La charte du soin par Martin Winckler

Le livre de Martin Winckler, L’école des soignantes, aux Editions P.O.L, prend un autre relief après la crise sanitaire que nous venons de vivre. Je l’ai lu quelques semaines avant, et j’ai voulu partager avec vous sa vision de la déontologie du soin, qui nous interroge aussi, nous, accompagnants professionnels. Ses mots raisonnent, et me font réfléchir à ma posture d’accompagnante (coach, mentor et facilitatrice).

Je vous conseille de lire cet ouvrage d’anticipation sur ce que pourrait être la médecine du futur, avec la vision militante de Martin Winckler qui se bat depuis de longues années pour que la pratique des soignants change. Il a d’ailleurs été mis en lumière par les médias pendant la crise du Covid, et sa parole bienveillante et éclairée sur la médecine nous fait du bien.

Sa vision d’une société du futur plus inclusive peut nous déranger aussi, c’est tellement vivifiant ! Quelle étrangeté, quel inconfort d’une grammaire où le féminin l’emporte, nous qui avons été tellement conditionné.es par une langue où le masculin domine. Nos repères sur les genres dans cette société plus accueillante et tolérante qu’il imagine sont refondés, et c’est une belle perspective que nous construisons dès maintenant.

LA CHARTE

  • 1° Je suis patient.e et je suis ton égal.e. Je te choisis pour me soigner
  • 2° Pour me soigner au mieux, physiquement, moralement et émotionnellement, tu mettras en oeuvre ton savoir, ton savoir-faire, ton intelligence et ton humanité en prenant garde, en tout temps, à ne pas me nuire
  • 3° Tu respecteras ma personne dans toutes ses dimensions, quelles que soient mon âge, mon genre, mes origines, ma situation sociale ou juridique, ma culture, mes valeurs, mes croyances, mes pratiques, mes préférences.
  • 4° Tu seras confident.e et témoin de mes plaintes, mes craintes et mes espoirs sans jamais les disqualifier, les minimiser, les travestir, ou les divulguer sans mon accord. Tu ne les utiliseras pas à ton profit. Tu ne les retourneras pas contre moi. Tu ne me soumettras pas à des interrogatoires inquisiteurs ; tu ne me bâillonneras pas.
  • 5° Tu partageras avec moi, sans réserve et sans brutalité, toutes les informations dont j’ai besoin pour comprendre ce qui m’arrive, pour faire face à ce qui pourrait m’arriver. Tu répondras patiemment, précisément, clairement, sincèrement et sans restriction à toutes mes questions. Tu ne me laisseras pas dans le silence, tu ne me maintiendras pas dans l’ignorance, tu ne me mentiras pas. Tu ne me tromperas ni sur tes compétences ni sur tes limites.
  • 6° Tu me soutiendras dans mes décisions. Tu n’entraveras jamais ma liberté par la menace, le chantage, le mépris, la manipulation, le reproche, la culpabilisation, la honte, la séduction. Tu n’abuseras ni de moi ni de mes proches.
  • 7° Tu te tiendras à mes côtés et tu m’assisteras face à la maladie et à toutes les personnes qui pourraient profiter de mon état. Tu seras mon avocat.e, interprète et porte-parole. Tu t’exprimeras en mon nom si je t’en fais la demande, mais tu ne parleras jamais à ma place.
  • 8° Tu respecteras et feras respecter les lois qui me protègent, tu lutteras avec moi contre les injustices qui compromettent mon libre accès aux soins. Tu te tiendras à jour des connaissances scientifiques et des savoir-faire libérateurs ; tu dénonceras tous les obscurantismes ; tu me protègeras des marchands.
  • 9° Tu traiteras avec le même respect toutes les personnes qui me soignent, et tu travailleras de concert avec elles, quelles que soient leur statut, leur formation, leur mode d’exercice. Tu défendras solidairement tes conditions de travail et celles des autres soignant.es.
  • 10° Tu veilleras à ta propre santé. Tu prendras les repos auxquels tu as droit. Tu protègeras ta liberté de penser. Tu refuseras de te vendre.

Extrait : « Je suis celle qui se réveille avant les autres, et qui attend les yeux ouverts. Je suis celle qui tète le sein de sa mère en la dévorant du regard. Je suis celle qui tombe, et qui ne pleure pas, et qui se relève, qui tombe encore et se relève, jusqu’à ce que ses jambes la portent. Je suis celle qui refuse de donner la main pour marcher. Je suis celle qui court derrière les animaux en riant. Je suis celle qui cueille les fleurs. Je suis celle qui, pendant que la mère allaite un nouveau bébé, porte sur son dos l’enfant née entre-temps. »

« Je suis l’institutrice devenue astronaute, je suis l’aviatrice qui fait le tour du monde, je suis la navigatrice qui brave les ouragans, je suis l’adolescente qui dit non aux militaires, je suis la physicienne qui reçoit deux prix Nobel … je suis la joueuse de tennis noire qui défie les arbitres blancs … je suis la poétesse autochtone qui écrit l’histoire de son peuple … je suis la modèle qui préserve les oeuvres du peintre pour qui elle a posé … Accroupies dans la caverne Des femmes, des filles et des soeurs Tracent ensemble sur la paroi Les images de mille mains Que le temps n’effacera pas. »

Pour aller plus loin :

Martin Winckler sur sa vision du soin dans La Grande Librairie.

La charte du Verstohlen, « Ce qui ne peut être volé« , par Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio, TRACT Gallimard, 2022. « La philosophie du soin (care) est indissociablement une théorie morale et une théorie politique. Celle-ci peut même se définir comme une phénoménologie spécifique du politique, au sens où elle donne à voir ce que la société tend à cacher, elle rend visibles les invisibilités politiques, autrement dit tous ceux que les systèmes socio-économiques, politiques et culturels ont rendu « invisibles », plus vulnérables qu’ils ne le sont inaugurablement, précisément par leur désaveu de leur singularité, dévalorisation et stigmatisation de leur dépendance. La Charte du Verstohlen est une clinique du politique qui s’appuie sur une théorie de la conception plus articulée à l’éthique du care » (page 36).

La déclaration de Genève

La déclaration de Genève également intitulée Serment du médecin figure en annexe du code de déontologie médicale. Cette déclaration a été adoptée par l’assemblée générale de l’Association médicale mondiale en 1948, elle a fait l’objet de plusieurs révisions, la dernière date d’octobre 2017.

EN QUALITÉ DE MEMBRE DE LA PROFESSION MÉDICALE
JE PRENDS L’ENGAGEMENT SOLENNEL de consacrer ma vie au service de l’humanité ;
JE CONSIDÉRERAI la santé et le bien-être de mon patient comme ma priorité ;
JE RESPECTERAI l’autonomie et la dignité de mon patient ;
JE VEILLERAI au respect absolu de la vie humaine ;
JE NE PERMETTRAI PAS que des considérations d’âge, de maladie ou d’infirmité, de croyance, d’origine ethnique, de genre, de nationalité, d’affiliation politique, de race, d’orientation  sexuelle, de statut social ou tout autre facteur s’interposent entre mon devoir et mon patient ;
JE RESPECTERAI les secrets qui me seront confiés, même après la mort de mon patient ;
J’EXERCERAI ma profession avec conscience et dignité, dans le respect des bonnes pratiques médicales ;
JE PERPÉTUERAI l’honneur et les nobles traditions de la profession médicale ;
JE TÉMOIGNERAI à mes professeurs, à mes collègues et à mes étudiants le respect et la reconnaissance qui leur sont dus ;
JE PARTAGERAI mes connaissances médicales au bénéfice du patient et pour les progrès des soins de santé ;
JE VEILLERAI à ma propre santé, à mon bien-être et au maintien de ma formation afin de prodiguer des soins irréprochables ;
JE N’UTILISERAI PAS mes connaissances médicales pour enfreindre les droits humains et les libertés civiques, même sous la contrainte ;
JE FAIS CES PROMESSES sur mon honneur, solennellement, librement.

Le serment d’Hippocrate, à lire ici : https://www.conseil-national.medecin.fr/medecin/devoirs-droits/serment-dhippocrate

Mobilité et identité

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Sujet d’actualité, la mobilité est une notion qui me taraude depuis un moment. Ne voyageant plus à l’étranger depuis quelques années, je m’interroge régulièrement sur l’effet que cela peut avoir sur ma curiosité, mon ouverture au monde, ma tolérance à la différence … Et je ressens aussi fortement cette injonction sociale, implicite, au mouvement. A la lecture de cet article de Télérama (1), dont je vous partage quelques extraits – qui font débat, et c’est tant mieux – je me rends compte que la perception de la mobilité a évolué, et qu’elle est liée directement aussi à l’identité, socle de ma pratique d’accompagnante.

Avant la révolution industrielle, le voyage, par la terre ou par les mers, est un art mondain, un privilège de nantis. Le chemin de fer permet, le premier, aux bénéficiaires des congés payés de découvrir de nouveaux horizons. En 1936, six cent mille Français font grimper leur famille dans des wagons direction les dunes ou les champs. Jusqu’aux années 50, on vit dans la proximité piétonne du domicile, en donnant à la rigueur un coup de pédale ou en prenant la navette d’entreprise. L’automobile est une marque de raffinement réservée aux bourgeois.

La mobilité commence à se construire comme un outil d’émancipation. Circuler, droit fondamental de la Déclaration universelle des droits de l’humain, devient un moyen de ses libérer individuellement. Partir, c’est s’arracher à un ancrage, une appartenance. C’est franchir les frontières géographiques et s’affranchir des assignations identitaires. Le destin se dirige à coups de volant ! La voiture est vendue comme un moyen d’accéder au monde et à l’indépendance, pour monsieur comme pour madame.

« La mobilité sans effort constitue une espèce de bonheur, de suspense de l’existence et d’irresponsabilité », observe le philosophe Jean Baudrillard en 1967.

La mobilité de loisirs devient une norme sociale, le tourisme une pratique culturelle : entre 1951 et 1989, le taux de départ en vacances passe de 31 % (soit 10 millions de Français) à 60,7 % (soit 33 millions de Français).

Ne pas rester chez soi, c’est exister aux yeux d’une société qui célèbre l’activité constante. Idéalisée, valorisée elle-même, la mobilité n’est plus seulement un moyen. Elle devient une fin en soi. Et l’immobilité, une faute.

Car la promesse d’émancipation s’est transformée en injonction à bouger. La mobilité est désormais une contrainte, voire une obligation, pour une large partie de la population. Les innovations techniques, combinées à la révolution numérique, ont bouleversé le quotidien, façonnant de nouveaux modes de vie : celui des cadres toujours entre deux avions, des couples séparés par leur emploi se retrouvant en fin de semaine, des familles vivant à la campagne et travaillant en ville, des expatriés qui retournent régulièrement dans leur pays d’origine…

Cette hypermobilité a un coût : le budget transports a dépassé le budget logement, la pollution de l’air fait 48 000 morts par an, les tensions s’avivent dans les familles à cause de la fatigue, le stress des embouteillages altère le bien-être, les effets sont dévastateurs sur les territoires entre des villes surpeuplées et des campagnes délaissées,  la biodiversité est mise en danger par l’urbanisation non contrôlée …

Etre immobile, c’est s’exclure socialement, alors que les services publics poursuivent depuis des décennies leur cure d’amaigrissement à l’échelle du territoire : de 1980 à 2013, l’Insee a observé une baisse de 24 % de nombre d’écoles, de 31 % pour les centres des impôts, de 36 % pour les bureaux de poste ou encore de 41 % pour les maternités. Ne pas pouvoir se déplacer restreint jusqu’aux droits fondamentaux : s’instruire, se soigner, se cultiver, se nourrir…

Après nous avoir libéré, la mobilité tend à nous enfermer. Constante, irrépressible, aliénante, elle nous disperse. Nous éparpille.

« La mobilité ne libère pas l’individu, amplifie le sociologue Eric Le Breton (2). Elle le scinde, le partitionne, le brise et l’épuise. Elle le projette dans des territoires où, le privant de ses racines et de ses liens, elle le prive de tout, y compris de lui-même. »

La mobilité nous oblige à nous adapter constamment, à sans cesse trouver de nouveaux repères. Comment dans ces conditions trouver une place stable dans ce monde en fuite ? Pouvoir se déplacer fut un luxe. Aujourd’hui, le luxe, c’est de ne pas y être contraint.

Depuis cet article rédigé en 2019, est paru dans la collection TRACTS de Gallimard cet opus signé Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio, « Ce qui ne peut être volé« , ou Charte du Verstohlen (2022) qui complète notre éclairage. Dans les 10 points de cette charte, le premier est relatif à la perspective, accéder à une vue : « Une chambre avec vue désigne parfaitement ce qu’une ressource matérielle peut devenir, à savoir une ressource existentielle. Accéder à une vue, dans l’espace privé ou l’espace public, est une nécessité journalière. Voir l’horizon, la beauté, la lumière naturelle nous inspire, nous soutient, et sollicite notre prendre soin en retour. La perspective a le mérite d’être autant un mode de représentation créative de l’espace et de ce qu’il contient, qu’une notion qui permet d’embrasser ces différents éléments que sont l’horizon, la vue, la lumière, l’espace libre devant soi. Un paysage, urbain, rural, maritime, sauvage. Les mondes urbains et ruraux ne peuvent se transformer en prisons où tout édifice arrête le regard : murs et bêtise ont ceci de commun qu’ils tuent les perspectives » (page 5).

(1) Télérama 3608 du 06/03/2019 écrit par Romain Jeanticou, Bouger nous empêche t-il d’avancer ?

(2) Mobilité, la fin d’un rêve ? Eric Le Breton, ed. Apogée

Les âmes errantes

FRANCE-LITERATURE

Photos Joël Saget/AFP photo article Le Monde

J’aimerais commencer cette nouvelle année par la présentation subjective d’un ouvrage Les âmes errantes de Tobie Nathan, L’iconoclaste, 2017, à la fois récit de son arrivée en France en 1958 en tant que réfugié, venant d’Egypte, et tentative de compréhension des jeunes en voie de radicalisation, qu’il a reçus dans son cabinet pendant trois ans.

Je serais heureuse si cette introduction vous donne envie de le lire, il en vaut la peine. Loin des discours, au plus près du terrain de ce thérapeute des migrants depuis 45 ans.

J’ai bien sûr sélectionné les passages qui éclairent la notion d’identité, socle de ma recherche personnelle et de ma pratique professionnelle. Bonne lecture, fondée sur ce principe exigeant : « Je dois dire que je préfère une autre façon de poser la question de la radicalisation. Pas de compassion ni de recours à la loi, mais une interrogation sérieuse sur les forces en présence, leur nature, leurs noms, leurs modalités d’existence, leurs manières de capturer les humains, les exigences qu’elles leur imposent… Quarante-cinq ans de pratique clinique auprès des migrants m’ont enseigné un principe : toujours prendre le parti de l’intelligence de l’autre, de ses forces, de ses ressources, jamais de ses manques, de ses failles, de ses désordres. »

S’il n’est pas de profil à un destin radicalisé, j’ai remarqué une fragilité chez des jeunes gens dont les histoires familiale et personnelle sont caractérisées toutes deux par un déficit : appartenance culturelle défaillante à la première génération, filiation flottante à la suivante. (…)

L’histoire me semble exemplaire. La mère du fait d’une destinée singulière s’est vue séparée de sa source – sa source et non ses racines ! Le mot « racines » laisserait supposer l’existence d’une réalité statique, et en principe, objective. Racines… comme celles d’un arbre. Mais les hommes sont loin de posséder la perfection des arbres, découlant de cette relation charnelle avec la terre. Ils n’ont pas davantage l’intelligence instinctive des oiseaux qui, après avoir parcouru des milliers de kilomètres, savent retrouver, sur la branche ou dans l’anfractuosité d’un rocher, l’emplacement du nid de leur naissance. Non ! Chez les hommes, les origines se renouvellent sans cesse ; car pour eux, l’origine n’est pas instinct mais tout à la fois connaissance et volonté. Alors, si on l’ignore, si on n’y participe pas, si on ne la cultive pas, l’origine se dessèche, comme peut s’assécher une source. L’origine n’est pas faite que de passé, mais aussi de présent et d’avenir, source à laquelle on s’abreuve chaque jour pour être là et de là.

Etre actif dans les rites d’un peuple qui lui-même est actif dans sa relation aux autres peuples : voilà la définition d’une source qui continue de jaillir. (…)

Etre coupé de sa source, ce n’est jamais être délivré d’un lien, mais condamné, comme Caïn, à l’errance infinie, nécessairement à la recherche d’une autre source et toujours soumis à la surveillance des propriétaires des lieux. (…)

Je qualifie d’âme errante cette fille non pas détachée, puisqu’elle n’a jamais été liée ; non pas égarée, puisqu’elle n’a pas de lieu à retrouver, d’Ithaque à rejoindre ; mais flottante, angoissée, animée d’absence. Cet être bon à prendre, à soumettre – c’est une proie pour les chasseurs d’âme. (…)

Je sais que l’appartenance culturelle, ce que mon maître, l’initiateur de l’ethnopsychiatrie Georges Devereux, appelait « l’identité ethnique », n’est pas une nature, mais une volonté. J’ai appris que l’affiliation, le fait d’être initié dans un univers prescrit, est une chance lorsqu’elle est guidée par des anciens. Les pays modernes se doivent de fournir des réponses aux questions lancinantes que je perçois chez les jeunes gens radicalisés, ces questions sont aussi les miennes :

  • Est-on seulement un être humain ? Je veux dire : est-on seulement fait de l’accouplement de ces deux êtres humains que sont le père et la mère, comme le laisse entendre l’idéologie ambiante ? N’existe-t-il pas d’autres ingrédients de l’identité ? Nous les connaissons d’évidence : les lieux, les langues, les divinités, les rites… Non ! Aucune société ne pourrait se satisfaire d’humains qui seraient de simples êtres biologiques.
  • Est-on seulement constitué par ses origines ? L’identité ne s’apparente-t-elle pas plutôt à un projet ? N’est-il pas possible de choisir son identité, comme on peut aujourd’hui choisir son sexe ? Serait-il possible d’en changer, de se constituer une nouvelle identité ? Et si c’est le cas, en se convertissant… à quel culte ? En se soumettant… à quelle initiation ? Et, s’il est possible de choisir son identité, comment s’articule-t-elle alors avec les lois du pays ?
  • S’il vient l’idée à quelqu’un de révéler les dieux cachés, ceux de l’endroit ou ceux des ancêtres, ceux d’ici ou ceux de là-bas, s’il lui vient à l’idée de réactiver les rites oubliés, interdits, sera-t-on nécessairement replongés dans cette terrible guerre des dieux que nous cherchons à éviter depuis des siècles ?

Comme on le comprend maintenant, les questions que les conversions islamistes recouvrent ne sont pas seulement d’ordre affectif ou symbolique ; ce sont de véritables questions métaphysiques.

Pour changer de regard, Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio dans leur TRACT Gallimard (2022), intitulé « Ce qui ne peut être volé », Charte du Verstohlen, insistent sur la compréhension des ressorts d’un projet (architectural, de service etc.) dans son territoire : « ses identités, ses récits, ses blessures, ses rythmes vitaux. » L’enquête est un outil de compréhension de ces ressorts : « Dans le moment de l’enquête, d’abord distanciée puis familière, il se joue plusieurs étapes : la découverte des âmes du territoire, errantes et notabilisées ou encore des espérances enfouies, des traumatismes passés, des parcours de vie et de soin des individus. Ces enquêtes peuvent se réaliser à l’aide d’outils sociologiques classiques, statisticiens, mais plus il sont affinés, capables d’intégrer la parole singulière des acteurs, de respecter leur demande de confidentialité, plus ils seront riches pour créer un projet pertinent. Autrement dit, il est possible d’avoir recours à ce que l’on nomme les savoirs expérientiels, ou encore d’utiliser l’éthique narrative pour décrire les subtilités de ces vécus. Nos enquêtes sont donc davantage tournées vers la vulnérabilité. Enquêter sur le vulnérable, quels que soient les lieux et les sujets, n’est nullement une façon de le discriminer mais plutôt de l’utiliser comme vecteur de connaissance et comme levier capacitaire, sans injonction aucune de performance, même si l’assignation à résidence victimaire est une injonction qui ne dit pas son nom ». (pages 24 et 25)

A lire aussi sur la notion d’identité.

A découvrir : l’atelier que j’anime sur l’identité professionnelle, directement inspirée des histoires de vie.

Télécharger : fiche-atelier-identiteprofessionnelle

A lire également sur le blog : les histoires de vie socio-professionnelles.

Ou identité et mythes.

« Qui connaît son nom, détient la personne » proverbe latin.