Commencer

Opter pour le coaching : est-ce pour vous une lente maturation ou un événement en apparence brutal amenant une décision claire et nette : « je vais commencer un coaching » ? Qu’est-ce qui motive une telle décision ? Quelle représentation vous faites-vous du coaching ? La différence avec la thérapie est-elle claire pour vous ? Qu’attendez-vous de la personne qui va vous accompagner pendant quelques semaines ou quelques mois ? Pour quelles raisons la choisissez-vous ?

Toutes ces questions, vous les connaissez parce que vous vous êtes déjà fait coacher, ou vous vous les posez aujourd’hui parce que vous êtes dans une démarche de réflexion sur cette forme d’accompagnement dont on parle beaucoup, mais dont les spécificités ne sont pas forcément toujours très bien connues.

Avant de contacter un ou une coach, écrivez pour vous votre demande à son égard, le sujet va arriver très vite lors de votre premier échange.

Sans entrer dans les détails, vous pouvez souhaiter un coaching de développement, de soutien, de prise de décision, de résolution de problème, de mise en cohérence de sens et de choix de vie …

En m’interrogeant sur le début d’un coaching, qui compte dans le déroulement du process global d’accompagnement, et à mes propres débuts en tant que coachée, je me suis arrêtée sur la notion de commencement.

Comme nous le rappelle Pierre-Olivier Monteil dans son livre Ethique de la pratique ordinaire (Edition Pocket, 2021), « le courage est l’art de commencer » ainsi que le souligne Vladimir Jankélévitch. « Il constitue une valeur non thésaurisable, car elle ne se conjugue qu’au présent : on n’est courageux qu’en situation. Ce n’est donc pas tant une compétence qu’une capacité à réagir et à se risquer » (page 155).

Claire Marin vient de publier son dernier ouvrage Les débuts, par où recommencer ? aux Editions Autrement, 2023. Elle y aborde à sa place de philosophe et avec son style à la fois poétique et accessible la notion du « début » et aborde ainsi par effraction la métamorphose de l’identité, mon sujet phare. Depuis la maladie jusqu’aux différents cataclysmes ou événements heureux de l’existence qui constituent notre identité. A quoi reconnaît-on les débuts ? Par des ruptures ou des mouvements de places ? Par des inaugurations ? Par des émotions et sentiments ressentis ?

Voici ci-dessous quelques extraits tirés de cet ouvrage dont je vous recommande la lecture :

« Le début à la différence du commencement, est une expérience verticale du temps. Le début tranche, il interrompt le temps, là où le commencement s’y écoule paresseusement. La poésie des débuts est dans la beauté de l’inachevé, l’évanescence de ce qui a tout juste commencé à être… Tout début est un don qu’on interprète de manière singulière. » (page 37)

Ainsi, selon Henri Bergson, le « déroulement de notre durée ressemblerait par certains côtés à l’unité d’un mouvement qui progresse. Les états intérieurs du sujet ne pourraient pas être distincts … aucun d’eux ne commence ni ne finit, mais tous se prolongent les uns les autres. Vivre est un enroulement perpétuel, comme celui d’un fil sur une pelote, car notre passé nous suit, il se grossit sans cesse du présent qui ramasse sur sa route. » (pages 52 et 53) Est-ce compatible demande Claire Marin avec le chaos intérieur des crises que nous traversons parfois, à l’adolescence ou en milieu de vie ?

« Il n’est pas rare que les idées qui vont nous occuper toute une vie nous apparaissent à l’improviste » Clément Rosset

« Je crois prendre une décision, mais il se pourrait que j’en ignore les véritables motifs, le travail souterrain qui s’opère en moi. Y a t-il un jour, un instant précis où nous décidons d’être celui que nous sommes devenus ? (page 67)

A travers nos romans familiaux, les débuts sont récités, répétés, (ré)interprétés. Selon Paul Ricoeur, c’est l’individu qui interprète son commencement, ma vie a commencé avant moi : « La question de notre naissance est en fait celle de notre commencement. Quand ma vie commence t-elle ? Plus exactement, à quel moment, je commence ? … Je procède d’un mouvement que je n’ai pas initié … Me voilà dépossédé du début et de la décision de mon existence… Paradoxalement, ce n’est que par la subjectivité que la naissance pourra être un commencement … (page 100)

« Raconter son histoire, c’est toujours aussi raconter l’histoire de tous ceux dont la vie a été entremêlée à la nôtre, c’est dévoiler un pan de leur existence qu’ils pourraient préférer ne pas voir exposé, c’est parfois trahir… C’est peut-être parce que j’appréhende les effets d’un récit que je ne parviens pas à le commencer. Peut-être enfin parce que je crains la violence de ma propre histoire. Mon histoire n’est parfois qu’un rempart contre une vérité trop vive, une façade dissimulant l’impossible récit. Je me raconte des histoires pour ne pas raconter la mienne ». Comment libérer le récit et (re) devenir l’auteur de son histoire ? (pages 111 et 113)

A lire aussi : « L’amour est la seule chose qui contrecarre l’absurdité de l’existence »

Me contacter pour un premier échange.

Identité et corps

Selon André Comte-Sponville dans son Dictionnaire des philosophies (1), « l’identité est le fait d’être soi et de le rester, donc de demeurer un et le même, malgré les changements innombrables qui nous traversent ou nous constituent. Montaigne ne trouvait en lui rien de stable ni de constant. Aussi refusait-il au moi le statut d’être. Toutefois, le corps et la mémoire résistent, qui demeurent (puisqu’ils ne cessent de changer) et nous donnent le sentiment de notre propre persistance, au moins un temps : celui du souvenir et du vieillissement. Mieux vaudrait, en ce sens, parler de continuité que d’identité. Rester identique à soi ? Nul ne le peut absolument. Mais comment pourrais-je changer sans continuer d’être ? Vivre, ce n’est pas rester un et le même ; c’est persévérer dans son être multiple et changeant. »

La série de podcasts que j’ai initiée, Mine de rien, s’attache justement à incarner ces questionnements avec des témoignages d’invitées qui s’arrêtent le temps d’échanges informels sur ce qui constitue le permanent et l’impermanent dans leurs histoires de vie.

La lecture du dernier livre d’Edouard Louis, Changer : méthode (2), m’a saisie par la volonté féroce qu’a manifesté Eddy Bellegueule, devenu Edouard Louis, à transformer en profondeur son identité, allant jusqu’à modifier son prénom, son nom, son aspect corporel, ses manières, son accent, sa façon de parler, de se tenir à table, de manger, de se vêtir, de rire même ! Incroyable et méthodique transformation d’un homme déterminé à sortir de sa classe, de son milieu, de son habitus (3).

Le nom est le socle de l’identité : il indique de qui l’on naît et d’où l’on vient, il assigne une place sans qu’il y ait de possibilités, du moins en principe, d’y échapper. Le prénom est assigné par d’autres, il est subi d’une certaine façon, pourtant, il est un élément constitutif du sujet, de sa singularité. Le choix du prénom revêt une dimension sociale (effet de mode, influence des milieux sociaux). Le prénom est à la fois un héritage et un choix personnel de le conserver ou non, de se l’approprier, ou non.

Edouard Louis fait-il son histoire de vie, au sens où l’entend Gaston Pineau ? Pour l’enseignant-chercheur, « faire son histoire de vie, c’est s’émanciper des différents déterminismes, c’est s’appuyer sur son passé pour en décoller, et entrer dans les mouvements pleins de contradictions du devenir de façon motrice. Faire son histoire de vie est alors moins se souvenir qu’ad-venir. » (4)

Les passages de son livre que je vous recommande sont éloquents sur sa volonté de transformation et l’acuité de son regard de transfuge de classe, à l’instar d’Annie Ernaux : « Avec Elena, j’apprenais tous les jours un peu plus à connaître et à comprendre la personne que j’étais, et ce que j’avais constaté en arrivant au lycée s’est confirmé : je n’avais pas eu une enfance, mais une enfance de classe. Tous mes goûts, toutes mes pratiques, ce que je faisais, ce que je disais, mes opinions, tout était marqué par le passé. J’avais partout en moi ta présence et la présence de notre famille. Par où est-ce que je dois commencer ? C’est surtout pendant les repas que je ressentais la différence et la honte. »

Edouard Louis évoque aussi le théâtre comme « un instrument de réinvention de sa vie, parce que grâce au théâtre, il a été le premier dans sa famille à aller au lycée et parce que grâce au théâtre, il a appris qu’on pouvait jouer des rôles, c’est-à-dire produire un écart par rapport à sa vie, sa vie imposée, son passé, son histoire familiale, le théâtre lui a fait comprendre que s’il voulait être autre chose ou quelqu’un d’autre, peu importe, alors il fallait le jouer, jusqu’à le devenir, il a compris qu’il n’y avait rien d’autre que des rôles ».

J’ai apprécié sa franchise et son honnêteté lorsqu’il évoque la littérature et l’écriture : « Je veux être clair, pour moi l’enjeu était celui du changement et de la libération, pas celui des livres ou de la vocation littéraire. Je ne pense pas que mon obsession première ait été les livres. Si je rêvais soudainement de devenir un écrivain, ce n’était pas parce que rêvais d’écrire, mais parce que je rêvais de m’arracher définitivement au passé. Il ne faut pas voir dans ce que j’écris l’histoire de la naissance d’un écrivain mais celle de la naissance d’une liberté, de l’arrachement, coûte que coûte, à un passé détesté. »

Et voici comment il définit son programme pour y arriver : « Changer mon nom (aller au tribunal ?), changer mon visage, changer ma peau (tatouage ?). Lire (devenir quelqu’un d’autre, écrire). Changer mon corps. Changer mes habitudes. Changer ma vie (devenir quelqu’un). Je ne sais pas si c’est tout le monde, mais pour moi, quand le processus de ma transformation avait commencé, il était devenu un travail plus que conscient, une obsession permanente. Je voulais tout changer, et que tout dans le progrès de mon changement soit le résultat d’une décision. Je voulais que plus rien n’échappe à ma volonté. »

Jusqu’à ceci : « Après mes dents, j’ai changé mon prénom au tribunal, puis mon nom de famille. Je suis allé dans une clinique pour redessiner la ligne de mon implantation capillaire, je me suis habillé d’une manière autre, qui me paraissait mieux s’accorder à ma vie ».

Je reste sidérée à la lecture de ces lignes par cette volonté acharnée de changement, et de revanche : « Tout vivre c’était me venger de la place qui m’avait été assignée par le monde à la naissance ».

A lire aussi cet article sur Littérature et identité.

(1) Dictionnaire des philosophies. André Comte-Sponville. Ed. PUF, 2001.

(2) Changer : méthode. Edouard Louis. Ed. Seuil, 2021.

(3) Habitus : manière d’être d’un individu, liée à un groupe social et se manifestant dans son apparence physique (vêtements, maintien…). L’habitus désigne un système de préférences, un style de vie particulier à chacun. … Dans Esquisse d’une théorie de la pratique (1972), Pierre Bourdieu définit l’habitus comme étant « une loi immanente, déposée en chaque agent par la prime éducation ».

(4) Les histoires de vie. Gaston Pineau. Ed. PUF, 2002.

« Manager dans l’incertitude »

Interrogez votre posture managériale par le mouvement corporel

Les managers sont les pivots de l’activité de l’entreprise : ils sont ceux qui organisent et animent le travail des équipes. Ceux, aussi, dont les prises de décision et les postures ont un impact démultiplié. Les managers constituent donc un point clé dans la chaîne du changement pour toute entreprise.

Ils vivent parfois des situations d’inconfort ou d’incertitude dans leur propre entreprise, et dans des contextes eux-mêmes en mouvement permanent. Il leur est demandé d’expliquer le changement, de lui donner un sens, de fixer les objectifs et le cap, de donner les moyens aux équipes de réussir, de les motiver, d’évaluer les résultats. Y compris lorsque leurs propres repères changent. Et quels que soient leurs opinions, ressentis, ou analyses de ce qui leur est demandé d’engager. Ils peuvent alors se sentir pris dans des conflits de valeurs ou face à des injonctions contradictoires. Il a été constaté par ailleurs que les équipes qui travaillent dans une culture de prise de responsabilités, de collaboration et d’initiative sont plus facilement convaincues de pouvoir affronter les difficultés. La confiance en soi, alliée à la foi en l’autre et en l’entreprise, motive à donner cet effort supplémentaire qui sera décisif.

Fortes de ces constats et de nos singularités d’expériences et de compétences, nous avons souhaité, avec Elodie Bergerault, chorégraphe et Sabrina Murphy coach (1), concevoir ensemble un parcours collectif expérientiel qui interroge la posture managériale par le mouvement corporel.

Faites émerger de nouveaux appuis, en vous et avec les autres !

Son principe : favoriser une prise de conscience corporelle et émotionnelle, qui est plus forte et mémorisable qu’une compréhension purement théorique et cérébrale. L’un vient avec l’autre, pour se renforcer mutuellement. D’ailleurs, ago, racine du mot « agilité » ne signifie-t-il pas « mouvement de soi qui entraîne le mouvement des autres » ?

Ce parcours inédit permet de :

  • Transformer les nœuds ou blocages vécus par les managers en opportunités de découverte de nouvelles ressources durables pour eux-mêmes, pour leurs collaborateurs et pour leur entreprise
  • Changer leur regard sur ces situations d’inconfort
  • Faire émerger des appuis inexplorés
  • Les rendre moteurs de leur propre transformation et de celle de leur entreprise

Il s’adresse : aux managers de proximité ayant plus de 5 ans d’expérience dans la fonction de management, qui perçoivent leur environnement d’entreprise comme mouvant ou incertain et ont le désir d’élargir le champ de leurs ressources pour accomplir leurs responsabilités de façon plus sereine. Ainsi qu’à toute personne qui souhaite s’interroger sur sa posture face à l’inconfort (entrepreneurs, indépendants, membres de réseaux etc.).

Transformez des situations d’inconfort en opportunités de développement !

Ce qui sera engagé :

  • La perception du changement et de l’incertitude
  • Les appuis et ressources mobilisés pour dépasser les difficultés ou obstacles rencontrés
  • La place et le rôle de chacun dans le groupe
  • La coopération et le leadership

Pour connaître plus en détail le programme de ce parcours et ses modalités d’animation pour votre entreprise, contactez-moi.

Télécharger la brochure de présentation.

(1) Elodie Bergerault

« Danseuse, chorégraphe, j’ai fondé Danaïade en 2002 et réalisé ainsi des projets autour du mouvement pour de nombreuses marques (Chanel, Lancôme, Kenzo, Renault, Airbus, Air Liquide, Issey Miyake, La fondation Dubuffet, le Musée des Arts Décoratifs…

Passionnée par la danse et le mouvement sous toutes ses formes, je fédère, transforme, facilite les mouvements, conduis un changement, rends créatif un groupe. »

Site : http://www.danaiade.com/

(1) Sabrina Murphy

Spécialiste de la transformation RH (nouveau leadership, transformation managériale, intrapreneuriat, innovation) et également coach certifiée, Sabrina a piloté de nombreux projets au coeur de grands groupes et d’ETIs. Elle met en mouvement des individus, des équipes et des projets pour créer de la valeur multiple en travaillant à différents niveaux en même temps : dirigeants, managers, collaborateurs, process, parties-prenantes. Entrepreneure, Sabrina est aussi fondatrice et « Chief Ecosystem Energizer » de In’Possible, un écosystème dédié aux leaders en mouvement et à l’intrapreneuriat durable. Elle intervient en tant qu’experte pour la direction générale des entreprises (Ministère de l’Economie), l’EMLyon et le Cnam.

Nathalie et Elodie ont conçu et animé ensemble un atelier sur le leadership en mouvement (BPCE, Arts & métiers …).

Pour plus d’informations, contactez-moi.

PS : parcours éligible au budget formation en entreprise.

A écouter, rencontre en podcast avec Elodie, série Mine de rien.

#Episode 6 podcast Elodie Bergerault

6ème épisode de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici ou sur Spotify.

Formée en danse classique, contemporaine et baroque, Elodie travaille en tant qu’interprète au sein de plusieurs compagnies indépendantes et centres chorégraphiques. Passionnée par la danse et le mouvement sous toutes ses formes, Elodie fédère, transforme, facilite les mouvements, conduit un changement, rend créatif un groupe.

Parallèlement à son activité de danseuse et chorégraphe, Elodie Bergerault fonde Danaïade en 2002. Au sein de Danaïade, elle réalise différents projets autour du mouvement pour de nombreuses marques (Chanel, Lancôme, Kenzo, Renault, Airbus, Air Liquide, Issey Miyake …).

En 2016, nous avons conçu ensemble un atelier sur le leadership. De cette expérience commune, est née une complicité, qui s’entend dans cette interview où Elodie partage avec nous sa conception du mouvement et sa relation au corps.

Je sens et ressens le mouvement « entre » les choses, les hommes, j’aime le révéler et m’en servir pour créer du lien.

Mobilité et identité

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Sujet d’actualité, la mobilité est une notion qui me taraude depuis un moment. Ne voyageant plus à l’étranger depuis quelques années, je m’interroge régulièrement sur l’effet que cela peut avoir sur ma curiosité, mon ouverture au monde, ma tolérance à la différence … Et je ressens aussi fortement cette injonction sociale, implicite, au mouvement. A la lecture de cet article de Télérama (1), dont je vous partage quelques extraits – qui font débat, et c’est tant mieux – je me rends compte que la perception de la mobilité a évolué, et qu’elle est liée directement aussi à l’identité, socle de ma pratique d’accompagnante.

Avant la révolution industrielle, le voyage, par la terre ou par les mers, est un art mondain, un privilège de nantis. Le chemin de fer permet, le premier, aux bénéficiaires des congés payés de découvrir de nouveaux horizons. En 1936, six cent mille Français font grimper leur famille dans des wagons direction les dunes ou les champs. Jusqu’aux années 50, on vit dans la proximité piétonne du domicile, en donnant à la rigueur un coup de pédale ou en prenant la navette d’entreprise. L’automobile est une marque de raffinement réservée aux bourgeois.

La mobilité commence à se construire comme un outil d’émancipation. Circuler, droit fondamental de la Déclaration universelle des droits de l’humain, devient un moyen de ses libérer individuellement. Partir, c’est s’arracher à un ancrage, une appartenance. C’est franchir les frontières géographiques et s’affranchir des assignations identitaires. Le destin se dirige à coups de volant ! La voiture est vendue comme un moyen d’accéder au monde et à l’indépendance, pour monsieur comme pour madame.

« La mobilité sans effort constitue une espèce de bonheur, de suspense de l’existence et d’irresponsabilité », observe le philosophe Jean Baudrillard en 1967.

La mobilité de loisirs devient une norme sociale, le tourisme une pratique culturelle : entre 1951 et 1989, le taux de départ en vacances passe de 31 % (soit 10 millions de Français) à 60,7 % (soit 33 millions de Français).

Ne pas rester chez soi, c’est exister aux yeux d’une société qui célèbre l’activité constante. Idéalisée, valorisée elle-même, la mobilité n’est plus seulement un moyen. Elle devient une fin en soi. Et l’immobilité, une faute.

Car la promesse d’émancipation s’est transformée en injonction à bouger. La mobilité est désormais une contrainte, voire une obligation, pour une large partie de la population. Les innovations techniques, combinées à la révolution numérique, ont bouleversé le quotidien, façonnant de nouveaux modes de vie : celui des cadres toujours entre deux avions, des couples séparés par leur emploi se retrouvant en fin de semaine, des familles vivant à la campagne et travaillant en ville, des expatriés qui retournent régulièrement dans leur pays d’origine…

Cette hypermobilité a un coût : le budget transports a dépassé le budget logement, la pollution de l’air fait 48 000 morts par an, les tensions s’avivent dans les familles à cause de la fatigue, le stress des embouteillages altère le bien-être, les effets sont dévastateurs sur les territoires entre des villes surpeuplées et des campagnes délaissées,  la biodiversité est mise en danger par l’urbanisation non contrôlée …

Etre immobile, c’est s’exclure socialement, alors que les services publics poursuivent depuis des décennies leur cure d’amaigrissement à l’échelle du territoire : de 1980 à 2013, l’Insee a observé une baisse de 24 % de nombre d’écoles, de 31 % pour les centres des impôts, de 36 % pour les bureaux de poste ou encore de 41 % pour les maternités. Ne pas pouvoir se déplacer restreint jusqu’aux droits fondamentaux : s’instruire, se soigner, se cultiver, se nourrir…

Après nous avoir libéré, la mobilité tend à nous enfermer. Constante, irrépressible, aliénante, elle nous disperse. Nous éparpille.

« La mobilité ne libère pas l’individu, amplifie le sociologue Eric Le Breton (2). Elle le scinde, le partitionne, le brise et l’épuise. Elle le projette dans des territoires où, le privant de ses racines et de ses liens, elle le prive de tout, y compris de lui-même. »

La mobilité nous oblige à nous adapter constamment, à sans cesse trouver de nouveaux repères. Comment dans ces conditions trouver une place stable dans ce monde en fuite ? Pouvoir se déplacer fut un luxe. Aujourd’hui, le luxe, c’est de ne pas y être contraint.

Depuis cet article rédigé en 2019, est paru dans la collection TRACTS de Gallimard cet opus signé Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio, « Ce qui ne peut être volé« , ou Charte du Verstohlen (2022) qui complète notre éclairage. Dans les 10 points de cette charte, le premier est relatif à la perspective, accéder à une vue : « Une chambre avec vue désigne parfaitement ce qu’une ressource matérielle peut devenir, à savoir une ressource existentielle. Accéder à une vue, dans l’espace privé ou l’espace public, est une nécessité journalière. Voir l’horizon, la beauté, la lumière naturelle nous inspire, nous soutient, et sollicite notre prendre soin en retour. La perspective a le mérite d’être autant un mode de représentation créative de l’espace et de ce qu’il contient, qu’une notion qui permet d’embrasser ces différents éléments que sont l’horizon, la vue, la lumière, l’espace libre devant soi. Un paysage, urbain, rural, maritime, sauvage. Les mondes urbains et ruraux ne peuvent se transformer en prisons où tout édifice arrête le regard : murs et bêtise ont ceci de commun qu’ils tuent les perspectives » (page 5).

(1) Télérama 3608 du 06/03/2019 écrit par Romain Jeanticou, Bouger nous empêche t-il d’avancer ?

(2) Mobilité, la fin d’un rêve ? Eric Le Breton, ed. Apogée

En pleine présence

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J’ai eu la chance d’assister aujourd’hui à une journée animée par Fabrice Midal intitulée Foutez-vous la paix ! Je vous engage à explorer son enseignement, c’est une belle découverte, notamment pour ceux qui sont des débutants en méditation, ou pour ceux qui souhaitent lever certains freins à la méditation et approfondir leur pratique. Foutez-vous la paix !, ce n’est pas renoncer ni se laisser aller à la passivité. Ce n’est pas se dire « ce n’est pas grave » ou « je prends sur moi » ou « je prends du recul ». Ce n’est pas non plus « lâcher prise ». Ou du nombrilisme.

C’est un acte de courage qui permet d’entrer dans la réalité, d’apprendre à rencontrer sa propre vie, de s’autoriser à ressentir des émotions. Cela nécessite d’accepter de rencontrer ce que l’on éprouve, de « s’assoir » même physiquement dans sa vie, ses ressentis ou ses problèmes, que ce soit agréable ou désagréable. C’est réintégrer sa vie, c’est se synchroniser.

Foutez-vous la paix ! peut être un préambule à la méditation : Fabrice Midal explique d’ailleurs avec humilité qu’il a changé sa façon d’enseigner la méditation, parce qu’il constatait que ses mots n’étaient pas toujours compris.

Dans son ouvrage Comment la philosophie peut nous sauver, il définit : « Le mot méditation est particulièrement heureux. Il vient du latin mederi (que l’on retrouve dans notre mot médecin) et signifie prendre soin. Certes, le terme a fini par désigner, en Occident, une forme de réflexion attentive comme dans le titre du livre de Descartes, Les méditations métaphysiques, alors que dans les traditions venues d’Orient, il s’agit de porter attention à ce qui est, dans le moment présent, tel qu’il est, en discernant ce qui nous en sépare et l’altère. Mais l’opposition n’est pas si décisive. Ce qui est commun est ce geste d’attention. » (p. 16)

Ce qui me frappe, c’est que prendre soin est aussi le sens du mot clinique, que l’on retrouve en sociologie clinique, discipline que j’ai expliquée dans un autre article, et qui est mon référentiel de pratique d’accompagnement. C’est comme si les morceaux du puzzle se rapprochaient lentement, au fil de mes recherches et expériences, avec une cohérence qui se dessine au grand jour : l’accompagnement, la sociologie clinique, la méditation, l’attention à soi et à l’autre, l’écoute, la mise en mouvement et la transformation.

Pour Fabrice Midal, la méditation est une mise en mouvement, c’est entrer en présence à soi, à son corps, à son souffle. C’est la base de l’atelier que j’anime avec Elodie Bergerault, Leadership en mouvement : surprise, là aussi cohérence, intégration. Nous avons commencé son animation il y a un an. Tout est lié…

« La philosophie a toujours été une expérience d’attention à même de nous éveiller (et dont l’allégorie de la caverne, chez Platon, est un peu le paradigme, puisqu’elle nous montre la philosophie comme sortie de l’ignorance et retour vers la lumière). Page 16

Chaque question possède une force que la réponse ne contient plus. Elie Wiesel, La nuit.

« La philosophie consiste à apprendre à questionner. Il est erroné de croire que le philosophe va donner des réponses. Il est invité sur les plateaux de télévision ou de radio pour cela. En vérité, il n’a rien à dire, pas de sagesse à nous dispenser ni de conseils à nous donner. En revanche, il peut nous permettre d’interroger ce que, sans lui, nous n’aurions pas même regardé. Et si nous faisons le mouvement qu’il nous invite à faire, nous nous transformons. Nous n’apprenons pas quelques informations, nous devenons autres. » Page 21

Transformation : j’ai à coeur d’aider chacun à mieux se connaître pour se transformer et cheminer vers sa vérité. C’est la vocation de mon accompagnement. Et c’est ce qui me guide depuis toujours : mieux me connaître, être en éveil, apprendre avec curiosité et expérimenter, inventer. C’est le sens de ma vie, que je partage avec les autres. L’approche Shynlei m’a permis d’en rendre compte ainsi, avec cette clarté et cette cohérence.

« Le phénomène est frappant : quand nous posons une question, nous sommes curieux et alertes. S’engager dans la philosophie, c’est rester sur le qui-vive, être pris par le désir infini d’interroger. » Page 22

Bonne synthèse de ce qui doit caractériser l’accompagnant.