La charte du soin par Martin Winckler

Le livre de Martin Winckler, L’école des soignantes, aux Editions P.O.L, prend un autre relief après la crise sanitaire que nous venons de vivre. Je l’ai lu quelques semaines avant, et j’ai voulu partager avec vous sa vision de la déontologie du soin, qui nous interroge aussi, nous, accompagnants professionnels. Ses mots raisonnent, et me font réfléchir à ma posture d’accompagnante (coach, mentor et facilitatrice).

Je vous conseille de lire cet ouvrage d’anticipation sur ce que pourrait être la médecine du futur, avec la vision militante de Martin Winckler qui se bat depuis de longues années pour que la pratique des soignants change. Il a d’ailleurs été mis en lumière par les médias pendant la crise du Covid, et sa parole bienveillante et éclairée sur la médecine nous fait du bien.

Sa vision d’une société du futur plus inclusive peut nous déranger aussi, c’est tellement vivifiant ! Quelle étrangeté, quel inconfort d’une grammaire où le féminin l’emporte, nous qui avons été tellement conditionné.es par une langue où le masculin domine. Nos repères sur les genres dans cette société plus accueillante et tolérante qu’il imagine sont refondés, et c’est une belle perspective que nous construisons dès maintenant.

LA CHARTE

  • 1° Je suis patient.e et je suis ton égal.e. Je te choisis pour me soigner
  • 2° Pour me soigner au mieux, physiquement, moralement et émotionnellement, tu mettras en oeuvre ton savoir, ton savoir-faire, ton intelligence et ton humanité en prenant garde, en tout temps, à ne pas me nuire
  • 3° Tu respecteras ma personne dans toutes ses dimensions, quelles que soient mon âge, mon genre, mes origines, ma situation sociale ou juridique, ma culture, mes valeurs, mes croyances, mes pratiques, mes préférences.
  • 4° Tu seras confident.e et témoin de mes plaintes, mes craintes et mes espoirs sans jamais les disqualifier, les minimiser, les travestir, ou les divulguer sans mon accord. Tu ne les utiliseras pas à ton profit. Tu ne les retourneras pas contre moi. Tu ne me soumettras pas à des interrogatoires inquisiteurs ; tu ne me bâillonneras pas.
  • 5° Tu partageras avec moi, sans réserve et sans brutalité, toutes les informations dont j’ai besoin pour comprendre ce qui m’arrive, pour faire face à ce qui pourrait m’arriver. Tu répondras patiemment, précisément, clairement, sincèrement et sans restriction à toutes mes questions. Tu ne me laisseras pas dans le silence, tu ne me maintiendras pas dans l’ignorance, tu ne me mentiras pas. Tu ne me tromperas ni sur tes compétences ni sur tes limites.
  • 6° Tu me soutiendras dans mes décisions. Tu n’entraveras jamais ma liberté par la menace, le chantage, le mépris, la manipulation, le reproche, la culpabilisation, la honte, la séduction. Tu n’abuseras ni de moi ni de mes proches.
  • 7° Tu te tiendras à mes côtés et tu m’assisteras face à la maladie et à toutes les personnes qui pourraient profiter de mon état. Tu seras mon avocat.e, interprète et porte-parole. Tu t’exprimeras en mon nom si je t’en fais la demande, mais tu ne parleras jamais à ma place.
  • 8° Tu respecteras et feras respecter les lois qui me protègent, tu lutteras avec moi contre les injustices qui compromettent mon libre accès aux soins. Tu te tiendras à jour des connaissances scientifiques et des savoir-faire libérateurs ; tu dénonceras tous les obscurantismes ; tu me protègeras des marchands.
  • 9° Tu traiteras avec le même respect toutes les personnes qui me soignent, et tu travailleras de concert avec elles, quelles que soient leur statut, leur formation, leur mode d’exercice. Tu défendras solidairement tes conditions de travail et celles des autres soignant.es.
  • 10° Tu veilleras à ta propre santé. Tu prendras les repos auxquels tu as droit. Tu protègeras ta liberté de penser. Tu refuseras de te vendre.

Extrait : « Je suis celle qui se réveille avant les autres, et qui attend les yeux ouverts. Je suis celle qui tète le sein de sa mère en la dévorant du regard. Je suis celle qui tombe, et qui ne pleure pas, et qui se relève, qui tombe encore et se relève, jusqu’à ce que ses jambes la portent. Je suis celle qui refuse de donner la main pour marcher. Je suis celle qui court derrière les animaux en riant. Je suis celle qui cueille les fleurs. Je suis celle qui, pendant que la mère allaite un nouveau bébé, porte sur son dos l’enfant née entre-temps. »

« Je suis l’institutrice devenue astronaute, je suis l’aviatrice qui fait le tour du monde, je suis la navigatrice qui brave les ouragans, je suis l’adolescente qui dit non aux militaires, je suis la physicienne qui reçoit deux prix Nobel … je suis la joueuse de tennis noire qui défie les arbitres blancs … je suis la poétesse autochtone qui écrit l’histoire de son peuple … je suis la modèle qui préserve les oeuvres du peintre pour qui elle a posé … Accroupies dans la caverne Des femmes, des filles et des soeurs Tracent ensemble sur la paroi Les images de mille mains Que le temps n’effacera pas. »

Pour aller plus loin :

Martin Winckler sur sa vision du soin dans La Grande Librairie.

La déclaration de Genève

La déclaration de Genève également intitulée Serment du médecin figure en annexe du code de déontologie médicale. Cette déclaration a été adoptée par l’assemblée générale de l’Association médicale mondiale en 1948, elle a fait l’objet de plusieurs révisions, la dernière date d’octobre 2017.

EN QUALITÉ DE MEMBRE DE LA PROFESSION MÉDICALE
JE PRENDS L’ENGAGEMENT SOLENNEL de consacrer ma vie au service de l’humanité ;
JE CONSIDÉRERAI la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité ;
JE RESPECTERAI l’autonomie et la dignité de mon patient ;
JE VEILLERAI au respect absolu de la vie humaine ;
JE NE PERMETTRAI PAS que des considérations d’âge, de maladie ou d’infirmité, de croyance, d’origine ethnique, de genre, de nationalité, d’affiliation politique, de race, d’orientation  sexuelle, de statut social ou tout autre facteur s’interposent entre mon devoir et mon patient ;
JE RESPECTERAI les secrets qui me seront confiés, même après la mort de mon patient ;
J’EXERCERAI ma profession avec conscience et dignité, dans le respect des bonnes pratiques médicales ;
JE PERPÉTUERAI l’honneur et les nobles traditions de la profession médicale ;
JE TÉMOIGNERAI à mes professeurs, à mes collègues et à mes étudiants le respect et la reconnaissance qui leur sont dus ;
JE PARTAGERAI mes connaissances médicales au bénéfice du patient et pour les progrès des soins de santé ;
JE VEILLERAI à ma propre santé, à mon bien-être et au maintien de ma formation afin de prodiguer des soins irréprochables ;
JE N’UTILISERAI PAS mes connaissances médicales pour enfreindre les droits humains et les libertés civiques, même sous la contrainte ;
JE FAIS CES PROMESSES sur mon honneur, solennellement, librement.

Le serment d’Hippocrate, à lire ici : https://www.conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-dhippocrate

« Surtout ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pas te perdre »

 

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Lauren Bastide a accueilli Delphine Horvilleur dans son podcast La poudre, que je vous recommande vivement. Très belle émission (1).

Delphine Horvilleur, l’une des trois rabbin.es en France, la plus médiatisée, autrice, dont le dernier livre vient de paraître (2). Cette femme inspirante, le rabbin le plus connu par le grand public, une femme donc, est à écouter et à lire, pour plus de tolérance, d’ouverture d’esprit et d’ouverture aux autres. Respect.

Morceaux choisis  :

« J’aimerais que l’on comprenne qu’il ne s’agit pas que du combat de ceux qui sont touchés par la haine. Les gens ont des empathies très sélectives. Les juifs doivent lutter contre l’antisémitisme, les noirs ou les musulmans contre le racisme, les gays contre les propos homophobes. Tout cela, c’est une négation de notre humanité et de la promesse républicaine. On a tous le devoir de se poser la question de notre responsabilité personnelle. Avoir conscience que cela ne viendra pas d’un autre, la fin de ces paroles haineuses, cela ne viendra pas non plus des pouvoirs publics. C’est à chacun de sentir que quand l’autre est frappé, en réalité c’est lui qui est balafré. Même si ce n’est pas notre identité de groupe qui est atteinte.

Aujourd’hui, il est important que l’on entende plein de voix : quelle place laisse-t-on à la parole de l’autre ? Etant une femme, je suis bien consciente quand je prend la parole pour parler de mon engagement rabbinique, qu’il y a toujours un moment chez mon interlocuteur où ma simple présence vient casser des idées reçues. Il lui faut un petit temps pour entendre le contenu de ce que je dis. Tiens, elle est rabbin. Donc tous les rabbins ne ressemblent pas à Rabbi Jacob, ils n’ont pas nécessairement une barbe, cela veut dire qu’il existe une possibilité d’être à côté des stéréotypes. La pluralité des paroles sert à réintroduire de la complexité dans la façon dont on voit l’autre, de l’oxygène dans les débats. Et ce n’est pas facile à faire dans un temps où l’on cherche la simplification.

J’ai grandi dans un tout petit village près d’Epernay, avec très tôt beaucoup de questionnements sur mon identité. Dans mon enfance très heureuse, j’ai eu la conscience qu’il y avait dans mes héritages et mes racines des choses que l’on ne verbalisait pas nécessairement, et qui faisait que je me sentais, toute petite, à la fois comme les autres et pas du tout comme les autres. J’étais quand même l’autre de l’histoire de mes petits camarades. Enfant, je me suis dit qu’il fallait que je fasse dialoguer les silences et les mots.

Aujourd’hui, je vois très bien cet héritage et cette incohérence entre ces deux histoires (côtés paternel et maternel) à réconcilier : il a beaucoup à voir avec mon cheminement vers le rabbinat qui est un travail du mot. C’est une fonction d’enseignement et de passeur, on fait en permanence le lien entre l’humain et les mots. On est centré sur le travail du texte et de son interprétation.

Nos rêves ont beaucoup à voir avec les rêves ou les inaboutis des générations passées. J’ai pensé longtemps que mon rêve devait prolonger celui des générations d’avant pour compléter ou réparer. Et j’ai fini par comprendre que c’était un rêve hérité, celui de devenir médecin. Pas le mien. Le lien entre la médecine, le journalisme que j’ai exercé en France pendant plusieurs années, et le rabbinat, c’est l’écoute, pouvoir traduire autrement, transmettre. On accueille la parole de l’autre, comme un récit sacré.

Je me suis toujours sentie très féminine. Le féminin pour moi a toujours rimé avec le fait d’être l’autre de l’histoire. Je n’ai pas de problème avec l’idée que le féminin est à la fois du même et de l’autre. Pour moi c’est une chance d’être l’autre de l’histoire, l’autre voix/voie de la littérature, de la culture, des religions.

Comme il y a beaucoup de femmes rabbins aux Etats-Unis, cette idée devint possible pour moi. En France, on ne peut pas étudier en étant une femme, mais on peut devenir rabbin. En 2008, quand je suis ordonnée rabbin, je suis enceinte de ma fille.

Pour beaucoup de femmes dans l’histoire qui ont accédé à des fonctions longtemps masculines, pendant un temps, elles sont occupées à neutraliser le féminin en elles, à devenir neutres, c’est-à-dire plutôt du genre masculin en français. Il faut un certain temps pour gagner une reconnaissance, qui vous permet d’être pleinement la femme que vous êtes.

Quand les hommes et les femmes lisent ensemble un texte, même les hommes le lisent différemment. C’est comme si tout le monde était resitué dans la lecture. Quand les femmes se mêlent à la conversation, cela éveille les voix du féminin, on change le point de vue sur la lecture, on a des interprétations différentes. Il faut dépasser le cliché de genre, les hommes aussi peuvent entendre ces autres voix. Seulement, quand on exclut les femmes de la conversation, ces voix demeurent muettes.

La mixité est critique aujourd’hui : sans elle, on appauvrit l’identité, la lecture et l’interprétation des textes, on piétine la richesse de ce que l’on pourrait faire dire aux textes, de ce que l’on pourrait être.

Il faut que l’on trouve un moyen pour les femmes qui ont accès à la parole de dépasser leur statut de victimes, afin de les rendre pleinement actrices de leurs histoires. Et ce n’est pas facile, la parole peut enfermer dans un récit de soi qui met en avant une certaine passivité, « voilà ce qui m’est arrivé », et « voilà les droits que cela va me donner ». Ce n’est pas du tout ça l’enjeu d’une prise de parole : ce que je raconte me donne une force, une puissance pour me relever.

A quoi sert l’écoute ? C’est surtout permettre à l’autre de s’entendre raconter son histoire autrement. Plus que la faire entendre à celui qui écoute.

L’étymologie dans les langues sémites du mot « Miséricordieux », l’un des noms de Dieu, est l’utérus. En fait, Dieu porte pour nous, entre autres, la matrice, dont la fonction est de faire de la place à l’autre. La capacité à faire de l’espace pour que l’autre grandisse et surgisse en vous, puis hors de vous. Et c’est exactement ce dont on est malade aujourd’hui. Certains disent « on est chez nous », « l’autre n’est pas chez lui ». Pour être vraiment soi, il faudrait se séparer de l’étrangeté, de l’altérité. Comme si on voulait se séparer de la fonction matricielle, d’un utérus en nous.

La Bible dit que le premier homme est créé masculin et féminin. Pour les mystiques, le masculin c’est la capacité à donner, le féminin la capacité à recevoir. Il faut pouvoir vivre avec cet équilibre-là. Savoir accueillir et recevoir, c’est très actif.

Il est passionnant ce grand malentendu de l’histoire sur la traduction du mot « côte », expliquant que la femme est sortie de la côte d’Adam, alors qu’il s’agit du mot « à côté ». (3) Dans ce cas, il s’agit d’une relation de sujet à objet, la femme est secondaire par rapport au masculin premier, et pour le dire simplement, il y a comme un os. La femme est l’os de l’histoire et on ne rétablit pas la possibilité d’un face à face. L’histoire de l’humanité aurait pu être tout autre si ce mot avait été traduit correctement. »

(1) Source : épisode 46 Delphine Horvilleur 21 mars 2019.

(2) Réflexion sur la question antisémite, Grasset, 2019. Autres ouvrages parus : En tenue d’Ève. Féminin, pudeur et judaïsme (Grasset, 2013), Comment les rabbins font les enfants (Grasset, 2015) …

(3) Interview sur le genre, l’éducation religieuse, la pudeur :

« A ce propos, dans votre livre, vous évoquez un célèbre verset de la Genèse cité par le grand rabbin Gilles Bernheim, et repris par le pape Benoît XVI…
Oui, pour illustrer leur opposition au projet de loi, ils ont tous deux cité le même verset (Genèse 27-1) : « L’Eternel créa l’homme à son image, masculin et féminin Il les créa. » Mais ils ont choisi de le traduire par « homme et femme Il les créa », insistant sur la complémentarité originelle de l’homme et de la femme. Or, les termes en hébreu pour dire « homme » et « femme » ne sont pas les mêmes que « masculin » et « féminin ». Choisir un terme et pas un autre est lourd de conséquences. Dans le texte biblique, le masculin et le féminin ne sont pas réductibles à la simple différence des sexes. Ils expriment une complémentarité d’un autre type. Le genre féminin représente souvent la vulnérabilité, le monde de l’intériorité, de la dépendance, alors que le masculin est celui de l’autonomie, de l’extériorité. Chacun d’entre nous, homme ou femme, expérimente dans sa vie tour à tour l’autonomie et la dépendance, la force et la vulnérabilité. Chacun d’entre nous fait des expériences qui dépassent ce à quoi on voudrait le réduire : les attributs de son sexe biologique. »

(Genèse 27-1) : « L’Eternel créa l’homme à son image, masculin et féminin Il les créa. »

Une sorcière comme les autres

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Le temps de la soirée Debout citoyennes ! organisée par l’association Eklore, j’ai découvert les paroles magnifiques de cette chanson d’Anne Sylvestre. C’est mon cadeau de fin d’année, à l’approche de Noël, aux femmes, mères, soeurs, amies. Cette chanson m’a émue aux larmes, je vous la partage.
S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois
J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bougerJe vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai porté encore
A l’heure de votre mort

Je vous ai porté des fleurs
Vous ai morcelé mon coeurQuand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mouriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedans

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie

C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseau

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard

Et c’est ma mère
Ou la vôtre

Une sorcière
Comme les autres

Il vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà
Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin

Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue

Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou qui se bat

C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de coton

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur

Et c’est ma mère
Ou la vôtre

Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps
Libre et fort comme le vent
Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière

J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas

Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peux plus
Le sol se rompt
On découvre des richesses inconnues
La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyé

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend

C’est Gabrielle
Ou bien Aïcha
Fille d’amour
Ou de combat

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel

Et c’est ma mère
Ou la vôtre

Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger

 

Anne Sylvestre, album 1975

Conversation avec Anne Sylvestre, qui évoque sa carrière, ses chansons, le féminisme, l’écriture.

Les 5 objectifs de « Debout citoyennes » :

1. Rendre visibles des femmes engagées insuffisamment représentées dans les médias
2. Faire connaitre des initiatives à impact social ou écologique positif
3. Inspirer la mise en action citoyenne : chacun.e peut agir de là où il/ elle est
4. Inviter les hommes et femmes à envisager leurs rôles dans des logiques de complémentarité et non d’opposition ou de déni de leurs différences
5. Lancer un appel aux femmes pour qu’elles osent s’engager dans l’entrepreneuriat, l’engagement sociétal ou politique, ou saisir des postes de pouvoir et d’influence.

Les missions de l’association Eklore :

Constat

Un monde du travail qui échoue à créer du bien humain et du sens commun.

Mission

Inspirer et rassembler ceux et celles qui veulent donner un sens humain au travail.

Identité

Un mouvement culturel pour inspirer d’autres représentations et pratiques personnelles au travail.

Vision

Un monde où chacun.e assume sa singularité dans sa vie professionnelle et sa responsabilité dans la vie humaine.

Valeurs

Audace, discernement, liberté, responsabilité, solidarité.

Nous avons tous des super pouvoirs !

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J’ai eu la chance d’animer cette semaine un atelier créatif pour un réseau mixité en entreprise intitulé « Osons en actions : que mettons-nous en place pour identifier nos supers pouvoirs ou talents, les faire connaître et les utiliser pour le poste de nos rêves ? »

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Florence Servan-Schreiber définit la notion de « super pouvoir » ainsi, dans l’ouvrage Power patate : « Une force est une prédisposition à penser, ressentir, et agir de façon authentique et énergisante qui entraîne nos meilleures performances. C’est notre mode de fonctionnement naturel, au cours duquel nous sommes énergiques et performants. Une force de caractère est une composante de notre personnalité. Ces forces ou qualités font de chacun un être singulier, puissant et à sa place, capable de beaucoup, sans effort et en kiffant. »

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Cet atelier d’une heure et demi a été guidé par le questionnement suivant, auquel vous pouvez vous-aussi réfléchir :

  • Pour quelle(s) raison(s) est-ce important pour vous d’identifier vos talents ou super pouvoirs d’abord, et de les faire connaître ensuite ?
  • A quel(s) besoin(s) cela répond-il dans votre vie aujourd’hui ?
  • A quoi  peuvent-ils vous servir dans votre carrière professionnelle ?
  • Quels sont les opportunités qui s’offrent à vous pour oser les mettre en actions, les alliés sur lesquels vous appuyer et les freins à prendre en compte ?

Je vous engage à réaliser pour vous le questionnaire sur le site viame.org, qui listera vos 24 forces de caractère, votre trousseau de qualités et talents : nul soupçon d’égocentrisme mal placé dans cette démarche, mieux se connaître permet de mieux se présenter en entretien, en trouvant le ton juste : donner quelques exemples de réalisations ou d’expériences illustre finement ses qualités, et ses compétences par la même occasion. (1)

L’énergie créatrice libérée a permis d’identifier deux axes, autour desquels un groupe de travail va se mettre en place cette année : comment se rendre visible (individuellement) ; quelles solutions concrètes proposer à l’entreprise pour rendre les femmes plus visibles et développer ainsi leur employabilité ?

Un grand merci à l’illustratrice Véronique OLIVIER-MARTIN, qui a si bien « croqué » nos idées ! Je la recommande chaudement : rien de mieux que les illustrations pour synthétiser les propos qui fusent.
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(1) Plus d’information sur l’enquête (vous pouvez y répondre en Français) : « The VIA Survey was developed by renowned psychologist, Christopher Peterson, Ph.D. The VIA Survey-120 is a revised version of the original VIA Survey as a 120 item, scientifically validated by Robert McGrath, Ph.D., questionnaire that provides a rank order of an adult’s 24 character strengths. The new revised version takes approximately 15 minutes to complete and descriptive results and in-depth reports are available upon completion. The VIA Survey-120 is offered in over 30 languages and is the only survey of strengths in the world that is free, online, and psychometrically valid. »

 

Identités : à ma place

Zazie – A ma place (en duo avec Axel Bauer)

Serait-elle à ma place plus forte qu’un homme
Au bout de ces impasses où elle m’abandonne
Vivre l’enfer mourir au combat
Faut-il pour lui plaire aller jusque là?
Se peut-il que j’y parvienne
Se peut-il qu’on nous pardonne
Se peut-il qu’on nous aime
Pour ce que nous sommesSe met-il à ma place quelques fois
Quand mes ailes se froissent
Et mes îles se noient
Je plie sous le poids
Plie sous le poids
De cette moitié de femme
Qu’il veut que je sois
Je veux bien faire la belle, mais pas dormir au bois
Je veux bien être reine, mais pas l’ombre du roi
Faut-il que je cède
Faut il que je saigne
Pour qu’il m’aime aussi
Pour ce que je suisPourrait-il faire en sorte
Ferait-elle pour moi
Ouvrir un peu la porte
Ne serait ce qu’un pas
Pourrait il faire encore
Encore un effort
Un geste un pas
Un pas vers moi…Je n’attends pas de toi que tu sois la même
Je n’attends pas de toi que tu me comprennes,
Seulement que tu m’aimes pour ce que je suisSe met-elle à ma place quelques fois
Que faut-il que je fasse pour qu’elle me voit
Vivre l’enfer mourir au combat,
Veux-tu faire de moi ce que je ne suis pas?
Je veux bien tenter l’effort de regarder en face
Mais le silence est mort et le tien me glace
Mon âme sœur cherche l’erreur
Plus mon sang se vide et plus tu as peur

Faut-il que je t’apprenne
Je ne demande rien
Les eaux troubles où je traîne
Où tu vas d’où tu viens
Faut-il vraiment que tu saches
Tout ce que tu caches
Tout au fond de moi
Au fond de toi

Je n’attends pas de toi que tu sois la même
Je n’attends pas de toi que tu me comprennes,
Mais seulement que tu m’aimes
Seulement que tu m’aimes
Pour ce que je suis

Quand je doute
Quand je tombe
Et quand la route est trop longue
Quand parfois je ne suis pas
Ce que tu attends de moi
Que veux-tu qu’on y fasse
Qu’aurais-tu fais à ma place?
En savoir plus sur http://www.paroles-musique.com/paroles-Zazie-A_Ma_Place_avec_Axel_Bauer-lyrics,p6297#me2oWIDY6PzmhXAw.99

 

Le Zest-of – Album disponible : FNAC : http://zazie.co/ZestOfFnac

Stéréotype, quand tu nous tiens…

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Comme je vous l’annonçais dans mon billet précédent, voici un nouvel apport sur les stéréotypes.

Pour approfondir le sujet, je me suis demandée d’où ils venaient et pourquoi ils avaient une telle influence sur nos pensées et nos actes. Patrick Scharnitzky, docteur en psychologie sociale, nous en dit plus dans son ouvrage, que je vous recommande chaudement pour une mise à niveau : Les stéréotypes en entreprise, les comprendre pour mieux les apprivoiser, Editions Eyrolles, 2015.

Notre cerveau est un avare cognitif. Cette formule, consacrée par les scientifiques, explique que notre cerveau est toujours en quête d’économie mentale, à la recherche du meilleur rapport coût/bénéfice. Comment dépenser le moins d’énergie possible pour un résultat optimum ? Il va donc découper la réalité continue en catégories disjointes pour se simplifier la vie (…).  Notre cerveau construit des stéréotypes car ils sont la conséquence logique et normale du phénomène de catégorisation et des distorsions qui l’accompagnent. Ces stéréotypes vont devenir des outils d’interprétation de la réalité, créant un dispositif d’attentes dans les relations professionnelles.

En résumé, les stéréotypes proviennent avant tout d’une sorte de dysfonctionnement de notre cerveau qui comble ses limites par des outils simplificateurs de la réalité dans la perception des personnes.

S’ils ont une origine mentale, comme on vient de le voir, les stéréotypes sont aussi confortés, encouragés et justifiés par les valeurs sociales qui composent une culture. La société a en effet besoin de stabilité, et préfère toujours s’appuyer sur des croyances, des traditions et des habitudes pour fonctionner et faire adhérer le plus grand nombre. Ces deux causes se nourrissent mutuellement.

Comment fonctionnent les stéréotypes ? Les travaux en psychologie sociale portant sur les mécanismes mentaux de la formation d’impression nous l’expliquent (Fiske et Neuberg, 1990) : il semble infaisable de fonder son impression exclusivement soit sur les informations individuelles, soit sur le stéréotype. Etre exposé à un stéréotype est un automatisme qui répond d’une activation incontrôlée et non d’une prise de décision consciente. En revanche, y renoncer est un choix volontaire que nous devons faire et qui va nous demander effort et énergie.

A lire : les travaux du Laboratoire de l’égalité, Les stéréotypes, c’est pas moi, c’est les autres ! Pdf à télécharger : labo-egalite-stereotypes_filles_garcons.

Très intéressant : les tests de l’Observatoire des discriminations pour mesurer ses préjugés. Je vous engage à les faire, très instructif.

On comprend qu’il est nécessaire de s’engager dans une démarche volontariste si l’on veut les combattre et c’est bien ce que les entreprises sont en train de comprendre.

Pour les entreprises qui souhaitent mettre en place un module de sensibilisation à la prise de conscience de l’impact des stéréotypes à destination de leurs salariés,  me contacter.

Consulter ma proposition d’atelier en co-animation avec Jean-Michel Monnot  : prendre conscience des stéréotypes et des représentations héritées pour manager efficacement des équipes mixtes.

Séquence émotion : regardez !

 

La première impression n’est pas forcément la bonne…

 

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J’aimerais vous faire partager quelques éléments, loin d’être exhaustifs, j’y reviendrai dans d’autres articles, sur un sujet qui me semble essentiel  pour comprendre les enjeux de la mixité : les stéréotypes de genre, auxquels chacun de nous est confronté. Première étape : la prise de conscience des stéréotypes qui influencent nos pensées, notre perception des autres et nos décisions.

Comme l’explique Louis Schweitzer, « si nous sommes toutes et tous potentiellement victimes de stéréotypes, nous sommes également toutes et tous façonnés par ces mêmes stéréotypes. » (Préface de l’ouvrage Les stéréotypes en entreprise, Les comprendre pour mieux les apprivoiser, Editions Eyrolles, Patrick Scharnitzky).

Définition : un stéréotype est un ensemble d’informations et de croyances associées aux membres d’un groupe, quel qu’il soit. Il se compose d’une liste de caractéristiques accumulées tout au long de notre vie et dont les sources sont multiples.

IMS-Entreprendre pour la Cité et Patrick Scharnitzky, chercheur en psychologie sociale, ont mené une vaste étude sur 1 200 salariés de tous niveaux hiérarchiques dans neuf entreprises sur les stéréotypes de genre pour comprendre en quoi les mentalités entravent l’égalité entre les femmes et les hommes dans le milieu professionnel.

Les conclusions : les stéréotypes de genre sont partagés par les hommes et les femmes et ils renvoient à une répartition sexuée des rôles dans l’entreprise de l’homme leader et de la femme organisée et à l’écoute. Mais si la construction des stéréotypes sexués dépasse le cadre de l’entreprise, celle-ci dispose de moyens efficaces pour les rendre plus positifs, via son engagement, ses actions. Ce qui tend à atténuer les sentiments de discrimination des salariés, à augmenter leur satisfaction au travail, et ainsi leur motivation et leur performance.

Pour en savoir plus sur ce programme de recherche mené pour IMS Entreprendre pour la cité depuis 2010 : il a réalisé un état des lieux de certains stéréotypes majeurs dans les entreprises et surtout listé les leviers d’action permettant de réduire leur influence néfaste sur les relations professionnelles. Il se compose de quatre volets, le handicap (2011), le genre (2012), les origines (2014), et le dernier sur les générations en 2015.
Je vous engage à lire le volet de 2012, passionnant, et les guides pratiques proposés pour lutter contre les stéréotypes en entreprise : c’est faisable, et des entreprises peuvent en témoigner.
Autres travaux, ceux de Huguet et Régner (2009), in Journal of Educational Psychology, présentés par  Catherine Thinus-Blanc, du Laboratoire de Psychologie Cognitive, CNRS, Université Aix-Marseille, dans cette vidéo tournée en 2014Femmes et sciences : la menace des stéréotypes sociaux du genre.
Lire sur le même sujet :  La fabrique des genres.

Consulter ma proposition d’atelier en co-animation avec Jean-Michel Monnot  : prendre conscience des stéréotypes et des représentations héritées pour manager efficacement des équipes mixtes.

#Diversité #Liberté Nous avons tous un handicap, qu’il soit physique, mental, spirituel…

 

A regarder également l’interview vidéo de Brigitte Grésy, Secrétaire Générale du Conseil Supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, sur le sexisme ordinaire dans l’entreprise : comment le repérer, comment y faire face, comment le faire reculer.

 

 

 

Pourquoi devient-on fille ou garçon ?

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C’est la question posée par Serge Hefez dans Le nouvel ordre sexuel, 2012, Editions Kero.

Il a voulu expliquer ce que sont le sexe et le genre, comment ils se construisent et comment ils nous construisent, pour désamorcer les peurs et libérer l’enthousiasme.

Selon ce psychiatre et psychanalyste, responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris (1), « le sexuel est préalable à la différence des sexes, voire à la différence des genres, et ce dont il est question en psychanalyse ne concerne pas le sexe de la biologie, mais le sexe d’une anatomie  fantasmatique, d’une représentation inconsciente du corps profondément marquée par l’histoire de chaque sujet. Il y a plus d’un siècle,  Freud a montré que si l’opposition masculin/féminin est la plus rebelle à la pensée, elle n’est ni purement biologique, ni purement sociologique, ni purement psychologique, mais un mélange curieux des trois. S’il n’y a que deux sexes, nous hébergeons une multitude de genres ! Le masculin et le féminin se prolongent dans une infinité de figures d’avantage qu’ils ne s’affrontent dans un système binaire d’oppositions. L’inconscient puise peu à peu dans chaque histoire singulière les matériaux de la construction ultérieure de la distinction de sexe. Dans chaque histoire, mais aussi dans le contexte historique et culturel dans lequel nous baignons. Nous nous trouvons complètement ficelés, contraints, contenus par une multitude d’injonctions, de prescriptions, de représentations, de projections, de règles héritées de notre environnement personnel, familial, social, culturel, religieux, qui nous dictent au plus intime de nous-mêmes comment modeler ce sexuel infantile infiniment fantaisiste. Au point que certains prennent parfois ce modelage pour de la « norme » ou même de la « nature ». »

Le mérite de la recherche de Serge Hefez est d’avoir tenté d’explorer « les fantômes, les transmissions, les héritages, qui transforment les questions autour du genre en bombes à retardement, et affolent nos capteurs, au point de nous priver de la clairvoyance et de la confiance nécessaires pour aborder sereinement nos révolutions. »

Psychanalyste, il rejoint le postulat des sociologues cliniciens qui affirment avec lui que savoir, comprendre d’où l’on vient, et ce qui travaille en nous, ce qui nous propulse et ce qui nous retient, ce qui empêche ou pas la transformation, quelle qu’elle soit, est indispensable pour rendre le changement possible.

Cet effort d’exploration de son identité, y compris son identité de genre, est gagnant, car il apporte la connaissance et le développement de soi, une libération intérieure, source de sérénité et d’acceptation des différences, les siennes et celles des autres. C’est un message d’espoir, et c’est la raison pour laquelle je vous conseille cet ouvrage, qui m’a personnellement bien éclairée.

(1) Serge Hefez est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La danse du couple (Hachette Littérature, 2002), Antimanuel de psychologie (Bréal, 2009), Scènes de la vie conjugale (Fayard, 2010). Lien vers son blog.

 

La fabrique des genres

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Françoise Héritier, anthropologue de la famille, professeure honoraire au Collège de France, n’a de cesse de nous rappeler que la culture s’impose à la nature (1). La neurobiologie selon elle « prouve que les mêmes aires cérébrales sont affectées également pour les deux sexes lorsqu’ils effectuent des activités identiques. Le poids du cerveau, la répartition droite/gauche des hémisphères et l’utilisation que chacun en fait n’a rien à voir avec des compétences sexuées. Ce sont la création et l’agencement, dus à l’apprentissage, de synapses particulières qui sont à l’origine des différences de compétences. »

Catherine Vidal, chef de laboratoire à l’Institut Pasteur et cofondatrice en 2010 du réseau international NeuroCulture-NeuroGendering, précise (1) : « aujourd’hui, nos connaissances sur la plasticité cérébrale permettent de dire qu’il est impossible de dissocier inné et acquis. Au cours du développement du cerveau, la fabrication de la matière cérébrale et le câblage entre les neurones ne peuvent se réaliser que si l’individu est en interaction avec son environnement. L’inné apporte la capacité de câblage entre les neurones ; l’acquis permet la réalisation effective de ce câblage. L’imagerie par résonance magnétique (IRM) du cerveau a permis de dévoiler le rôle majeur de l’apprentissage dans la construction cérébrale. La plasticité cérébrale permet de comprendre pourquoi tous les individus ont des cerveaux différents, quel que soit leur sexe. »

En décembre 2015, une étude publiée par Daphna Joel, de l’Ecole des sciences psychologiques de l’Université de Tel Aviv confirme : « les cerveaux humains ne peuvent être classés en deux catégories distinctes, mâle ou femelle » (Revue scientifique américaine Proceedings of the National Academy fo Science, http://www.pnas.org).

Catherine Vidal nous met en garde contre le tout « neuro » et la dérive vers une « neuro-société » : « On tend de plus en plus à décrire les comportements en termes de circuits de neurones, à réduire l’être humain à un cerveau plutôt qu’à l’envisager en tant qu’être social s’inscrivant dans un environnement, une culture, une histoire. Nous disposons d’une accumulation de données démontrant que rien n’est inscrit dans le cerveau depuis la naissance. Rien n’est à jamais figé. Cette plasticité cérébrale sous-tend notre capacité de libre arbitre.  » Elle conclut en affirmant que ce sont les normes sociales qui forgent les différences indéniables entre hommes et femmes. On ne peut gommer des millénaires d’histoire. Mais l’essentiel est la diversité des cerveaux de tous les êtres humains, quel que soit leur sexe.

Mais si le genre est une assignation de l’esprit, comment se transmet-il ? Françoise Héritier répond : « Dès la naissance. Par leurs attitudes, leurs sollicitations, les parents encouragent les comportements qu’ils jugent appropriés au sexe de leur nourrisson, et l’enfant répond dans le sens souhaité, en intériorisant une conduite sexuée. A l’adolescence, face à un corps qui se transforme, se reformulent l’identité de genre, l’orientation sexuelle et la représentation que l’on se fait de ses capacités de séduction. Mais, une fois encore, cette entrée dans la vie sexuelle est influencée par les discours et les comportements de ceux qui entourent l’adolescent. Car ce sont les autres, leur regard et leur jugement qui nous façonnent et que nous façonnons. Nous avons toutefois la liberté de nous insurger contre les stéréotypes, et donc contre l’inégalité entre les sexes. Car si les différences fonctionnelles sont bien là, rien de biologique ne fonde l’inégalité entre les sexes. Celle-ci est construite exclusivement dans le monde des idées. Une chimère en somme, dont nous commençons seulement à nous libérer. »

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A ce propos, je vous encourage à lire et à offrir deux beaux livres et fort instructifs, La fabrique des filles (2010, réédité en 2014) et La fabrique des garçons (2015), réalisées par les Editions Textuel.

La fabrique des fillesl’éducation des filles de Jules Ferry à la pilule, a fait l’objet d’une conférence, avec l’auteure, Rebecca Rogers, enregistrée pour le réseau Toutes femmes toutes communiquantes de l’association Communication&Entreprise, en voici le podcast.

L’ouvrage est une réflexion historique sur l’éducation des filles, qui montre combien l’école est à la fois un vecteur d’émancipation féminine, mais aussi la gardienne du temple de la tradition, en perpétuant les stéréotypes.

Dans La fabrique des garçons (2015), l’auteure Anne-Marie Sohn, explique qu’il s’agit d’un travail au long cours sur la construction de la masculinité sur deux siècles. Pour elle, on ne naît pas homme, on le devient !

Réjouissant : la parution d’un autre ouvrage aux Editions Textuel, Mauvais Genre. Les travestis à travers un siècle de photographie amateur. Collection Sébastien Lifshitz. Textes de Christine Bard et Isabelle Bonnet. Avec un corpus exceptionnel de 200 images anonymes réunies par Sébastien Lifshitz, ce livre explore un siècle de travestissement (1880-1980) avec une réjouissante audace.

Mauvais Genre présente des hommes et des femmes revêtant les attributs vestimentaires du sexe opposé. Prises dans un studio photographique à la fin du XIXe siècle ou dans les coulisses des cabarets des années 30, dans l’intimité de la chambre ou sous le flash d’un appareil Polaroid, sagement posées ou complètement délurées, ces photographies constituent un corpus aussi insolite que précieux.

A écouter, une série de 4 émissions sur France culture : Masculins, est-ce ainsi que les hommes se vivent.

Références :

Françoise Héritier : pour ses travaux sur le fonctionnement des systèmes semi-complexes de parenté et d’alliance, cette anthropologue, spécialiste des questions touchant à la parenté, au mariage, à la famille, au rapport de sexe et de genre, s’est vue décerner en 1978 la médaille d’argent du CNRS au titre des Sciences humaines. En 1982, elle succède à Claude Lévi-Strauss au Collège de France (chaire d’Etude comparée des sociétés africaines) et à la direction du Laboratoire d’anthropologie sociale où elle enseignera jusqu’en 1998. Elle a été la deuxième femme à enseigner au Collège de France après Jacqueline de Romilly. Elle a publié (entre autres) : Masculin/Féminin I : la pensée de la différence (1996) ; Masculin/Féminin II : dissoudre la hiérarchie (2002) ; Le sel de la vie (2012).

Catherine Vidal est titulaire d’un doctorat d’Etat en Neurophysiologie. Elle a travaillé sur les mécanismes de la douleur, le rôle du cortex cérébral dans la mémoire, l’infection du cerveau par le virus du Sida, l’Alzheimer et la maladie de Creuzfeld-Jacob. Elle s’intéresse aux rapports entre science et société, concernant en particulier le déterminisme en biologie, le cerveau, le sexe. Jusqu’en 2006, elle a été membre du Comité Scientifique « Sciences et Citoyen » du CNRS. Aujourd’hui, elle est membre du Comité Scientifique de l’Institut Emilie du Châtelet, de l’Association « Femmes et Sciences », du Collectif « Pas de 0 de conduite pour les enfants de trois ans ». Elle a notamment publié : Féminin/Masculin : mythes et idéologies (Belin, 2006) ; Hommes et femmes : avons-nous le même cerveau ? (Le Pommier, 2012).

Anne-Marie Sohn, professeur émérite d’Histoire contemporaine à l’École normale supérieure de Lyon, est une spécialiste de l’histoire du genre, ainsi que de l’histoire de la vie privée et des jeunes. Elle a notamment publié « Sois un homme ! ». La construction de la masculinité au XIXème siècle (Seuil, 2009), Une histoire sans les hommes est-elle possible ? Genre et masculinités (ENS Éditions, 2013).

Rebecca Rogers est américaine. Elle vit en France depuis longtemps. Son regard sur l’histoire de l’éducation des filles en France est marqué par sa double culture. Son livre, Les bourgeoises au pensionnat, a gagné le prix de la History of Education Society en Angleterre pour le meilleur livre en histoire de l’éducation publié entre 2004 et 2007. En 2013, elle a publié en anglais une biographie de l’institutrice française qui a créé la première école pour jeunes filles musulmanes à Alger en 1845 : Story : A Frenchwoman’s Imperial Madame Luce, in 19th-century Algeria, Stanford, Stanford University Press. Ce livre a obtenu le prix Boucher en 2014 de la French Colonial History Society.

Sébastien Lifshitz est cinéaste, auteur notamment de : Les Invisibles (2012, César du meilleur film documentaire), Bambi (2013) et Les Vies de Thérèse (2016). Il est collectionneur de photographie amateur depuis une vingtaine d’années.

(1) Homme, femme… Les lois du genre, textes fondamentaux, numéro hors-série Le Point Références, 2013.

 

Françoise Héritier : « l’homme, la seule espèce dont les mâles tuent les femelles »

 

J’ai découvert au hasard de mes cheminements sur Internet, sans doute le 8 mars, cette interview de Françoise Héritier sur le site de Sciences et Avenir, que je vous recommande, car l’anthropologue y livre sa réponse à la question « qu’est-ce que l’Homme ? ».

Elle justifie cette affirmation reprise dans le titre en considérant que « le comportement d’agression des hommes à l’égard des femmes n’est pas un effet de la nature animale et féroce de l’Homme, mais de ce qui fait sa différence, qu’on l’appelle conscience, intelligence ou culture ».

J’y ai découvert le mot « néoténie », un handicap mortel pour l’Homme sur une longue durée : « persistance temporaire ou permanente des formes immatures ou larvaires durant le développement de l’organisme. Se dit aussi pour désigner des espèces aptes à se reproduire tout en conservant leur structure immature. L’espèce humaine a été caractérisée de néoténique parce que l’homme naît inachevé, que son enfance est très longue et sa puberté tardive ».

A lire dans son intégralité : ici.