« Pourquoi moi, je suis moi ? » demande une enfant de six ans. Ravissement devant cette question…
Le philosophe Charles PÉPIN lui répond : « Je vais te répondre quelque chose de bizarre, mais je pense que toi tu n’es pas toi. Que c’est dangereux de penser qu’on est soi, comme si à l’intérieur de soi, il y avait un noyau évident, impossible à casser, avec une identité, qui ne bouge pas, qui serait fixe toute la vie. Je pense que toi, tu es traversée toute la vie par plein de personnes différentes, plein d’états différents et plein d’humeurs différentes. Et c’est cette richesse qui fait ta complexité. Et qui fait que tu es toi justement.
Maintenant, si tu es celle que tu es, c’est parce que tu es le résultat d’une histoire, notamment de celle de tes parents, de tes grands-parents, que tu as occupé une place dans le projet parental de tes parents, ou d’ailleurs de l’absence de projet parental, que tu as une place dans une fratrie, et qu’au fond, il y a plein de raisons qui t’échappent, qui font que toi tu es toi parce que tu es en grande partie le résultat d’une histoire que tu n’as pas choisie.
Maintenant, ce qui est important, c’est que de cette histoire dont tu hérites, il va te falloir te faire ton histoire. C’est-à-dire inventer ta liberté, inventer ta singularité, à partir de quelque chose que tu n’as pas choisi, et dont tu hérites.
C’est tout l’enjeu de la vie humaine, c’est de faire de l’héritage une liberté. Et ce que voulait dire Nietzsche, lorsqu’il disait « Deviens ce que tu es ! ». Il faut devenir quelqu’un et être capable de métamorphoser tout ce que l’on a reçu, qui nous détermine, en quelque chose que nous inventons, ou au moins à quoi nous disons oui.
La question est donc plutôt : comment devenir ce que tu souhaites devenir, comment devenir ce que tu as envie de devenir ? »
Charles Pépin, agrégé de philosophie, diplômé de Sciences Po et d’HEC. Il enseigne la philosophie au lycée d’Etat de la légion d’honneur à Saint-Denis et anime les conférences « les lundis philo » du MK2 Hautefeuille de Paris. Site internet des Lundis Philo pour y participer.
C’est la question posée par Serge Hefez dans Le nouvel ordre sexuel, 2012, Editions Kero.
Il a voulu expliquer ce que sont le sexe et le genre, comment ils se construisent et comment ils nous construisent, pour désamorcer les peurs et libérer l’enthousiasme.
Selon ce psychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris (1), « le sexuel est préalable à la différence des sexes, voire à la différence des genres, et ce dont il est question en psychanalyse ne concerne pas le sexe de la biologie, mais le sexe d’une anatomie fantasmatique, d’une représentation inconsciente du corps profondément marquée par l’histoire de chaque sujet. Il y a plus d’un siècle, Freud a montré que si l’opposition masculin/féminin est la plus rebelle à la pensée, elle n’est ni purement biologique, ni purement sociologique, ni purement psychologique, mais un mélange curieux des trois. S’il n’y a que deux sexes, nous hébergeons une multitude de genres ! Le masculin et le féminin se prolongent dans une infinité de figures d’avantage qu’ils ne s’affrontent dans un système binaire d’oppositions. L’inconscient puise peu à peu dans chaque histoire singulière les matériaux de la construction ultérieure de la distinction de sexe. Dans chaque histoire, mais aussi dans le contexte historique et culturel dans lequel nous baignons. Nous nous trouvons complètement ficelés, contraints, contenus par une multitude d’injonctions, de prescriptions, de représentations, de projections, de règles héritées de notre environnement personnel, familial, social, culturel, religieux, qui nous dictent au plus intime de nous-mêmes comment modeler ce sexuel infantile infiniment fantaisiste. Au point que certains prennent parfois ce modelage pour de la « norme » ou même de la « nature ». »
Le mérite de la recherche de Serge Hefez est d’avoir tenté d’explorer « les fantômes, les transmissions, les héritages, qui transforment les questions autour du genre en bombes à retardement, et affolent nos capteurs, au point de nous priver de la clairvoyance et de la confiance nécessaires pour aborder sereinement nos révolutions. »
Psychanalyste, il rejoint le postulat des sociologues cliniciens qui affirment avec lui que savoir, comprendre d’où l’on vient, et ce qui travaille en nous, ce qui nous propulse et ce qui nous retient, ce qui empêche ou pas la transformation, quelle qu’elle soit, est indispensable pour rendre le changement possible.
Cet effort d’exploration de son identité, y compris son identité de genre, est gagnant, car il apporte la connaissance et le développement de soi, une libération intérieure, source de sérénité et d’acceptation des différences, les siennes et celles des autres. C’est un message d’espoir, et c’est la raison pour laquelle je vous conseille cet ouvrage, qui m’a personnellement bien éclairée.
(1) Serge Hefez est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La danse du couple (Hachette Littérature, 2002), Antimanuel de psychologie (Bréal, 2009), Scènes de la vie conjugale (Fayard, 2010). Lien vers son blog.
Cette notion de limites entre thérapie et histoire de vie est importante pour les personnes qui me consultent et m’interrogent sur ma pratique ; et si elles ne posent pas la question de façon explicite, je le précise d’emblée lorsque j’explique les modalités de mon intervention : le travail sur son histoire de vie professionnelle, même s’il aborde des champs personnels, ne s’apparente pas à une thérapie. Il peut avoir des effets thérapeutiques, mais ce n’est pas sa finalité.
Michel Legrand (1) délimite lafrontière entre souci de soi et de soin par le contrat établi entre les deux parties : » la thérapie supposerait qu’une personne, client ou mieux patient, adresse une demande d’aide ou de soins à une autre personne qui soit non seulement un intervenant mais encore un psychothérapeute, celle-ci acceptant cette demande et s’engageant à aider la personne souffrante ».
A partir de cette définition, Michel Legrand affirme que « de manière commune, les pratiques de récit de vie n’appartiennent pas stricto sensu au champ thérapeutique, puisqu’y fait défaut le contrat thérapeutique. Le praticien du récit de vie ne s’engage pas à soigner ou à alléger la souffrance des narrateurs avec qui il travaille. » Il précise toutefois que le fait d’adresser à un autre son récit de vie permet à la personne « de le déconstruire, pour le recomposer autrement ». Elle « reraconte son histoire, la resignifie, la charge de nouveaux sens. » (2)
(1) Professeur Michel Legrand (1945-2006), Docteur en psychologie, psychologue clinicien et psychosociologue. Il fut professeur à la Faculté de psychologie de l’Université de Louvain où il enseigna la clinique biographique.
On ne peut intégrer qu’en différenciant. On ne peut s’insérer qu’en se distinguant. Cette contradiction est au coeur de la notion d’identité qui évoque à la fois la similitude – je suis semblable à tous ceux qui ont les mêmes attributs que moi – et la différence – je suis défini par des caractéristiques particulières qui me constituent comme différent de tous les autres (L’histoire en héritage, Editions DDB, 2009).
Vincent de Gaulejac revient encore et toujours sur la notion de place et d’identité en soulignant l’importance de l’ordre généalogique, qui inscrit chaque individu dans une lignée, c’est-à-dire dans une descendance organisée et structurée dans laquelle il va occuper des places successives qui lui sont assignées. Cette assignation lui permet de se singulariser sans se perdre dans l’illusion de s’être engendré lui-même. Les processus d’identification sont au fondement de la construction de l’identité confrontant l’individu à « produire de l’autre à partir du même » selon l’heureuse formule de Pierre Legendre.
Etre semblable sans être identique suppose que chacun soit nommé sous le double registre de l’appartenance à une famille et de la reconnaissance en tant qu’individu singulier : lenom de famille inscrit dans une filiation, un ensemble de liens déterminant un dedans et un dehors ; le prénomest un marqueur d’individualité. Le nom et le prénom octroient une place à l’enfant au sein d’un groupe familial.
« L’impératif généalogique est nécessaire à la constitution de l’ordre social sur plusieurs plans :
dans l’ordre de la temporalité, il introduit la chronologie là où règne la réversibilité
dans l’ordre de la nomination, il introduit le langage, là où règne l’imaginaire
dans l’ordre de la raison, il propose des référents, des catégories, des classements, des repères, là où règnent la confusion et le désordre
dans l’ordre symbolique, il propose des lois, des règles, des interdits au fondement du droit qui permettent d’éviter la loi du plus fort et la violence pulsionnelle
dans l’ordre social, il instaure la hiérarchie entre les générations, au fondement de la socialisation et de la culture, contre le règne de la confusion des genres » (Vincent de Gaulejac, L’histoire en héritage). »
« Les mots sont des morceaux d’affection qui transportent parfois un peu d’information. Une stratégie de défense contre l’indicible, l’impossible à dire, le pénible à entendre, vient d’établir entre nous une étrange passerelle affective, une façade de mots qui permet de mettre à l’ombre un épisode invraisemblable, une catastrophe dans l’histoire que je me raconte sans cesse, sans mot dire. »
C’est ainsi que Boris Cyrulnik débute son récit dans Mourir de dire (2012), pour définir ce qu’est la honte. Et il ajoute plus loin : « La honte, ce sentiment poison, cet abcès dans l’âme, n’est pas irrémédiable. On peut passer de la honte à la fierté quand notre histoire évolue ou selon la manière dont nous prenons place dans notre groupe culturel ». C’est là le point essentiel : la honte est un sentiment qui naît toujours dans une représentation.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je me suis demandée quelle différence il y avait entre honte, assez peu objet d’étude, et culpabilité, beaucoup plus analysée, notamment par les psychanalystes. La honte engendre la dépréciation, l’autre la souffrance. Le coupable se dit : « C’est affreux ce que j’ai fait, elle va me quitter. C’est ma faute, je m’en veux ». Le honteux : » Je me sens rabaissé, moisi sous son regard, je l’évite pour moins souffrir et je lui en veux de me mépriser » (Mourir de dire).
N’oublions pas, nous rappelle Boris Cyrulnik, que les petites hontes de la vie quotidienne et les petites culpabilités ont une fonction morale, qui nous incite à plus d’empathie et de respect de l’autre : « Un zeste de honte, un soupçon de culpabilité nous permettent de coexister dans le respect mutuel et d’accepter les interdits qui structurent la socialisation » (Mourir de dire).
Le sentiment de honte ou de fierté résulte de l’interaction entre deux récits : le récit de soi dialogue avec le récit que les autres font sur nous-mêmes. Le « détracteur intime » du honteux provient toujours d’un effondrement de l’estime de soi. Et triste paradoxe : les victimes d’une agression ou d’un traumatisme se sentent souvent honteuses.
Causes externes culturelles (mythes ou préjugés qui rabaissent celui qui les intériorise) étonnamment variables selon les époques et les pays
Causes externes familiales (parents écrasants ou méprisants)
Fratrie humiliante ou rabaissante
Parents transmetteurs de honte (parent au récit troué par la guerre ou silencieux sur les origines de sa famille)
Causes intériorisées (lorsque les parents attendent tout de leur enfant, qui doit nécessairement être à la hauteur de leurs rêves)
Causes génétiques et épigénétiques
Echecs, traumas (une personne sur deux a subi un trauma)
Vincent de Gaulejac, sociologue, a lui-aussi étudié le sentiment de honte (Les Sources de la honte (Editions DDB, 1996) et en a constaté les effets lors des séminaires d’implication qu’il a animés et dont il a tiré un ouvrage, L’histoire en héritage (Editions DDB, 2009). Danièle, participante à l’un de ces séminaires, est « passée aux aveux » (page 48) : « Certes, elle n’est pas responsable de l’attitude de son père. Mais elle en porte la honte de ce qu’il a fait, et la culpabilité de l’avoir rejeté pour rejeter la faute. Il vaut mieux être « la fille de rien » que la fille d’un collaborateur qui a vraisemblablement participé à la déportation de juifs. La rupture du lien avec son père semble un élément déterminant. Il représente à la fois une nécessité de survie et une coupure qui l’empêche qui l’empêche de vivre. »
Vincent de Gaulejac cite La honte de Annie Ernaux qui évoque la rupture qu’a représentée pour elle la vision de son père voulant assassiner sa mère. Elle avait alors 12 ans : » Et alors tout d’un coup je me mets à vivre les choses autrement, avec recul, en les voyant. C’est ainsi que je découvre que nous appartenons à un milieu qui est celui des dominés… Tout cela forme une boucle de honte qui fait partie désormais de ce que vous êtes, de votre manière de voir, de sentir, de vivre. La honte est une manière de vivre. » Et plus loin : « J’ai mis au jour les codes et les règles des cercles où j’étais enfermée. J’ai répertorié les langages qui me traversaient et constituaient ma perception de moi-même et du monde. Nulle part il n’y avait de place pour la scène du dimanche de juin. Cela ne pouvait se dire à personne, dans aucun des deux mondes qui étaient les miens ».
Selon le sociologue, « Annie Ernaux décrit parfaitement les différents éléments qui constituent le noeud sociosexuel dans lequel s’origine sa honte : la chute de l’enfant roi, l’effondrement de l’image parentale idéalisée, le clivage entre deux mondes sociaux, la dévalorisation de ses parents renforcée par la honte d’avoir honte d’eux, l’humiliation de ne pas maîtriser les codes de la culture dominante et la découverte que ses parents font partie des dominés. »
En conclusion de l’ouvrage, fort instructif pour comprendre l’intérêt et l’importance de ces groupes d’implication dans la construction de son identité : « La honte et la haine sont des symptômes d’un conflit entre, d’une part, la fidélité aux origines, la loyauté vis-à-vis des siens, qui reste un bien précieux qu’il faut préserver à tout prix et d’autre part, les sollicitations de l’idéologie de la réalisation de soi-même, le désir de s’élever, l’envie d’une existence plus aisée. » Vincent de Gaulejac
Le 20 mai 2016, je vais participer à la journée d’études organisée par la SFR Confluences, le Laboratoire de psychologie des Pays de la Loire et le laboratoire 3LAM à Angers.
Au programme : des interventions et témoignages sur l’accompagnement par l’approche biographique.
Définition donnée par Emmanuel Gratton, Maître de conférence, Université d’Angers : « L’approche biographique est une pratique par essence pluridisciplinaire : littérature, ethnographie, sociologie, psychologie, sciences de l’éducation… Elle touche à la fois le champ de la recherche, le champ de la littérature et aujourd’hui, le champ de l’accompagnement. Cette journée d’étude s’adresse aux praticiens et chercheurs de l’approche biographique pour qu’ils témoignent de leur expérience – intime ou extime – de leur pratique – seul ou en groupe – et selon des formes d’expression écrite ou orale. »
Pour les praticiens en sociologie clinique et en accompagnement, renseignements pour y participer : Emilie Pouleau, Maison de la recherche G. Tillion, Angers – emilie.pouleau@univ-angers.fr – 02 41 22 63 94.
Vous le constaterez en me lisant, je fais souvent référence à la sociologie clinique et aux histoires de vie. Certifiée à cette approche, j’en utilise les fondamentaux et supports pour accompagner de façon individuelle ou collective. De quoi s’agit-il ?
L’hypothèse fondamentale qui sous-tend cette approche est la suivante : « L’individu est le produit d’une histoire dont il cherche à devenir le sujet ». Elle a été énoncée par Vincent de Gauléjac, Michel Bonetti, Jean Fraisse, initiateurs du dispositif méthodologique Roman familial, trajectoire sociale, groupes d’implication et de recherche qui ont débuté à la fin des années 70. En d’autres termes, énoncés par Sartre : « La liberté de l’individu est ce qu’il fait de ce que l’on a fait de lui ».
L’individu est multidéterminé, socialement, inconsciemment, biologiquement, et ces déterminations multiples le confrontent à des contradictions qui l’obligent à faire des choix, à inventer des médiations, à trouver des réponses, des issues, des échappatoires.
Le dispositif méthodologique créé par V. de Gauléjac, M. Bonetti et J. Fraisse permet à la fois de comprendre ces différentes déterminations et de saisir le travail du sujet, comment chacun contribue à produire sa propre destinée, comment chacun agit sur son histoire pour en devenir auteur et acteur.
Entre l’histoire « objective » de chacun, et le récit « subjectif » qui en est fait, il y a un écart, ou plutôt un espace, qui permet de réfléchir à la dynamique des processus de transmission, sur les ajustements entre l’identité prescrite, l’identité souhaitée et l’identité acquise.
Dans un contexte de changement permanent, d’absence de repères ou de référents, et de culture tyrannique du projet, chaque individu est aux prises avec lui-même et avec la nécessité de se construire, de s’inventer une identité qui n’est jamais totalement acquise.
Les histoires de vie contribuent à ce travail sur l’identité en faisant retour sur le passé, c’est-à-dire sur la dimension du temps qui semble la moins incertaine.
Nous avons besoin pour construire et asseoir notre identité d’un minimum d’unité et de continuité de notre histoire. La production, par un sujet, de l’histoire structurée de sa vie, est en mesure de faire apparaître cette unité et cette continuité relatives à travers les discontinuités et la diversité de son existence.
Les histoires de vie connaissent un succès à la mesure de la réponse qu’elles apportent au malaise dans les identités qui surgit dans une société donnée, à un moment donné, sachant que l’extrême valorisation de l’avenir (dans la culture de projets qui nous domine) au détriment du passé et du présent contribue largement à ce malaise.
Pour ceux qui veulent aller plus loin, et en savoir plus sur ces mots, qui paraissent curieux énoncés ensemble « sociologie clinique », voici quelques repères complémentaires :
Le mot « clinique » d’abord : XVIIe siècle, emprunté au latin clinicus, du grec Klinikos, « propre au médecin qui exerce son art près du lit de ses malades », lui-même de kliné, « lit ».
Vincent de Gauléjac complète : « La sociologie clinique, c’est mettre ensemble deux termes qui peuvent paraître antinomiques. Clinique recouvre l’idée d’être au plus près du vécu des acteurs. L’étymologie du mot, c’est « au chevet du malade », c’est-à-dire quand la médecine se préoccupe non seulement du corps malade, mais aussi de ce que le malade a à dire sur sa maladie. La sociologie clinique, c’est donc écouter ce que les acteurs ont à dire sur la société, sur les phénomènes sociaux à étudier. La sociologie clinique remet en question la coupure entre sociologie et psychologie. Elle montre qu’il y a une implication étroite entre ce que vivent les personnes, leur subjectivité, leur être profond et les phénomènes sociaux. » In La sociologie clinique à la rescousse des travailleurs sociaux, Vincent de Gauléjac. Entretien publié le 02/04/2012, www.lecanardsocial.com.
Reine-Marie Halbout, dans Savoir-être coach, Editions Eyrolles, 2009, fait un rappel historique et revient à la filiation de l’approche : « Depuis une trentaine d’années, les histoires de vie se sont développées dans les champs des sciences humaines et sociales. Cette démarche s’inscrit plus généralement dans le courant de la sociologie clinique porté, entre autres, par Eugène Enriquez, Max Pagès et Vincent de Gaulejac. Cette présentation s’appuie sur les travaux d’Anasthasia Blanché, cofondatrice de l’Institut International de Sociologie Clinique, et d’Isabelle Nalet, cofondatrice du réseau Pluridis. Le courant de la sociologie clinique affirme la primauté du sujet comme élément moteur des changements des organisations et des systèmes sociaux. A l’écoute de ce sujet, dans ses registres affectifs et existentiels, ses enjeux inconscients individuels et collectifs, ce courant cherche à démêler les noeuds complexes dans les rapports entre « l’être de l’homme » et « l’être de la société »….
Dans le coaching, la démarche histoires de vie est centrée sur l’analyse de la trajectoire socioprofessionnelle… Pour le coaché, elle est l’occasion de prendre conscience des déterminants de son histoire, afin de s’en dégager et de trouver de nouvelles marges de manoeuvre dans son contexte professionnel… Ce dispositif fait largement appel à la créativité par l’utilisation de supports verbaux et non verbaux (dessins, récits, expression corporelle, théâtre, sociodrame) qui permettent un va-et-vient entre deux mouvements :
l’implication de la personne par le récit qu’elle fait de son histoire socioprofessionnelle
la distanciation en s’appuyant sur une attitude visant la compréhension et l’interprétation de cette histoire, où coaché et coach sont impliqués ensemble dans une co-construction de sens, sachant que ce sens est toujours multiple et polysémique. »
Et pour conclure avec Freud : « Mes histoires de cas, s’excusait-il, se lisent comme des romans, c’est cela même qui est ici revendiqué : l’essai d’un nouveau style en sciences humaines, qui laisse poindre la part d’implication d’un sujet et qui marie des genres hétérogènes – théorie, clinique, roman. » (in Penser l’accompagnement biographique, page 211, par Alex Lainé, Emmanuel Gratton et Annemarie Trekker, Edition Academia-L’Harmattan, 2016).
Un historien et sociologue britannique, Theodore Zeldin, professeur au St. Antony’s College d’Oxford auteur d’une Histoire des passions françaises monumentale publiée en France en 1973 définissait l’ambition méthodologique de son ouvrage ainsi : « Mon but est de vous déshabiller. Je veux vous séparer des vêtements dont vous avez hérité (du passé, de votre famille, de votre milieu, de votre pays) et qui, en partie au moins, ont formé vos habitudes et idées. En tant qu’historien, j’étudie ces vêtements d’occasion, couverts de raccommodages, que vous avez encore recousus pour qu’ils vous conviennent un peu mieux ».
J’ai découvert cet article sur Les Echos Business, écrit par Vincent Avanzi, dont j’apprécie la signature personnelle : « Développeur de richesses humaines, poète d’entreprise et fondateur de La plume du futur ». Elle est proche de la façon dont je me définis : « révélateur de pépites et talents » que nous avons tous, mais que nous ne voyons pas forcément. Son article, que je vous recommande, intitulé « Votre bonheur contribue au succès de votre entreprise« , aborde dans un style propre à Vincent Avanzi les domaines que je développe dans l’atelier « Exprimer son identité professionnelle« , en m’inspirant du référentiel de la sociologie clinique et des histoires de vie en particulier.
Il s’adresse aux chefs d’entreprise, en leur conseillant de bâtir leur bien-être plan, tout aussi indispensable que leur business plan. Ce bien-être plan est là pour aider les entrepreneurs à maintenir leur cap en cultivant leur propre bonheur intérieur. Comment ? En se posant ces questions clés :
L’intégrité : votre business est-il aligné avec vos valeurs ?
Le potentiel : êtes-vous vraiment dans votre zone de talents ?
La vision : vos rêves sont-ils réalisables à horizon 3, 5 ou 10 ans ?
Le leadership : êtes-vous plutôt inspirant, intriguant ou fatiguant ?
L’équilibre : quelle est votre balance entre vie pro et vie perso ?
L’atelier Comment exprimer son identité professionnelle, que j’anime pour des créateurs d’entreprise (au maximum quatre, pour laisser à chacun le temps de se dire, et d’échanger avec les autres), a justement pour but de les aider à exprimer de façon authentique et incarnée leur identité professionnelle afin qu’ils soient alignés entre eux et leur projet d’entreprise. Il se déroule en plusieurs étapes :
Identifier les valeurs héritées, les influences, les représentations autour notamment de la réussite, l’argent, le risque, le travail, l’entreprise, la création etc.
Clarifier les trajectoires et choix professionnels, entre continuités et ruptures, amenant à la décision de créer son entreprise
Imaginer les scenarii de demain : quelles perspectives pour son projet professionnel à 5 ou 10 ans
Exprimer son identité professionnelle en quelques minutes : soi, son projet, son idée, de manière authentique car congruente et adaptée aux publics visés (un prospect, un futur partenaire ou prescripteur, un investisseur, un éventuel associé etc.)
Je propose également en séance individuelle de poursuivre en s’entraînant à pitcher face caméra pour travailler les mots, le récit et la posture (vidéo fournie).
Bon cheminement aux créateurs qui se lancent dans l’aventure entreprenariale !