
Définition du Larousse : nom de famille transmis par le père. Etymologie : substantif masculin datant du 13e siècle. Depuis 1817, nom de famille, par opposition au prénom et au surnom.
Le nom de famille est un des marqueurs de l’identité, d’où mon intérêt. Il est inscrit sur notre acte de naissance. Sur le site officiel de l’administration française, il est précisé qu’il peut s’agir, par exemple, du nom du père ou de la mère. Le nom de famille correspond à l’ancien nom patronymique, expression aujourd’hui supprimée. Le terme nom de jeune fille est également supprimé. Il est possible d’utiliser un nom d’usage dans la vie quotidienne. Le nom d’usage est facultatif. Il ne remplace pas le nom de famille. Nous pouvons utiliser comme nom d’usage le nom d’un époux ou d’une épouse, ou le nom du parent qui ne nous a pas transmis son nom à la naissance.
Le nom de famille est notre nom de naissance si nous n’avons pas changé de nom. Je m’interroge en écrivant ces lignes : d’où vient le mot nom ? IXe siècle : issu du latin nomen, de même sens. Mot qui sert à désigner un être, une chose ou un ensemble d’êtres, de choses (Dictionnaire de l’Académie française). En l’espèce, il est question du nom propre qui prend une majuscule, et qui désigne un être ou une chose unique, opposé au nom commun, qui s’applique à une catégorie générale.
On peut remarquer à ce titre que la définition du mot identité est proche : selon le Petit Robert, nous explique Vincent de Gaulejac dans Vocabulaire de psychosociologie (Editions érès 2013), « il évoque la similitude, ‘caractère de ce qui est identique’, l’unité, ‘caractère de ce qui est un’, la permanence, ‘caractère de ce qui reste identique à soi-même’, la reconnaissance et l’individualisation, ‘le fait pour une personne d’être tel individu et de pouvoir également être reconnue pour telle sans nulle confusion grâce aux éléments qui l’individualisent’. » (page 176)
Le nom et le prénom sont des éléments concrets et stables par lesquels l’identité s’exprime : ce sont des « porte-identités » selon Erving Goffman, 1963 (in L’identité, Dictionnaire encyclopédique, sous la direction de Jean Gayon, Editions Gallimard, 2020). Dans ce même ouvrage, il nous est rappelé que l’usage des noms et prénoms s’est diffusé « au cours des derniers siècles comme outil de police et d’identification des citoyens : historiquement, les individus reçoivent un nom et un prénom au fur et à mesure de l’extension de la sphère d’influence de l’Etat. Ces noms et prénoms rendus permanents permettent, comme le fait la carte ou le cadastre pour l’espace, de se repérer dans une société. » (page 612)
Patronyme est le titre d’un livre paru en 2025, aux éditions Grasset. Auteur : Vanessa Springora. Dans ce bel ouvrage, Vanessa Springora mène une véritable enquête sur ses origines, à la recherche d’un grand-père paternel réputé héroïque, Josef, déserteur de l’armée allemande, et fuyant la dictature soviétique. Nous suivons fébriles, comme dans un thriller, les avancées de son enquête, au cours de laquelle elle tente également d’approcher ce père absent qui a menti toute sa vie. Questionnant le roman de ses origines et la mythologie des figures masculines de son enfance, l’autrice nous entraîne dans l’Est de l’Europe, où se réfléchissent tour à tour légendes familiales (son grand-père n’est pas ce héros que son père lui a « vendu ») récit intime et sources documentaires, fiction et témoignages, petite et grande histoire. C’est ce qui fait son originalité, sa force, et sa grande réussite.
Morceaux choisis :
« Il paraît que les noms de famille sont apparus récemment, à l’échelle de l’histoire de l’humanité. En Occident, on fait remonter la généralisation de leur usage au XIIe siècle, pour faciliter le recensement et la collecte des impôts. Avant cela, on vivait très bien sans. Il faudra attendre la Révolution française pour que l’inscription du nom de famille à l’état civil devienne obligatoire. Au départ, pour se forger un nom de famille, on n’est pas allé chercher bien loin : le plus souvent, on a emprunté le prénom de son père, le nom de son métier, ou de la ville où l’on était né. En l’absence de ces informations, on pouvait toujours se rabattre sur une des caractéristiques physiques ou morales. Puis ces noms sont devenus héréditaires, transmis de génération en génération. Apprendre son nom de famille, cette étiquette qu’il va porter jusqu’à sa mort, est pour l’enfant le premier rapport à la violence du langage, la confrontation avec un imparable principe de réalité : non, tu ne peux pas t’auto-nommer, t’auto-baptiser, tout comme tu ne peux pas t’auto-engendrer. Ton nom de famille est celui de ta lignée, c’est L’héritage de tes aïeux. Tu es l’enfant de ton père et selon ton genre, tu transmettras son nom ou adopteras celui d’un autre. Mais c’est aussi, en contrepartie, le motif d’une fierté, l’inscription au sein d’une généalogie, d’une filiation, le début d’une identité. Quelque chose de solide à quoi se raccrocher. Quelque chose d’immuable, du moins, en théorie ». (page 20)
« Chez Lacan, le concept de « nom-du-père » renvoie à la fonction symbolique du langage. A ce qui fait de nous des êtres humains : la loi et l’interdit. Quand, chez l’enfant, l’inscription métaphorique du « nom-du-père » est mise en échec, la psychose prend le dessus. Je ne peux pas m’empêcher de penser que la folie de mon père est née de cette faille, de ce doute, liés à l’indéfinissable identité de son père. » (page 98)
« C’est complexe, un nom, c’est à la fois temporel et spatial. D’un point de vue vertical, c’est une généalogie, une descendance, le signe d’une appartenance à un groupe qui se perpétue dans la durée. Honorer le nom de ses ancêtres est une très ancienne injonction morale. Elle suscite en nous une dette, une obligation de loyauté et de fidélité. On peut aussi y voir les prémices du sentiment identitaire. D’un point de vue horizontal, un nom indique souvent une provenance géographique, un périmètre, un cercle restreint, un clan, un enclos. Pour dire « ceci est à moi, à nous », il faut pouvoir délimiter un territoire, puis se l’attribuer en lui donnant un nom. C’est le début de la propriété, du capital. De la prédation des terres et des corps. Et l’origine du nationalisme. » (page 99)
Elisabeth Roudinesco, dans son Dictionnaire amoureux de la Psychanalyse (Editions Plon au Seuil, 2017), nous éclaire sur la notion de roman familial ou roman des origines, amenée par Vanessa Springora : « Otto Rank invente l’expression ‘roman familial’ pour désigner la manière dont un sujet modifie ses liens généalogiques en s’inventant par un récit une autre famille que la sienne (Le mythe de la naissance du héros, 1909). Tout enfant, à un moment donné, s’interroge sur ses origines. Et comme il croit que ses parents ne l’aiment pas comme il voudrait, il imagine qu’ils ne sont pas ses vrais parents et il s’en invente de nouveaux, plus valorisants. » (page 453)
Pour en savoir plus sur les ateliers que j’anime : https://nathalieprevostconseil.com/domaines-dintervention/atelier-identite-professionnelle/