Méditation sur la beauté et l’embrasement érotique

IMG_0490.JPG

Derrière ce titre accrocheur, se cache un texte écrit par Fabrice Midal dont j’apprécie beaucoup l’approche pédagogique sur la méditation et le développement personnel.

En le lisant un matin dans le métro, de retour d’une semaine de vacances, j’ai été frappée par le lien qu’il faisait entre la beauté et la présence. Je n’avais jamais fait ce rapprochement ainsi. C’est une découverte que je partage avec vous.

Si vous souhaitez savoir si le sens de l’esthétique est un de vos talents, vous pouvez le découvrir en répondant à un questionnaire sur le site viame.org, qui listera vos 24 forces de caractère. Intéressante cette approche pour mieux se connaître, vous verrez.

Revenons à Fabrice Midal, et son livre, que je vous recommande chaudement : Comment la philosophie peut nous sauver, éditions Pocket Flammarion, 2015. C’est mon livre repère et refuge, j’y puise inspiration et douceur. Fabrice Midal sait rendre à la philosophie son essence pratique, comme guide dans nos vies au quotidien.

Extrait (page 227) : « L’expérience d’Eros se manifeste au premier chef quand nous faisons face à la beauté. Il y a pour chacun de nous des choses ou des êtres qui suscitent un véritable choc tant ils sont beaux.

Platon nous invite à considérer qu’est beau ce qui irradie de présence – et non ce qui me plaît ou me touche, comme nous aurions tendance à le penser. Faites ce renversement, vous verrez, il est salutaire : ce qui est beau, au lieu de le ramener à un sentiment, voyez-le comme un sommet de présence qui vous tend la main, qui vous appelle.

Mais à quoi vous appelle-t-il ? Il vous appelle à désirer être plus amplement. Le beau vous rappelle l’énigme de ce qui vous manque pour être plus pleinement.

Tel est ce qu’éprouve le jeune Alcibiade auprès de Socrate : « Quand je l’écoute, en effet, mon coeur bat plus fort que celui des Corybantes en délire, ses paroles font couler mes larmes. Or en écoutant Périclès et d’autres bons orateurs, j’admettais sans doute qu’il parlait bien, mais je n’éprouvais rien de pareil, mon âme n’était pas bouleversée, elle ne s’indignait pas de l’esclavage auquel j’étais réduit. »

Nous est ainsi décrit le mouvement érotique : frappé au plus profond de votre être, vous ne supportez plus l’esclavage où vous êtes d’une manière ou d’une autre plongé. Votre vie ordinaire semble grise et sans saveur par contraste avec la beauté irradiante. Plus rien ne vous importe que cet appel qui tout à la fois vous permet de rejoindre l’être aimé, mais aussi d’être enfin plus amplement.

Voilà l’essentiel de l’expérience érotique : la beauté éveille en l’humain un désir qui le soulève et l’élève. C’est pour cela qu l’expérience de la beauté est si décisive. Elle n’est pas là pour nous donner juste du plaisir. Elle nous réveille, elle nous appelle à être plus amplement qui nous sommes. Elle nous rend des êtres de désir.

Or, ce désir, qui est Eros, est en son fond amour de la vérité, philo-sophos, souci intense de savoir et de comprendre. »

Je vous souhaite un bel été.

Pour en savoir plus sur Fabrice Midal : apprendre à méditer.

Autre article publié sur la méditation.

Une émission en huit épisodes cet été sur France culture : Narcisse accusé non coupable.

Fabrice Midal, docteur en philosophie est le fondateur de l’Ecole Occidentale de Méditation. Dans sa série d’été, vous découvrirez que Narcisse est non seulement un accusé non coupable de l’égocentrisme, de l’oubli des autres, voire de la perversion dont on l’accuse, mais aussi ce que cache cette injuste condamnation, ce qu’elle révèle de la violence inapparente de notre temps, de la négation du sens originel de la culture.

 

 

Les loyautés

9546186.jpg

Delphine de Vigan nous propose une définition des Loyautés à travers son dernier roman, JC Lattès, 2018, que j’ai grand plaisir à vous livrer, tant elle est juste. Comme peuvent l’être les mots des romanciers qui savent si bien saisir l’essence de nos vies.

Les loyautés. Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants -, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.

Roman sensible et poignant sur la loyauté d’un enfant vis-à-vis de son père, qui le mènera loin, très loin …  Je n’en dis pas plus, lisez-le !

Delphine de Vigan nous interpelle : « Chacun de nous dissimule t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Et vous, savez-vous quelles sont ces loyautés, qui vous stimulent ou vous entravent ?

J’ai voulu aborder aujourd’hui ce sujet, car il  joue un rôle important dans la compréhension de nos choix ou de nos incapacités à choisir, de ces freins qui empêchent sans que l’on saisisse très bien ce qui est à l’oeuvre.

Edith Goldbeter-Merinfeld (1) introduit la notion de loyauté en revenant sur son origine : « Le concept de loyauté a été introduit dans le champ des psychothérapies familiales par Ivan Boszormenyi-Nagy, psychothérapeute d’origine hongroise qui, dès la fin des années cinquante, fut le fondateur de la thérapie contextuelle, croisement entre l’approche systémique et la psychanalyse. Sensible aux transmissions faites d’une génération à l’autre, il définira le concept de loyauté pour décrire le lien résistant et profond unissant entre eux les membres d’une même famille, lien qui transcende tous leurs conflits. La loyauté est une force régulatrice des systèmes.

Selon Boszormenyi-Nagy, les familles détiennent un livre de compte où sont consignés les gains et les dettes (c’est-à-dire les fautes ou transgressions commises, ou bien encore, les mérites). Tout se passe comme s’il existait une loi implicite imposant le remboursement ou la réparation de chaque dette. Si cette loi n’est pas respectée, le poids de la dette sera transmis à la génération suivante, où l’un des membres peut se voir déléguer le rôle de veiller au remboursement, ou à la retransmission de cette fonction vers un descendant.

Boszormenyi-Nagy insiste sur le fait que la relation parent/enfant est nécessairement asymétrique : l’enfant ne sera jamais en mesure de pouvoir rendre ce qu’il a reçu de lui. Il précise encore que par la filiation, l’enfant ressent d’emblée un devoir éthique de loyauté envers ses propres parents, dont il cherchera à s’acquitter. C’est une loyauté existentielle. Les parents ont acquis en quelque sorte une légitimité aux yeux de l’enfant, lequel pour se montrer loyal, devra rembourser sa dette envers eux ; il s’agit alors de loyauté verticale. Au sein d’une fratrie ou de façon plus diffuse, dans un couple, on a affaire aux loyautés horizontales. Chaque individu reçoit ainsi un héritage avant même sa naissance, une tâche, un mandat, une attente… Ce legs va lui permettre de constituer un patrimoine pour créer quelque chose de nouveau à partir du passé. Ce qui est reçu induit le devoir éthique d’en assurer la continuité et de lui donner un avenir dans l’histoire relationnelle qui va se nouer. »

Vincent de Gaulejac dans L’histoire en héritage, Roman familial et trajectoire sociale, DDB, 2009, s’attarde sur les conflits de loyauté (p. 138) auxquels l’enfant est confronté « lorsqu’il lui faut choisir entre la lignée paternelle et la ligné maternelle. Chaque enfant est issu de deux familles qui ont des attentes différentes. Le couple parental peut proposer à l’enfant des médiations pour résoudre ces conflits ou, à l’inverse, le mettre en demeure de choisir un côté ou l’autre, considérant comme une trahison le « mauvais » choix. Quand ces attentes sont peu claires ou opposées, l’enfant ne peut choisir explicitement et manifestera des loyautés de façon invisible.

Au-delà des projections parentales, il semble que la transmission des dettes ne soit pas uniquement l’effet d’un sentiment de culpabilité inconsciente que l’on retrouve à chaque génération, mais d’une inscription dans un système familial qui engendre des obligations intériorisées, d’autant plus pressentes que les ascendants directs n’ont pas su ou pas pu les respecter.

C’est la raison pour laquelle les notions de justice et de loyauté sont ici centrales. Elles rendent compte non seulement d’une comptabilité subjective de ce qui a été donné ou reçu, mais également d’une comptabilité des fautes ou des injustices commises qui engagent celui qui en est responsable directement ainsi que ses descendants. Lorsque la réparation n’a pas été accomplie, elle semble perturber l’ensemble du système familial et condamner les descendants à des malédictions dont il leur faut retrouver la source pour espérer y échapper. Les causes sont souvent similaires : inceste, maladie « honteuse », internement psychiatrique, assassinat, condamnation pénale, rapt d’enfant, naissance illégitime… autant d’actes qui rejaillissent sur l’ensemble de la famille mettant ses membres face à une contradiction radicale entre l’obligation de manifester une solidarité vis-à-vis  d’un de ses membres et la volonté de se démarquer devant le malheur ou la faute inexcusable. Comme le souligne Françoise Dolto, il y a là une épreuve symbolique qui remet en cause la cohésion familiale, l’appartenance de chacun à ce groupe, l’inscription dans une lignée. »

La conclusion revient à Roselyne Orofiamma (2) : « Comme être social, l’individu répond aux projets, aux injonctions, aux loyautés invisibles (I. Boszormenyi-Nagy) que son milieu familial et social d’appartenance lui commande de respecter. Dans le travail qui prend appui sur les récits de vie, il s’agit d’éclairer, de repérer les processus singuliers qui accompagnent l’expérience individuelle et concourent à la construction d’identités. Si la sociologie de Bourdieu nous permet de penser les positions sociales qui jouent un rôle important dans les destins individuels, notre objet est tout autre. Il porte essentiellement sur le rapport qu’un individu entretient avec son histoire, à son groupe familial et social. Le récit de vie est l’objet d’un travail sociologique qui porte sur le positionnement d’un sujet humain par rapport à sa lignée, c’est-à-dire la place qu’il occupe dans l’ordre des générations, mais également sa position sociale et institutionnelle qui définissent son rapport au travail, à l’argent, au savoir,  à la culture et à l’amour ».

(1) Edith Goldbeter-Merinfeld, Loyautés familiales et éthique en psychothérapie, Introduction. in Cahiers critiques de thérapie familiale et et de pratiques de réseaux 2010/1 (n° 44), p. 5-11, Cairn.info

(2) Le travail de la narration dans le récit de vie par Roselyne Orofiamma, dans l’ouvrage collectif Souci et soin de soi. Liens et frontières entre histoire de vie, psychothérapie et psychanalyse. Sous la direction de Christophe Niewiadomski. Harmattan, Paris, 2002

A écouter : Fidélité à soi etTromperie de Philip Roth.

>> Prendre connaissance de l’atelier que j’anime sur la construction de son identité professionnelle grâce au référentiel des histoires de vie.

Prochaine session : s’inscrire.