#Episode 3 podcast Catherine Thibaux

3ème épisode de la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Catherine témoigne avec simplicité, profondeur et l’exigence qui la caractérise de son cheminement professionnel jusqu’à l’écriture et la publication du livre Les clefs d’un mentoring réussi, pour progresser dans sa vie professionnelle, aux Editions StudyramaPro que je vous recommande vivement. Après avoir écouté Catherine, vous aurez une idée plus précise de ce qu’est (ou n’est pas) le mentoring et des bienfaits qu’il peut apporter au mentoré et au mentor.

#Episode 2 podcast Elisabeth Salesse

Nouvel épisode dans la série de podcasts que j’ai initiée avec Mitrane Couppa, et un fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Elisabeth revient sur sa découverte du goût des contes, grâce à son père et sa grand-mère. Contes qui ravissent enfants et adultes, lorsqu’ils ont la chance de l’entendre, avec sa voix chaleureuse, ses yeux rieurs et son énergie communicative. Entre vie professionnelle, théâtre, improvision, clown, conte, elle a tracé son chemin de découverte de soi, qu’elle nous partage ici avec générosité. Conte et histoire de vie, il était indispensable de comprendre le lien à travers le témoignage d’Elisabeth.

#Episode 1 podcast Mitrane Couppa

#Episode 1 Mitrane Couppa

J’inaugure une série de podcasts, le fil conducteur pouvant être décrit ainsi : nous faire découvrir des histoires singulières, des parcours de vie et des conquêtes. Conquête d’indépendance, de liberté, d’identité.

Avec une question fondamentale : comment changer, se transformer, évoluer et / ou s’accepter en restant fidèle à soi (ses valeurs, son héritage, ses loyautés) ?

Retrouver la série complète ici.

Mitrane nous parle de son enfance, de l’éducation qu’elle a reçue, des heures passées à lire, de sa boulimie de savoir et d’apprentissage, et de son audace. Celle de créer son entreprise, parce qu’elle sait que son travail a de la valeur et que son expérience dans les ressources humaines, les relations sociales, les risques psychosociaux et la direction de projet complexe sera utile aux entreprises, que ce soient des PME ou des grandes entreprises. Rencontre avec une femme libre.

Dans mon arbre de vie pousse mon projet professionnel

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Je viens de vivre une étonnante aventure professionnelle avec le réseau Sncf au féminin, pour lequel j’ai conçu l’atelier « Pitch ton projet ! Dans mon arbre de vie pousse mon projet professionnel », animé dans sept villes, grâce au train de la mixité, qui a sillonné la France du 11 au 28 juin 2019.

L’ambition de ce train de la mixité : créer un moment fort d’échange et d’empowerment pour les membres du réseau mixte Sncf au féminin.

Quelques chiffres pour donner la mesure de ce projet incroyable :

  • 8 étapes en France
  • 96 conférences et témoignages
  • 192 ateliers
  • 74 intervenants
  • 3 000 participants
  • Plus de 93 % de satisfaction
  • Quatre voitures : ateliers, conférences, exposition, networking

Le réseau Sncf au féminin, c’est 7 000 salarié.es, femmes et hommes, engagé.es pour faire progresser la mixité à tous les niveaux du groupe Sncf.

Quelques retours de participants qui ont fait part de leur « enchantement » et de leur « émerveillement » : les conférences et ateliers leur ont « ouvert les yeux », ont été une « bouffée d’air », leur ont « donné de l’énergie », « de l’optimisme », de « l’envie d’agir », de la « confiance en l’avenir » …

« A l’image du réseau, l’expérience à vivre à bord du train a été construite pour agir simultanément sur deux dimensions : développer la confiance de chaque salarié.e et mener le combat collectif pour l’égalité »  Francesca Aceto, présidente.

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L’intention de l’atelier « Pitch ton projet ! » :

  • Permettre aux membres du réseau de prendre du temps pour soi, en se posant les bonnes questions pour réfléchir à son projet professionnel
  • Repartir avec des idées d’évolution
  • S’autoriser à envisager un projet
  • Se présenter et pitcher son projet à un.e collègue vivant lui / elle aussi ce partage dans le train.

Un grand merci à l’équipe du train qui m’a fait confiance et aux membres du réseau qui ont partagé leur projet professionnel pendant l’atelier avec authenticité.

Si cet atelier vous donne des idées pour votre entreprise, votre réseau ou tout simplement pour vous-même, n’hésitez pas à me contacter pour un échange.

Voir les ateliers que je propose : ici.

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Ce que nous dit Homère de nous

DSCN0437.JPGLa belle voix de Sylvain Tesson vous a peut-être bercé un de ces étés … Session de rattrapage avec son livre Un été avec Homère aux Editions Equateurs parallèles, France Inter, 2018. Un régal, que j’ai savouré page après page, mot après mot, dans mes trajets de métro parisien. J’ai dû le lâcher parce que je l’avais fini, mais j’y reviendrai, comme un livre de chevet dont on ne se sépare jamais vraiment.

Je vous en livre quelques extraits en cohérence et en continuité avec mes sujets de prédilection autour de l’identité, du récit de vie, de la promesse, faite à soi et aux autres, avec une dimension supplémentaire et non des moindres, celle de l’emprise des Dieux sur les hommes. A méditer en ces temps chaotiques.

« Ouvrir L’Iliade et l’Odyssée revient à lire un quotidien. Ce journal du monde fournit l’aveu que rien ne change sous le soleil de Zeus : l’homme reste fidèle à lui-même, animal grandiose et désespérant, ruisselant de lumière et farci de médiocrité.

Message d’Homère pour les temps actuels : la civilisation, c’est quand on a tout à perdre ; la barbarie, c’est quand on a tout à gagner. Toujours se souvenir d’Homère à la lecture du journal le matin.

Apparaît Ulysse. Qui est cet homme paradoxal ? Il aime l’aventure mais veut rentrer chez lui. Il se montre curieux de l’univers mais nostalgique de sa maison, il goûte aux nymphes mais pleure Pénélope, se jette dans l’aventure mais rêve du foyer. On avance dans l’Odyssée comme devant le miroir de notre propre âme. Là réside le génie : avoir tracé en quelques chants le contour de l’homme.

Je crois à cela : l’invariabilité de l’homme. Les sociologues modernes se persuadent que l’homme est perfectible, que le progrès le bonifie, que la science l’améliore. Fadaises ! Le poème homérique est immarcescible, car l’homme, s’il a changé d’habit, est toujours le même personnage, mêmement misérable ou grandiose, mêmement médiocre ou sublime, casqué sur la plaine de Troie ou en train d’attendre l’autobus sur les lignes du siècle XXI.

Homère l’assène : on ne peut espérer un retour sans idée fixe. Seule l’opiniâtreté triomphe des tempêtes. Seule la constance mène au but. Cet enseignement frappe la bannière homérique : la longueur de vue, la fidélité constituent les plus hautes vertus. Elles finissent par remporter le combat contre l’imprévu. Ne pas déroger, seul honneur de la vie.

La véritable géographie homérique réside dans cette architecture : la patrie, le foyer, le royaume. L’île d’où l’on vient, le palais où l’on règne, l’alcôve où l’on aime, le domaine où l’on bâtit. On ne saurait se montrer fier de son propre reflet si l’on ne peut pas se prétendre de quelque part.

L’Iliade était le thème musical de la malédiction des hommes. Les chiennes de l’âme étaient lâchées sur le champ de bataille. L’Odyssée est le livre d’heures d’un homme qui échappe à la frénésie collective et cherche à renouer avec sa condition de mortel – libre et digne. L’Odyssée est le chant du retour au pays, de la remise en place du destin. Le retour à soi, en soi et chez soi. C’est aussi le poème de la rémission écrit huit cents ans avant l’Evangile du pardon. Ulysse a fauté, il paiera pour les hommes qui se sont déchaînés. Le voyage est rachat dit Homère. Les dieux se mettront sur la route du fautif pour lui imposer leurs épreuves. Dernier axe de l’Odyssée : la constance d’âme. Le principal danger consiste à oublier son but, à se déprendre de soi-même, à ne plus poursuivre le sens de sa vie. Se renier, indignité suprême.

Fondement de la pensée grecque en général et de l’enseignement homérique en particulier : tous les malheurs de l’homme viennent de n’être pas à sa place et tout le sens de la vie consiste à rétablir dans son cadre ce qui en a été exilé.

Tout se conquiert, rien n’est acquis à l’homme, rien ne saurait universellement lui revenir. Démasqué, Ulysse se dévoile au roi des Phéaciens :

Je suis Ulysse, fils de Laërte, dont les ruses sont fameuses partout, et dont la gloire touche au ciel. J’habite dans la claire Ithaque. (Odyssée, IX, 19-21).

Notre héros a décliné son nom, son père, sa patrie. Une manière antique de s’identifier : qui l’on est, d’où l’on vient, où l’on va. L’identité ici ramassée cimente la trilogie de l’origine, de la généalogie et de la gloire. Le temps, l’espace et l’action s’articulent.

Mais d’abord il me faut aller à mon verger pour voir mon noble père qui se ronge en mon absence. (Odyssée, XXIII, 358-360)

Son « noble père » : le poème s’achève sur cette préoccupation suprême : renouer avec la filiation. Aucun homme ne vient de nulle part. La dernière mission d’Ulysse est de se manifester auprès de son père. Il a reconquis l’espace, l’île d’Ithaque. Il doit renouer avec le temps : son origine filiale. Dans la pensée antique, on est de quelque part et l’on est de quelqu’un. La révélation moderne n’avait pas encore consacré le règne de l’individualisme, dogme nous réduisant à des monades auto-générées, sans racine ni ascendance.

Tous nous portons dans nos coeurs une Ithaque intérieure que nous rêvons parfois de reconquérir, parfois de regagner, souvent de préserver. »

Bio en 3 mn sur Sylvain Tesson.

A lire dans Télérama : « De la Sardaigne à la Turquie, en passant par la Sicile où nous l’avons rencontré, l’écrivain voyageur Sylvain Tesson navigue pour Arte dans le sillage d’Ulysse. Son idée : révéler la présence toujours vivace d’Homère en Méditerranée. A regarder : Documentaire sur Arte en 2020.

A écouter, la série de podcasts Mine de rien que j’ai bâtie en m’inspirant du récit Un été avec Homère.

« Surtout ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pas te perdre »

 

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Lauren Bastide a accueilli Delphine Horvilleur dans son podcast La poudre, que je vous recommande vivement. Très belle émission (1).

Delphine Horvilleur, l’une des trois rabbin.es en France, la plus médiatisée, autrice, dont le dernier livre vient de paraître (2). Cette femme inspirante, le rabbin le plus connu par le grand public, une femme donc, est à écouter et à lire, pour plus de tolérance, d’ouverture d’esprit et d’ouverture aux autres. Respect.

Morceaux choisis  :

« J’aimerais que l’on comprenne qu’il ne s’agit pas que du combat de ceux qui sont touchés par la haine. Les gens ont des empathies très sélectives. Les juifs doivent lutter contre l’antisémitisme, les noirs ou les musulmans contre le racisme, les gays contre les propos homophobes. Tout cela, c’est une négation de notre humanité et de la promesse républicaine. On a tous le devoir de se poser la question de notre responsabilité personnelle. Avoir conscience que cela ne viendra pas d’un autre, la fin de ces paroles haineuses, cela ne viendra pas non plus des pouvoirs publics. C’est à chacun de sentir que quand l’autre est frappé, en réalité c’est lui qui est balafré. Même si ce n’est pas notre identité de groupe qui est atteinte.

Aujourd’hui, il est important que l’on entende plein de voix : quelle place laisse-t-on à la parole de l’autre ? Etant une femme, je suis bien consciente quand je prend la parole pour parler de mon engagement rabbinique, qu’il y a toujours un moment chez mon interlocuteur où ma simple présence vient casser des idées reçues. Il lui faut un petit temps pour entendre le contenu de ce que je dis. Tiens, elle est rabbin. Donc tous les rabbins ne ressemblent pas à Rabbi Jacob, ils n’ont pas nécessairement une barbe, cela veut dire qu’il existe une possibilité d’être à côté des stéréotypes. La pluralité des paroles sert à réintroduire de la complexité dans la façon dont on voit l’autre, de l’oxygène dans les débats. Et ce n’est pas facile à faire dans un temps où l’on cherche la simplification.

J’ai grandi dans un tout petit village près d’Epernay, avec très tôt beaucoup de questionnements sur mon identité. Dans mon enfance très heureuse, j’ai eu la conscience qu’il y avait dans mes héritages et mes racines des choses que l’on ne verbalisait pas nécessairement, et qui faisait que je me sentais, toute petite, à la fois comme les autres et pas du tout comme les autres. J’étais quand même l’autre de l’histoire de mes petits camarades. Enfant, je me suis dit qu’il fallait que je fasse dialoguer les silences et les mots.

Aujourd’hui, je vois très bien cet héritage et cette incohérence entre ces deux histoires (côtés paternel et maternel) à réconcilier : il a beaucoup à voir avec mon cheminement vers le rabbinat qui est un travail du mot. C’est une fonction d’enseignement et de passeur, on fait en permanence le lien entre l’humain et les mots. On est centré sur le travail du texte et de son interprétation.

Nos rêves ont beaucoup à voir avec les rêves ou les inaboutis des générations passées. J’ai pensé longtemps que mon rêve devait prolonger celui des générations d’avant pour compléter ou réparer. Et j’ai fini par comprendre que c’était un rêve hérité, celui de devenir médecin. Pas le mien. Le lien entre la médecine, le journalisme que j’ai exercé en France pendant plusieurs années, et le rabbinat, c’est l’écoute, pouvoir traduire autrement, transmettre. On accueille la parole de l’autre, comme un récit sacré.

Je me suis toujours sentie très féminine. Le féminin pour moi a toujours rimé avec le fait d’être l’autre de l’histoire. Je n’ai pas de problème avec l’idée que le féminin est à la fois du même et de l’autre. Pour moi c’est une chance d’être l’autre de l’histoire, l’autre voix/voie de la littérature, de la culture, des religions.

Comme il y a beaucoup de femmes rabbins aux Etats-Unis, cette idée devint possible pour moi. En France, on ne peut pas étudier en étant une femme, mais on peut devenir rabbin. En 2008, quand je suis ordonnée rabbin, je suis enceinte de ma fille.

Pour beaucoup de femmes dans l’histoire qui ont accédé à des fonctions longtemps masculines, pendant un temps, elles sont occupées à neutraliser le féminin en elles, à devenir neutres, c’est-à-dire plutôt du genre masculin en français. Il faut un certain temps pour gagner une reconnaissance, qui vous permet d’être pleinement la femme que vous êtes.

Quand les hommes et les femmes lisent ensemble un texte, même les hommes le lisent différemment. C’est comme si tout le monde était resitué dans la lecture. Quand les femmes se mêlent à la conversation, cela éveille les voix du féminin, on change le point de vue sur la lecture, on a des interprétations différentes. Il faut dépasser le cliché de genre, les hommes aussi peuvent entendre ces autres voix. Seulement, quand on exclut les femmes de la conversation, ces voix demeurent muettes.

La mixité est critique aujourd’hui : sans elle, on appauvrit l’identité, la lecture et l’interprétation des textes, on piétine la richesse de ce que l’on pourrait faire dire aux textes, de ce que l’on pourrait être.

Il faut que l’on trouve un moyen pour les femmes qui ont accès à la parole de dépasser leur statut de victimes, afin de les rendre pleinement actrices de leurs histoires. Et ce n’est pas facile, la parole peut enfermer dans un récit de soi qui met en avant une certaine passivité, « voilà ce qui m’est arrivé », et « voilà les droits que cela va me donner ». Ce n’est pas du tout ça l’enjeu d’une prise de parole : ce que je raconte me donne une force, une puissance pour me relever.

A quoi sert l’écoute ? C’est surtout permettre à l’autre de s’entendre raconter son histoire autrement. Plus que la faire entendre à celui qui écoute.

L’étymologie dans les langues sémites du mot « Miséricordieux », l’un des noms de Dieu, est l’utérus. En fait, Dieu porte pour nous, entre autres, la matrice, dont la fonction est de faire de la place à l’autre. La capacité à faire de l’espace pour que l’autre grandisse et surgisse en vous, puis hors de vous. Et c’est exactement ce dont on est malade aujourd’hui. Certains disent « on est chez nous », « l’autre n’est pas chez lui ». Pour être vraiment soi, il faudrait se séparer de l’étrangeté, de l’altérité. Comme si on voulait se séparer de la fonction matricielle, d’un utérus en nous.

La Bible dit que le premier homme est créé masculin et féminin. Pour les mystiques, le masculin c’est la capacité à donner, le féminin la capacité à recevoir. Il faut pouvoir vivre avec cet équilibre-là. Savoir accueillir et recevoir, c’est très actif.

Il est passionnant ce grand malentendu de l’histoire sur la traduction du mot « côte », expliquant que la femme est sortie de la côte d’Adam, alors qu’il s’agit du mot « à côté ». (3) Dans ce cas, il s’agit d’une relation de sujet à objet, la femme est secondaire par rapport au masculin premier, et pour le dire simplement, il y a comme un os. La femme est l’os de l’histoire et on ne rétablit pas la possibilité d’un face à face. L’histoire de l’humanité aurait pu être tout autre si ce mot avait été traduit correctement. »

(1) Source : épisode 46 Delphine Horvilleur 21 mars 2019.

(2) Réflexion sur la question antisémite, Grasset, 2019. Autres ouvrages parus : En tenue d’Ève. Féminin, pudeur et judaïsme (Grasset, 2013), Comment les rabbins font les enfants (Grasset, 2015) …

(3) Interview sur le genre, l’éducation religieuse, la pudeur :

« A ce propos, dans votre livre, vous évoquez un célèbre verset de la Genèse cité par le grand rabbin Gilles Bernheim, et repris par le pape Benoît XVI…
Oui, pour illustrer leur opposition au projet de loi, ils ont tous deux cité le même verset (Genèse 27-1) : « L’Eternel créa l’homme à son image, masculin et féminin Il les créa. » Mais ils ont choisi de le traduire par « homme et femme Il les créa », insistant sur la complémentarité originelle de l’homme et de la femme. Or, les termes en hébreu pour dire « homme » et « femme » ne sont pas les mêmes que « masculin » et « féminin ». Choisir un terme et pas un autre est lourd de conséquences. Dans le texte biblique, le masculin et le féminin ne sont pas réductibles à la simple différence des sexes. Ils expriment une complémentarité d’un autre type. Le genre féminin représente souvent la vulnérabilité, le monde de l’intériorité, de la dépendance, alors que le masculin est celui de l’autonomie, de l’extériorité. Chacun d’entre nous, homme ou femme, expérimente dans sa vie tour à tour l’autonomie et la dépendance, la force et la vulnérabilité. Chacun d’entre nous fait des expériences qui dépassent ce à quoi on voudrait le réduire : les attributs de son sexe biologique. »

(Genèse 27-1) : « L’Eternel créa l’homme à son image, masculin et féminin Il les créa. »

La part intime des trajectoires sociales

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Interview de la philosophe Chantal Jaquet (1), qui a codirigé l’essai collectif La fabrique des transclasses, éditions PUF. Elle revient sur la notion de mobilité sociale que j’aborde sur mon site, avec selon elle un fort coût intime.

« Les discours sur la mobilité sociale sont pris entre deux mythes : la trahison et l’ascension. Qu’ils évoquent la figure du social-traitre qui a fui sa classe d’origine plein de honte et gagné un à un ses galons, ou du self-made man qui s’est fait tout seul, ils font abstraction des individus de chair et d’os qui effectuent le passage d’une classe à l’autre. On a vite fait de crier au génie, d’exalter ses talents et son mérite personnel. Or ce n’est pas une question de volonté. La trajectoire des transclasses est un processus bien plus complexe, qui met en jeu des conditions économiques et sociales, une histoire familiale, des rencontres affectives… Un ensemble de fils qui se nouent et se dénouent pour constituer une existence. Se pencher sur cette fabrique permet de rompre avec les clichés.

Les politiques nationales ont une importance déterminante pour favoriser cette mobilité sociale : avec sept enfants d’ouvrier sur dix qui connaissent le même sort que leurs parents, la France est dans la moyenne. C’est dans les pays scandinaves qu’on trouve la mobilité la plus forte et aux Etats-Unis qu’elle est la plus faible, contrairement aux idées entretenues par le mythe de l’american dream.

Un transclasse se fabrique sous l’effet d’une pluralité de causes qui se combinent entre elles. Au sein d’une même famille, des frères et soeurs ne connaissent pas la même trajectoire, en dépit de conditions économiques et sociales semblables. Comment le comprendre si l’on ne tient pas compte du désir parfois inconscient des parents ou de la place dans la fratrie ? On peut rêver de revanche sociale pour l’un et souhaiter que l’autre perpétue le modèle familial. Autrement dit, les enfants ne sortent pas indemnes des aspirations et projections de leurs parents (2).

Nos trajectoires peuvent aussi être le produit d’un secret de famille, de rencontres amicales ou amoureuses, d’une homosexualité qui motive une prise de distance quand elle n’est pas acceptée par son milieu, comme ce fut le cas pour Didier Eribon ou Edouard Louis…

Quand on quitte son milieu d’origine, on est à la fois le même et un autre (3). Même si, de coeur, on reste fidèle à sa classe d’origine, on a incorporé de nouvelles habitudes, nos revenus et nos fréquentations ont changé. Ce passage produit toujours une métamorphose de l’identité, qui devient forcément plus flottante (commentaire perso : je dirais une identité « bricolée » ou « métissée). Le transgenre porte les traces des deux milieux. D’où parfois un sentiment de déchirement, des émotions clivées. Honte, colère, culpabilité, mais aussi joie et fierté. D’ailleurs, être à la frontière peut aussi constituer une force et une richesse : quand on porte plusieurs mondes en soi, on développe un recul critique, ainsi qu’une grande capacité d’adaptation et d’ouverture. Et on a davantage la possibilité de choisir qui l’on veut être.

Confesser qu’on vient de la bourgeoisie est peut-être même encore plus compliqué que d’avouer des racines ouvrières ou paysannes. Car le transclasse qui s’élève dans la hiérarchie sociale a de l’éclat. Le bourgeois de naissance sera toujours soupçonné d’un manque de sincérité, taxé d’imposteur car à tout moment susceptible de faire appel au carnet d’adresses de sa famille pour se sortir de la précarité. Pourtant, renoncer au confort d’une vie aisée exige aussi beaucoup de courage. »

(1) Télérama 3603 du 30/01/2019.

(2) Vincent de Gaulejac parle de « projet parental », l’un des axes de travail des séances d’accompagnement que j’anime (individuel ou collectif).

(3) Voir la contribution d’Alex Lainé sur l’identité. Avec un éclairage sur l’identité mêmeté/ipséité de Paul Ricoeur.

Mobilité et identité

 

caravane_1.jpgSujet d’actualité, la mobilité est une notion qui me taraude depuis un moment. Ne voyageant plus à l’étranger depuis quelques années, je m’interroge régulièrement sur l’effet que cela peut avoir sur ma curiosité, mon ouverture au monde, ma tolérance à la différence … Et je ressens aussi fortement cette injonction sociale, implicite, au mouvement. A la lecture de cet article de Télérama (1), dont je vous partage quelques extraits – qui font débat, et c’est tant mieux – je me rends compte que la perception de la mobilité a évolué, et qu’elle est liée directement aussi à l’identité, socle de ma pratique d’accompagnante.

Avant la révolution industrielle, le voyage, par la terre ou par les mers, est un art mondain, un privilège de nantis. Le chemin de fer permet, le premier, aux bénéficiaires des congés payés de découvrir de nouveaux horizons. En 1936, six cent mille Français font grimper leur famille dans des wagons direction les dunes ou les champs. Jusqu’aux années 50, on vit dans la proximité piétonne du domicile, en donnant à la rigueur un coup de pédale ou en prenant la navette d’entreprise. L’automobile est une marque de raffinement réservée aux bourgeois.

La mobilité commence à se construire comme un outil d’émancipation. Circuler, droit fondamental de la Déclaration universelle des droits de l’humain, devient un moyen de ses libérer individuellement. Partir, c’est s’arracher à un ancrage, une appartenance. C’est franchir les frontières géographiques et s’affranchir des assignations identitaires. Le destin se dirige à coups de volant ! La voiture est vendue comme un moyen d’accéder au monde et à l’indépendance, pour monsieur comme pour madame.

« La mobilité sans effort constitue une espèce de bonheur, de suspense de l’existence et d’irresponsabilité », observe le philosophe Jean Baudrillard en 1967.

La mobilité de loisirs devient une norme sociale, le tourisme une pratique culturelle : entre 1951 et 1989, le taux de départ en vacances passe de 31 % (soit 10 millions de Français) à 60,7 % (soit 33 millions de Français).

Ne pas rester chez soi, c’est exister aux yeux d’une société qui célèbre l’activité constante. Idéalisée, valorisée elle-même, la mobilité n’est plus seulement un moyen. Elle devient une fin en soi. Et l’immobilité, une faute.

Car la promesse d’émancipation s’est transformée en injonction à bouger. La mobilité est désormais une contrainte, voire une obligation, pour une large partie de la population. Les innovations techniques, combinées à la révolution numérique, ont bouleversé le quotidien, façonnant de nouveaux modes de vie : celui des cadres toujours entre deux avions, des couples séparés par leur emploi se retrouvant en fin de semaine, des familles vivant à la campagne et travaillant en ville, des expatriés qui retournent régulièrement dans leur pays d’origine…

Cette hypermobilité a un coût : le budget transports a dépassé le budget logement, la pollution de l’air fait 48 000 morts par an, les tensions s’avivent dans les familles à cause de la fatigue, le stress des embouteillages altère le bien-être, les effets sont dévastateurs sur les territoires entre des villes surpeuplées et des campagnes délaissées,  la biodiversité est mise en danger par l’urbanisation non contrôlée …

Etre immobile, c’est s’exclure socialement, alors que les services publics poursuivent depuis des décennies leur cure d’amaigrissement à l’échelle du territoire : de 1980 à 2013, l’Insee a observé une baisse de 24 % de nombre d’écoles, de 31 % pour les centres des impôts, de 36 % pour les bureaux de poste ou encore de 41 % pour les maternités. Ne pas pouvoir se déplacer restreint jusqu’aux droits fondamentaux : s’instruire, se soigner, se cultiver, se nourrir…

Après nous avoir libéré, la mobilité tend à nous enfermer. Constante, irrépressible, aliénante, elle nous disperse. Nous éparpille.

« La mobilité ne libère pas l’individu, amplifie le sociologue Eric Le Breton (2). Elle le scinde, le partitionne, le brise et l’épuise. Elle le projette dans des territoires où, le privant de ses racines et de ses liens, elle le prive de tout, y compris de lui-même. »

La mobilité nous oblige à nous adapter constamment, à sans cesse trouver de nouveaux repères. Comment dans ces conditions trouver une place stable dans ce monde en fuite ? Pouvoir se déplacer fut un luxe. Aujourd’hui, le luxe, c’est de ne pas y être contraint.

(1) Télérama 3608 du 06/03/2019 écrit par Romain Jeanticou, Bouger nous empêche t-il d’avancer ?

(2) Mobilité, la fin d’un rêve ? Eric Le Breton, ed. Apogée

 

Accompagner les entrepreneur.es

Cette semaine, un coach et chef d’entreprise m’a dit : « ta singularité, c’est ton accompagnement des entrepreneur.es ». Il a raison. Une fois n’est pas coutume, je vais donc vous présenter comment j’accompagne les entrepreneur.es, avec quelques réalisations et de belles rencontres à la clé.

L’étape la plus fréquente est celle de l’idée : elle a émergé, elle est là, il y a un concept, à travailler, et souvent le souhait de mieux expliquer un positionnement marketing, d’adresser un public, et de mettre en mots et en images tout cela.

La demande d’accompagnement se situe donc plutôt en amont, avant le business plan, parfois même avant l’étude de marché.

Nous sommes dans une démarche de projet, à concrétiser avec l’appui d’un regard extérieur, neutre, parfois challenging et confrontant, et toujours constructif et bienveillant.

Quelques exemples d’accompagnement individuel effectués ces derniers mois :

  • Une consultante, avec plusieurs offres et plusieurs publics potentiels, me demande de l’aider à réaliser son profil LinkedIn pour mieux vendre son approche. Nous sommes revenues ensemble sur son offre elle-même, en en recherchant la cohérence, la logique, en nous appuyant sur ses expériences passées qui légitiment son expertise et sur ce qui la motive pour demain. Les mots sont ensuite venus tout seuls. Je lui ai aussi conseillé un photographe pour son profil LinkedIn.
  • Une journaliste, pressentant que son histoire personnelle orientait fortement son projet de création de site Internet, future vitrine de son offre, et aussi moyen d’expression originale de son identité. Le début de l’accompagnement a consisté à poser les jalons de cette identité pour démêler ce qui était de l’ordre de l’intime et de l’histoire familiale, et en quoi ces fondamentaux pouvaient légitimer et consolider son projet professionnel, jusqu’à la construction de l’arborescence de son site, en cours.
  • Après un licenciement, une future consultante souhaite développer une offre de conseil, tout en voulant prendre son temps pour vivre cette transition professionnelle dans les meilleures conditions. Pas simple de changer de statut, même si la continuité en matière d’expertise professionnelle constituait un socle sur lequel s’appuyer. Et surprise, assez vite, émerge un autre projet professionnel, inattendu. La suite de l’accompagnement a permis d’approfondir les deux voies, tout en réfléchissant aux passerelles possibles entre les deux.
  • Une artiste, au parcours de vie hors norme, a l’intuition que ses compétences artistiques peuvent être proposées aux entreprises, sous forme d’ateliers de développement personnel et professionnel. Comment présenter son offre ? Comment articuler parcours de vie et projet professionnel en entreprise ? L’accompagnement a permis de déverrouiller certains blocages pour oser. Avec de nouvelles idées qui ont émergé, dans un lien étroit entre histoire de vie et terrain de jeu professionnel.

En matière d’accompagnement individuel, je m’appuie sur deux approches :

  • Le référentiel en histoires de vie, héritées de la sociologie clinique, que j’ai largement présentée sur mon site.
  • L’accompagnement par les rêves avec Shynleï, où les personnes travaillent sur leurs désirs et motivations, tout en définissant un plan d’actions concret.

Le collectif a sa part aussi, et pour ce faire, j’ai créé un atelier qui s’intitule « Comment exprimer son identité professionnelle« , ce que je présente ici.

L’objectif : exprimer de façon authentique et incarnée son identité professionnelle. Être aligné.e entre soi et son projet.

Voici quelques retours de personnes qui y ont participé et qui expriment leurs ressentis suite à cet atelier de deux journées.

En collectif, je vais développer cette année un accompagnement de type codéveloppement à l’intention d’intrapreneurs en entreprise.

Les intrapreneurs mettent en oeuvre sur du temps dédié, en restant dans leur entreprise, des projets, le plus souvent innovants, mais pas que, au service de leur entreprise, que ce soit pour les clients et / ou les collaborateurs (la symétrie des attentions).

Rapide définition du codéveloppement : « Le codéveloppement professionnel est une approche de formation qui mise sur le groupe et sur les interactions entre les participants pour favoriser l’atteinte de l’objectif fondamental : améliorer sa pratique professionnelle. »

L’objectif ici est de permettre aux intrapreneurs de se développer ensemble et de s’entraider dans la réalisation de leurs projets.

Comme vous l’aurez remarqué, j’accompagne en majorité des femmes. L’entreprenariat féminin est en effet une cause qui me tient à coeur.

Vous pouvez consulter ce dossier monté par Marie Claire, avec un certain nombre d’idées reçues sur les femmes qui entreprennent, auquel j’ai contribué. A écouter sur Marie Claire également, une série de 6 podcasts La belle audace avec des femmes qui expliquent finement à quel moment et dans quelles circonstances elles ont décidé de se lancer.

J’ai pu rencontrer des femmes formidables, qui oeuvrent chaque jour pour convaincre et soutenir les entrepreneures, comme par exemple :

  • Frédérique Clavel et Sophie Meurisse, qui ont corédigé un livre Entrepreneuse, pourquoi pas vous ? (Eyrolles). Les écouter ici.
  • Viviane de Beaufort, auteure de l’ouvrage : Génération #startuppeuse ou la nouvelle ère aux Editions Eyrolles.
  • Sophie Courtin-Bernardo et Dominique Descamps, de L-Start, qui ont corédigé Femmes entrepreneures, se lancer et réussir, aux Editions Lextenso, ouvrage pratique pour créer son entreprise, pour lequel j’ai été interrogée.
  • Catherine Thibaux, qui a publié un livre pratique et utile sur le mentoring, particulièrement adapté aux femmes qui entreprennent.

Et  j’ai eu la chance de faire la connaissance de femmes qui se sont lancées, témoignent et partagent leur vécu avec générosité et authenticité, qu’elles en soient remerciées (liste non exhaustive !) : Mitrane Couppa, Nathalie Lebas-Vautier, Angélique de Rocquigny, Sandra Leblanc-Mesnel, Lara Pawlicz, Françoise Poulain-Bazin, Géraldine Caron.

Vous avez une idée, vous voulez créer une entreprise, vous souhaitez être accompagné.e dans votre projet, vous dirigez un programme d’intraprenariat en entreprise ? Me contacter pour avancer ensemble.

Une sorcière comme les autres

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Le temps de la soirée Debout citoyennes ! organisée par l’association Eklore, j’ai découvert les paroles magnifiques de cette chanson d’Anne Sylvestre. C’est mon cadeau de fin d’année, à l’approche de Noël, aux femmes, mères, soeurs, amies. Cette chanson m’a émue aux larmes, je vous la partage.
S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois
J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bougerJe vous ai porté vivant
Je vous ai porté enfant
Dieu comme vous étiez lourd
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai porté encore
A l’heure de votre mort

Je vous ai porté des fleurs
Vous ai morcelé mon coeurQuand vous jouiez à la guerre
Moi je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mouriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedans

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle
Ou qui se tait
Celle qui pleure
Ou qui est gaie

C’est Jeanne d’Arc
Ou bien Margot
Fille de vague
Ou de ruisseau

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Et c’est la soeur
Ou l’inconnue
Celle qui n’est
Jamais venue
Celle qui est
Venue trop tard
Fille de rêve
Ou de hasard

Et c’est ma mère
Ou la vôtre

Une sorcière
Comme les autres

Il vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie
Ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà
Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin

Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue

Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime
Ou n’aime pas
Celle qui règne
Ou qui se bat

C’est Joséphine
Ou la Dupont
Fille de nacre
Ou de coton

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui attend
Sur le port
Celle des monuments
Aux morts
Celle qui danse
Et qui en meurt
Fille bitume
Ou fille fleur

Et c’est ma mère
Ou la vôtre

Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvé depuis longtemps
Libre et fort comme le vent
Libre aussi
Regardez je suis ainsi
Apprenez-moi n’ayez pas peur
Pour moi je vous sais par coeur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière

J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas

Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peux plus
Le sol se rompt
On découvre des richesses inconnues
La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyé

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre
Ou c’est l’enfant
Celle qui cède
Ou se défend

C’est Gabrielle
Ou bien Aïcha
Fille d’amour
Ou de combat

C’est mon coeur
Ou bien le leur
Celle qui est
Dans son printemps
Celle que personne
N’attend
Et c’est la moche
Ou c’est la belle
Fille de brume
Ou de plein ciel

Et c’est ma mère
Ou la vôtre

Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Faites-vous léger
Moi je ne peux plus bouger

 

Anne Sylvestre, album 1975

Conversation avec Anne Sylvestre, qui évoque sa carrière, ses chansons, le féminisme, l’écriture.

Les 5 objectifs de « Debout citoyennes » :

1. Rendre visibles des femmes engagées insuffisamment représentées dans les médias
2. Faire connaitre des initiatives à impact social ou écologique positif
3. Inspirer la mise en action citoyenne : chacun.e peut agir de là où il/ elle est
4. Inviter les hommes et femmes à envisager leurs rôles dans des logiques de complémentarité et non d’opposition ou de déni de leurs différences
5. Lancer un appel aux femmes pour qu’elles osent s’engager dans l’entrepreneuriat, l’engagement sociétal ou politique, ou saisir des postes de pouvoir et d’influence.

Les missions de l’association Eklore :

Constat

Un monde du travail qui échoue à créer du bien humain et du sens commun.

Mission

Inspirer et rassembler ceux et celles qui veulent donner un sens humain au travail.

Identité

Un mouvement culturel pour inspirer d’autres représentations et pratiques personnelles au travail.

Vision

Un monde où chacun.e assume sa singularité dans sa vie professionnelle et sa responsabilité dans la vie humaine.

Valeurs

Audace, discernement, liberté, responsabilité, solidarité.

Ce que n’est pas l’identité

     

    Je suis tombée par hasard sur ce podcast avec pour invitée sur France culture Nathalie Heinich sociologue au CNRS, auteure de l’Elite artiste puis du Paradigme de l’art contemporain. Après Des Valeurs, Prix Pétrarque l’an dernier, Ce que n’est pas l’identité, son nouvel essai, paraît chez Gallimard, dans la collection Le Débat. Nathalie Heinich a choisi de définir l’identité au travers de ce qu’elle n’est pas. Délestée, allégée de toutes connotations superflues, l’identité se définit dans la perception qu’on a de nous-mêmes et dans le regard des autres.

    Morceaux choisis, qui viennent corroborer et enrichir ce que j’écris sur mon site depuis plusieurs années, sous un angle différent :

    L’identité c’est d’abord une représentation mentale de ce que nous sommes, de ce que sont les autres, de ce que sont des identités abstraites telles qu’un pays par exemple. Les représentations sont difficiles à se figurer. Elles sont arrimées à des objets, à des institutions. Une carte d’identité par exemple est un bon objet, des visages, car nous sommes aussi défini.e.s par notre corps, des vêtements, notre apparence… Pour le pays auquel nous appartenons, le drapeau est un symbole d’identité, le fronton de l’Assemblée nationale etc.

    L’identité n’est pas une identité objective qui serait là une bonne fois pour toute. Elle se construit, se fabrique, se négocie, se raconte, et même temps, elle n’est pas non plus totalement mouvante, et pouvant se modifier à sa guise.

    Une représentation mentale collective partagée est ancrée dans des objets, dans des institutions, et on ne peut pas faire n’importe quoi avec. Pour exemple, l’identité sexuée : beaucoup voudraient sortir d’une assignation à un genre, et on voit bien que cela ne va pas de soi. Il y a une plasticité identitaire, mais elle n’est pas infinie.

    Il est intéressant de voir que des constructions identitaires peuvent se faire soit sur l’affirmation d’une différence « je suis qui je suis et je ne ressemble à personne d’autre », soit sur l’affirmation de ressemblances, « j’appartiens à tel collectif, à ma famille, mon village, ma religion, mon pays etc. » Ce qui est extraordinaire, c’est que l’identité est les deux à la fois. Ce sont des définitions contradictoires, qui construisent l’une et l’autre notre rapport à l’identité. Nous pouvons selon les moments, selon les contextes, nous définir en tant que personne irréductible à toute autre, ou bien comme individu appartenant à un collectif. C’est heureusement la grande liberté que nous avons.

    A lire également, l’identité définie par le sociologue clinicien Vincent de Gaulejac.

    A découvrir, les ateliers que j’anime sur l’expression de son identité professionnelle.

     

      Méditation sur la beauté et l’embrasement érotique

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      Derrière ce titre accrocheur, se cache un texte écrit par Fabrice Midal dont j’apprécie beaucoup l’approche pédagogique sur la méditation et le développement personnel.

      En le lisant un matin dans le métro, de retour d’une semaine de vacances, j’ai été frappée par le lien qu’il faisait entre la beauté et la présence. Je n’avais jamais fait ce rapprochement ainsi. C’est une découverte que je partage avec vous.

      Si vous souhaitez savoir si le sens de l’esthétique est un de vos talents, vous pouvez le découvrir en répondant à un questionnaire sur le site viame.org, qui listera vos 24 forces de caractère. Intéressante cette approche pour mieux se connaître, vous verrez.

      Revenons à Fabrice Midal, et son livre, que je vous recommande chaudement : Comment la philosophie peut nous sauver, éditions Pocket Flammarion, 2015. C’est mon livre repère et refuge, j’y puise inspiration et douceur. Fabrice Midal sait rendre à la philosophie son essence pratique, comme guide dans nos vies au quotidien.

      Extrait (page 227) : « L’expérience d’Eros se manifeste au premier chef quand nous faisons face à la beauté. Il y a pour chacun de nous des choses ou des êtres qui suscitent un véritable choc tant ils sont beaux.

      Platon nous invite à considérer qu’est beau ce qui irradie de présence – et non ce qui me plaît ou me touche, comme nous aurions tendance à le penser. Faites ce renversement, vous verrez, il est salutaire : ce qui est beau, au lieu de le ramener à un sentiment, voyez-le comme un sommet de présence qui vous tend la main, qui vous appelle.

      Mais à quoi vous appelle-t-il ? Il vous appelle à désirer être plus amplement. Le beau vous rappelle l’énigme de ce qui vous manque pour être plus pleinement.

      Tel est ce qu’éprouve le jeune Alcibiade auprès de Socrate : « Quand je l’écoute, en effet, mon coeur bat plus fort que celui des Corybantes en délire, ses paroles font couler mes larmes. Or en écoutant Périclès et d’autres bons orateurs, j’admettais sans doute qu’il parlait bien, mais je n’éprouvais rien de pareil, mon âme n’était pas bouleversée, elle ne s’indignait pas de l’esclavage auquel j’étais réduit. »

      Nous est ainsi décrit le mouvement érotique : frappé au plus profond de votre être, vous ne supportez plus l’esclavage où vous êtes d’une manière ou d’une autre plongé. Votre vie ordinaire semble grise et sans saveur par contraste avec la beauté irradiante. Plus rien ne vous importe que cet appel qui tout à la fois vous permet de rejoindre l’être aimé, mais aussi d’être enfin plus amplement.

      Voilà l’essentiel de l’expérience érotique : la beauté éveille en l’humain un désir qui le soulève et l’élève. C’est pour cela qu l’expérience de la beauté est si décisive. Elle n’est pas là pour nous donner juste du plaisir. Elle nous réveille, elle nous appelle à être plus amplement qui nous sommes. Elle nous rend des êtres de désir.

      Or, ce désir, qui est Eros, est en son fond amour de la vérité, philo-sophos, souci intense de savoir et de comprendre. »

      Je vous souhaite un bel été.

      Pour en savoir plus sur Fabrice Midal : apprendre à méditer.

      Autre article publié sur la méditation.

      Une émission en huit épisodes cet été sur France culture : Narcisse accusé non coupable.

      Fabrice Midal, docteur en philosophie est le fondateur de l’Ecole Occidentale de Méditation. Dans sa série d’été, vous découvrirez que Narcisse est non seulement un accusé non coupable de l’égocentrisme, de l’oubli des autres, voire de la perversion dont on l’accuse, mais aussi ce que cache cette injuste condamnation, ce qu’elle révèle de la violence inapparente de notre temps, de la négation du sens originel de la culture.