Horace « aurisacra fames », la faim sacrée de l’or. On retrouve ce que tous les moralistes, depuis Aristote et les stoïciens, avaient dénoncé comme la volonté d’avoir trop, la « pléonexia », l’insatiable. L’insatiable, c’est à la fois l’infini et l’insaisissable, d’où la signification libératrice du rapport avec les biens non marchands — le titre d’une livraison récente de la revue Esprit se présentait sous la forme d’une interrogation inquiète : « Existe-t-il encore des biens non marchands ? ». Ma suggestion est que, dans les formes contemporaines et quotidiennes de l’échange cérémoniel des cadeaux nous avons un modèle d’une pratique de reconnaissance, de reconnaissance non-violente. Il y aurait alors un travail à faire, qui serait la réplique du travail d’Honneth sur les formes du mépris, une enquête sur les formes discrètes de reconnaissance dans la politesse, mais aussi dans le festif. Est-ce que la différence entre les jours ouvrables, comme nous disons, et les fêtes ne garde pas une signification fondatrice, comme s’il y avait une sorte de sursis dans la course à la production, à l’enrichissement : le festif serait pour ainsi dire la réplique non violente de notre lutte pour être reconnu ? On peut dire que nous avons une expérience vive de la reconnaissance dans un rapport de cadeau, d’échange, de bienfait ; nous ne sommes plus en demande insatiable mais nous avons en quelque sorte le petit bonheur d’être reconnaissant et d’être reconnu. Soulignons le fait qu’en français le mot reconnaissance signifie deux choses, être reconnu pour qui on est, reconnu dans son identité, mais aussi éprouver de la gratitude — il y a, on peut le dire, un échange de gratitude dans le cadeau.

Je termine sur l’interrogation qui est la mienne : jusqu’à quel point peut-on donner une signification fondatrice à ces expériences rares ? Je tendrais à dire que tant que nous avons le sentiment du sacré et du caractère hors-ouvrage de la cérémonie dans l’échange sous son aspect cérémoniel, alors nous avons la promesse d’avoir été au moins une fois dans notre vie reconnu ; et si nous n’avions jamais eu l’expérience d’être reconnu, de reconnaître dans la gratitude de l’échange cérémoniel, nous serions des violents dans la lutte pour la reconnaissance. Ce sont ces expériences rares qui protègent la lutte pour la reconnaissance de retourner à la violence de Hobbes. » Paul RICŒUR

A lire également : l’identité narrative.

De Mauss à Lévi-Strauss, 50 ans après.

A regarder, cette explication remarquable du don (demander, donner, recevoir, rendre) en vidéo avec Jean-Edouard Grésy, anthropologue, et co-auteur avec Alain Caillé de l’ouvrage La révolution du don. Le management repensé à la lumière de l’anthropologie. Editions du Seuil, 2014.